Cannes. La Palme d’Or des valeureux cracheurs dans la soupe
Cannes-festival n’est pas Venise mais Libé s’y place en tête de gondole des émeutiers-pétitionnaires sur l’air de « Zapper Bolloré », la complainte anti « crypto-fasciste », comprendre anti « milliardaire-Bolloré d’extreme-droite ». Et voilà que ça leur retombe sur la gueule : Libé du jour : « Bras de fer avec Bolloré au Festival de Cannes : «On l’avait dit, qu’il y aurait des conséquences». La menace de Canal + contre les signataires de la pétition publiée dans «Libération» choque le cinéma français et accentue les craintes autour de l’influence du milliardaire d’extrême droite. »

Et aussi, plus loin : « Comme ce festivalier croisé près de la maison où crèche la team Libé, allongé ronflant sur un muret en plein cagnard, le monde du cinéma français réuni à Cannes s’est levé ce lundi matin avec la gueule de bois. Sur les terrasses, dans les rendez-vous pro ou un verre à la main, tout le monde n’avait qu’un mot à la bouche : Canal. La veille, lors du «brunch des producteurs», un de ces événements professionnels qui pullulent en ville pendant le Festival, le directeur général du groupe Canal +, Maxime Saada, a mis une claque à tout le monde, en affirmant qu’il n’avait plus l’intention de travailler avec les signataires de la tribune «Zapper Bolloré» publiée lundi 11 mai dans les colonnes de Libération… » [Voyez en passant, ce vocabulaire branchouille de la « team Libé », tout à l’image de l’entre-soi cannois, cousin consanguin du germanopratin élevé en terrasses de bistrots huppés.]
Oh ! les cuistres indignés, arroseurs arrosés, cracheurs dans la soupe ! Ils étaient à Cannes cinq ou six cents francs-tireurs, valeureux signataires à « dénoncer » leur bienfaiteur mécène Canal +, et seulement deux cents autres à Saint-Germain, la semaine d'avant, à dresser leur barricade contre Grasset leur propre éditeur… Que du Bolloré-caca ! [Rappel en passant : ils furent mille « en accostant au port » de la Quinzaine de la poésie contre la présidence annoncée de Sylvain Tesson… Ah ! ce peuple héroïque des pétitionnaires, vulgaires moutons bêlants de cette bienpensance gauchoïde qui me dégoute.]
Pan sur le bec ! comme dit le Canard enchainé, les voilà Gros-Jean comme devant, rois des cons bernés, Palme d'Or des brocouilles, auto-cocufiés. Aussi sont-ils « choqués » ces pôvres gens du cinéma prospérant sur la planète du virtuel bien ancré au capitalisme, fût-il élevé au rang de mécénat, ces producteurs-bienfaiteurs et cependant non totalement désintéressés. Ah ! ces idiots inutiles autant que naïfs, hors-sol, ignoraient sans doute l’avertissement situationniste, celui de la séparation, coupure entre le réel et sa représentation. Vous n’êtes jamais que des pions dociles de la Société du spectacle, non pas la version de Guy Debord, mais sa vulgate marchande qui l’a rabaissée au monde des spectacles spectaculaires – sic. Le monde, notre monde en folie, s’est perdu dans cette illusion magistrale qui réduit l’humanité à des adorateurs d’écrans, à Cannes tout comme dans l’artificialité généralisée qui prétend s’accoupler à l’intelligence. Ainsi fut-il.
Pour en revenir – et rester sur le même sujet – à l’« affaire Grasset », je savoure sur Facebook ces lignes de Jacques Lamagnere, instituteur retraité : […] « j'apprends que ce monsieur Nora qui dirigeait grosso modo 33 personnes avec un chiffre d'affaire très modeste et apparemment en chute libre, se tape 1 million d'euros par an, c'est à dire que tous les 2 mois il peut acheter ma baraque sur laquelle j'ai encore un crédit, je m'étonne que tous ces gens de gauche, cette gauche si près du peuple et tellement encline aux leçons de morale et au mépris factice de l'argent, se mobilisent en hurlant au loup pour défendre un nanti dont on imagine bien le train de vie. Le mec se fait licencier à 66 ans alors qu'il devrait être à la retraite et va certainement toucher un pactole puis se faire réembaucher à prix d'or. Et on pleure et chouine sur son sort en criant au blasphème culturel ! »
Pour ma part, je songe spécialement à Annie Ernaux, notre madone des miséreux, insoumise et nobellisée, signataire aux côtés des Virginie Despentes, évidemment, Frédéric Beigbeder (75.000 euros d’à-valoir pour son prochain livre…), Simon Liberati (178.000 euros d’avance), Pascal Bruckner (73.430 euros pour un déficit de 400.000 euros sur l’exploitation de ses dix-sept autres titres publiés…). Et cætera. [Cf l’excellent article de Pascal Meynadier, JDD du 10 mai, de la « galaxie bolloréenne » d'esstrême drouate, méfiance !)
Comme disait Romain Gary, que je cite en exergue de mon blog, ici même : « Crier le fascisme ne passera pas, ça fait passer tout le reste. »
