Anémone et Le Monde, improbable rencontre

Par Daniel SchneidermannArrêt sur Images]

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L’article du Monde

C‘est un dur métier, journaliste. Il faut imaginer Sandrine Blanchard, du Monde.Elle a décroché le gros lot : une interview d’Anémone. 1 Joie de l’intervieweuse. C’est d’ailleurs sa phrase d’attaque : “Je me faisais une joie de rencontrer Anémone”. L’Anémone du “Père Noël est une ordure”. L’Anémone du “Grand chemin”. Gonflée de joie, toute pleine de souvenirs de rigolade, Sandrine Blanchard arrive au rendez-vous. Et démarre le film-catastrophe. D’abord, le rendez-vous est fixé “dans un bar d’hôtel impersonnel, comme il y en a des centaines à Paris, coincé entre la rue de Rivoli et le Forum des Halles”. C’est vrai, quoi. Elle n’aurait pas pu, Anémone, donner rendez-vous au Ritz, comme tout le monde ? C’est comme cette “maison perdue dans le Poitou”, où la comédienne s’est retirée. Le Poitou ! A-t-on idée ? Saint-Trop et Saint Barth, c’est pour les chiens ?

Et tout s’enchaîne. “Les cheveux gris, courts et clairsemés, des lunettes rondes qui lui mangent un visage émacié, Anémone est plongée dans le dernier livre de Naomi Klein, Dire non ne suffit plus (Actes Sud, 224 p., 20,80 euros). Elle paraît fatiguée”. C’est sûr, la lecture de Naomi Klein, ça doit fatiguer. Alors qu’il existe tant de livres rigolos, qui donnent la pêche ! “Elle nous annonce qu’elle n’a qu’une petite heure à nous consacrer, après, elle se«casse». Mais le photographe doit arriver dans une heure… Ça l’«emmerde», les photos. Elle n’est pas maquillée et ne se maquillera pas”. Une seule petite heure ? Quelle mesquinerie. C’est pourtant un tel plaisir, de passer une heure au maquillage chaque matin, de revisiter Le père Noël pour la 1739e fois, de livrer pour la nième fois les mêmes anecdotes sur Lhermitte et Jugnot, et de sourire niaisement pour le nième photographe !

Bref, elle a tout faux, Anémone. Ni sympa, ni souriante, ni maquillée, ni positive. Si au moins, comme une bonne alter qui se respecte, elle était décemment révoltée, si elle militait pour les pandas ou le tri sélectif, Sandrine Blanchard pourrait lui pardonner. Mais même pas ! “Tatie Danielle de la fin du monde”, elle n’a même plus le bon goût de se révolter ou de militer : “C’est frappé au coin du bon sens : on ne peut pas rêver d’une croissance infinie de la population et de la consommation individuelle sur une planète qui n’est pas en expansion. […] C’est trop tard, toutes les études convergent. Il y a cinquante ans, on aurait pu faire autrement. Maintenant, démerdez-vous. Ça va finir avec de grands bûchers. On n’arrivera plus à enterrer les gens tellement ils mourront vite.» A travers la mise en scène par Sandrine Blanchard de ses déceptions en chaîne, on lit en creux toutes les injonctions inconscientes de la Machine aux comédiens médiatisables. En attendant, on assiste à la confrontation d’un être humain authentique et d’une petite soldate, qui n’y est plus habituée. Extraordinaire duo. Je serais patron de salle, je saurais ce qui me reste à faire.

Le “Neuf -Quinze”,  billet quotidien de Daniel Schneidermann, est un régal de finesse caustique. Le fondateur d’Arrêt sur images y poursuit, avec son équipe, une salutaire réflexion critique sur les médias. On peut, et doit, si possible, s’abonner au billet (gratuit) et au site (4 euros par mois).

Merci d’avoir autorisé « C’est pour dire » à reprendre cet article.

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Faber

Ah ah, bonne nouvelle de la fin du monde et même du journal du même nom !

Oui, c’est bien de ça qu’il s’agit : de la décadence d’une presse de l’anecdote, qui cherche l’anecdote, qui trouve la superficialité, donne dan sel pipole et se plaint de sa déchéance.

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