On n'est pas des moutons

C de coeur, C de gueule

Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bour­reau de Béthune et Roger Coud­erc en mon­sieur Loy­al… Image plus que jau­nie de la télé en noir & blanc. En couleur, sur écran plat et dans l’apparat des stu­dios pom­peux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante par­tie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, ques­tion de san­té. De plus courageux m’ont résumé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai com­pris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien per­du, surtout pas mon temps.

J’ai aus­si cru com­pren­dre que, sur le ring politi­co-télévi­suel, l’une pra­ti­quait en effet le catch – coups bas et appels à la vin­dicte de la salle (le Peu­ple !) ; tan­dis que l’autre s’essayait plutôt à la boxe, dite française en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le com­bat était pipé, comme prévis­i­ble. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la provoc, la hargne et les lita­nies men­songères ; de l’autre, un prési­den­tiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien dif­fi­cile, au vu de la grossière charge opposée. De ce seul point de vue on ne peut déclar­er le match nul, encore moins arch­in­ul. Car la forme aura par­lé, l’emportant sur le fond. C’est presque tou­jours le pro­pre des com­bats télévisés, portés à ren­forcer la bina­rité des com­porte­ments et des idées (quand il y en a) et, finale­ment, à sacr­er le manichéisme comme seule mode de pen­sée.

canard-ni-ni

Un ni-ni non ambigu…

Par­tant de là, sans besoin d’en rajouter sur le spec­ta­cle lui-même, il sem­ble qu’« on » ne soit pas plus avancé après qu’avant. Et aus­si que le ni-ni ne représente en rien un troisième plateau à la bal­ance binaire. L’enjeu demeure, sauf à con­sid­ér­er que « les jeux » sont faits. Il en fut ain­si, il y a peu, entre une naïve arrivée et un fada dan­gereux qui, depuis, sème le souk sur toute la planète. Car la dém­a­gogie peut « pay­er », surtout en mon­naie de singe (en dol­lars comme en « nou­veaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abstenu en fuyant l’affligeante joute dém­a­gogique, je me retrou­ve bien rat­trapé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écarté le dan­ger.

Mon vieux pote Elzéard Bouffi­er 1, dor­mait hier soir du som­meil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpen­ter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tan­dis que la veille, des pos­tu­lants à gou­vern­er la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évo­quer le désas­tre écologique qui boule­verse la planète, men­ace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bouleaux. J’ai écrit ici que je voterai pour lui. Pour lui, en effet, je voterai. Au nom de l’Anarchie généreuse et comme dis­ait un autre grand viveur, l’écrivain roumain Panaït Istrati : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Giono, le plus beau mes­sage à l’humanité (pdf) : Giono-L_Homme_qui_­plan­tait_des_ar­bres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d’universels sym­bol­es de la paix du coeur. Ils en sont aus­si les effets.(Cheva­lier-Gheer­brant, Dic­tio­n­naire des sym­bol­es)

La ter­ri­ble ago­nie d’Alep et de sa pop­u­la­tion touche l’humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la touch­er – ce qui chang­erait peut-être la face du monde. Mais son atroc­ité ren­voie à ses caus­es, sou­vent incom­préhen­si­bles. Des par­al­lèles sont ten­tées avec l’Histoire récente : cer­tains voient en Syrie une guerre civile sem­blable à la guerre d’Espagne (1936–1939) qui fut le prélude au deux­ième con­flit mon­di­al. Issa Goraieb, édi­to­ri­al­iste au quo­ti­di­en fran­coph­o­ne de Bey­routh, L’Orient-Le Jour, ten­tait ce rap­proche­ment l’an dernier :

Les avions et pilotes russ­es dépêchés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mau­vaise pos­ture ne sont autres, en effet, que la légion Con­dor qu’offrait Hitler au dic­ta­teur Fran­cis­co Fran­co. À l’époque, l’Italien Mus­soli­ni se chargeait, lui, d’expédier des com­bat­tants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Iraniens et leurs sup­plétifs du Hezbol­lah, qui s’apprêteraient à lancer une offen­sive ter­restre majeure pour con­solid­er la Syrie utile de Bachar. Quant aux brigades inter­na­tionales, for­mées de volon­taires venant de divers points de la planète pour prêter main-forte aux répub­li­cains espag­nols, c’est évidem­ment Daech qui en décline actuelle­ment une réédi­tion des plus sul­fureuses.” [L’Orient-Le Jour, 03/10/2015]

Sul­fureuse”, c’est peu dire, sinon mal­adroit. De son côté, Jean-Pierre Fil­iu, ana­lyste de l’islam con­tem­po­rain, insiste aus­si sur ce par­al­lèle his­torique, mar­quant bien une dif­férence tranchée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assim­i­la­tion fal­lac­i­euse des dji­hadistes aux brigadistes, mais bien en rai­son de la non-inter­ven­tion occi­den­tale». [Medi­a­part, 7/08/2016] Encore fal­lait-il le rap­pel­er et le soulign­er : s’engager pour un idéal de libéra­tion poli­tique dif­fère fon­cière­ment du renon­ce­ment dans le fanatisme et l’asservissement religieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aus­si édi­to­ri­al­iste à L’Orient-Le Jour : “Ce n’est plus une ten­dance, ou un glisse­ment pro­gres­sif. C’est une nou­velle réal­ité. Le monde régresse à une vitesse insen­sée, que ce soit à cause des vicis­si­tudes de la glob­al­i­sa­tion, de la trib­al­i­sa­tion des esprits, ou de la résur­rec­tion de l’hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s’obscurcit, se recro­queville dans ses pho­bies (de la lumière, de l’autre…) et se calfeu­tre dans une bar­barie (et une reven­di­ca­tion et une banal­i­sa­tion de cette bar­barie) fon­cière­ment moyenâgeuse.” [15/12/16]

Moyenâgeuse”…  pas­sons sur cet anachro­nisme mal­heureux (l’histoire du Moyen Âge exige la nuance… his­torique). Mais soit, il y a de l’irrationnel dans la folie guer­rière des hommes à l’humanité rel­a­tive… D’où vient, en effet, cette tare frap­pant l’homo pour­tant sapi­ens – ain­si le décrit-on – inca­pable d’instaurer la paix comme mode de rela­tion entre ses con­génères ? Cet espèce-là, bien dif­féren­ciée des autres espèces ani­males en ce qu’elle est si capa­ble de détru­ire ses sem­blables, et sans doute aus­si de s’autodétruire. J’entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Car­rière s’interroger sur le sujet et pré­cisé­ment sur la Paix, avec majus­cule 1. Car l’Histoire (grand H) et toutes les his­toires, presque toutes, qui nour­ris­sent notam­ment la lit­téra­ture, le ciné­ma, les arts…, s’abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poi­son vio­lent qui tourneboule les hommes, les mâles : la testostérone. Peu les femmes-femelles qui en fab­riquent bien moins, ou qui le trans­for­ment mieux, en amour par exem­ple – sauf excep­tions, bien enten­du, dans les champs de com­péti­tion de pou­voir, poli­tique et autres. Ce qui se traduit, soit dit en pas­sant, par des pris­ons peu­plées d’hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Car­rière rel­e­vait aus­si que l’empire romain avait établi la paix pen­dant plusieurs décen­nies sur l’ensemble de son immense domaine. “Pourquoi ? Il accueil­lait toutes les croy­ances.2 C’est bien l’objectif de la laïc­ité – du moins dans le strict esprit de la loi française de 1905. On peut y voir une réplique poli­tique et pos­i­tive à la folie humaine, vers son édi­fi­ca­tion et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en revenir à la guerre en Syrie. Pou­tine a su mon­tr­er et démon­tr­er “qu’il en a” [de la testostérone…], en quoi il est soutenu et admiré par d’autres [qui en ont aus­si !], comme Jean-Luc Mélen­chon, pour ne par­ler que de lui.

Des nuances intéres­santes, du point de vue politi­co-diplo­ma­tique, ont été apportées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui con­sacrait une longue soirée à Vladimir Pou­tine “des orig­ines à nos jours”. Nuancée, donc, l’analyse de l’ancien min­istre des Affaires étrangère, Hubert Védrine, faisant ressor­tir l’inconséquence méprisante des “Occi­den­taux” face à la Russie post-sovié­tique, en quête de recon­nais­sance inter­na­tionale – ce que l’Europe lui a refusé ! D’où, aus­si, les poussées de l’hormone en ques­tion… grande four­nisseuse de guer­res et de morts.


Jean-Claude Car­rière : “Je voudrais bien que… par fran­cein­ter

Notes:

  1. Il vient de pub­li­er La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L’Orient-Le Jour), cette note : ” Jacques Le Goff savait que l’Occident médié­val était né sur les ruines du monde romain, qu’il y avait trou­vé appui et hand­i­cap à la fois, que Rome a été sa nour­ri­t­ure et sa paralysie. Ce qui naî­tra des ruines et des cadavres d’Alep(-Est) risque d’être infin­i­ment moins fasci­nant. Ter­ri­ble­ment plus mor­tel.”

Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel politi­cien se sert dans la gamelle com­mune de “sa” ville, Saint-Quentin : Xavier Bertrand s’octroie une aug­men­ta­tion de salaire de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redressé les comptes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans soci­aux des dernières années : prési­dent du direc­toire de Peu­geot-Cit­roën, Car­los Tavares, a gag­né 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du dou­ble de l’année précé­dente.
Une telle indé­cence, c’est la “nuée qui porte l’orage” : Jau­rès, au sec­ours ! Au sec­ours Orwell, opposant à cette goin­frerie névro­tique des pos­sé­dants ce qu’il appelait la décence com­mune. Au sec­ours Mon­taigne qui, au XVIe siè­cle déjà, aler­tait en ces ter­mes :

J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent laboureurs, plus sages et plus heureux que des recteurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux ressem­bler […] Il ne faut guère plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nauté [humaine] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans instruc­tion, elles s’y con­duisent très sage­ment. Si l’homme était sage, il estimerait véri­ta­ble­ment chaque chose selon qu’elle serait la plus utile et la plus appro­priée à sa vie.” [Les Essais, II, 12 Apolo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siè­cle, avec cet échan­til­lon pré­cieux de sol­i­dar­ité humaine. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce boulanger que l’un ou l’autre de ces vam­pires inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san boulanger a décidé de céder son entre­prise au sans-abri qui lui a sauvé la vie après une intox­i­ca­tion au monoxyde de car­bone fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, boulanger de 62 ans, apprend le méti­er à Jérôme, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La belle his­toire du boulanger de Dole ne con­naî­tra pas de fin heureuse. “Je l’ai viré”, explique sans ambages Michel Fla­mant, con­fir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

Il a été très très malpoli avec une jour­nal­iste”, ajoute le boulanger, faisant état de pro­pos insul­tants et misog­y­nes.

Le boulanger a mis un terme au con­trat après que son employé eut, au télé­phone, traité une jour­nal­iste de “putain”.

Une fois qu’il a rac­croché, je lui ai expliqué que l’on ne par­le pas comme ça à une femme. Il a com­mencé à s’en pren­dre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de pren­dre sa valise”, racon­te Michel Fla­mant.

Il était saoul comme un cochon et il avait fumé. Il m’a expliqué que la pres­sion des jour­nal­istes était trop forte. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en garde”, ajoute le boulanger.


« Zorba le Grec » ne connaît pas la crise

Alex­is Zor­ba, roman du grand écrivain cré­tois Nikos Kazantza­kis, est un chef d’œuvre ; il en est de même du film qu’en a tiré le cinéaste grec Michael Cacoy­an­nis. Une telle adéqua­tion entre un livre et un film relève de la rareté. On la doit à une con­jonc­tion de tal­ents, ceux de l’écrivain et du cinéaste, des acteurs (Antho­ny Quinn, Alan Bates, Irène Papas, Líla Kédro­va), du com­pos­i­teur (Mikis Theodor­akis) et de toute l’équipe de réal­i­sa­tion.

Le film, qui date de 1964 (le livre de 1946) est ressor­ti en févri­er de cette année (2015) en ver­sion remas­térisée et en DVD. Cinquante ans après, en pleine crise dite « grecque » (en fait européenne et surtout cap­i­tal­is­tique, pour appel­er un chat un chat), cette « résur­rec­tion » résonne avec force. Zor­ba n’est pour­tant pas un film poli­tique, pas tout à fait ; c’est-à-dire qu’il l’est par sa dimen­sion philosophique et les ques­tions exis­ten­tielles qu’il pose : en par­ti­c­uli­er celle de l’antagonisme pulsions/raison, incar­né par cha­cun des deux prin­ci­paux per­son­nages – antag­o­nisme que la frater­nelle ami­tié des deux hommes va dis­siper à la fin du film, lors de la fameuse scène de la danse qui réu­nit les deux corps – « ensem­ble » ordonne Zor­ba à son intel­lo de « patron ». Sur ce point, la ver­sion filmique dif­fère du roman, où la fin reste bien plus prob­lé­ma­tique, ouverte, incer­taine – rien n’est acquis et les deux hommes repar­tent cha­cun vers son des­tin. Pas éton­nant, dans la mesure où Kazantza­kis demeur­era toute sa vie tra­ver­sé par cette lutte interne, inces­sante, entre la chair et l’esprit – tiraille­ment que Zor­ba ne cessera de moquer dans une dialec­tique de pro­pos, de sit­u­a­tions, de sym­bol­es con­sti­tu­ant en quelque sorte le « sel » du roman – et du film.

Du philosophe français Hen­ri Berg­son, dont il fut l’élève à Paris, Kazantza­kis retien­dra en par­ti­c­uli­er l’idée de l’élan vital que, par la suite, il con­fron­tera au marx­isme et… au boud­dhisme. Il est aus­si très influ­encé par Niet­zsche et son « surhomme » dont il tire une équiv­a­lence dans le per­son­nage du Christ, sujet cen­tral de La Dernière ten­ta­tion, qui fait sor­tir de leurs gonds l’Église grecque ortho­doxe, menaçant d’excommunier l’écrivain pour blas­phème, tan­dis que le Vat­i­can inscrit le roman à l’Index.

Mar­tin Scors­ese a adap­té le livre dans son film de même nom sor­ti en 1988. Dès les pre­mières pro­jec­tions à Paris, des fon­da­men­tal­istes catholiques lan­cent des cock­tails Molo­tov con­tre deux ciné­mas parisiens et un à Besançon. Le 22 octo­bre, l’Attentat du ciné­ma Saint-Michel fait 14 blessés.

kazantzakis-zorbaNikos Kazantza­kis est un écrivain des plus impor­tants de son temps. Il l’est d’autant pour moi qu’Alex­is Zor­ba est le livre qui a changé ma vie – j’étais ado quand je l’ai lu et, dans l’année même, je suis par­ti en stop pour la Grèce… et en suis revenu tout autre…

Quant à la Grèce d’aujourd’hui et à la fameuse « crise » (bien réelle, certes), on pour­rait, pré­cisé­ment, la voir à tra­vers le prisme « zorbesque » et con­stater avec effare­ment qu’elle émane d’un monde qui tend au mod­èle unique, un nou­v­el impéri­al­isme du Cap­i­tal qui n’aura de cesse qu’en ayant anni­hilé toute autre valeur que moné­taire et marchande.

En quoi Zor­ba, en effet, veut ne pas con­naître la crise. En quoi, for­cé­ment, il rejoint la résis­tance du peu­ple grec.


Personne n’est obligé de lire “Charlie Hebdo” !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Char­lie Heb­do reparaît. On repar­le donc du blas­phème, plus que de lib­erté, qui est cen­trale, essen­tielle, non négo­cia­ble. Libre au blas­phémé de le faire savoir dans son “Charia Heb­do”, par exem­ple. Libre aus­si à tout religieux de ne pas s’adonner à ce qui le chif­fonne. En lib­erté, per­son­ne n’est obligé à quoi que ce soit, pas même de lire Char­lie Heb­do si ça risque de le déranger ! Autrement dit on a le choix, libre­ment. Tan­dis que les fana­tiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalach­nikov n’ont lais­sé aucun choix, aucune lib­erté à leurs dix-sept vic­times.

Ce ne serait pas si com­pliqué si une moitié de la planète ne pen­sait pas pré­cisé­ment le con­traire. Et même bien plus que la moitié si aux fon­da­men­tal­ismes religieux on ajoute les inté­grismes poli­tiques. Il serait d’ailleurs plus sim­ple, pour l’inventaire, de compt­abilis­er les excep­tions. Lesquelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sen­si­ble aux fluc­tu­a­tions, aux ten­ta­tions, aux faib­less­es autori­taires, facile­ment lib­er­ti­cides.

charlie hebdo faber

© faber

Char­lie reparaît, les regards se tour­nent vers lui, les con­sciences se soula­gent… et voilà qu’on embastille un Dieudon­né ! Du moins l’a-t-on « inter­pel­lé ». La ques­tion jail­lit [Le Monde] : « Pourquoi Dieudon­né est-il attaqué alors que “Char­lie Heb­do” peut faire des “unes” sur la reli­gion ? » Parce que sa provo­ca­tion c’est de l’apologie du ter­ror­isme. Certes… Parce que la Lib­erté ne serait qu’un con­cept, une lampe allumée au loin, un phare dans la tem­pête humaine. Parce que la Fra­ter­nité est une utopie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et rai­son de plus pour œuvr­er à la Jus­tice, autant que faire se peut, dans la com­plex­ité du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et surtout pas dans la Vérité, cette red­outable tueuse. Le dernier mot (ici) à mon vieux pote Mon­taigne : « Mieux vaut penser con­tre soi-même que con­solid­er la matière de ses pro­pres con­vic­tions ».


Charlie”. Le jour d’après

par Serge Garde, ancien jour­nal­iste

Le cœur ser­ré, dimanche, j’ai défilé à Paris, pour ren­dre hom­mage aux Char­lie assas­s­inés et pour défendre la lib­erté de rire de tout, et même de leur mort.

Une larme dans ce tsuna­mi de sol­i­dar­ité et de protes­ta­tion.

J’ai man­i­festé pour la lib­erté d’expression, la lib­erté de la presse, et pour toutes ces valeurs qui fondent mon ADN répub­li­caine, faisant mienne l’irrévérente imper­ti­nence qui car­ac­térise l’humour de Charb, Cabu, Wolin­s­ki, Hon­oré, Tig­nous et des autres…

Sans oubli­er celle de notre Siné per­ma­nent…

J’ai par­ticipé, avec ces qua­tre mil­lions de Char­lie, mod­este­ment mais assuré­ment, à créer un de ces moments de com­mu­nion qui redonnent à ma France ses couleurs arc-en-ciel : Lib­erté, Sol­i­dar­ité, Fra­ter­nité, Laïc­ité, Tolérance, Respect de la vie…

Ren­tré chez moi, j’ai con­staté le fos­sé creusé entre ce dont étaient por­teurs l’immense majorité des Char­lie et ce quar­teron de « lead­ers mon­di­aux » enkys­tés en tête de la man­i­fes­ta­tion. Eux, à quelques excep­tions près, n’étaient pas des Char­lie, mais des ser­gents recru­teurs… Ils ten­taient d’enrôler les marcheurs de la République dans « leur » « guerre au ter­ror­isme ! »

je-suis-charlie

Un fos­sé ? Un gouf­fre !

Mais de quel ter­ror­isme par­lent-ils ? Tra­quer mieux les fous d’un dieu (quel qu’il soit !) ou d’une théorie mor­tifère, oui, cent fois oui ! Mais jus­ti­fi­er par cette pseu­do guerre (un con­cept créé à la Mai­son Blanche) les crimes com­mis con­tre des civils dans des pays qui n’intéresseraient pas l’Occident s’ils ne pos­sé­daient pas d’immenses ressources énergé­tiques, non ! La place d’un Netanyahu n’est-elle pas plutôt devant le Tri­bunal pénal inter­na­tion­al pour y répon­dre des crimes de guerre qu’il a com­mis ? Et déjà Valls et ses pairs envis­agent, au nom de cette guerre con­tre « LE » ter­ror­isme, de restrein­dre par la loi nos lib­ertés publiques ! Celles que, juste­ment, les 12 Char­lie assas­s­inés défendaient !

Passé cet inou­bli­able dimanche de pure émo­tion et de sol­i­dar­ité, le temps de la réflex­ion s’impose pour nous qui restons dans la cru­elle beauté du réel.

Serge Garde, ancien jour­nal­iste


Sur l’idéologie du “Progrès” comme facteur de régression

Mes ami(e)s, je me suis lais­sé aller à ce texte fort long et peut-être ennuyeux… C’est que j’en ai « sur la patate » et que rien ne vaut un bon lâch­er de pres­sion (à part peut-être une bonne bière – pres­sion…)

Le « nou­veau cap­i­tal­isme », le « cap­i­tal­isme cog­ni­tif » lié à l’économie numérique et à tous les cham­boule­ments actuels et plus encore à venir, sem­ble pos­tuler la péren­nité dudit cap­i­tal­isme, c’est-à-dire de l’accumulation des richess­es par le plus petit nom­bre.

Tan­dis que les pays se déchirent, entre eux et en eux-mêmes ; que les pau­vres s’entretuent comme jamais, manœu­vrés comme des mar­i­on­nettes rat­tachées à leurs dieux stu­pides, meur­tri­ers et manip­u­la­teurs – autant dire automa­nip­ulées – une nou­velle oli­garchie met en place son club fer­mé, de plus en plus restreint, englobant les nou­veaux mécan­ismes de l’information, au sens général, prenant le con­trôle abso­lutiste des réseaux et, par delà, des richess­es qu’ils canalisent.

Google, Ama­zon, Face­book, Twit­ter, Apple et autres hap­py few, de plus en plus « hap­py » et « few », ont déjà ample­ment tis­sé le réseau d’un cap­i­tal­isme total­i­taire, car tout bon­nement total­isant, jusqu’au « total » du tiroir-caisse, aboutisse­ment compt­able à base d’additions et de mul­ti­pli­ca­tions, lais­sant aux « autres » – les lais­sés pour compte – le soin de se chamailler autour des restes : divi­sions et sous­trac­tions.

Test de connaissances utiles et modernes

Test de con­nais­sances utiles et mod­ernes

Cette nou­velle dom­i­na­tion, cepen­dant, engen­dre (peut-être sans trop le savoir, ou en voulant l’ignorer, dans la gris­erie de la jouis­sance immé­di­ate et apparem­ment infinie) sa pro­pre lim­i­ta­tion par l’excès et la cupid­ité sans bornes. Son igno­rance de l’Histoire, vari­ante de son igno­rance prin­ceps – la banque n’est pas une bib­lio­thèque, on n’y trou­ve que des livres de comptes –, son culte de la « prospec­tive » le frappe d’amnésie, cette perte de mémoire, porte ouverte au déni. Encore que dénier sup­pose le rejet d’une réal­ité tout de même, un tant soit peu, perçue. Et il n’est pas sûr que les scé­nar­istes du futur cap­i­tal­is­tique pos­sè­dent assez de cul­ture his­torique et sci­en­tifique – sci­ences exactes et sci­ences humaines – pour entrevoir les lim­ites de leur imperi­um.

Comme les empires anciens de Chine, de Perse, de Rome et d’autres ils sont voués à la dis­pari­tion, dans un même aveu­gle­ment et sans doute dans l’incompréhension de leurs empereurs. Seuls des sages auront ten­té d’apporter leurs lumières, les Con­fu­cius, Hér­a­clite, Sénèque… et leurs paroles iné­coutées.

À l’œuvre dans le pil­lage mor­tifère de la planète, les néo-cap­i­tal­istes men­a­cent les espèces vivantes, à com­mencer par l’humaine. Dans ce but, ils se sont appro­prié, non pas les savoirs ni les sci­ences, mais leurs appli­ca­tions vul­gaires, immé­di­ates, mon­nayables, renta­bles, celles qui nour­ris­sent ce qu’on appelle le « Pro­grès » et qui cor­re­spond en fait à la marchan­di­s­a­tion des tech­niques, ce qu’on regroupe sous le mot « tech­nolo­gie ».

(Lire la suite…)


Hervé Gourdel assassiné. Ce ne sont pas des hommes

Hervé GourdelHervé Gour­del. Je pars de sa bonne tête de brave homme, au regard droit. C’est par un tweet que, lun­di, je décou­vre son enlève­ment. Puis, par la vidéo qui l’exhibe flan­qué de deux gar­di­ens masqués et armés, je le vois et l’entends, dés­espéré, lire son mes­sage de sec­ours, sous la con­trainte.

Et ils l’ont décapité.

Les salauds.

Ils se font appel­er « Sol­dats du Cal­i­fat », se dis­ent affil­iés à « Daech » ou « État islamique ». Leur pou­voir de nui­sance extrême porte atteinte à l’ensemble de l’humanité, dont ils se trou­vent exclus.

Car ce ne sont pas des hommes. Ou alors d’une sous-espèce par­ti­c­ulière­ment dégradée. Ou encore en rai­son, si on peut dire, de la plus pro­fonde des per­ver­sions. Et il est vrai, hélas, que l’Homme, majus­cule, sait aus­si attein­dre cette dégradante petitesse assas­sine – lui, l’unique spéci­men du règne ani­mal capa­ble d’un tel génie dans le mal. Dans le Mal, majus­cule, il a su œuvr­er au plus bas de la bassesse – et au nom d’idéaux déments, mêlés de pureté et de haine, impli­quant les dieux ou des guides suprêmes, trou­vant tou­jours à leur ser­vice des généra­tions de Torque­ma­da experts en tor­ture, habiles à arracher les langues héré­tiques – de juifs ou de musul­mans, selon le bal­anci­er de l’Histoire, selon l’urgence liée au besoin d’obscurité. La liste serait inépuis­able, on la lim­it­era ici à trois évo­ca­tions emblé­ma­tiques :

Gior­dano Bruno mis au bûch­er pour avoir soutenu l’infinité des mon­des face au champ de l’Ignorance ;

les ter­ri­bles guer­res de reli­gion entre protes­tants et catholiques au nom du Christ (XVIe siè­cle) ;

la langue arrachée, le corps tor­turé, déman­telé et – aus­si – décapité du Cheva­lier de la Barre, 20 ans, pour « blas­phème et sac­rilège ». Il n’avait pas ôté son cha­peau devant une pro­ces­sion (Abbeville, 1765).

Il nous fal­lut bien du temps, du temps de luttes pour nous extraire de ces arrière-mon­des. Et les chutes parsè­ment l’Histoire, lourde de mal­heurs et d’atrocités, jusqu’à la dépor­ta­tion esclavagiste, jusqu’aux géno­cides « mod­ernes » des Arméniens, Juifs, Tut­sis.

De ce temps si âpre, il ne nous en faudrait bien moins aujourd’hui pour y som­br­er à nou­veau.

Guide de haute mon­tagne, Hervé Gour­del était attiré par les som­mets. Sans doute avait-il de l’Humanité une idée élevée.

Il a été jeté dans les ténèbres par des fana­tiques, de ces hal­lu­cinés qui ren­voient à ceux qu’évoque si puis­sam­ment le Zarathous­tra de Niet­zsche dont voici quelques extraits :

DES HALLUCINÉS DE L’ARRIÈRE-MONDE

 Ain­si moi aus­si, je jetai mon illu­sion par delà les hommes, pareil à tous les hal­lu­cinés de l’arrière-monde. Par delà les hommes, en vérité ?

Hélas, mes frères, ce dieu que j’ai créé était œuvre faite de main humaine et folie humaine, comme sont tous les dieux.

Il n’était qu’homme, pau­vre frag­ment d’un homme et d’un « moi » : il sor­tit de mes pro­pres cen­dres et de mon pro­pre brasi­er, ce fan­tôme, et vrai­ment, il ne me vint pas de l’au-delà !

[…]

Ce furent des malades et des décrépits qui méprisèrent le corps et la terre, qui inven­tèrent les choses célestes et les gouttes du sang rédemp­teur : et ces poi­sons doux et lugubres, c’est encore au corps et à la terre qu’ils les ont emprun­tés !

Ils voulaient se sauver de leur mis­ère et les étoiles leur sem­blaient trop loin­taines. Alors ils se mirent à soupir­er : Hélas ! que n’y a-t-il des voies célestes pour que nous puis­sions nous gliss­er dans un autre Être, et dans un autre bon­heur ! » — Alors ils inven­tèrent leurs arti­fices et leurs petites bois­sons sanglantes !

[…]

Il y eut tou­jours beau­coup de gens malades par­mi ceux qui rêvent et qui lan­guis­sent vers Dieu ; ils haïssent avec fureur celui qui cherche la con­nais­sance, ils haïssent la plus jeune des ver­tus qui s’appelle : loy­auté.

Ils regar­dent tou­jours en arrière vers des temps obscurs : il est vrai qu’alors la folie et la foi étaient autre chose. La fureur de la rai­son appa­rais­sait à l’image de Dieu et le doute était péché.

Je con­nais trop bien ceux qui sont sem­blables à Dieu : ils veu­lent qu’on croie en eux et que le doute soit un péché. Je sais trop bien à quoi ils croient eux-mêmes le plus.

Ce n’est vrai­ment pas à des arrière-mon­des et aux gouttes du sang rédemp­teur : mais eux aus­si croient davan­tage au corps et c’est leur pro­pre corps qu’ils con­sid­èrent comme la chose en soi.

Mais le corps est pour eux une chose mal­adive : et volon­tiers ils sor­ti­raient de leur peau. C’est pourquoi ils écoutent les prédi­ca­teurs de la mort et ils prêchent eux-mêmes les arrière-mon­des.

Écoutez plutôt, mes frères, la voix du corps guéri : c’est une voix plus loyale et plus pure.

Le corps sain par­le avec plus de loy­auté et plus de pureté, le corps com­plet, car­ré de la tête à la base : il par­le du sens de la terre. —

Ain­si par­lait Zarathous­tra.”

 

Friedrich Niet­zsche

Ain­si par­lait Zarathous­tra
Un livre pour tous et pour per­son­ne
Tra­duc­tion par Hen­ri Albert.
Mer­cure de France, 1903 [six­ième édi­tion] (Œuvres com­plètes de Frédéric Niet­zsche, vol. 9, pp. 40–45).

Lire aus­si : 

À Michel Germaneau, mort au nom de l’Homme, victime du fanatisme

Journalistes-otages, héros modernes et sacralisés


Cornelius Castoriadis : “Nous devrions être les jardiniers de cette planète”

Il faut cul­tiv­er notre jardin” dit ain­si Voltaire dans la bouche de son Can­dide. Célèbre injonc­tion aux sens mul­ti­ples, ouverts, à portée immé­di­ate, au pro­pre comme au fig­uré. Philosophe con­tem­po­rain (mort en 1997), Cor­nelius Cas­to­ri­adis étend la for­mule à une dimen­sion plané­taire qui relève de l’urgence, dépasse l’individuel et atteint ain­si à l’universel : “Nous devri­ons être les jar­diniers de cette planète”, lance-t-il au cours d’un entre­tien à la radio avec Daniel Mer­met. L’actualité de ce pro­pos est plus vive que jamais au regard de la dégra­da­tion écologique de notre Terre. Voici un extrait de cet entre­tien, ain­si que le lien qui per­met d’accéder à la total­ité.

C_CastoriadisCor­nelius Cas­to­ri­adis est mort en 1997. Né en Grèce, il s’installe en 1945 à Paris où il crée la revue, aujourd’hui mythique, Social­isme ou bar­barie. En 1968, avec Edgar Morin et Claude Lefort, il pub­lie Mai 68 la Brèche. En 1975, il pub­lie L’institution imag­i­naire de la société, sans doute son ouvrage le plus impor­tant. En 1978, il entre­prend la série Les car­refours du labyrinthe. L’entretien avec Mer­met fait suite à la pub­li­ca­tion de La mon­tée de l’insignifiance en novem­bre 1996.

• Daniel Mer­met – Qu’est-ce que vous pensez de cet irré­ductible désir qui fait que l’histoire con­tin­ue ?

– Cor­nelius Cas­to­ri­adis : Mais, de toute façon il y a un irré­ductible désir. […]. Si vous prenez les sociétés archaïques ou les sociétés tra­di­tion­nelles, il n’y a pas un irré­ductible désir. On ne par­le pas là du désir du point de vue psy­ch­an­a­ly­tique. On par­le du désir tel qu’il est trans­for­mé par la social­i­sa­tion. Et ces sociétés sont des sociétés de répéti­tion. Or dans l’époque mod­erne, il y a une libéra­tion dans tous les sens du terme, par rap­port aux con­traintes de la social­i­sa­tion des indi­vidus. On dit par exem­ple : “Tu pren­dras une femme dans tel clan ou dans telle famille. Tu auras une femme dans ta vie. Si tu en as deux, ou deux hommes, ce sera en cachette, ce sera une trans­gres­sion. Tu auras un statut social, ce sera ça et pas autre chose”. Mais aujourd’hui on est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines et c’est en ça que nous avons le désir d’infini. Or cette libéra­tion est en un sens une grande con­quête. Il n’est pas ques­tion de revenir aux sociétés de répéti­tion. Mais il faut aus­si appren­dre – et ça c’est un très grand thème –appren­dre à s’autolimiter, indi­vidu­elle­ment et col­lec­tive­ment. Et la société cap­i­tal­iste aujourd’hui est une société qui à mes yeux court à l’abîme à tous points de vue car c’est une société qui ne sait pas s’autolimiter. Et une société vrai­ment libre, une société autonome, doit savoir s’autolimiter.

D. M. – Lim­iter c’est inter­dire. Com­ment inter­dire ?

C. C. – Non, pas inter­dire au sens répres­sif. Mais savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essay­er de faire ou qu’il ne faut pas désir­er. Par exem­ple l’environnement. Nous vivons sur cette planète que nous sommes en train de détru­ire, et quand je prononce cette phrase je songe aux mer­veilles, je pense à la mer Egée, je pense aux mon­tagnes enneigées, je pense à la vue du Paci­fique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la cam­pagne française qu’on est en train de déser­ti­fi­er. Autant de mer­veilles en voie de démo­li­tion. Je pense que nous devri­ons être les jar­diniers de cette planète. Il faudrait la cul­tiv­er. La cul­tiv­er comme elle est et pour elle-même. Et trou­ver notre vie, notre place rel­a­tive­ment à cela. Voilà une énorme tâche. Et ça pour­rait absorber une grande par­tie des loisirs des gens, libérés d’un tra­vail stu­pide, pro­duc­tif, répéti­tif, etc. Or cela, évidem­ment, c’est très loin non seule­ment du sys­tème actuel mais de l’imagination dom­i­nante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est l’imaginaire de l’expansion illim­itée, c’est l’accumulation de la camelote… une télé dans chaque cham­bre, un micro-ordi­na­teur dans chaque cham­bre, c’est ça qu’il faut détru­ire. Le sys­tème s’appuie sur cet imag­i­naire qui est là et qui fonc­tionne.

cornelius-castoriadis

L’imaginaire de notre époque, c’est l’imaginaire de l’expansion illim­itée, c’est l’accumulation de la camelote…”

D. M. – Ce dont vous par­lez là, sans cesse, c’est de la lib­erté ?

C. C. – Oui.

D. M. – Der­rière ça, il y a la lib­erté ?

C. C. – Oui.

D. M. – Dif­fi­cile lib­erté ?

C. C. – Ah oui ! La lib­erté, c’est très dif­fi­cile.

D. M. – Dif­fi­cile démoc­ra­tie ?

C. C.Démoc­ra­tie dif­fi­cile parce que lib­erté, et lib­erté dif­fi­cile parce que démoc­ra­tie, oui, absol­u­ment. Parce que c’est très facile de se laiss­er aller, l’homme est un ani­mal paresseux, on l’a dit. Là encore je reviens à mes ancêtres, il y a une phrase mer­veilleuse de Thucy­dide : Il faut choisir se repos­er ou être libre. Je crois que c’est Péri­clès qui dit ça aux Athéniens: Si vous voulez être libres, il faut tra­vailler. Vous ne pou­vez pas vous repos­er. Vous ne pou­vez pas vous asseoir devant la télé. Vous n’êtes pas libres quand vous êtes devant la télé. Vous croyez être libres en zap­pant comme un imbé­cile, vous n’êtes pas libres, c’est une fausse lib­erté. Ce n’est pas seule­ment l’âne de Buri­dan qui choisit entre deux tas de foin. La lib­erté, c’est l’activité. Et la lib­erté, c’est une activ­ité qui en même temps s’autolimite, c’est-à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire. C’est ça le grand prob­lème, pour moi, de la démoc­ra­tie et de l’individualisme.

D. M. – La lib­erté, c’est les lim­ites ? Philoso­pher, c’est établir les lim­ites ?

C. C. – Non, la lib­erté, c’est l’activité et l’activité qui sait pos­er ses pro­pres lim­ites. Philoso­pher, c’est la pen­sée. C’est la pen­sée qui sait recon­naître qu’il y a des choses que nous ne savons pas et que nous ne con­naîtrons jamais…

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LA MONTEE DE L'INSIGNIFIANCE
inté­gral­ité de l’entretien de Cor­nelius Cas­to­ri­adis avec Daniel Mer­met


Israel-Palestine. “Notre misérable État juif”, par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Arti­cle de Gideon Levy, pub­lié dans Haaretz, le 6 juil­let 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union juive française pour la paix), dif­fusé par la Ligue des Droits de l’Homme de Toulon.

Les jeunes de l’État juif attaque­nt des Pales­tiniens dans les rues de Jérusalem, exacte­ment comme les jeunes chez les gen­tils attaquaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israéliens de l’État juif se déchaî­nent sur les réseaux soci­aux, répan­dant une haine et un désir de vengeance d’une ampleur dia­bolique sans précé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­nique. Ce sont les enfants de la généra­tion nation­al­iste et raciste – la descen­dance de Netanya­hou.

Depuis cinq ans main­tenant ils n’ont enten­du qu’incitations, pro­pos alarmistes et supré­matie sur les Arabes de la part du véri­ta­ble instruc­teur de cette généra­tion, le pre­mier min­istre Ben­jamin Netanya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de traite­ment égal.

  Main­tenant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits unique­ment pour le Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont gran­di dans le con­texte de la reven­di­ca­tion provo­cante de recon­nais­sance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les con­clu­sions qui s’imposent. Avant même la délim­i­ta­tion de ce que sig­ni­fie « État juif » — sera-ce un État qui met les tefil­in (phy­lac­tères), embrasse les mezouzot (des rouleaux de prières enfer­més dans de petites boîtes métalliques ou en bois qui sont fixées aux cham­bran­les des portes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­tilèges, ferme le jour de Shab­bath et observe stricte­ment les lois de la cashrout – les mass­es ont com­pris.

La foule a d’emblée intéri­or­isé la véri­ta­ble sig­ni­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Africains est d’être envoyé au cen­tre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­tiniens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule con­di­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de con­sti­tu­tion, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la prési­dente de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Calderon (du par­ti Yesh Atid – inutile de pré­cis­er que c’est le « cen­tre » de l’échiquier poli­tique) coupe la parole au député arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine revenu, boulever­sé, d’une vis­ite à la famille de Shoafat, le jeune Arabe qui a été mas­sacré, et le ser­monne cynique­ment sur le thème qu’il doit aus­si faire référence aux trois jeunes Juifs mas­sacrés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême autorise la démo­li­tion de la mai­son de la famille d’un homme sus­pec­té de meurtre avant même qu’il ne soit con­damné. Un État juif édicte des lois racistes et nation­al­istes. Les médias d’un État juif se com­plaisent sur le meurtre de trois étu­di­ants de yeshi­va et ignorent presque com­plète­ment le sort de plusieurs jeunes Pales­tiniens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des derniers mois, générale­ment sans rai­son.

Per­son­ne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soupçon de respect du droit inter­na­tion­al ni des con­ven­tions inter­na­tionales. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peu­ple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­velle généra­tion qui grandit sous sa coupe est dan­gereuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Netanya­hou est son min­istre de l’éducation ; les médias mil­i­taristes et nation­al­istes font office de poème péd­a­gogique ; le sys­tème d’éducation qui l’emmène à Auschwitz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nou­velle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­logue pales­tinien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sauvage, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un mon­stre, un ter­ror­iste.

Il sait qu’Israël n’a pas de parte­naire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a enten­tu un nom­bre incal­cu­la­ble de fois de la part de Netanya­hou, du min­istre des Affaires étrangères Avig­dor Lieber­man et du min­istre de l’Économie, Naf­tali Ben­nett. De la bouche de Yair Lapid il a enten­du qu’il y a des « Zoabis » – en référence con­de­scen­dante à la députée de la Knes­set Haneen Zoabi (du par­ti Bal­ad).

Etre de gauche ou désireux de jus­tice dans l’État juif est con­sid­éré comme un délit, la société civile est tenue pour tricheuse, la vraie démoc­ra­tie pour dia­bolique. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droite mais le sup­posé cen­tre gauche inclu­ant Tzipi Livni et Lapid – la démoc­ra­tie est floue.

Le prin­ci­pal prob­lème de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embobineurs moral­isa­teurs, les voy­ous, l’extrême droite et les colons. Non pas les mar­gin­aux mais le courant prin­ci­pal qui est en par­tie nation­al­iste et en par­tie indif­férent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laque­lle il faut être juste avec la minorité ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont man­i­festé avec Mar­tin Luther King ou fait de la prison avec Nel­son Man­dela. L’État juif, qu’Israël veut absol­u­ment faire recon­naître par les Pales­tiniens, doit d’abord se recon­naître lui-même. Au terme de la journée, après une semaine ter­ri­ble, il sem­ble qu’un État juif ce soit un État raciste, nation­al­iste, conçu unique­ment pour les Juifs.

–––

[1] “Our wretched Jew­ish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre…


Les “sans fleurs” de Georges Moustaki

Ph. Michiel Hendryckx, Wikipedia

Ph. Michiel Hendryckx, Wikipedia

Mous­ta­ki est mort. Je me sou­viens…

Bien sûr, les médias en font des méga-tonnes. Plus de quar­ante min­utes ce midi au jour­nal radio (Inter) ; ce soir sur les télés, on attend le déluge. C’est que la chan­son et ses hérauts/héros comptent énor­mé­ment dans nos imag­i­naires – pas besoin d’ajouter pop­u­laires, ça vaut pour tous, je crois. La bonne chan­son, cet art du rac­cour­ci, mémorable parce que si bien mémoris­able dans cette fusion paroles/musique. 

Donc, les chanteurs célèbres, on les célèbre comme ces icônes que fab­rique le Spec­ta­cle général­isé. On les adore, on les vénère, on les pan­théonise.

Mous­ta­ki, soit, était plutôt un brave type, pour ce qu’on en dit. Il chan­tait faux et jouait de même de sa grat­te. Mais il l’assumait. Et une dizaine de chan­sons auront pris place dans ce qu’on appelle le pat­ri­moine cul­turel.

J’ai un sou­venir per­son­nel de lui. Ça remonte à Sex­pol, la revue (voir ci-con­tre). Besoin de sous, nous déci­dons d’organiser un « gala de sou­tien ». Ce sera le lun­di 9 mai 1977 au Palace, rue du faubourg Mont­martre à Paris. Acceptent de se pro­duire gra­tu­ite­ment divers artistes généreux dont Cather­ine Ribeiro + Alpes, François Rab­bath, le con­tre­bassiste, la comé­di­enne Pier­rette Dupoyet, etc. Et Georges Mous­ta­ki, arrivé comme con­venu avec sa gui­tare.

Le gala démarre, les artistes enchaî­nent… Arrive le tour de Mous­ta­ki… On attend. On va voir dans sa loge : per­son­ne. Dis­paru.

Penauds, on annonce la défec­tion du chanteur au mil­li­er de spec­ta­teurs, qui ne le pren­nent pas trop mal.

Le lende­main, pour avoir le fin mot, j’appelle le Mous­ta­ki.

Ben oui, m’explique-t-il, il n’y avait pas de fleurs dans ma loge, alors je suis par­ti.

Je ne sais plus ce que j’ai pu alors bafouiller avant de clore la con­ver­sa­tion. Quelques années plus tard, je devais le crois­er  dans un couloir d’Orly. On s’est ser­ré la main tan­dis que je lui rap­pelais l’affaire Sex­pol. Il a souri benoîte­ment. On s’est plus revus.

Pour son ultime gala, cette fois c’est sûr, il ne va pas man­quer de fleurs.


Cahuzac et le “pire des analphabètes”, selon Brecht

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

J-C, peu avant sa cru­ci­fix­ion. [ph. DR]

Une cata infor­ma­tique s’est abattue sur « C’est pour dire » en même temps que la cata poli­tique qui fera du 2 avril 2013 la date référence: « Avant/après J-C bis ». Pas bien grave pour l’une (la chose a été dépan­née – mer­ci Daniel !), déplorable pour l’autre et pour nous tous, en par­ti­c­uli­er pour ce qui relève de la Démoc­ra­tie et de la République – avec majus­cules – ces con­struc­tions si belles, laborieuses à faire grandir, si frag­iles, au point qu’elles chan­cel­lent sous les coups d’un igno­ble Mal­frat (majus­cule aus­si !).  Ce qui est ici en cause, c’est la col­lu­sion intime de l’Argent, du Pou­voir et de la Petitesse, amal­game ruineux pour l’Homme – con­struc­tion humaine – et qui ruine les hommes, le peu­ple, la société, la morale déjà si chance­lante en ces temps désen­chan­tés.

Tout aura été dit, depuis ce jour de l’Aveu et de la Cru­ci­fix­ion, de la triche, du men­songe, de l’ignominie. Rien à ajouter à l’immonde. Sauf ce texte ressor­ti à point nom­mé (mer­ci Rosa et Michel !). Un texte du dra­maturge alle­mand Bertolt Brecht (mort en 1956), brossant le por­trait de l’analphabète poli­tique, cet amnésique et irre­spon­s­able par lequel l’Histoire ne manque pas de bégay­er.

Cahuzac s’inscrit dans une longue lignée d’affairistes véreux, précède les suiv­ants, illus­tre les actuels. Son tal­ent sup­plé­men­taire lui garan­tit le statut d’icône mod­erne. Car il n’a rien inven­té.

« Le pire des anal­phabètes, c’est l’analphabète poli­tique. Il n’écoute pas, ne par­le pas, ne par­ticipe pas aux événe­ments poli­tiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des hari­cots et du pois­son, le prix de la farine, le loy­er, le prix des souliers et des médica­ments dépen­dent des déci­sions poli­tiques. L’analphabète poli­tique est si bête qu’il s’enorgueillit et gon­fle la poitrine pour dire qu’il déteste la poli­tique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son igno­rance poli­tique qui pro­duit la pros­ti­tuée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les ban­dits et surtout le politi­cien mal­hon­nête, menteur et cor­rompu, qui lèche les pieds des entre­pris­es nationales et multi­na­tionales. » [Bertolt Brecht, ni daté, ni sour­cé]

• Voir égale­ment, du 17 décem­bre 2012 :

Le men­hir d’Obélix cachera-t-il la forêt de l’évasion fis­cale ? par Attac


Richard Bohringer aux politiciens : La banque est plus forte que vous !

Invité sur le plateau de « On n’est pas couché » same­di soir, l’acteur Richard Bohringer a poussé un beau et émou­vant coup de gueule. Face à Hen­ri Guaino, il a exprimé ses con­vic­tions en pointant du doigt les politi­ciens et leur impuis­sance face aux ban­ques et au monde de la finance.

Pourquoi il n’y a pas de République ?  a-t-il lancé. Parce qu’on n’est pas répub­li­cains !
“Le poli­tique, qu’il soit homme ou femme,…, ne sert plus à rien, c’est un prestataire de ser­vice…
“La preuve, ces putains de dettes, on n’arrive pas à les pay­er… tant qu’il y aura ces his­toires des dettes, qui met­tent à plat les peu­ples… vous les poli­tiques n’arrivez pas à les faire élim­in­er, parce que la banque est plus forte que vous, c’est elle qui vous imprime la des­tinée de notre peu­ple et non pas vous.”



Marseille. L’ “affaire Guetta” ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du con­cert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le car­ac­tère plus que trou­ble de la ges­tion munic­i­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­niqué suiv­ant du Com­man­do Anti-23 juin exigeant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démoc­ra­tiques des élus.

 

Nous avons fait réa­gir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a amené le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­niqué qu’il annu­lait son con­cert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plusieurs semaines, notre mobil­i­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez con­traint le maire à répon­dre à vos pub­li­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cuter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guet­ta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

(Lire la suite…)


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

  • Traduire :

  • Twitter — Gazouiller

  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

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    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Ponthieu, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Attribution - Pas d’Utilisation Commerciale - Pas de Modification (3.0 France). Photos, dessins et documents mentionnés sous copyright © sont protégés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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