On n'est pas des moutons

Coup de gueule

De Socrate à Lidl, Free et autres Macron, un peu de philosophie politique à l’usage improbable de nos gérants

C’est un peu comme une urticaire : ça me démange de partout… sans savoir au juste d’où ça vient. Je par­le de cette « actu », drogue jour­nal­is­tique à haute accou­tu­mance. S’en défaire, une gageure. Sor­tie par la porte, la revoilà par la moin­dre lucarne, fac­teur de stress, de manque. Que faire ? comme dis­ait l’autre. Sen­ti­ment d’impuissance con­tre désir d’agir. Com­ment ? Alors je cause, je me cause, je cause ici en écrivant, comme dans un jour­nal, un autre, pas celui du méti­er d’informer – enfin d’essayer. Don­ner une forme à cette réal­ité du monde qui sem­ble s’effilocher par tous les bouts. Pour par­o­di­er Nougaro, « est-ce moi qui vac­ille, ou la terre qui trem­ble ? » Le fait est que j’ai bien du mal à pren­dre ladite « actu » par un bout, sans être rat­trapé par un autre ; sans don­ner dans la dis­per­sion… Je con­nais un type qui a écrit L’Homme dis­per­sé, un roman doc­u­men­té. À l’image de notre monde, au bord de l’éclatement.

Les opti­mistes espèrent, ils croient : on trou­vera des solu­tions, c’est le sens du pro­grès : la tech­nolo­gie, ses mir­a­cles, la Lune, Mars. L’Homme s’en sor­ti­ra, trop génial. Les pes­simistes analy­sent, pensent : c’est cuit pour le bipède sapi­ens (mal)pensant, l’homo faber (mal)faisant ; il s’est mis la corde au cou, celle de l’eco­nom­i­cus. Gloire au « plus », encore « plus », tou­jours « plus ».

Ils auront trait la vache Terre jusqu’à sa dernière goutte de « plus » ; elle, elle s’en remet­tra, depuis le temps qu’elle s’accommode des cat­a­clysmes – dont elle naquit. Mais ses habi­tants, locataires arro­gants, vils prof­i­teurs, exploiteurs éhon­tés, fiers imbé­ciles. Ils ont oublié, ou jamais su, qu’ils ne fai­saient que pass­er ici-bas, sus­pendus au viager d’une vie brève, aléa­toire. À ce sujet, « vu à la télé » l’enquête de Cash inves­ti­ga­tion (France 2) sur les esclavagistes mod­ernes à l’œuvre chez Lidl et Free, deux casseurs de prix de la bouffe et du télé­phone. Rois de la « petite marge », ils font galér­er leurs salariés, mal­traités comme des bêtes de somme, méprisés, ser­mon­nés, engueulés, usés et finale­ment jetés comme des déchets à la poubelle de Pôle emploi, aux frais de la col­lec­tiv­ité. On con­naît la musique : « Pri­va­tis­er les béné­fices, mutu­alis­er les pertes », ren­gaine cap­i­tal­iste. Marx n’y pour­ra rien, tout juste fig­u­rant de ciné­ma (un film vient de sor­tir sur le père du Man­i­feste com­mu­niste ; signe des temps dés­espérés car nos­tal­giques).

Retour à l’envoyeur.

Ils sont là, les pro­lé­taires d’aujourd’hui, comme dit à sa façon Xavier Niel, le mul­ti­mil­liar­daire patron de Free : « Les salariés dans les cen­tres d’appels, ce sont les ouvri­ers du XXIe siè­cle. C’est le pire des jobs. » Au moins sait-il de quoi il par­le. Mais il n’a pas voulu par­ler dans le poste ; pas davan­tage sa chargée de com’ – le comble ! –, lais­sant la corvée à un chef de rég­i­ment bien emmerdé, prob­a­ble­ment aus­si faux derche qu’intraitable « man­ag­er ». Tous ces pio­ns néfastes ne jurent que par le « manag’mint », ont été biberon­nés aux mêmes évangiles pro­duc­tivistes. Comme l’autre de chez Lidl, qui aura dû en tuer des comme lui avant de recevoir l’onction du pou­voir par la schlague. Il est là comme un mioche pris les doigts dans la con­fiote, minable rouage d’une machine à « faire du cash », en rêvant que d’autres machines élim­i­nent totale­ment les tra­vailleurs – pour­tant déjà robo­t­isés. Ah, que vien­nent enfin les temps bénis de la robo­t­i­sa­tion totale, total­i­taire ! « 1984 » en vrai et en pire.

Certes, cha­cun peut tou­jours aller chez Lidl ou chez Free – entre autres exploiteurs de choc – pour gag­n­er trois euros six sous. À quel prix ? Ils ne pour­ront plus ignor­er ce que recou­vre la ques­tion – enfin si, ils pour­ront tou­jours se voil­er la face. 1

À ce pro­pos, et dans la rubrique « ONPLG », On n’arrête pas le pro­grès 2, les femmes saou­di­ennes vont être autorisées par leurs princes à con­duire. Elles vont pou­voir pren­dre le volant – mais restent astreintes au voile inté­gral. L’inverse eut été plus libéra­teur. Cha­cun ses hiérar­chies de valeurs.

Le procès de Socrate

Le procès de Socrate. Sur les 501 juges, 280 votent en faveur de la con­damna­tion, 221 de l’acquittement.

Juste­ment, côté valeurs, com­ment ne pas saluer les qua­tre émis­sions, cette semaine, des Chemins de la philoso­phie (France Cul­ture) con­sacrés à Socrate, spé­ciale­ment à son procès et à sa mort ? La con­damna­tion du philosophe grec (470–399 avant notre ère) demeure un sujet de dis­cus­sion à la fois philosophique et poli­tique. Adèle Van Reeth, l’animatrice des Chemins, mène au mieux l’« instruc­tion » à par­tir des chefs d’accusation ain­si libel­lés : « Socrate enfreint la loi, parce qu’il ne recon­naît pas les dieux que recon­naît la cité, et qu’il intro­duit d’autres divinités nou­velles ; et il enfreint la loi aus­si parce qu’il cor­rompt la jeunesse. Peine req­uise : la mort. »

Si le débat garde toute son actu­al­ité, c’est parce qu’il pose de nom­breuses ques­tions con­cer­nant le droit et la loi, la citoyen­neté et la démoc­ra­tie, la lib­erté et la philoso­phie – tout comme la reli­gion et le libre-arbi­tre. De ces qua­tre heures pas­sion­nantes, il appa­raît, pour le dire vite et vul­gaire­ment, que Socrate fut un emmerdeur suprême, un gêneur poli­tique qui claquait le bec aus­si bien à ceux qui pré­tendaient savoir qu’aux sophistes, embobineurs filoux, aux politi­ciens, poètes, gens de méti­er ren­voyés à leur igno­rance – comme la sienne pro­pre… Socrate sait… qu’il ne sait rien. Ce qui est impie ! En effet, ne pas savoir revient à ne rien croire, pas même les dieux !

Autre ques­tion, et non des moin­dres, posée par Socrate et sa con­damna­tion : celle de la démoc­ra­tie. Le philosophe était très cri­tique à son sujet ; il lui reprochait notam­ment de faire la part belle aux opin­ions, et ain­si de figer l’examen des faits et l’exercice de la pen­sée libre. 3  Sa philoso­phie poli­tique se situ­ait entre mépris de la majorité et amour des lois, y com­pris celles qui le con­damnaient : plutôt subir l’injustice que la com­met­tre…

Socrate Athènes

Socrate, devant l’Académie, Athènes © gp

Reste la « cor­rup­tion de la jeunesse »… Con­cerne-t-elle l’enseignement du maître – lui qui se dis­ait n’avoir jamais été maître de qui que ce soit, qui enseignait en déam­bu­lant, pro­fes­sant le « Con­nais-toi toi-même » 4 car le savoir est en soi, passe par soi-même, et la sagesse se trans­met par l’échange, la dis­cus­sion. On avança aus­si ses atti­rances pour les beaux jeunes gens, lui, le laideron… Pédophilie socra­tique ? en des temps où la pédérastie effarouchait peu, sem­ble-t-il… Il est plus prob­a­ble que la per­ver­sion en ques­tion por­tait d’abord sur le con­tenu sub­ver­sif de l’enseignement. 5

Voilà qui nous emmène loin de Lidl et Free… Loin ? Que nen­ni ! Socrate rap­pelle au sens de la vie qui, de nos jours, se trou­ve acca­paré par les oblig­a­tions de la survie. Se tuer à gag­n­er sa vie – for­mu­la­tion anci­enne (mai 68…) du « burn out ». Plus-plus-plus : subir les indé­centes pubs, sur les radios publiques, qui font cha­toy­er les charmes du pro­duc­tivisme, le priv­ilège de « vivre les samedis comme des lundis » ! Le tra­vail renoue plus que jamais avec son orig­ine latine : tri­pal­i­um, engin de tor­ture à trois pieux… L’économie vul­gaire com­mande. Les pos­sé­dants et affairistes télé­com­man­dent les gou­ver­nants – qui n’en sont plus depuis si longtemps, depuis 1983, pour en rester à nos hori­zons, quand Mit­ter­rand s’est con­ver­ti à la reli­gion libéral­iste.

Gou­vern­er sup­pose un gou­ver­nail, un cap, des direc­tions, des idées, et tant qu’à faire des idéaux. Nos rameurs de la finance et du biz­ness ne sont plus que de sin­istres gérants, tout comme ceux de Lidl et de Free, qu’ils vénèrent et imi­tent jusque dans leur arro­gance inculte. De petits bou­tiquiers der­rière leur caisse enreg­istreuse, ten­ant un pays comme une épicerie. La San­té, com­bi­en ? Ah ? trop cher ! On rabiote. L’impôt sur la for­tune ? Trop élevé, inci­tant à l’évasion fis­cale ? On va arranger ça. La for­mule mag­ique reste inchangée : les pau­vres ne sont pas rich­es, mais ils sont si nom­breux que leur pren­dre un peu, rien qu’un peu, ça rap­porte beau­coup beau­coup.

Je par­lais, au début de ma dérive, du partage binaire entre opti­mistes et pes­simistes. Reste les réal­istes, ou ceux qui s’essaient à don­ner du sens au réel, tel qu’ils le perçoivent. Exer­ci­ce très insta­ble d’équilibriste. Casse-gueule ! Arrê­tons là pour aujourd’hui.

Notes:

  1. On peut revoir l’émission ici.
  2. En taxi, pris dans un embouteil­lage, l’écrivain Alexan­dre Vialat­te, s’entendant dire par son voisin la sen­ten­cieuse phrase, lui réplique : « Non, il s’arrête tout seul ».
  3. Pléonasme aurait iro­nisé Jules Renard, comme dans son Jour­nal : « Libre penseur. Penseur suf­fi­rait. »
  4. Pro­longé par Niet­zsche : « Deviens ce que tu es ».
  5. « Mélé­tos, tu m’accuses de per­ver­tir la jeunesse. Sans doute nous savons ce qui con­stitue la per­ver­sité des jeunes gens. Nomme-s-en, si tu con­nais, qui, pieux d’abord, sages, économes, mod­érés, tem­pérants, laborieux, soient devenus par mes leçons, imp­ies, vio­lents, amis du luxe, adon­nés au vin, efféminés ; qui enfin se soient livrés à quelque pas­sion hon­teuse.

    – Oui, repar­tit Mélé­tos, j’en con­nais que tu as décidés à suiv­re tes avis plutôt que ceux de leur père, de leur mère.

    – J’avoue, répli­qua Socrate, qu’ils ont suivi les avis que je leur don­nais sur l’instruction morale de la jeunesse. C’est ain­si que pour la san­té nous suiv­ons les con­seils des médecins plutôt que ceux de nos par­ents. Vous-mêmes Athéniens, dans les élec­tions de généraux, ne préférez-vous pas à vos pères, à vos frères, à vous-mêmes, les citoyens jugés les plus habiles dans la pro­fes­sion des armes ?

    – Tel est l’usage, repar­tit Mété­los ; et le bien général le demande.

    – Mais, ajou­ta Socrate, toi Mété­los, qui vois que dans tout le reste les plus habiles obti­en­nent préférence et con­sid­éra­tion, explique com­ment tu peux sol­liciter la mort de Socrate, pré­cisé­ment parce qu’on le juge habile dans une par­tie essen­tielle, l’art de for­mer l’esprit. »

    XénophonApolo­gie de Socrate, pp.726–727


Trump / Kim Jong-un. Affreux, bêtes, méchants et surtout dangereux

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Trump — Kim Jong-un © faber 2017

Quand deux débiles et néan­moins chefs d’État pren­nent le monde pour une cour d’école ; quand dans leur bac à sable ils ont apporté des jou­joux du genre mis­siles bal­is­tiques à tête nucléaire et autres râteaux et pelles démo­ni­aques… les humains un peu con­scients ont de sérieuses raisons de s’inquiéter. Mais l’inquiétude demeure bien vaine, tout juste bonne à nous angoiss­er face à l’impuissance résignée. L’Histoire se nour­rit de ces « malades qui nous gou­ver­nent » – que nous les ayons élus, qu’ils aient usurpé notre naïveté, trahi nos « espérances », abusé de notre cré­dulité. Bref, que nous ayons, par un biais ou un autre, renon­cé à affirmer nos désirs d’humains libres et vivants. Ce « Nous » de la majesté du Peu­ple pas encore adulte, pas davan­tage debout. Il lui fau­dra encore bien du tal­ent, bien du désir, bien de la grandeur. Jusqu’à quand ?


Interdire la corrida, “grand pas pour l’humanité”

La cor­ri­da est une abom­i­na­tion, une indig­nité et, comme telle, une déqual­i­fi­ca­tion de ses pra­ti­quants – acteurs comme spec­ta­teurs – dans le genre humain. S’il en fal­lait encore une preuve, celle-ci ne suf­fi­rait donc pas encore ?

La “tra­di­tion” ne saurait con­stituer un quel­conque argu­ment de jus­ti­fi­ca­tion d’une telle boucherie à ciel ouvert. Un tel “argu­ment” serait du même ordre que celui jus­ti­fi­ant la muti­la­tion sex­uelle des fil­lettes par l’excision.

La con­di­tion et la place de l’animal dans nos sociétés occi­den­tales font l’objet d’une mise en avant nou­velle et impor­tante, amenant les opin­ions publiques à man­i­fester une oppo­si­tion de plus en plus résolue à toutes formes de mal­trai­tance. C’est évidem­ment la cas pour les ani­maux d’élevage, leurs con­di­tions de vie et de mort, en par­ti­c­uli­er dans le règne du ren­de­ment pro­duc­tif et, pire, encore, dans les abat­toirs. Ces mou­ve­ments d’opinions rejoignent des remis­es en cause des modes ali­men­taires liés à une agri­cul­ture indus­trielle et aux désor­dres écologiques et san­i­taires qui s’ensuivent.

Les spec­ta­cles de cor­ri­da, impli­quant la mise à mort des tau­reaux dans un “com­bat” aus­si iné­gal que cou­ru d’avance – sauf acci­dents, rares – doivent provo­quer autant d’indignation et de protes­ta­tion que les pra­tiques détesta­bles dénon­cées dans les abat­toirs. Leur inter­dic­tion mar­querait un autre “grand pas pour l’humanité”.


Macron ou Le Pen ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre 

Par Serge Bourguignon, simple citoyen
onreflechit@yahoo.fr

Je suis effaré par tous ces gens, y com­pris des gens que j’aime et j’estime, qui croient dur comme fer que Macron et Le Pen, c’est pareil. Et je suis encore plus effaré par ceux pour qui Macron, c’est pire que Le Pen ! Aurait-on atteint le degré zéro de la con­science poli­tique ?

La soupe néolibérale, je ne la goûte guère. Elle détraque tou­jours plus notre bonne vieille Terre et ses habi­tants, en par­ti­c­uli­er nous autres les z’humains. Il n’est pas inutile de le rap­pel­er. Mais j’aime encore moins la soupe FHaine, qui me fait vom­ir et qui hélas ! ren­con­tre telle­ment d’écho aujourd’hui dans notre France : la can­di­date néo­fas­ciste (j’ai bien dit néo) a obtenu bien plus de voix que son père en 2002. Si la façade a été rénovée pour être plus “présentable”, la réal­ité empirique­ment observ­able n’est pas belle à voir. Ce par­ti reste un ramas­sis de pétain­istes et le soi-dis­ant gaulliste Philip­pot y est minori­taire. La ges­tion des munic­i­pal­ités FN est inquié­tante, il y a beau­coup de témoignages à ce sujet pour qui veut savoir. Et n’oublions pas que l’amère Le Pen a par­ticipé au bal de l’extrême droite européenne le 27 jan­vi­er 2012, jour du 67e anniver­saire de la libéra­tion du camp de con­cen­tra­tion d’Auschwitz !…

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© Ph. Reuters. Cli­quer pour agrandir

Le Monde –28.01.2012
C’était son premier bal à Vienne, mais aussi l’occasion de resserrer ses contacts avec d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne. La candidate du Front national à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen, était l’hôte de marque, vendredi 27 janvier dans l’ancien palais impérial de la Hofburg, du fringant Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté (FPÖ), qui affiche son ambition de devenir chancelier d’Autriche. Avant de valser avec les étudiants “combattants”, adeptes de duels virils au sabre, la présidente du FN, en longue robe noire, a dû attendre que les forces de police aient éloigné des milliers de manifestants décidés à perturber la soirée. […]
Le bal des corporations estudiantines à Vienne est toujours un événement controversé. Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme. […]
Cette année, les polémiques étaient d’autant plus vives que l’organisation du bal coïncidait avec le 67e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz.

Le FN aujourd’hui se présente comme le défenseur du peu­ple français con­tre la tech­nocra­tique Union européenne. Ce qui plaît dans ce dis­cours anti-UE, c’est qu’il offre un bouc-émis­saire facile aux électeurs, leur évi­tant par là-même la fatigue de penser à des prob­lèmes com­plex­es qui ne peu­vent se résoudre d’un coup de baguette mag­ique.  Il y a plein d’inconvénients à être dans l’UE, mais il y a aus­si quelques avan­tages. Et si l’on en sor­tait, il y aurait certes quelques avan­tages, mais quand même pas mal d’inconvénients. Mais pour séduire le bon peu­ple, on sim­pli­fie les choses, on lui fait miroi­ter des solu­tions mir­a­cles.

Ce que ne font jamais  les idéo­logues (qu’ils soient anti- ou pro-UE, d’ailleurs), et ceux qui boivent leurs paroles, c’est la part des choses. Or la réal­ité est tou­jours mul­ti­ple et con­tra­dic­toire : la con­tra­dic­tion est l’essence même du vivant. Mais nous vivons à l’époque de l’ordinateur roi et de la pen­sée binaire, et dans le cirque élec­toral la réal­ité est très sou­vent gom­mée d’un effet de manche, sans jamais être appréhendée dans sa com­plex­ité.

Com­ment ne pas voir qu’il sera plus facile de s’opposer à Macron prési­dent qu’à Le Pen ? C’est la soi-dis­ant proche du peu­ple Le Pen qui demandait l’interdiction des man­i­fs pen­dant le mou­ve­ment d’opposition à la loi tra­vail, et non pas le ban­quier Macron. Il serait donc sage de choisir le moins nocif.

Citoyennes, citoyens, encore un effort pour être réelle­ment répub­li­cains !

Rap­pel : Res pub­li­ca sig­ni­fie la chose publique, qui appar­tient à tous.

S.B. (29 avril 2017)
onreflechit@yahoo.fr


Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Ger­hard Val­ck, 2015, domaine pub­lic]

De la mélasse prési­den­tielle, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cette triste ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce chapitre. Sauf  à le con­sid­ér­er sous la plume inspirée d’Eugène Pot­ti­er écrivant L’Internationale : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plutôt éven­té, mais le mes­sage reste d’une navrante actu­al­ité. Ain­si m’est-il revenu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­ta­cle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se présen­ter comme « un tri­bun » et même comme « le tri­bun du peu­ple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peu­ple », a-t-il renchéri, mod­este… On sait l’homme porté à l’admiration de lui-même, qu’il clone à l’occasion par holo­gramme inter­posé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thèse du Spec­ta­cle à la fois politi­cien & tech­nologique. « Miroir, mon beau miroir… », cette si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­trique… De nos jours – à l’ère du tout médi­a­tique – la con­quête et l’exercice du pou­voir passent par la mise en spec­ta­cle du geste et de la parole, surtout de la parole. Il est sig­ni­fi­catif et cocasse que cette émis­sion de France 2 s’intitule Des Paroles et des Actes

Tan­dis que la poli­tique se résume au Verbe, à l’effet de tri­bune (pour tri­buns…), un gou­verne­ment peut se restrein­dre à un seul min­istère, celui de la Parole. Cette pra­tique est, elle aus­si, vieille comme le monde poli­tique ; elle remonte même à la rhé­torique des Anciens, qui l’avaient élevée au rang du dis­cours philosophique. Dis­ons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sisté. Enfin, surtout le dis­cours, par­fois quelques idées. Aucun politi­cien n’y échappe, surtout pas les can­di­dats à la prési­dence. Il peut être intéres­sant, voire distrayant, de lire entre les lignes des ver­biages élec­toraux, d’en décrypter aus­si les non-dits, à l’occasion exprimés par le corps – atti­tudes, gestes, tonal­ités.

À cet égard, la par­lure de Hol­lande ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révéla­trice de sa gou­ver­nance à base d’hésitations, de doutes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Celle de Mélen­chon, elle, si elle ne manque pas de souf­fle, respire peu et ne s’autorise aucun silence. Pas de place pour le doute ou le ques­tion­nement dans cette parole péremp­toire, défini­tive. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois con­science ; alors, il tente de se repren­dre par une pirou­ette, comme dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plaisan­ter, je suis mérid­ion­al… il y a du Pag­nol en moi ! » Ouais… Et du Giono aus­si ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en human­iste  3, ce qui ne lui sem­ble donc pas si naturel… Voilà qu’arrive l’« invité sur­prise » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­di­en Philippe Tor­re­ton  4 Or, il a apporté, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Giono, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », lance tout aus­sitôt Mélen­chon. Éton­nement du comé­di­en, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence écologique, en lit un pas­sage et se lève pour l’offrir au politi­cien du jour, que l’on relance : alors, quelle immoral­ité ? « L’immoralité, lance Mélen­chon, vient du fait que cette his­toire est écrite pen­dant la guerre, et que quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! »

L’ancien mil­i­taire – non : mil­i­tant trot­skyste, dirigeant de l’OCI (Organ­i­sa­tion com­mu­niste inter­na­tion­al­iste) de Besançon (1972–79 selon Wikipé­dia), a lâché sa leçon de morale, celle du politi­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a cessé d’être – puisque c’est un « méti­er ». Et ain­si de repren­dre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichystes et col­lab­o­ra­tionnistes à l’encontre de Giono. Lequel avait pris le fusil à baïon­nette, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vi­er 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Somme, Ver­dun, le Chemin des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Choqué par l’horreur de la guerre, les mas­sacres, la bar­barie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fiste con­va­in­cu. Jusques et y com­pris la sec­onde grande bar­barie. En 1939, s’étant présen­té au cen­tre de mobil­i­sa­tion, il est arrêté et détenu deux mois pour cause de paci­fisme (Il avait signé le tract « Paix immé­di­ate » lancé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guerre, il con­tin­ue à écrire et pub­lie des arti­cles dans des jour­naux liés au régime de Vichy. A la Libéra­tion, il est arrêté, mais relâché cinq mois plus tard sans avoir été inculpé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloigné, je crois. En refu­sant de con­sid­ér­er pour ce qu’il est, le mes­sage pro­fond – écol­o­giste avant la let­tre, human­iste et uni­versel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour plac­er sa parole moral­isatrice, le patron de La France insoumise s’érige en Fouquier-Tinville du Tri­bunal révo­lu­tion­naire. Il tranche. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guer­res ont heureuse­ment épargné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, certes, con­nut les tranchées du Par­ti social­iste durant 32 ans (1976–2008) et, tour à tour, les affres du con­seiller général de Massy (1998–2004), du séna­teur de l’Essonne (2004–2010), du min­istre sous Chirac-Jospin (2000–2002), du prési­dent du Par­ti de gauche (2009–2014), du député européen depuis 2009. Que de com­bats héroïques, à mains nues cette fois ! (Quelle belle retraite en per­spec­tive aus­si, non ?)

Il en a usé de la dialec­tique, de la stratégie, de la tac­tique ! Il en a mâché de la parole ver­bale ! Tout ça pour rabaiss­er le débat poli­tique à un cal­cul politi­cien minable. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­rière ; je veux pas gâch­er, détru­ire ; j’ai de la haine pour per­son­ne ; il faut con­va­in­cre ! J’ai jamais été mélen­chon­iste ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous retir­er devant Benoît Hamon ?

Pourquoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dilapi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, devenu pâle, sem­ble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, comme il a été dit, de lui pos­er LA ques­tion pour laque­lle il avait été l’« invité sur­prise ». Non, on dirait plutôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « méti­er » c’est de s’opposer, de baign­er dans ce marig­ot où il se com­plaît, où son égo enfle avec délice. Un demi-siè­cle de « méti­er » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une puérile dialec­tique de cour d’école.

Et dès le lende­main de l’émission, il pré­tendait sans ambages ne pas se sou­venir d’avoir par­lé de rap­proche­ment avec le can­di­dat social­iste. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pelle pas ! » a-t-il assuré. À la sor­tie d’un déje­uner avec le secré­taire nation­al du PCF, Pierre Lau­rent, il a rejeté l’idée d’un rassem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi par­le-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­pose sa can­di­da­ture. Moi aus­si. Si vous voulez que le pro­gramme s’applique, la meilleure des garanties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­liement ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­son­ne ne le pro­posait », a-t-il asséné.

Le trot­skyste est revenu au galop : « Faut pas compter sur nous pour aller faire l’appoint d’une force poli­tique qui a du mal à remon­ter sur le cheval ». Aurait-il donc choisi « objec­tive­ment » l’option Marine Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refuser toute col­lab­o­ra­tion avec ce qui reste de la social-démoc­ra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti social­iste ? Ou encore, estime-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa planche de salut, par con­séquent, réside encore et tou­jours dans les délices de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quelque sorte, à l’abri de toute impureté, de tout com­pro­mis.

Comme si la démoc­ra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arrange­ments accept­a­bles par le plus grand nom­bre – jamais par tous, évidem­ment. Comme si la vie même ne rel­e­vait pas en per­ma­nence de ses com­bi­naisons com­plex­es, ni blanch­es ni noires. La pre­mière – la démoc­ra­tie – se compte en siè­cles, par­fois seule­ment en années ; quelques semaines peu­vent suf­fire à l’anéantir. La vie, elle, remonte à des mil­lions d’années ; elle reste à la mer­ci de la bêtise des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres.


En prime, le très beau film d’animation d’après le réc­it de Jean Giono, dit par Philippe Noiret, réal­isé par Frédéric Back (1924–2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­porté l’Oscar du meilleur court métrage décerné par l’Academy of Motion Pic­ture Arts and Sci­ences de Los Ange­les, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­ta­cle, au sens de Guy Debord et sa Société du spec­ta­cle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réal­ité et idéolo­gie, entre la vie et sa représen­ta­tion. Dans ce sens la société est dev­enue « une immense accu­mu­la­tion de spec­ta­cles », pro­longe­ment de l’« immense accu­mu­la­tion de marchan­dis­es » énon­cée par Marx dans Le Cap­i­tal. Au « fétichisme de la marchan­dise » (et des finances), puis à celui du Spec­ta­cle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jacques Ellul, le fétichisme tech­nologique.
  2. Sur cette adéqua­tion idéale « paroles/actes », voir ici mon arti­cle de 2014 sur Jau­rès.
  3. Droit-de-l’hommiste”, il est sans doute, car cela relève encore de la parole poli­tique, dif­férente du sens de l’humain. Je me garde d’aborder ici le chapitre de ses tro­pismes lati­nos envers Chavez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­tine.
  4. De gauche, écol­o­giste, il tient actuelle­ment le rôle-titre dans La résistible Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; pièce ô com­bi­en actuelle sur le fas­cisme présen­té en l’occurrence comme « résistible »… espérons !
  5. Dès 1934, Giono avait affir­mé un paci­fisme inté­gral ancré en pro­fondeur dans ses sou­venirs d’atrocités de la Grande Guerre. Le titre de son arti­cle paci­fiste pub­lié dans la revue Europe en novem­bre 1934 « Je ne peux pas oubli­er » atteste de cette empreinte indélé­bile de la guerre dont il refuse toute légiti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affirme dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un con­flit éclate, il n’obéira pas à l’ordre de mobil­i­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­niste alle­mand demeu­rait la destruc­tion du Par­ti social-démoc­rate. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tières, de Jan Valtin, implaca­ble témoignage d’un marin alle­mand sur le stal­in­isme en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.

La trouble casquette de Mehdi Meklat

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Lors de l’émission La Grande librairie, 17 févri­er.

Il avait l’allure d’un jeune homme bien, un rien effron­té sans doute, sous sa cas­quette « chan­vrée »… Meh­di Meklat, 24 ans, s’était con­stru­it une cer­taine notoriété avec son com­père Badrou : Bondy Blog, France Inter, Arte, Les Inrocks. Sym­pas, quoi, ces jeunes, porte-voix des ban­lieues autres que dés­espérantes. Jeu­di dernier, on les retrou­ve même, l’Arabe et le Noir, comme incon­grus dans le décor de La Grande librairie, émis­sion de France 5 pour la sor­tie de leur bouquin, Minute.

La mar­iée était trop belle : entretemps, des inter­nautes exhument des tweets de Meklat à base d’injures anti­sémites, homo­phobes, racistes, misog­y­nes. Sidéra­tion. Le jeune homme à cas­quette fleurie s’excuse, invoque un « per­son­nage fic­tif » caché der­rière son pseu­do­nyme (« Marcelin Deschamps »), his­toire de « ques­tion­ner la notion d’excès et de provo­ca­tion »… Mais quand il eut décidé de repren­dre sa vraie iden­tité de twit­teur, il prit tout de même soin d’intégrer à son compte ses délires précé­dents. Flo­rilège :

 

Quelques voix médi­a­tiques s’élèvent cepen­dant pour pren­dre la défense de l’indéfendable. Pour excuser quoi ? Au nom de quoi ? Ce qui est sûr, c’est qu’une telle duplic­ité va ali­menter encore davan­tage la lep­éni­sa­tion en marche. Peut-être est-ce même le but recher­ché, celui de Daesh en par­ti­c­uli­er : couper en deux la société française, pouss­er à l’affrontement et, « idéale­ment » à la guerre civile.


Aidons Mme Lagarde à aller se rhabiller !

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Cliquez sur l’image, vous n’en croirez pas vos yeux. Il y a deux ans, “Clos­er”, ce mag­a­zine de la vul­gar­ité totale, pub­li­ait sans bar­guign­er, avec leurs coûts respec­tifs (“env­i­ron”), les élé­gances ves­ti­men­taires de Madame FMI. Cette pau­vresse – “au goût très sûr pour les belles choses (et on la com­prend)” – ne craig­nait pas d’étaler ain­si une garde-robe estimée à : 2800 + 1800 + 5900 + 3500 = 14.000 euros. [Mer­ci François Pon­thieu pour cette archive hors de prix !]

L’ « affaire Lagarde »… Quelle affaire ? On n’en par­le déjà (presque) plus. Ça tourne si vite, le monde, l’actu, l’ordinaire des choses. Et aujourd’hui encore, un autre nou­veau tour du monde, un nou­veau héros à la voile. Et puis un héros de la chan­son­nette qu’on retrou­ve mort. 1 Toutes ces ques­tions fon­da­men­tales. Tan­dis que les nég­li­gences, les étour­deries de Madame Lagarde, ça c’est de la broutille à 400 mil­lions, juste une insulte au peu­ple, même pas tancée par la Cour de Jus­tice [sic] de la République – qui prononce en l’occurrence un véri­ta­ble déni de jus­tice. Sinon, com­ment jus­ti­fi­er à la fois une faute et une non-faute ?

Alors, quelle République ? Voilà com­ment ils la gal­vau­dent – les Lagarde, les Cahuzac, les Tapie et tant d’autres – la « Chose Publique », Res Pub­li­ca ; ces escrocs, ces brig­ands, ces ban­dits – et j’en passe ! Cette République con­sid­érée comme une traînée, sur laque­lle on ne se retourne même plus, une gueuse pour maque­reaux prof­i­teurs (pléonasmes) prêts à la refiler aux autres prox­os du FN déjà en piste, prêts à la recy­cler au Nom du Peu­ple, bien sûr, et même de la République !

Une péti­tion cir­cule pour exiger « un vrai procès pour Chris­tine Lagarde ». Plus de 200.000 sig­na­tures ont été recueil­lies [la sign­er ici]. C’est encore trop peu compte tenu de l’outrage à ce qu’un George Orwell appelait la décence com­mune.

Car nous sommes bien en l’occurrence dans l’indé­cence totale. Des images de plus en plus nom­breuses cir­cu­lent sur la toile, prenant le relais des mots qui s’étouffent dans la colère, comme les miens ici.

Voici un échan­til­lon de ces pho­tos et dessins qui expri­ment une révolte des esprits, signes peut-être avant coureurs de révoltes « tout court » qu’ils n’auront pas vu venir

Notes:

  1. Thomas Cov­ille et George Michael, selon la Une du Monde. Je n’ai rien con­tre eux, je souligne juste un ordre des valeurs médi­a­tiques.

Boues rouges dans les calanques de Marseille : Royal rejette la responsabilité sur Valls

Les mon­tic­ules de boues rouges rejetées par l’usine d’alumine Alteo de Gar­danne, qui recou­vrent les fonds marins du Parc nation­al des calan­ques (Bouch­es-du-Rhône), inquiè­tent les spé­cial­istes, mais aus­si les défenseurs de l’environnement.

boues-rouges-calanques-marseille

Les déchets liés à la fab­ri­ca­tion de l’alumine sont rejetés en mer par un tuyau long de 50 km. Des mil­lions de tonnes de “boues rouges” con­tenant métaux lourds, élé­ments radioac­t­ifs et arsenic sont accu­mulés au fond de la Méditer­ranée, dans le Parc nation­al des Calan­ques. [Tha­las­sa-F3]

La min­istre de l’Environnement, Ségolène Roy­al, inter­rogée sur le rejet de ces déchets en mer, a imputé à son Pre­mier min­istre l’absence de lutte con­tre ce fléau : elle assure avoir voulu les inter­dire, mais que “Manuel Valls a décidé le con­traire”. “C’est inad­mis­si­ble”, assène la min­istre devant la caméra de “Tha­las­sa”, dif­fusé ven­dre­di 2 sep­tem­bre sur France 3.

Un permis de polluer pour six ans

Le préfet de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur a autorisé en décem­bre la société Alteo à pour­suiv­re l’exploitation de ses usines sur le site de Gar­danne et à rejeter en mer, pen­dant six ans, les efflu­ents aque­ux résul­tant de la pro­duc­tion d’alumine. La déci­sion avait pour­tant été aus­sitôt dénon­cée par Ségolène Roy­al, rap­pelle Le Monde.

La déci­sion d’interdire ces déchets incombe au chef du gou­verne­ment, affirme Ségolène Roy­al : [Manuel Valls] a pris cette déci­sion. Il a don­né l’ordre au préfet, donc le préfet a don­né l’autorisation. Je ne peux pas don­ner un con­tre-ordre”, ajoute-t-elle.

[Source : Fran­ce­in­fo, 30/8/16]


« En ces temps troublés ». Quand le maire d’Argenteuil se fait programmateur-censeur de cinéma

Comme ça, à lui tout seul, d’un trait de plume munic­i­pal, Georges Moth­ron, maire Les Répub­li­cains d’Argenteuil, décide si ses conci­toyens peu­vent ou non aller voir un film au ciné­ma – et même deux.

Voici l’affaire, résumée par Le Figaro [30/04/2016] :

« Le ciné­ma Le Figu­ier blanc a dû annuler il y a quelques jours la pro­jec­tion de deux films en rai­son d’une demande expresse du maire de la ville du Val-d’Oise, qui craig­nait que leurs sujets «met­tent le feu aux poudres» dans la com­mune.

 G. Moth­ron dans ses œuvres

Maire-argenteuil Georges Mothron• Pour «chang­er l’image de la ville» […] le boule­vard Lénine et l’avenue Mar­cel Cachin sont rebap­tisés respec­tive­ment boule­vard du général Leclerc et avenue Mau­rice Utril­lo.
• Le 6 août 2007, un arrêté munic­i­pal inter­dis­ant la men­dic­ité dans le cen­tre-ville d’Argenteuil est asso­cié à la con­signe aux agents de la voirie de dif­fuser du mal­odore, un répul­sif nauséabond, dans les lieux fréquen­tés par les sans-abris. La cam­pagne de presse nationale qui s’ensuit et des con­tro­ver­s­es sur la réno­va­tion urbaine en cours lui coû­tent la mairie qui revient au social­iste Philippe Doucet aux élec­tions 2008. Lors des élec­tions munic­i­pales de 2014, il reprend la mairie d’Argenteuil face au maire sor­tant. [Wikipé­dia]

« […] La salle, asso­ciée à un cen­tre cul­turel, a eu la curieuse sur­prise de recevoir la semaine dernière un cour­ri­er […] dans lequel l’élu demandait la dépro­gram­ma­tion de deux films : La Soci­o­logue et l’ourson, d’Étienne Chail­lou et Math­ias Thery, et 3000 nuits, de Mari Mas­ri.

« Le pre­mier, sor­ti le 6 avril, est un doc­u­men­taire qui revient sur les débats autour du mariage homo­sex­uel en suiv­ant la soci­o­logue Irène Théry et en met­tant en scène, sur un mode péd­a­gogique et ludique, des peluches et des jou­ets pour évo­quer cer­taines ques­tions et recon­stituer des moments famil­i­aux. Le sec­ond, dif­fusé depuis l’an dernier dans plusieurs fes­ti­vals, racon­te l’histoire de Lay­al, une jeune Palesti­enne incar­cérée dans une prison israéli­enne, où elle donne nais­sance à un garçon.

« Des thèmes qui pour le maire de la com­mune sont sujets à la polémique, d’où leur inter­dic­tion. Dans les colonnes du Parisien, il explique que sa déci­sion est «motivée par le fait qu’en ces temps trou­blés, des sujets tels que ceux-là peu­vent rapi­de­ment met­tre le feu aux poudres dans une ville comme Argen­teuil». « Dans un souci d’apaisement […]la ville a préféré jouer la sécu­rité en ne dif­fu­sant pas ces films, évi­tant ain­si des réac­tions éventuelle­ment véhé­mentes de cer­tains», ajoute-t-il. Mais l’exigence de l’édile a surtout provo­qué une volée de bois vers à l’encontre de la mairie d’Argenteuil. »

L’association Argen­teuil Sol­i­dar­ité Pales­tine (ASP), qui pro­gram­mait 3000 nuits a dénon­cé « la cen­sure du maire qui, en octo­bre dernier, avait déjà inter­dit une expo­si­tion sur l’immigration.»

L’Association pour la défense du ciné­ma indépen­dant (ADCI) d’Argenteuil, dénonce « un refus idéologique de réflex­ion sur des ques­tions qui se posent dans le con­texte actuel ».

De son côté, la Scam, Société civile des auteurs mul­ti­mé­dia, pub­lie un com­mu­niqué sur cet acte de cen­sure. Extraits :

« Les 102.000 habi­tants d’Argenteuil seraient-ils plus décérébrés, osons le dire, plus cons que la moyenne ?
« Cer­taine­ment pas, mais c’est ain­si que le maire, Georges Moth­ron, con­sid­ère les habi­tants en les jugeant inca­pables de regarder sere­ine­ment un doc­u­men­taire de société où les per­son­nages prin­ci­paux sont des peluches. Un doc­u­men­taire qui fait réfléchir sur pourquoi la société française s’est déchirée sur le mariage pour tous.
« Si le film sort en DVD, Georges Moth­ron le fera-t-il saisir dans les ray­on­nages ? Quand le film sera dif­fusé à la télévi­sion, Georges Moth­ron fera-t-il couper les antennes du dif­fuseur sur sa ville ?
« En ces temps trou­blés », Georges Moth­ron a peur que le film « mette le feu aux poudres ». […]
« En ces temps trou­blés », nous avons bien besoin de films qui nous ouvrent au monde, qui appor­tent de la pen­sée dans les réflex­es pavloviens de repli sur soi de telle ou telle com­mu­nauté.
« La Scam sou­tient la man­i­fes­ta­tion organ­isée le 7 mai à 15 heures devant la mairie d’Argenteuil pour exiger la repro­gram­ma­tion des films et rap­pel­er au maire, Georges Moth­ron, que le suf­frage uni­versel ne lui con­fie pas pour autant un droit à décider ce que ses conci­toyens peu­vent choisir d’aller voir au ciné­ma. »

Pour ma part, me référant à la loi sur le non-cumul des man­dats, je rap­pelle à ce maire qu’il ne peut ni ne doit cumuler sa fonc­tion de mag­is­trat munic­i­pal avec celles de pro­gram­ma­teur-censeur de ciné­ma et de directeur des con­sciences. Non mais.


Enfin de la pub, de la vraie, sur les radios du service public !

hara_kiri_pubSur l’autel de (feue) la gauche, ce gou­verne­ment ne recule devant aucun sac­ri­fice. Ce matin au réveil, j’apprends dans le poste qu’un décret paru aujourd’hui même au Jour­nal offi­ciel autorise la pub­lic­ité sur les ondes de Radio France !

Le tout-pognon aura encore sévi, empor­tant sur son pas­sage les restes d’éthique auquel on croy­ait encore pou­voir s’accrocher. Tu croy­ais, naïf, que les radios du ser­vice pub­lic te met­taient à l’abri des sail­lies de « pub qui rend con – qui nous prend pour des cons »… Macache ! Finies les débil­ités lim­itées aux seules « oui qui ? Kiwi ! » et autres « Mat­mut » à en dégueuler. On est passé au tout-Macron, mon vieux ! Tu savais pas ? Vive le tout-libéral, l’indécence com­mune et la vul­gar­ité marchande ! Les enzymes glou­tons sont de retour, et les bag­noles à tout-va, les chaussée-au-moine, les justin-bridoux, les mars-et-ça-repart – autant dire que le bon­heur nous revient en splen­deur, avec ses trou­vailles enchanter­ess­es, la vie facile, enfin !

Manque tout de même à ce gou­verne­ment qui, lui aus­si, nous prend pour des cons, un min­istre à la hau­teur. Je ne vois que Séguéla. Un Séguéla, sinon rien ! Et au com­plet, avec sa rolex et sa con­ner­ie.

Nous restera à fer­mer le poste. On mour­ra moins con (« oui mais, on mour­ra quand même ! »).

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« Pas de ça chez nous ! » Quand les bourgeois du XVIe parisien puent du bec

En soule­vant le cou­ver­cle de la soupière de porce­laine, on a décou­vert un pot de cham­bre et ses relents. C’était lun­di 14 mars au soir, la mairie de Paris organ­i­sait une réu­nion publique d’information sur le cen­tre d’hébergement d’urgence devant être instal­lé d’ici l’été en lisière du bois de Boulogne, – “à deux pas de l’hippodrome d’Auteuil, du musée Mar­mot­tan et des jardins du Ranelagh”, pré­cise judi­cieuse­ment Le Figaro.

Alors que les débats auraient dû se tenir pen­dant deux heures entre les habi­tants mécon­tents et les représen­tants de la ville de Paris, ils ont dû être écourtés au bout de 15 min­utes pour cause de débor­de­ments. Quand la bour­geoisie du XVIe sort de ses gonds, elle se révèle dans sa nue cru­dité.

C’est d’abord au préfet de Paris, Sophie Bro­cas, que les “révoltés” s’en pren­nent. Et en ter­mes par­ti­c­ulière­ment châtiés. Échan­til­lons : “Escroc”, ”fils de pute”, “menteur”, “col­labo”, “stal­in­ien”, ”ven­du”, “salopard”, “salope”, “Sophie Bro­cas caca ! » …

Acclamé par la foule en furie, Claude Goas­guen, maire d’arrondissement LR et prin­ci­pal élu local opposé au pro­jet, a rehaussé le niveau sur le mode sédi­tieux, encour­ageant ses par­ti­sans à “dyna­miter” la piscine instal­lée à prox­im­ité du futur cen­tre d’hébergement, pré­cisant Ne vous gênez pas, mais ne vous faites pas repér­er ».

Pour com­menter pareil événe­ment, France Inter a invité à son micro la « soci­o­logue des rich­es », Monique Pinçon-Char­lot, qui a assisté à cette réu­nion et n’en revient pas, elle qui en a pour­tant remué du beau linge. Cette fois, pour l’effet caméléon, elle avait même revê­tu un petit man­teau de four­rure… syn­thé­tique… Voici son réc­it, grandiose !

Petit flo­rilège com­plé­men­taire ici.


Corruption et politique. L’exemplarité ordinaire de la Norvège

On peut tou­jours y aller de prêchi-prêcha, de pom­peuses déc­la­ra­tions de lende­mains de cuites, rien ne vau­dra l’exemple en action. Ain­si ce reportage de 2007 tourné en Norvège pour Com­plé­ments d’enquête, France 2. On est loin de la litanie du « Moi, prési­dent » ou du « Prési­dent nor­mal ». Le train de vie de l’Élysée aurait notable­ment dimin­ué sous ce quin­quen­nat – on dira que, vu le précé­dent, ça n’a pas dû être bien dif­fi­cile. Soit. Mais il en faut plus sur le reg­istre de l’exemplarité, et pas seule­ment chas­s­er du tem­ple poli­tique ses Cahuzac et autres Théve­noud. Plus, afin de n’avoir pas à oppos­er de la morale à qua­tre sous aux autres exac­tions ordi­naires éclabous­sant la « classe » politi­ci­enne et dés­espérant Bil­lan­court – enfin, ce qu’il en reste. On n’en fini­rait pas sur ce chapitre, d’énumérer ce qu’on nomme pudique­ment « les affaires »pour ne pas dire « scan­dales ». Égrenons le chapelet des récentes années :

Hip­po­drome de Com­piègne ; finance­ment occulte du Par­ti répub­li­cain ; tramway de Bor­deaux ; Guéri­ni, Sylvie Andrieu (Mar­seille) ; Karachi ; Takkied­dine ; Total ; Woerth-Bet­ten­court ; Sarkozy-Kad­hafi ; Byg­malion ; Tapie-Lagarde ; sondages de l’Élysée (prési­dence Sarkozy)…

J’allais oubli­er, cham­pi­ons toutes caté­gories, les exploits financiers des époux Balka­ny à Lev­al­lois-Per­ret ! Et aujourd’hui, atten­tion, épluchage des pat­ri­moines des Le Pen, père et fille…

Et il n’est ques­tion ici que d’affaires politi­ci­ennes, en France, hors milieux sportifs…

D’après l’Institut de la Banque mon­di­ale, le coût de la cor­rup­tion inter­na­tionale s’élève à plus de mille mil­liards de dol­lars. De quoi éradi­quer la mis­ère, ou l’attaquer sérieuse­ment.


Poli­tique. Si on com­mençait par là ? par ger­ard-pon­thieu-9


Élections. Xavier Bertrand, salaud sartrien (article de 2010, pour l’Histoire…)

Xavier Bertrand, futur prési­dent de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie, ce politi­cien de bas étage – je main­tiens –, se refait donc une sorte de vir­ginité sur l’air du “front répub­li­cain”. Le politi­cien, on le recon­naît à ça, lui aus­si, tout comme l’autre : il ose tout. Et, comme tel, il parvient à faire accroire au bon peu­ple si abus­able qu’il vient de ter­rass­er le Drag­on. Lui qui l’a engrais­sé, tout comme tant de ses con­génères de la basse poli­tique. Voici donc, pour mémoire et pour l’Histoire (avec sa grande hache…), ce moment télévisé de févri­er 2010, il y a cinq ans. Pour illus­tr­er une belle saloperie.


 

J’écris « salaud sar­trien » par pré­cau­tion judi­ci­aire, vu que c’est une caté­gorie estampil­lée phi­lo. Bon. Mais nor­male­ment, si j’écrivais à un pote, je m’en passerais et par­lerais plutôt de la dig­nité selon Camus. Car ce type est igno­ble (con­traire de noble, ça oui !), abject (qu’on a envie de jeter), mépris­able, etc. Si vous voulez le voir en action, y a qu’à cli­quer sur l’image et vous allez assis­ter à la représen­ta­tion la plus vile de ce qu’un politi­cien peut don­ner à voir. Ce lam­en­ta­ble spec­ta­cle mon­tre un Xavier Bertrand et nonob­stant secré­taire général de l’UMP pra­ti­quer une danse du scalp, voire une mise à mort, autour d’un jour­nal­iste du Cour­ri­er picard. Un tel mépris de la per­son­ne, affiché avec tant de morgue, ça fait plus que froid dans le dos.

Cela se passe le 19 jan­vi­er, sur le plateau de l’émission “Ter­rain poli­tique” de la chaîne Pub­lic Sénat. Xavier Bertrand, par ailleurs adjoint au maire de Saint-Quentin (Aisne), est ques­tion­né par Nico­las Totet, respon­s­able de l’édition locale du Cour­ri­er picard à Saint-Quentin. Le jour­nal­iste n’est pas à l’aise, ce n’est pas son truc la télé. L’autre le toise de son œil noir comme un ban­dit au coin du bois. Pas besoin d’en dire plus puisque le doc­u­ment fait foi. Ce morceau désolant va s’ajouter à la vaste antholo­gie cou­vrant la caté­gorie vul­gar­ité et bassesse politi­ci­ennes.

Extrait des réac­tions des lecteurs du monde.fr :

Sou­tien le plus total au jour­nal­iste du Cour­ri­er Picard. Tout le monde ne peut pas être à l’aise à la télévi­sion, et prof­iter des faib­less­es de son con­tra­dicteur pour l’humilier, c’est vrai­ment pitoy­able. Ne vous en faites pas Mon­sieur Totet, ce n’est pas vous qui sortez rabais­sé de cette vidéo, mais bien le balourd d’en face.

Vrai qu’il fal­lait lui ren­tr­er dans le lard à l’ex assureur trop assuré, mais là nib ! Un jour­nal­iste en forme de feuille morte trem­blante à la moin­dre chique­naude de l’engraissé Bertrand. Le Cour­ri­er Picard… ça doit venir du cli­mat, le froid ça fait per­dre ses moyens.

Je vous trou­ve dur avec le pau­vre Xavier. Sou­venez-vous, il était sym­pa dans le lip­dub de l’ump… Pensez à son déhanche­ment, sa petite main au bout de son bras dessi­nant des vagues. Avouez, de suite, on ressent bien la bêtise pro­fonde, grasse, du per­son­nage…

Le com­porte­ment de Xavier Bertrand est celui d’un 4x4 face à une 2 chevaux : gros, puis­sant et vul­gaire. Pro­pre­ment scan­daleux, non pas fellinien, mais berlus­conien!


Paru icihttps://c-pour-dire.com/xavier-bertrand-salaud-sartrien/  Et sous l’article voir aus­si le per­ti­nent com­men­taire de l’époque.


Des tas d’urgences

Le hasard m’a fait tomber, hier, sur l’article que j’ai con­sacré au jour­nal­iste polon­ais Richard Kapus­cinski lors de sa mort en 2007. Dans un de ses bouquins fameux, Imperi­um – sur l’empire sovié­tique finis­sant, une suite de reportages à sa façon –, j’y rel­e­vais ça :

« Trois fléaux men­a­cent le monde. Pri­mo, la plaie du natio­na­lisme. Secun­do, la plaie du racisme. Ter­tio, la plaie du fon­da­men­ta­lisme reli­gieux. Trois pestes unies par la même carac­té­ris­tique, le même com­mun déno­mi­na­teur, la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. Impos­sible de péné­trer dans un esprit conta­miné par un de ces maux. »

Dans le dernier numéro du men­su­el L’Histoire (thème : New­ton, les Lumières et la révo­lu­tion sci­en­tifique : excel­lent autant qu’actuel), un lecteur revient sur le précé­dent numéro (novem­bre) con­sacré aux com­mu­nistes et titré « Pourquoi il y ont cru », sans point d’interrogation. En effet, bien des répons­es peu­vent être avancées. Mais ce lecteur con­tin­ue à s’interroger : « Si je ne m’étonne pas du nom­bre d’intellectuels séduits, je n’arrive tou­jours pas à com­pren­dre pourquoi ils sont resté com­mu­nistes ». Et d’égrener le chapelet des hor­reurs stal­in­i­ennes qui « auraient dû leur ouvrir les yeux ». Oui, mais non ! Con­fère le troisième fléau selon Kapus­cinski : la plaie du fon­da­men­tal­isme religieux.

Même si les caus­es et les effets dif­férent dans les nuances, nazisme, stal­in­isme et dji­hadisme relèvent du tronc com­mun de « la plus totale, agres­sive et toute-puis­sante irra­tio­na­lité. » Les con­séquences aus­si con­ver­gent dans la vio­lence la plus mor­tifère con­duisant les peu­ples cré­d­ules aux pires hor­reurs.

Notons qu’en ces « champs d’horreur » s’illustrent bien d’autres fana­tiques para-religieux. Ain­si les fon­da­men­tal­istes du libéral­isme ultra, les ado­ra­teurs du Marché et de sa Main invis­i­ble, celle qui agit « en douce », par délé­ga­tion, sans se mon­tr­er au grand jour, et n’en con­duit pas moins à son lot d’atrocités, dénom­mées injus­tices, guer­res, mis­ère.

Ain­si les néga­tion­nistes de la dégra­da­tion du cli­mat qui, à l’instar de leurs illus­tres prédécesseurs face aux géno­cides nazis, choi­sis­sent la cat­a­stro­phe plutôt que de renon­cer à leurs cultes con­som­ma­toires. Cultes innom­brables aux­quels d’ajoutent la plus crasse imbé­cil­lité telle que mon­trée ce jeu­di soir [3/12/15] dans Envoyé spé­cial (France 2) exhibant de fameux spéci­mens du genre : ceux qui, aux Etats-Unis, trafiquent leurs diesel mon­strueux pour qu’il éructent les plus épaiss­es fumées noires… (J’avais pub­lié une vidéo sur ces éner­gumènes, mais elle a été dés­ac­tivée, je ne sais pourquoi… Des dizaines de vidéos paradent sur la toile – taper “coal rolling” et dés­espér­er du genre humain…)

Après eux le déluge. Sur le même mode, en somme, par lequel un tiers des électeurs du « pays des Droits de l’Homme » – et patati et pata­ta – seraient prêts à tâter du fas­cisme présentable, juste « pour essay­er », puisque les autres leur parais­sent usés – ce qui n’est pas faux, certes !

Mais enfin, quelle défaite annon­cée ! Défaite de la pen­sée, des con­vic­tions, des valeurs. De soubre­sauts en cahots, en cul­butes et en sur­sauts, l’Histoire n’en finit pas de bégay­er, on le sait. Au bord du vide, des haut-le-cœur nous sai­sis­sent.

tas-urgences

Où allons-nous ? “Ça débor­de” de partout ; de gauche et de droite„ extrême­ment. [Ph. d.r.]


Herr Diesel, das diktat

TPH_i7N6PWCix-RMQokNYwufEIALe Monde de ce 29/10/15 

Diesel : l’Europe recule face aux lob­bys

Après le scan­dale Volk­swa­gen, la Com­mis­sion européenne voulait impos­er des tests d’émissions de gaz pol­lu­ants plus con­traig­nants. Les con­struc­teurs auto­mo­biles, soutenus par les Etats, ont obtenu de pou­voir émet­tre 2,1 fois le pla­fond d’oxydes d’azote autorisé, jusqu’en 2019.

L’Europe, l’écologie, la COP21… Du pipeau. Un déni démoc­ra­tique. Tirons l’échelle !

Nous serons les derniers, voilà.


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérèglement de l'esprit, c'est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient, et non parce qu'on a vu qu'elles sont en effet. » Bossuet

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  • Énigme

    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl”

    Comme un nuage, album photos et texte marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl (26 avril 1986). La souscription étant close (vifs remerciements à tous les contributeurs !) l'ouvrage est désormais en vente au prix de 15 euros, franco de port. Vous pouvez le commander à partir du bouton "Acheter" ci-dessous (bien préciser votre adresse postale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s'agit d'un album-photo de qualité, à tirage soigné et limité, 40 p. format A4 "à l'italienne". Les photos, prises en Provence et notamment à Marseille, expriment une vision artistique sur le thème d’« après le nuage ». Cette création rejoignait l’appel à l’organisation de "1.000 événements culturels sur le thème du nucléaire", entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fukushima) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tchernobyl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies. Montaigne - Essais, I, 26

    La vérité est un miroir tombé de la main de Dieu et qui s'est brisé. Chacun en ramasse un fragment et dit que toute la vérité s'y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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