Pédophilie. Hypothèses sur le dérapage de Finkielkraut à la télé

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Il peut être dangereux de se montrer à la télévision, surtout avec de drôles d’idées… Ainsi Alain Finkielkraut, ce 11 janvier sur LCI – chaîne dont la direction a décidé de se séparer de son commentateur hebdomadaire dans l’émission « 24H Pujadas ». Le philosophe et académicien n’en est pas à ses premiers écarts sur les sévices sexuels imposés aux enfants. De ses propos anciens, rappelés ci-dessous, et jusqu’aux plus récents autour de l’affaire Olivier Duhamel, se dégage une ambiguïté insoutenable. Voici d’abord la vidéo de l’émission incriminée, suivie du compte rendu publié dans Le Monde du 12 janvier :

   

« Au début de l’échange, Alain Finkielkraut commence par condamner Olivier Duhamel : « Il n’a pas seulement commis un acte répréhensible. Ce qu’il a fait est très grave, il est inexcusable. » Mais, au fil d’une démonstration sur la question du consentement, M. Finkielkraut estime que, lorsqu’« on essaie » d’examiner les faits de pédocriminalité et qu’« on » se demande « y a-t-il eu consentement ? A quel âge ça a commencé ? Y a-t-il eu ou non une forme de réciprocité ?, on vous tombe immédiatement dessus ». Lorsque le présentateur lui rappelle qu’il parle, en l’occurrence, « d’un enfant de 14 ans », le polémiste rétorque : « Et alors ? D’abord, on parle d’un adolescent, c’est pas la même chose. »

[…] L’association féministe intersectionnelle Les Effronté.es 1 a rappelé, sur le même réseau, qu’en 2009 déjà M. Finkielkraut, également présentateur de l’émission « Répliques » sur France Culture, avait estimé que Samantha Geimer « n’était pas une petite fille, une fillette, une enfant » lorsqu’en 1977 Roman Polanski l’avait violée. La victime avait alors 13 ans. »

Dans mon livre sur Matzneff et la pédophilie 2, j’ai publié un chapitre intitulé « Finkielkraut “stimulé” par Tony Duvert ». Extraits :

« Même un Alain Finkielkraut aura cédé aux sirènes de cette bien-pensance singulière – sous ses velléités de subversion verbeuse. Ainsi dans Le Nouveau Désordre amoureux (Le Seuil, 1977) où, avec son comparse Pascal Bruckner, il se montre dans l’un des chapitres plus que complaisant envers l’apologie de la pédocriminalité professée par Tony Duvert. Soit ce passage des plus explicites: « Au fond, la Loi ne demande aux amants que ceci : de ne pas faire les enfants ; en d’autres termes, de rester pleinement génitaux. Et inversement : le corps de l’enfant demeure aujourd’hui en Occident le dernier territoire inviolable et privé, l’unanime sanctuaire interdit : droit de cité à toutes les « perversions », à la rigueur, mais chasse impitoyable à la sexualité enfantine, son exercice, sa convoitise. La subversion, si l’on y croit encore, ce serait de nos jours moins l’homosexualité que la pédérastie, la séduction des « innocents » (d’où le scandale que provoquent les livres de Tony Duvert alors qu’ils devraient stimuler, susciter des vocations, dessiller les yeux). Parce que la maturité est toujours l’histoire d’un étranglement, l’adolescence n’est pas le début de la vie sexuelle mais plutôt sa triste canalisation: à 14-15 ans, les jeux sont faits, la normalité orgastique parachève son patient travail de redressement. L’enfance, deux fois « privilégiée » par notre société (ici, pure de toute velléité érotique; là, « polymorphe perverse », asexuée à droite, hypersexuée à gauche) serait donc le continent prohibé par excellence, la terre promise que nul n’aurait le droit de fouler aux pieds: je peux être génital, je peux être infantile (ça, je le suis de toutes les façons), mais surtout pas enfantin […] Faire l’ange, ça vous excite cette débilité-là28? »

En 1979, passant la vitesse supérieure, les mêmes auteurs citent à nouveau Duvert, estimant qu’il est « en tant que pédophile, l’héritier des grands mythes amoureux », victime de « l’ordre collectif ancienne manière [qui] ne renaît que pour faire la chasse aux amours pédérastiques.

[…] Regrettez-vous ces temps barbares et lointains où la foi faisait violence à l’amour? Désirez-vous connaître l’intensité des passions impossibles? Une seule solution: éprenez-vous d’un(e) enfant. » Pascal Bruckner, Alain Finkielkraut, Au coin de la rue, l’aventure, Seuil, 1979, p. 91.

Pas étonnant dès lors que le philosophe-académicien-producteur- écrivain en vienne à prétendre à propos de l’affaire Matzneff, sur CNews ce 7 janvier 2020: « Il n’y a pas eu de viol puisqu’il y a eu consentement, mais il y a eu en effet détournement de mineur », se plaçant ainsi dans le continuum normal de la violence sexuelle envers les enfants et les femmes. Position qui fut déjà la sienne lorsqu’il a pris, lui aussi, la défense de Roman Polanski suite à son viol par sodomie d’une mineure, objectant que sa victime « n’était pas une enfant » car elle « posait pour Vogue » !

Loin de moi de vouloir porter ici le coup de pied de l’âne à un homme pour qui j’ai par ailleurs de la considération. Son émission hebdomadaire, Répliques, sur France Culture est des plus intéressantes par la qualité de son questionnement. Mais, là encore, le « talent » ne saurait tout excuser, sauf à le considérer comme un paravent.

Nul n’est parfait, pas même l’auteur de ces lignes… Mais le droit à la faute, ne vaut pas droit à l’erreur. « Errare humanum est, perseverare diabolicum » Oui, persévérer est diabolique ! J’insiste, en revenant sur l’académicien, si souvent moraliste, et son « argument » en défense de Polanski. Sa victime, ose-t-il avancer « n’était pas une enfant » car elle « posait pour Vogue » ! Quelle hypocrisie! Ainsi, Vanessa Springora n’était pas davantage l’adolescente de 13-14 ans puisqu’elle dînait en compagnie d’un écrivain invité par sa mère… Et Eva Ionesco, dont la mère prenait des photos à caractère incestueux, qu’on qualifiait alors d’art ? Et Flavie Flament, adolescente violée par David Hamilton, le si talentueux photographe britannique ? »

Ceci peut expliquer cela.
GP

Lire aussi : Pédophilie. Le beau-père Duhamel et l’effet Zézette

Notes:

  1. …qui a de sérieuses raisons d’en vouloir à  Finkielkraut. Ndgp.
  2. Pédophilie. De la chute de Matzneff à une lecture sexo-politique de l’après-68 – dans les bonnes librairies et directement aux Éditions libertaires : https://editions-libertaires.org/?p=1740
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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

Une réflexion sur “Pédophilie. Hypothèses sur le dérapage <span class="pt_splitter pt_splitter-1">de Finkielkraut à la télé</span>

  • 21 janvier 2021 à 11 h 42 min
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    Un bémol toutefois : Finkielkraut a bien le droit de s’exprimer, librement, même pour se fourvoyer dans une argumentation injustifiable. Pourquoi donc LCL s’est-elle cru tenue de le virer ? Le politiquement correct, là encore. Détestable tout autant.

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