On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Cas­tro peut désor­mais accéder à l’apothéose, dernier grade qui man­quait à sa gloire. Il était temps car l’icône se craque­lle. Les céré­monies d’adieu au « com­man­dante » s’annoncent grandios­es – de vraies pom­pes funèbres. Mais les « grands » de ce monde mod­èrent leurs élans « obséquieux »… Ils ne fer­ont pas tous le voy­age, pressen­tant que l’Histoire se garde désor­mais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tournée pour les cen­taines de mil­liers d’exilés. Cette fois, c’est le livre du mythe révo­lu­tion­naire qui va se refer­mer sur un peu­ple abusé, gavé de pal­abres. Un peu­ple qui va enter­rer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, place de la Rev­olu­cion à La Havane [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces céré­monies à la gloire du « Com­man­dante » rassem­blant son mil­lion et plus de « com­mu­ni­ants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Rev­olu­cion offrait la journée de con­gé, les sand­wich­es et la bière. Il aurait fait beau snober l’événement ! Sans par­ler de la vig­i­lance des CDR, Comités de défense de la révo­lu­tion quadrillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un flicage inté­gré aus­sitôt la prise de pou­voir. Au départ, tout peut se jus­ti­fi­er dans un proces­sus révo­lu­tion­naire. D’autant que l’ennemi ne tarde pas à sur­gir. Et que cet enne­mi sera tou­jours menaçant, utile­ment menaçant. Cas­tro en fera son dogme : « Dans une forter­esse assiégée, toute dis­si­dence est une trahi­son ». C’est une phrase de Saint Ignace de Loy­ola – n’oublions pas que Fidel Cas­tro a fréquen­té l’école des jésuites à San­ti­a­go…

Le cas­trisme est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un boule­vard idéologique et surtout poli­tique, selon la pra­tique impéri­al­iste con­sti­tu­tive des Etats-Unis, celle de la force imma­nente, mue par le dol­lar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ain­si des Amérin­di­ens, d’abord, puis des innom­brables inter­ven­tions de la CIA et des mil­i­taires 1 Avec son embar­go qui res­ta inef­fi­cace en fin de compte 2, le régime améri­cain ne lais­sa plus d’autre choix à Cas­tro que de se tourn­er vers l’Union sovié­tique. De même que la fail­lite de l’URSS en 1990 imposa le mariage avec le Venezuela de Chavez.

Par­mi les ado­ra­teurs de « Fidel » (et de Chavez), son cama­rade Jean-Luc Mélen­chon qui, lui, entr­era bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cli­quer pour les agrandir) :

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La grande force de Cas­tro – au risque même d’un con­flit nucléaire ! – a été d’internationaliser sa résis­tance à l’empire voisin 3. tout en exploitant à fond l’image biblique du David bar­bu­do affrontant l’affreux Goliath, se prê­tant objec­tive­ment à cette mise en spec­ta­cle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le cap­i­tal de sym­pa­thie accu­mulé par le régime de Cuba et sa « révo­lu­tion des Tropiques » à base de rhum, cig­a­res, sal­sa et petites pépées. De quoi séduire plus d’un Hem­ing­way, et des cohort­es de touristes bien canal­isés, sans oubli­er les pré­cieux relais idéologiques que con­sti­tu­aient les intel­lectuels ébahis, à l’esprit cri­tique en berne.

Ils accou­rurent à toute vitesse, pour se lim­iter aux Français, les Gérard Philipe, Jean-Paul Sartre et Simone de Beau­voir, les Agnès Var­da, Chris Mark­er, Jean Fer­rat, Bernard Kouch­n­er, Claude Julien, les écrivains Michel Leiris, Mar­guerite Duras, Jorge Sem­prun ou l’éditeur François Maspero. Même François Mit­ter­rand, et Danielle surtout, présen­tèrent leur dévo­tion au « com­man­dante », sans oubli­er évidem­ment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaulle, de Villepin et jusqu’à Dupont-Aig­nan salu­aient Cas­tro le sou­verain­iste !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant com­mis quelques arti­cles pas très regar­dant sur les dessous d’un sys­tème manip­u­la­teur, avec l’excuse non abso­lu­toire de la jeunesse – c’était de sur­croît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récom­pen­sé : ayant émis quelques timides cri­tiques, Cuba me pri­va de visa pro­fes­sion­nel et dut, par la suite, me con­tenter d’une vis­ite « touris­tique », libre mais mal­gré tout un peu risquée. 4 Cepen­dant tout se pas­sa sans encom­bres. J’en tirai quelques arti­cles, dont celui-ci, encore inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008.

Agitant un petit dra­peau russe, le guide rassem­ble son trou­peau du jour. Les bouquin­istes vendent la révo­lu­tion et ses pro­duits dérivés plus ou moins jau­nis. Le Che, Cami­lo Cien­fue­gos, Hem­ing­way et même Sartre, de Beau­voir. Et Fidel, certes. En bonne place sur son présen­toir en bois peint, trône le Cien horas con Fidel, réc­it des cent heures que le lid­er max­i­mo a passées en com­pag­nie d’Igna­cio Ramon­et, qui fut patron du Monde diplo­ma­tique

Je m’interroge sur la cou­ver­ture du livre, sur la pho­to de Cas­tro, cas­quette et tenue « olive verde » de rigueur, regard noir, étrange, œil déjouant l’autre ; un œil trou­blant, comme absent. Il se tient la barbe, entre pouce et index qui sem­blent aus­si oblig­er le sourire. Sourire ou ric­tus ? Pose ou atti­tude de doute – il serait temps… L’image date d’avant la mal­adie déclarée.

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La Havane, place d’Armes. La bouquin­iste a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rap­proche­ment pour le moins sac­rilège entre Pinoc­chio et les cent heures d’entretien Cas­tro-Ramon­et… [Ph. gp]

Cent heures…, soit, dis­ons, vingt jours à pal­abr­er… Vingt jours, la durée de mon périple à tra­vers l’île, à la ren­con­tre « des gens » ; à les observ­er et les écouter, à ten­ter de com­pren­dre dans sa com­plex­ité ce pays si attachant et déroutant. Au pluriel et en espag­nol, pal­abras veut dire dis­cours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-mess­es cas­tristes. Des offices pagano-religieux voués au culte du lid­er, place de la Révo­lu­tion, sous l’œil statu­fié de José Mar­ti, l’Apos­tol et père de l’Indépendance, désor­mais sec­ondé par l’effigie grandiose du Che, devant une foule mil­lion­naire (mais si pau­vre) soumise au prêche inter­minable d’un bon­i­menteur de car­rière…

Roi du baratin pom­peux autant que redon­dant et dém­a­gogue, Fidel Cas­tro aura passé au total des mois entiers, voire des années à pal­abr­er. Ses dis­cours ont par­fois dépassé les sept heures, à l’image de l’enflure du per­son­nage, de son ego sans lim­ites. Assuré­ment, un tel désir d’adoration par la mul­ti­tude est bien le pro­pre des dic­ta­teurs et de leurs struc­tures car­ac­térielles ; ou bien aus­si, il est vrai, des prédi­ca­teurs et autres évangélistes si en vogue en ces temps de dés­espérance.

Je suis tou­jours devant ce bouquin, m’interrogeant sur la moti­va­tion d’un Igna­cio Ramon­et cédant lui aus­si, façon « Monde diplo­ma­tique », à une forme d’adoration com­plice, fût-elle mât­inée de quelque audace cri­tique. Car l’autre tient le beau rôle, côté pou­voir, et le dernier mot – au nom du pre­mier, « L’Histoire m’absoudra », que lançait Cas­tro lors de son procès pour l’attaque en juil­let 1953 de La Mon­ca­da, caserne de San­ti­a­go, l’autre grande ville cubaine. Un slo­gan de tri­bunal pronon­cé tout exprès comme une for­mule de com’, et une man­i­fes­ta­tion, déjà, du plus mon­strueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâ­tral fon­da­teur de la saga cas­triste –, il exigeait l’Absolution. Tout comme Hitler qui, avant lui, avait lancé la même prédi­ca­tion. La com­para­i­son s’arrête là. Là où l’Histoire ques­tionne les fonde­ments des pou­voirs et de leurs plus vir­u­lents agents, avant de pass­er le relais aux scru­ta­teurs de l’inconscient.

Tan­dis que rec­u­lant d’un pas, je décou­vre, joux­tant le Cas­tro-Ramon­et, un autre livre, bien mali­cieux celui-là, dans le fond comme dans la présence, si incon­grue sur le présen­toir…  Las Aven­turas de Pinocho voi­sine, là, juste à côté d’un Com­man­dante soudaine­ment gêné par cette mar­i­on­nette au nez accusa­teur… La bouquin­iste, que j’interpelle en blaguant, elle-même rigolant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le men­songe… Sur un mur, à Guan­tanamo – la ville, pas la base états-uni­enne –, je relève ce graf­fi­ti décrépi : « Rev­olu­cion es no men­tir jamas ». Ne men­tir jamais… La brave injonc­tion, comme on en trou­ve tant, aux couleurs désor­mais sou­vent délavées. À Bara­coa, pointe ori­en­tale de l’île, assis à la porte d’un entre­pôt vide, un jeune gar­di­en encadré par deux longues cita­tions murales de José Mar­ti. Qu’en pense-t-il ? Il se lève pour les lire comme s’il les décou­vrait à l’instant : « Son pal­abras antiguas », des vieux mots, résume-t-il avant de se rasseoir. Comme si la bonne et vieille pro­pa­gande s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fatiguée. Comme si le men­songe d’État n’opérait plus, même pas par oppo­si­tion.

A l’aéroport région­al, dans la petite salle d’attente pour le vol vers La Havane, une télé dif­fuse son émis­sion d’éducation poli­tique. Il y est juste­ment ques­tion, une fois de plus, de la Mon­ca­da et du fameux slo­gan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étranger, sem­ble-t-il – et le seul à regarder cet écran dont tout le monde se con­tre­fout.

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San­ti­a­go. Même si des amélio­ra­tions récentes ont été apportées, les Cubains con­tin­u­ent à s’entasser dans des sortes de bétail­lères pour se ren­dre au tra­vail. [Ph. gp]

La pro­pa­gande élevée comme un art poli­tique suprême. Une pra­tique red­outable et anci­enne. Voici com­ment j’en fus vic­time –  en mai 68 !…Jeune Tintin débar­qué là-bas pour son pre­mier grand reportage, regroupé à l’arrivée avec cinq ou six autres jour­nal­istes européens. Propo­si­tion de mise à dis­po­si­tion d’un minicar, d’une inter­prète – Olga, char­mante blonde… – et d’un « accom­pa­g­na­teur » à fine mous­tache noire, Eduar­do, non moins affa­ble. Pro­gramme de vis­ite alléchant. Le Che venait de mourir en Bolivie et le régime cas­triste s’affairait à orchestr­er son immor­tal­ité. Mai 68 était amor­cé, en France et ailleurs dans le monde, la Tché­coslo­vaquie pas encore remise au pas – une affaire de semaines. La crise des fusées, 1962, déjà loin­taine. Cuba cueil­lait les div­i­den­des d’une sym­pa­thie inter­na­tionale pas seule­ment de gauche.

Et la petite bor­dée de jour­nal­istes allait se faire avoir dans la grande longueur, Tintin y com­pris, bien sûr. On nous bal­a­da ain­si – c’est bien le mot – dans le décor révo­lu­tion­naire en con­struc­tion, de plan­ta­tions de tabac en plage du « débar­que­ment » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mer­ce­naires, CIA, Kennedy,1961), de la ferme de Fidel et son éle­vage de croc­o­diles en match de base-ball, etc. Que la révo­lu­tion est jolie !

Man­quait tout de même le pom­pon, qui allait nous être pro­posé, comme sup­plé­ment au pro­gramme, par l’aimable Eduar­do et néan­moins com­mis­saire poli­tique – com­ment aurait-il pu en être autrement ? Le soupçon ne m’en vint toute­fois que tar­di­ve­ment, un matin très tôt où ayant ren­dez-vous avec un opposant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renon­cer et à rebrouss­er chemin…– J’ai une propo­si­tion à vous faire, nous dit-il un matin, en sub­stance : aller à l’île des Pins, tout juste rebap­tisée « île de la Jeunesse », afin d’y vis­iter l’ancienne prison de Batista, où Cas­tro lui-même fut enfer­mé, et aujourd’hui trans­for­mée en lycée mod­èle…

Com­ment ne pas adhér­er à une telle offre ? La chose s’avérait bien un peu com­pliquée à organ­is­er, mais voilà l’escouade embar­quée, puis débar­quée dans l’île au tré­sor cas­triste. On n’y séjourn­erait qu’une journée et une nuit, selon un emploi du temps chargé. Chargé et con­trar­ié par quelques aléas malen­con­treux. Ce qui n’empêcha pas la vis­ite d’une ferme elle aus­si mod­èle, ni de la mai­son qu’Hemingway avait dû fréquenter jadis. Mais de la fameuse ex-prison, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si grave, puisqu’elle s’était inscrite dans nos imag­i­na­tions. Quelques « détails » suf­fi­raient à nour­rir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon reportage paru en juil­let 68 dans plusieurs quo­ti­di­ens régionaux : « Quelle est l’image la plus hal­lu­ci­nante ? La crèche des bam­bins de San Andrès para­chutée en pleine Sier­ra de los Organos ? […] Ou encore cette prison de Batista trans­for­mée en école tech­nique à l’île de la Jeunesse ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœu­vre grossière­ment sub­tile. Si grossière qu’elle ne pou­vait que marcher ! Com­ment eus­sions-nous pu sus­pecter un tel strat­a­gème alors que rien n’avait obligé nos « hôtes » à organ­is­er une telle expédi­tion à l’île de la Jeunesse ? Les dif­fi­cultés pra­tiques pour nous y amen­er ajoutait encore à l’évidente bonne foi de ses organ­isa­teurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révéla­tion de l’entourloupe : lorsque parut, fin 76 chez Bel­fond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les pris­ons de Fidel Cas­tro. Pierre Golen­dorf [ancien cor­re­spon­dant de L’Humanité à La Havane] y racon­tait par le détail les con­di­tions de son arresta­tion et de son incar­céra­tion à La Havane, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeuré une prison-mod­èle !

J’avais – nous avions tous, ces jour­nal­istes « bal­adés », été enfumés, mouchés, abusés. Mais la leçon, il faut le recon­naître, apparut magis­trale. 5. Cha­peau l’intox ! On recon­nais­sait là un vrai savoir-faire sans doute acquis dans quelque école sovié­tique. Les élèves cubains mon­traient de réelles dis­po­si­tions à égaler sinon à dépass­er les maîtres for­més à la red­outable pro­pa­gande stal­in­i­enne. Dépass­er, non : sur­pass­er, puisque le régime a tant bien que mal survécu à l’effondrement de l’URSS et qu’il con­tin­ue à œuvr­er avec con­stance et effi­cac­ité dans son art con­som­mé de la pro­pa­gande.

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À n’en pas douter, aujourd’hui, dans toute l’île, de La Havane à San­ti­a­go, la machine mys­ti­fi­ca­trice est en chauffe max­i­male pour mon­ter au zénith de la pro­pa­gande mon­di­ale le spec­ta­cle des obsèques du « lid­er max­i­mo », dieu du social­isme…

Cette machine-là n’a jamais cessé de tourn­er, durant plus d’un demi-siè­cle ! Deux généra­tions y ont été soumis­es ; à com­mencer par les Cubains, bien sûr, mais aus­si l’opinion mon­di­ale abreuvée au mythe entretenu de l’héroïsme cas­triste et gue­variste. 6

L’historien – et a for­tiori le « pau­vre » jour­nal­iste sont bien dému­nis face aux tor­nades mys­ti­fi­antes dont les réc­its pren­nent force mythique de Vérité éter­nelle et risquent ain­si de les emporter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et philosophe suisse Denis de Rouge­mont :

« […] les mythes traduisent les règles de con­duite d’un groupe social ou religieux. Ils procè­dent donc de l’élément sacré autour duquel s’est con­sti­tué le groupe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son orig­ine doit être obscure. Et son sens même l’est en par­tie […] Mais le car­ac­tère le plus pro­fond du mythe, c’est le pou­voir qu’il prend sur nous, générale­ment à notre insu […] » 7

Le mythe est insi­dieux, il nous pénètre aisé­ment par le biais de notre apti­tude à la croy­ance, ce désir de cer­ti­tude autant que de ras­sur­ance. Les révo­lu­tions s’y ali­mentent et l’alimentent par néces­sité de dur­er. C’est ain­si qu’elles com­men­cent « bien » (ça dépend pour qui, toute­fois…), avant de s’affronter à la dure réal­ité, qu’il fau­dra pli­er par la vio­lence et le men­songe. Il n’en a jamais été autrement, de la Révo­lu­tion française à la bolchevique, en pas­sant par le cas­trisme, le maoïsme et jusqu’aux « print­emps arabes ».

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Trinidad. Croise­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mouth, le gamin en tee-shirt « Mia­mi Beach » tire la langue au pho­tographe… et à un demi-siè­cle de cas­trisme. [Ph. gp]

Restons-en au cas­trisme et une illus­tra­tion de son car­ac­tère mon­strueux, dont cer­tains se sou­vi­en­nent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affaire Ochoa, sol­dée par des exé­cu­tions, en 1989 :
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Arnal­do Ochoa. Com­plice for­cé et vic­time d’un procès stal­in­ien.

Arnal­do Ochoa, général de tous les com­bats, héros nation­al – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Clara avec le Che, Baie des Cochons, puis Venezuela, Éthiopie et Ango­la – con­damné à mort et exé­cuté en 1989 pour « traf­ic de drogues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et peut-être même de pré­par­er une évo­lu­tion du régime. Démasqué, Fidel lui avait imposé un marché de dupes : pren­dre sur lui ce traf­ic de drogues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à met­tre au grand jour, en échange d’une con­damna­tion à la prison avec une libéra­tion arrangée ensuite. D’où la con­fes­sion aut­o­cri­tique de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cuté, avec d’autres, un mois après sa con­damna­tion à mort. Le régime fit de ce procès lit­térale­ment stal­in­ien, tenu par des juges mil­i­taires, retrans­mis en direct à la télévi­sion, une opéra­tion de pro­pa­gande dont il a le secret. On peut en suiv­re les prin­ci­pales phas­es sur inter­net. C’est stupé­fi­ant – sans mau­vais jeu de mots.

Les dirigeants cubains ont tou­jours voulu mas­quer toute dis­si­dence et même tout désac­cord avec la ligne poli­tique. Le régime ne peut admet­tre que des « déviances » (“folie”, “per­ver­sions sex­uelles”)  ou des « fautes morales » per­son­nelles. À Cuba, la presse est unique, sous con­trôle éta­tique total ; de même la mag­i­s­tra­ture ; et aus­si toute l’économie, en grande par­tie aux mains des mil­i­taires… Il n’y a plus que les Cubains abusés, ou résignés à la servi­tude volon­taire, faute d’avoir pu s’exiler – j’en ai ren­con­tré ! Ailleurs, notam­ment en France, la désil­lu­sion a com­mencé à poindre, y com­pris à Saint-Ger­main-des-Près ; il n’y a plus que le restant des com­mu­nistes encar­tés et des Mélen­chon mys­ti­co-cas­tristes pour allumer des cierges en hom­mage au Héros dis­paru.

Tan­dis que, de La Havane à San­ti­a­go, « on » s’échine à faire per­dur­er le mythe de la Rev­olu­cion éter­nelle – ¡ Has­ta siem­pre ! Patria o muerte ! Les derniers acteurs de cette pièce dra­ma­tique s’effacent peu à peu ou meurent avec cette han­tise : Que l’Histoire ne les acquitte pas.

Notes:

  1. Pour rap­pel : Iran (1953), Guatemala (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Brésil, Sud-Viet­nam (64), République domini­caine, Uruguay (65), Chili (73), Argen­tine (76), Grenade (83), Nicaragua (84), Pana­ma (89).… Sans oubli­er la Guerre du Golfe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà souligné à quel point cette mesure servit à mas­quer l’incurie du gou­verne­ment des Cas­tro, en par­ti­c­uli­er l’échec de la poli­tique agraire décidée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clair­voy­ante analyse de René Dumont dans son ouvrage Cuba est-il social­iste ? (La réponse est dans la ques­tion…) Dans la ter­mi­nolo­gie cas­triste et sa pro­pa­gande, l’embar­go a tou­jours été traduit par blo­queo. Or, il ne s’agit nulle­ment d’un blo­cus au sens mar­itime et aérien. Les échanges com­mer­ci­aux avec Cuba ont été com­pliqués mais non blo­qués. Même des com­pag­nies éta­suni­ennes ont com­mer­cé avec Cuba, où un car­go améri­cain assur­ait une navette com­mer­ciale par semaine, ain­si que je l’avais relevé sur place.
  3. Résumé par la for­mule de Gue­vara :« Allumer deux, trois, plusieurs Viêt­nam »
  4. Jour­nal­iste sans visa pro­fes­sion­nel, touriste incer­tain débar­quant à La Havane par­mi les 400 touristes français quo­ti­di­ens. J’avais été pho­tographié ici-même en 68 pour les besoins d’une carte de presse cubaine – que j’ai gardée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou relire toutes ces his­toires ter­ri­bles de répres­sion, ces témoignages des Golen­dorf, Val­ladarès, Huber Matos et leurs années de geôles ; par­cou­ru les rap­ports de Reporters sans fron­tières, du CPJ (Cen­tre de pro­tec­tion des jour­nal­istes) et de l’IFEX (Échange inter­na­tion­al de la lib­erté d’expression) sur la répres­sion des jour­nal­istes et des mil­i­tants des droits de l’homme ; pris con­tact avec des con­frères de retour de reportage… Tout ce qu’il fal­lait pour lester de para­no mon équipement de base.
  5. Ce fut aus­si ma plus belle leçon de jour­nal­isme : pra­ti­quer stricte­ment le scep­ti­cisme méthodique. En 1986, Albin Michel pub­lia Mémoires de prison, Témoignage hal­lu­ci­nant sur les pris­ons de Cas­tro. Il s’agissait du réc­it de l’écrivain cubain Arman­do Val­ladarès, détenu durant 22 ans, tor­turé, libéré après une vaste cam­pagne inter­na­tionale.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Gue­vara, nom­mé en 1959 par Fidel Cas­tro com­man­dant et « pro­cureur suprême » de la prison de la forter­esse de la Cabaña. Il est ain­si surnom­mé le car­nicer­i­to (le petit bouch­er) de la Cabaña. Pen­dant les 5 mois à ce poste il décide des arresta­tions et super­vise les juge­ments qui ne durent sou­vent qu’une journée et signe les exé­cu­tions de 156 à 550 per­son­nes selon les sources. 
  7. D. de Rouge­mont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Cuba. Castro, le tyran illusionniste

2382184templateidscaledpropertyimagedataheight177v3width312cmpartcom-arte-tv-wwwPour­tant sacral­isé, immor­tal­isé, Fidel Cas­tro a fini par mourir. Qua­tre-vingt-dix ans. Tout de même, les dic­tatures con­ser­vent… Ses obsèques vont être grandios­es, c’est bien le moins pour couron­ner la fin d’un tel règne. Neuf jours de deuil nation­al ! Qua­tre jours à balad­er ses cen­dres, reliques d’une « révo­lu­tion » sanc­ti­fiée, spec­ta­cle poli­tique, icono­graphique, religieux, médi­a­tique… Je pèse mes mots, qui pointent les angles du grand Spec­ta­cle qui, en effet, a pro­duit, entretenu, con­sacré le cas­trisme. Com­ment cela s’est-il opéré ? Com­ment cela a-t-il tenu, durant plus d’un demi-siè­cle ? Com­ment cela per­dure-t-il encore, mal­gré les désor­mais évi­dentes désil­lu­sions ?

Com­ment devient-on tyran ?

Chez les anciens Grecs, « tyran » désig­nait un homme qui avait pris le pou­voir sans autorité con­sti­tu­tion­nelle légitime. Le mot était neu­tre, tout comme la chose, n’impliquant aucun juge­ment sur les qual­ités de per­son­ne ou de gou­ver­nant. 1 Le par­al­lèle avec Cuba et Cas­tro, si loin dans le temps et les lieux, c’est la con­stance du proces­sus d’évolution du Pou­voir. Dans la Grèce antique, de tyran en tyran, l’exercice du pou­voir passe peu à peu d’une forme dis­ons libérale à celle d’un pou­voir mil­i­taire incon­trôlé. Et les tyrans le dev­in­rent dans le sens d’aujourd’hui.

En tant que phénomène idéologique, le cas­trisme peut s’analyser selon plusieurs angles :

le con­texte géopoli­tique de la guerre froide plaçant Cuba entre le marteau et l’enclume des impéri­al­ismes améri­cain et sovié­tique ;

l’habileté machi­avélique de Fidel Cas­tro dans sa con­quête et sa soif du pou­voir avec un sens extrême de la com­mu­ni­ca­tion, mêlant mys­tique et mys­ti­fi­ca­tion ;

la com­plic­ité objec­tive des « élites » occi­den­tales surtout, mais aus­si tiers-mondistes, fascinées par le cas­trisme comme « troisième voie » poli­tique.

Ces trois piliers prin­ci­paux ont per­mis à Cas­tro d’asseoir une dic­tature « aimable », sym­pa­thique, voire human­iste – une « dic­tature de gauche » a même osé Eduar­do Manet, dra­maturge français d’origine cubaine ! « Poids des mots, choc des pho­tos », surtout s’il s’agit d’images pieuses, celles du héros mod­erne, incar­na­tion du mythe biblique de David con­tre Goliath. Images ren­for­cées par les mul­ti­ples ten­ta­tives d’assassinat (plus ou moins réelles, sinon arrangées pour cer­taines) menées par la CIA, jusqu’au débar­que­ment raté d’opposants dans la Baie des Cochons. Ce fias­co mil­i­taire ajoute à la gloire du « com­man­dante », gon­flant la légende com­mencée dans la Sier­ra Maes­tra avec la guéril­la des bar­bu­dos, sym­pa­thiques débrail­lés fumant le cig­a­re en com­pag­nie de leur chef adulé, fort en gueule et belle-gueule, tail­lé pour les médias et qui saura en user et abuser – le New York Times et CBS envoient bien vite leurs reporters.

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L’icône au ser­vice de la mytholo­gie. Que la révo­lu­tion était jolie !

Aujourd’hui, en ces temps d’homélies, on entend sur les radios clairon­ner la doxa con­sis­tant à blanchir les excès « autori­taires » en les met­tant sur le dos des méchants Améri­cains et leur « embar­go », cause de tous les maux des mal­heureux et valeureux Cubains ! Led­it embar­go a certes causé de forts obsta­cles dans les échanges com­mer­ci­aux, et financiers surtout, avec l’île ; mais il ne les a pas empêchés ! Les États-Unis sont même le pre­mier pays pour les échanges com­mer­ci­aux (hors pro­duits stratégiques, certes) avec Cuba. Cet embar­go – tou­jours qual­i­fié de blo­cus par le gou­verne­ment cubain, ce qu’il n’est nulle­ment ! – a surtout servi à ren­forcer, en la masquant, l’incurie du régime, chargeant ain­si le bouc émis­saire idéal. J’ai mon­tré tout cela lors d’un reportage pub­lié en 2008 dans Poli­tis [L’espérance était verte, la vache l’a mangée, décem­bre 2008 – disponible en fin d’article] qui m’a valu les foudres de Jeanne Habel, poli­to­logue spé­cial­iste de Cuba, et d’être traité d’ « agent de la CIA »…

Pas­sons ici sur l’itinéraire du « futur tyran »,  même si les biogra­phies sont tou­jours des plus éclairantes à cet égard. Rap­pelons juste que Cas­tro fut soutenu par les Etats-Unis dès son oppo­si­tion à la dic­tature de Batista. Après la prise de pou­voir en 1959, son gou­verne­ment est recon­nu par les États-Unis. Nom­mé Pre­mier min­istre, Cas­tro est reçu à la Mai­son Blanche où il ren­con­tre Nixon, vice-prési­dent d’Eisenhower. Les choses se gâtent quand Cas­tro envis­age de nation­alis­er indus­tries et ban­ques, ain­si que les secteurs liés au sucre et à la banane. Il se tourne alors vers l’Union sovié­tique – qui achète au prix fort la qua­si-total­ité du sucre cubain. C’est la casus bel­li : les États-Unis n’auront de cesse d’abattre le « régime com­mu­niste » instau­ré à 150 kilo­mètres de ses côtes.

J’ai aus­si fait appa­raître dans ce même reportage com­ment le refrain de « la san­té et de l’éducation gra­tu­ites », unanime­ment repris dans les médias, relève avant tout de slo­gans pub­lic­i­taires. Sans même par­ler de la qual­ité des soins et de l’enseignement, leur « gra­tu­ité » se trou­ve large­ment payée par la sous-rémunéra­tion des salariés cubains : l’équivalent d’une quin­zaine d’euros men­su­els en moyenne !

Si toute­fois ce régime a tenu sur ses trois piliers boi­teux, c’est au prix d’une coerci­tion du peu­ple cubain. À com­mencer par le « réc­it nation­al » – l’expression est à la mode – entre­pris dès la prise du pou­voir par Cas­tro, propagé et ampli­fié par l’enseignement (gra­tu­it !) sous forme de pro­pa­gande, et par les médias tous dépen­dants du régime. Coerci­tion dans les esprits et aus­si coerci­tion physique par la sur­veil­lance et le con­trôle étroits menés dans chaque quarti­er, auprès de chaque habi­tant, par les Comités de défense de la révo­lu­tion. De sorte que la dis­si­dence appa­raisse comme unique forme pos­si­ble d’opposition – d’où l’emprisonnement poli­tique, l’exil clan­des­tin, la per­sé­cu­tion des déviants.

castro-colombe-1Tyran, certes, Cas­tro était aus­si et peut-être d’abord un séduc­teur des mass­es dou­blé d’un illu­sion­niste. Ses tal­ents dans ce domaine étaient indé­ni­ables et à pren­dre au pied de la let­tre : ain­si quand, lors d’un de ses inter­minables ser­mons, quand il fait se pos­er, comme par mir­a­cle, une blanche colombe sur une de ses épaules… La séquence fut filmée, pour entr­er dans l’Histoire… mais la supercherie démon­tée quelques années plus tard.

Le cas­trisme, ai-je souligné dans mes reportages, est avant tout un régime de façade – tout comme ces façades d’allure pim­pante, restau­rées pour la cause, entre lesquelles se fau­fi­lent les touristes béats au long des cir­cuits des voy­ag­istes. Ces touristes peu­vent aus­si, bien sou­vent, être rejoints par nom­bre de jour­nal­istes, écrivains, politi­ciens et divers intel­lectuels en mal de fas­ci­na­tion exo­tique.

La mort de Cas­tro n’implique pas for­cé­ment celle du cas­trisme. Mais que sur­vivra-t-il de cette dic­tature illu­sion­niste après la mort de ses manip­u­la­teurs, une fois que l’Histoire, la vraie, aura fait sur­gir la réal­ité d’un demi-siè­cle de fal­si­fi­ca­tions ?

 

>Mon reportage de 2008 dans Poli­tis :gponthieu241208politis ; et la Tri­bune qui s’ensuivit de Jeanne Habel : 1038_politis-30–31-j-habel ; enfin, ma réponse : poli­tis_1041re­ponse-gp-260209

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Un régime de façades. [Ph. gp]

Notes:

  1. Les anciens Grecs, Moses I. Fin­ley, Ed. Maspero, 1971.

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

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  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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