« Zorba le Grec » ne connaît pas la crise

Alexis Zorba, roman du grand écrivain crétois Nikos Kazantzakis, est un chef d’œuvre ; il en est de même du film qu’en a tiré le cinéaste grec Michael Cacoyannis. Une telle adéquation entre un livre et un film relève de la rareté. On la doit à une conjonction de talents, ceux de l’écrivain et du cinéaste, des acteurs (Anthony Quinn, Alan Bates, Irène Papas, Líla Kédrova), du compositeur (Mikis Theodorakis) et de toute l’équipe de réalisation.

Le film, qui date de 1964 (le livre de 1946) est ressorti en février de cette année (2015) en version remastérisée et en DVD. Cinquante ans après, en pleine crise dite « grecque » (en fait européenne et surtout capitalistique, pour appeler un chat un chat), cette « résurrection » résonne avec force. Zorba n’est pourtant pas un film politique, pas tout à fait ; c’est-à-dire qu’il l’est par sa dimension philosophique et les questions existentielles qu’il pose : en particulier celle de l’antagonisme pulsions/raison, incarné par chacun des deux principaux personnages – antagonisme que la fraternelle amitié des deux hommes va dissiper à la fin du film, lors de la fameuse scène de la danse qui réunit les deux corps – « ensemble » ordonne Zorba à son intello de « patron ». Sur ce point, la version filmique diffère du roman, où la fin reste bien plus problématique, ouverte, incertaine – rien n’est acquis et les deux hommes repartent chacun vers son destin. Pas étonnant, dans la mesure où Kazantzakis demeurera toute sa vie traversé par cette lutte interne, incessante, entre la chair et l’esprit – tiraillement que Zorba ne cessera de moquer dans une dialectique de propos, de situations, de symboles constituant en quelque sorte le « sel » du roman – et du film.

Du philosophe français Henri Bergson, dont il fut l’élève à Paris, Kazantzakis retiendra en particulier l’idée de l’élan vital que, par la suite, il confrontera au marxisme et… au bouddhisme. Il est aussi très influencé par Nietzsche et son « surhomme » dont il tire une équivalence dans le personnage du Christ, sujet central de La Dernière tentation, qui fait sortir de leurs gonds l’Église grecque orthodoxe, menaçant d’excommunier l’écrivain pour blasphème, tandis que le Vatican inscrit le roman à l’Index.

Martin Scorsese a adapté le livre dans son film de même nom sorti en 1988. Dès les premières projections à Paris, des fondamentalistes catholiques lancent des cocktails Molotov contre deux cinémas parisiens et un à Besançon. Le 22 octobre, l’Attentat du cinéma Saint-Michel fait 14 blessés.

kazantzakis-zorbaNikos Kazantzakis est un écrivain des plus importants de son temps. Il l’est d’autant pour moi qu’Alexis Zorba est le livre qui a changé ma vie – j’étais ado quand je l’ai lu et, dans l’année même, je suis parti en stop pour la Grèce… et en suis revenu tout autre…

Quant à la Grèce d’aujourd’hui et à la fameuse « crise » (bien réelle, certes), on pourrait, précisément, la voir à travers le prisme « zorbesque » et constater avec effarement qu’elle émane d’un monde qui tend au modèle unique, un nouvel impérialisme du Capital qui n’aura de cesse qu’en ayant annihilé toute autre valeur que monétaire et marchande.

En quoi Zorba, en effet, veut ne pas connaître la crise. En quoi, forcément, il rejoint la résistance du peuple grec.

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D’un noir et blanc haut en couleur…

HEROUARD

En clair, on assiste à un moment exacerbé de la lutte des classes. Pendant des décennies, la grande bourgeoisie grecque compradore, alliée des monarchistes pro-allemands, puis des colonels, et à l’Eglise orthodoxe obscurantiste, a tiré les ficelles d’un Etat gangrené. Tsipias veut remettre les pendules à l’heure avec des propositions de bon sens, et il se heurte aux complices de cette bourgeoisie, Merkel, Junker, Lagarde, ah ! Lagarde, qui sous Sarkozy a endetté la France de 400 milliards !
“Zorba n’a pas besoin d’arzent pour rigoler”.

Liberté

Un des films qui a marqué mon existence. Le premier avec rectangle blanc, que mes parents ont acceptés de me laisser voir, j’avais 14 ans.
L’esprit grec, le jeu des acteurs et surtout, la grandissime beauté d’Irène Papas, dont on ne parle pas, marquant. On retrouve, c’est vrai, la même émotion à la lecture du livre !

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