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Éric Woerth, août 2008. Doué pour les chiffres, il veille sur nos retraites. Pho­to Wiki­pe­dia

L’affaire Woerth, madame et mon­sieur, leurs manœuvres fri­quées. « Légal » ou pas, on s’en fout ! Car la ques­tion est celle de la légi­ti­mi­té ou, plus encore, de la décence com­mune comme disait George Orwell. Ce goût du luxe jusqu’à la luxu­riance, cette avi­di­té pour la « clin­quance » (on en est à inven­ter des mots !), la cher­té obsé­quieuse du bling-bling, le jamais assez et donc tou­jours plus, voi­là la névrose obses­sion­nelle des puis­sants de ce monde qu’ils mettent en coupe réglée ! La ques­tion est bien celle du pognon exor­bi­tant dont cer­tains se goinfrent avec une avi­di­té encore jamais vue. Je dis bien « vue », en ce sens où le caché d’avant, sans doute, valait bien l’étalage actuel, deve­nu indé­cent jusqu’au por­no !

L’âpreté au gain semble n’avoir jamais été aus­si vorace qu’en ces temps de déca­dence. Une telle osten­ta­tion tient du pousse au crime et consti­tue l’une des causes des vio­lences récur­rentes qui secouent, entre autres, les quar­tiers dits « dif­fi­ciles » – c’est-à-dire là où la prise de conscience ne trouve d’autre exu­toire que dans le caillas­sage de  « tout » : bus, flics, pom­piers, bagnoles et pou­belles – sym­boles glo­ba­li­sés d’une socié­té fon­ciè­re­ment malade, car fon­ciè­re­ment injuste. La délin­quance comme mode d’expression… Quelle déso­la­tion morale, exis­ten­tielle ! Et il en est ain­si dans tout le monde glo­ba­li­sé régi par son inéqua­tion : tou­jours plus de très riches = tou­jours plus de très pauvres. « Jusque-z-à-quand », ren­ché­ri­raient nos sati­ristes déchus, dont on espère qu’ils vont pas­ser à l’acte de l’engagement direct : se payer, gra­tos, les têtes cou­ron­nées… On peut encore rêver. Reve­nons aux Woerth, char­mant couple, fringues grif­fées, fra­grances de LVMH-L’Oréal, tis­sus pré­cieux payés cher à la sueur du front du popu­lo, ceux qui gagnent si peu mais qui sont si nom­breux. C’est le prin­cipe même du capi­ta­lisme : prendre un peu (appa­rem­ment) à beau­coup ; les faire cas­quer pour pas grand chose, un chouia par ci un par là, à peine visible, même pas dou­lou­reux, pas trop : y a le foot, le pipole, le bourre-bedaine de bouffe et de bière pas trop chère, bien dégueu, la télé pour faire rêver et apeu­rer en même temps : les grandes séries hol­ly­woo­diennes, leurs copies locales, du drame et du cul, de l’angoisse ter­ri­fiante – méchants bar­jots, flics ex-machi­na pour tenir à car­reaux et ras­su­rer le bas peuple cade­nas­sé dans ses incer­ti­tudes du len­de­main, et enfin les courses de bour­rins, les lotos miri­fiques et autres ordi­naires séda­tifs. Tiens, au moment même où je vous cause, lemonde.fr (pas Le Pari­sien, non, la « réfé­rence ») me bom­barde un URGENT : « Isner bat Mahut et rem­porte le match le plus long de l’histoire du ten­nis ». Voi­là l’urgence d’aujourd’hui : l’insignifiance spec­ta­cu­laire ! Tan­dis que l’hémorragie pétro­lière, la sai­gnée de la Terre-mère reprennent de plus belle – façon de par­ler. Tan­dis qu’un chef d’État, chef de quoi ?, reçoit vous savez qui, un foo­teux tri­cheur, repré­sen­tant du sys­tème le plus éhon­té mêlant par la déme­sure le fric à la pelle et le vedet­ta­riat le plus ido­lâtre. Mais le peuple en veut, il en rede­mande le peuple, du pain (un peu) et des jeux (beau­coup), et on n’est pas tenu alors de l’enmajusculer. Fai­blesses et gran­deurs sont les moteurs de l’Histoire en marche. D’un côté la las­si­tude déses­pé­rée, de l’autre un res­saut de manif. Et à l’instant même, autre URGENT de même source : Le nombre d’inscrits au chô­mage en hausse de 0,8 % en mai. Bizarre cette col­li­sion de niouzes, ces col­lages d’actu comme des mes­sages épars venus de pla­nètes étran­gères… Donc le Woerth, cet irré­pro­chable hon­nête homme dont je mesure l’étendue et la pré­co­ci­té de ses talents en cha­ri­té bien ordon­née : En 1992 donc, la Chambre régio­nale des Comptes de Picar­die épluche les livres  de l’Agence de déve­lop­pe­ment de l’Oise (ADO), diri­gée par Woerth, sur la période 1986-1989 et émet de sévères obser­va­tions :

« [Le juge admi­nis­tra­tif] n’a pas admis que le conseil géné­ral délègue à un orga­nisme pri­vé l’exécution des inter­ven­tions éco­no­miques du dépar­te­ment sans avoir défi­ni les prin­cipes de ces inter­ven­tions, les moda­li­tés géné­rales de leur mise en œuvre et les contrôles qu’il enten­dait exer­cer. De nom­breuses dérives sont consta­tées, notam­ment : – Des reva­lo­ri­sa­tions de salaires « dis­cré­tion­naires et exor­bi­tantes » : Éric Woerth, direc­teur géné­ral, dont le salaire passe de 23 400 F (3 567€) en 1986 à 35 000 F (5 336€) en 1989. Il a per­çu une prime de fin de contrat équi­va­lente à 5 mois de salaire, qua­li­fiée de « pure libé­ra­li­té » par la Chambre. A cette rému­né­ra­tion men­suelle s’ajoute les trois primes de fin d’année de 3567,31 euros, 4484,75 euros et 4484,75 euros qui lui ont été ver­sées au titre des exer­cices 1986, 1987 et 1988. – Des frais de dépla­ce­ments, de mis­sions et de récep­tions « en aug­men­ta­tion de 724% » entre 1986 et 1989 : «  La Chambre a obser­vé que près de la moi­tié de ces dépenses cor­res­pon­dait à des frais de res­tau­rant du pré­sident de l’ADO. Elle a, en par­ti­cu­lier, rele­vé que tous les res­tau­rants, sans excep­tion, étaient situés à Paris, qu’ils comp­taient par­mi les plus répu­tés et les plus chers de la capi­tale, qu’aucune indi­ca­tion sur l’objet de la récep­tion et les per­sonnes conviées n’était jointe aux fac­tures et que le prix par per­sonne était éle­vé, fré­quem­ment voi­sin des 1000 F (150 euros) ». – Eric Woerth dis­po­sait éga­le­ment d’une voi­ture de fonc­tion, ce qui n’était pas pré­vu dans son contrat de tra­vail, et comme son domi­cile situé à Chan­tilly, est éloi­gné du siège de l’Agence, les frais d’essence pris en charge par l’ADO ont été coû­teux pour les finances de celles-ci. En 1988, par exemple, leur mon­tant s’est éle­vé à 2295,88 euros. »

Cet homme, très doué pour les chiffres, ne pou­vait que gra­vir les plus hautes marches du pou­voir et, en par­ti­cu­lier celle qui l’a conduit au minis­tère du bud­get – noblesse oblige – tout en tenant les caisses de l’UMP. En jan­vier 2008, alors qu’il était ministre du bud­get, Éric Woerth a aus­si remis les insignes de che­va­lier de la Légion d’honneur à Patrice de Maistre, direc­teur géné­ral de Cly­mène, orga­nisme de ges­tion du patri­moine de Liliane Bet­ten­court – avocat qu’il pré­ten­dait ne pas connaître. Tan­dis que, jusqu’à sa démis­sion il y a quelques jours, son épouse Flo­rence Woerth était elle-même res­pon­sable de la ges­tion de la for­tune de Liliane Bet­ten­court, une des plus grandes for­tunes du monde, au sein de Cly­mène. Le voi­ci aujourd’hui ministre du Tra­vail, et maire de Chan­tilly. C’est lui qui doit négo­cier la réforme des retraites avec les syn­di­cats. Un homme de la situa­tion, capable de com­prendre et par­ta­ger l’inquiétude de ses conci­toyens. D’ailleurs, il est aus­si char­gé de la Fonc­tion publique. Et de la Soli­da­ri­té [sic].

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