On n'est pas des moutons

C de coeur, C de gueule

Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bour­reau de Béthune et Roger Cou­derc en mon­sieur Loyal… Image plus que jau­nie de la télé en noir & blanc. En cou­leur, sur écran plat et dans l’apparat des stu­dios pom­peux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante par­tie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, ques­tion de san­té. De plus cou­ra­geux m’ont résu­mé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai com­pris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien per­du, sur­tout pas mon temps.

J’ai aus­si cru com­prendre que, sur le ring poli­ti­co-télé­vi­suel, l’une pra­ti­quait en effet le catch – coups bas et appels à la vin­dicte de la salle (le Peuple !) ; tan­dis que l’autre s’essayait plu­tôt à la boxe, dite fran­çaise en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le com­bat était pipé, comme pré­vi­sible. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la pro­voc, la hargne et les lita­nies men­son­gères ; de l’autre, un pré­si­den­tiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien dif­fi­cile, au vu de la gros­sière charge oppo­sée. De ce seul point de vue on ne peut décla­rer le match nul, encore moins archi­nul. Car la forme aura par­lé, l’emportant sur le fond. C’est presque tou­jours le propre des com­bats télé­vi­sés, por­tés à ren­for­cer la bina­ri­té des com­por­te­ments et des idées (quand il y en a) et, fina­le­ment, à sacrer le mani­chéisme comme seule mode de pen­sée.

canard-ni-ni

Un ni-ni non ambi­gu…

Par­tant de là, sans besoin d’en rajou­ter sur le spec­tacle lui-même, il semble qu’« on » ne soit pas plus avan­cé après qu’avant. Et aus­si que le ni-ni ne repré­sente en rien un troi­sième pla­teau à la balance binaire. L’enjeu demeure, sauf à consi­dé­rer que « les jeux » sont faits. Il en fut ain­si, il y a peu, entre une naïve arri­vée et un fada dan­ge­reux qui, depuis, sème le souk sur toute la pla­nète. Car la déma­go­gie peut « payer », sur­tout en mon­naie de singe (en dol­lars comme en « nou­veaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abs­te­nu en fuyant l’affligeante joute déma­go­gique, je me retrouve bien rat­tra­pé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écar­té le dan­ger.

Mon vieux pote Elzéard Bouf­fier 1, dor­mait hier soir du som­meil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpen­ter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tan­dis que la veille, des pos­tu­lants à gou­ver­ner la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évo­quer le désastre éco­lo­gique qui bou­le­verse la pla­nète, menace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bou­leaux. J’ai écrit ici que je vote­rai pour lui. Pour lui, en effet, je vote­rai. Au nom de l’Anarchie géné­reuse et comme disait un autre grand viveur, l’écrivain rou­main Panaït Istra­ti : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Gio­no, le plus beau mes­sage à l’humanité (pdf) : Gio­no-L_Homme_­qui_­plan­tait_des_arbres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Syrie. Guerre et paix, l’éternel conflit des hommes

La paix entre États, comme la paix civile, sont d’universels sym­boles de la paix du coeur. Ils en sont aus­si les effets.(Che­va­lier-Gheer­brant, Dic­tion­naire des sym­boles)

La ter­rible ago­nie d’Alep et de sa popu­la­tion touche l’humanité entière. Ou, du moins, devrait-elle la tou­cher – ce qui chan­ge­rait peut-être la face du monde. Mais son atro­ci­té ren­voie à ses causes, sou­vent incom­pré­hen­sibles. Des paral­lèles sont ten­tées avec l’Histoire récente : cer­tains voient en Syrie une guerre civile sem­blable à la guerre d’Espagne (1936-1939) qui fut le pré­lude au deuxième conflit mon­dial. Issa Goraieb, édi­to­ria­liste au quo­ti­dien fran­co­phone de Bey­routh, L’Orient-Le Jour, ten­tait ce rap­pro­che­ment l’an der­nier :

« Les avions et pilotes russes dépê­chés à l’aide d’un Bachar el-Assad en mau­vaise pos­ture ne sont autres, en effet, que la légion Condor qu’offrait Hit­ler au dic­ta­teur Fran­cis­co Fran­co. À l’époque, l’Italien Mus­so­li­ni se char­geait, lui, d’expédier des com­bat­tants ; c’est bien ce que font aujourd’hui en Syrie les Ira­niens et leurs sup­plé­tifs du Hez­bol­lah, qui s’apprêteraient à lan­cer une offen­sive ter­restre majeure pour conso­li­der la Syrie utile de Bachar. Quant aux bri­gades inter­na­tio­nales, for­mées de volon­taires venant de divers points de la pla­nète pour prê­ter main-forte aux répu­bli­cains espa­gnols, c’est évi­dem­ment Daech qui en décline actuel­le­ment une réédi­tion des plus sul­fu­reuses. » [L’Orient-Le Jour, 03/10/2015]

« Sul­fu­reuse », c’est peu dire, sinon mal­adroit. De son côté, Jean-Pierre Filiu, ana­lyste de l’islam contem­po­rain, insiste aus­si sur ce paral­lèle his­to­rique, mar­quant bien une dif­fé­rence tran­chée :  «Si la Syrie est notre guerre d’Espagne, ce n’est pas du fait d’une assi­mi­la­tion fal­la­cieuse des dji­ha­distes aux bri­ga­distes, mais bien en rai­son de la non-inter­ven­tion occi­den­tale». [Media­part, 7/08/2016] Encore fal­lait-il le rap­pe­ler et le sou­li­gner : s’engager pour un idéal de libé­ra­tion poli­tique dif­fère fon­ciè­re­ment du renon­ce­ment dans le fana­tisme et l’asservissement reli­gieux.

Pour Ziyad Makhoul, lui aus­si édi­to­ria­liste à L’Orient-Le Jour : « Ce n’est plus une ten­dance, ou un glis­se­ment pro­gres­sif. C’est une nou­velle réa­li­té. Le monde régresse à une vitesse insen­sée, que ce soit à cause des vicis­si­tudes de la glo­ba­li­sa­tion, de la tri­ba­li­sa­tion des esprits, ou de la résur­rec­tion de l’hyperreligieux. Ce monde qui est encore le nôtre s’obscurcit, se recro­que­ville dans ses pho­bies (de la lumière, de l’autre...) et se cal­feutre dans une bar­ba­rie (et une reven­di­ca­tion et une bana­li­sa­tion de cette bar­ba­rie) fon­ciè­re­ment moyen­âgeuse. » [15/12/16]

« Moyen­âgeuse »…  pas­sons sur cet ana­chro­nisme mal­heu­reux (l’histoire du Moyen Âge exige la nuance… his­to­rique). Mais soit, il y a de l’irrationnel dans la folie guer­rière des hommes à l’humanité rela­tive… D’où vient, en effet, cette tare frap­pant l’homo pour­tant sapiens – ain­si le décrit-on – inca­pable d’instaurer la paix comme mode de rela­tion entre ses congé­nères ? Cet espèce-là, bien dif­fé­ren­ciée des autres espèces ani­males en ce qu’elle est si capable de détruire ses sem­blables, et sans doute aus­si de s’autodétruire. J’entendais, dans le poste ce matin, Jean-Claude Car­rière s’interroger sur le sujet et pré­ci­sé­ment sur la Paix, avec majus­cule 1. Car l’Histoire (grand H) et toutes les his­toires, presque toutes, qui nour­rissent notam­ment la lit­té­ra­ture, le ciné­ma, les arts…, s’abreuvent à la guerre. On y voit sans doute un effet du poi­son violent qui tour­ne­boule les hommes, les mâles : la tes­to­sté­rone. Peu les femmes-femelles qui en fabriquent bien moins, ou qui le trans­forment mieux, en amour par exemple – sauf excep­tions, bien enten­du, dans les champs de com­pé­ti­tion de pou­voir, poli­tique et autres. Ce qui se tra­duit, soit dit en pas­sant, par des pri­sons peu­plées d’hommes à 90 pour cent…

Le même Jean-Claude Car­rière rele­vait aus­si que l’empire romain avait éta­bli la paix pen­dant plu­sieurs décen­nies sur l’ensemble de son immense domaine. « Pour­quoi ? Il accueillait toutes les croyances.  » 2 C’est bien l’objectif de la laï­ci­té – du moins dans le strict esprit de la loi fran­çaise de 1905. On peut y voir une réplique poli­tique et posi­tive à la folie humaine, vers son édi­fi­ca­tion et sa longue marche vers la Paix. On en est loin, pour en reve­nir à la guerre en Syrie. Pou­tine a su mon­trer et démon­trer « qu’il en a » [de la tes­to­sté­rone…], en quoi il est sou­te­nu et admi­ré par d’autres [qui en ont aus­si !], comme Jean-Luc Mélen­chon, pour ne par­ler que de lui.

Des nuances inté­res­santes, du point de vue poli­ti­co-diplo­ma­tique, ont été appor­tées hier soir [15/12/16] sur France 2 qui consa­crait une longue soi­rée à Vla­di­mir Pou­tine « des ori­gines à nos jours ». Nuan­cée, donc, l’analyse de l’ancien ministre des Affaires étran­gère, Hubert Védrine, fai­sant res­sor­tir l’inconséquence mépri­sante des « Occi­den­taux » face à la Rus­sie post-sovié­tique, en quête de recon­nais­sance inter­na­tio­nale – ce que l’Europe lui a refu­sé ! D’où, aus­si, les pous­sées de l’hormone en ques­tion… grande four­nis­seuse de guerres et de morts.


Jean-Claude Car­rière : « Je vou­drais bien que... par fran­cein­ter

Notes:

  1. Il vient de publier La Paix (Ed. Odile Jacob)
  2. Du même Ziyad Makhoul (L’Orient-Le Jour), cette note :  » Jacques Le Goff savait que l’Occident médié­val était né sur les ruines du monde romain, qu’il y avait trou­vé appui et han­di­cap à la fois, que Rome a été sa nour­ri­ture et sa para­ly­sie. Ce qui naî­tra des ruines et des cadavres d’Alep(-Est) risque d’être infi­ni­ment moins fas­ci­nant. Ter­ri­ble­ment plus mor­tel. »

Solidarité. Le politicien, le patron… et le boulanger

Tel poli­ti­cien se sert dans la gamelle com­mune de « sa » ville, Saint-Quen­tin : Xavier Ber­trand s’octroie une aug­men­ta­tion de salaire de 4.000 euros. Tel cow­boy d’entreprise, ayant redres­sé les comptes d’icelle moyen­nant l’un des plus gros plans sociaux des der­nières années : pré­sident du direc­toire de Peu­geot-Citroën, Car­los Tavares, a gagné 5,24 mil­lions d’euros en 2015, soit près du double de l’année pré­cé­dente.
Une telle indé­cence, c’est la « nuée qui porte l’orage » : Jau­rès, au secours ! Au secours Orwell, oppo­sant à cette goin­fre­rie névro­tique des pos­sé­dants ce qu’il appe­lait la décence com­mune. Au secours Mon­taigne qui, au XVIe siècle déjà, aler­tait en ces termes :

« J’ai vu en mon temps cent arti­sans, cent labou­reurs, plus sages et plus heu­reux que des rec­teurs de l’université : c’est aux pre­miers que j’aimerais mieux res­sem­bler […] Il ne faut guère plus de fonc­tions, de règles et de lois pour vivre dans notre com­mu­nau­té [humaine] qu’il n’en faut eux grues et aux four­mis dans la leur. Et bien qu’elles en aient moins, nous voyons que, sans ins­truc­tion, elles s’y conduisent très sage­ment. Si l’homme était sage, il esti­me­rait véri­ta­ble­ment chaque chose selon qu’elle serait la plus utile et la plus appro­priée à sa vie. » [Les Essais, II, 12 Apo­lo­gie de Ray­mond Sebon, Gal­li­mard].

Illus­tra­tion en ce XXIe siècle, avec cet échan­tillon pré­cieux de soli­da­ri­té humaine. Oui, cent fois, j’aimerais mieux être ce bou­lan­ger que l’un ou l’autre de ces vam­pires inas­sou­vis !

A Dole, dans le Jura, un arti­san bou­lan­ger a déci­dé de céder son entre­prise au sans-abri qui lui a sau­vé la vie après une intoxi­ca­tion au monoxyde de car­bone fin 2015. Depuis plus de trois mois, Michel Fla­mant, bou­lan­ger de 62 ans, apprend le métier à Jérôme, sans-abri de 37 ans.

Épilogue malheureux de l’histoire…

La belle his­toire du bou­lan­ger de Dole ne connaî­tra pas de fin heu­reuse. « Je l’ai viré », explique sans ambages Michel Fla­mant, confir­mant une infor­ma­tion du jour­nal Le Pro­grès.

« Il a été très très mal­po­li avec une jour­na­liste », ajoute le bou­lan­ger, fai­sant état de pro­pos insul­tants et miso­gynes.

Le bou­lan­ger a mis un terme au contrat après que son employé eut, au télé­phone, trai­té une jour­na­liste de « putain ».

« Une fois qu’il a rac­cro­ché, je lui ai expli­qué que l’on ne parle pas comme ça à une femme. Il a com­men­cé à s’en prendre à moi, à m’insulter, alors je lui ai dit de prendre sa valise », raconte Michel Fla­mant.

« Il était saoul comme un cochon et il avait fumé. Il m’a expli­qué que la pres­sion des jour­na­listes était trop forte. Mais ça n’excuse pas tout, et je l’avais déjà mis en garde », ajoute le bou­lan­ger.


« Zorba le Grec » ne connaît pas la crise

Alexis Zor­ba, roman du grand écri­vain cré­tois Nikos Kazant­za­kis, est un chef d’œuvre ; il en est de même du film qu’en a tiré le cinéaste grec Michael Cacoyan­nis. Une telle adé­qua­tion entre un livre et un film relève de la rare­té. On la doit à une conjonc­tion de talents, ceux de l’écrivain et du cinéaste, des acteurs (Antho­ny Quinn, Alan Bates, Irène Papas, Líla Kédro­va), du com­po­si­teur (Mikis Theo­do­ra­kis) et de toute l’équipe de réa­li­sa­tion.

Le film, qui date de 1964 (le livre de 1946) est res­sor­ti en février de cette année (2015) en ver­sion remas­té­ri­sée et en DVD. Cin­quante ans après, en pleine crise dite « grecque » (en fait euro­péenne et sur­tout capi­ta­lis­tique, pour appe­ler un chat un chat), cette « résur­rec­tion » résonne avec force. Zor­ba n’est pour­tant pas un film poli­tique, pas tout à fait ; c’est-à-dire qu’il l’est par sa dimen­sion phi­lo­so­phique et les ques­tions exis­ten­tielles qu’il pose : en par­ti­cu­lier celle de l’antagonisme pulsions/raison, incar­né par cha­cun des deux prin­ci­paux per­son­nages – anta­go­nisme que la fra­ter­nelle ami­tié des deux hommes va dis­si­per à la fin du film, lors de la fameuse scène de la danse qui réunit les deux corps – « ensemble » ordonne Zor­ba à son intel­lo de « patron ». Sur ce point, la ver­sion fil­mique dif­fère du roman, où la fin reste bien plus pro­blé­ma­tique, ouverte, incer­taine – rien n’est acquis et les deux hommes repartent cha­cun vers son des­tin. Pas éton­nant, dans la mesure où Kazant­za­kis demeu­re­ra toute sa vie tra­ver­sé par cette lutte interne, inces­sante, entre la chair et l’esprit – tiraille­ment que Zor­ba ne ces­se­ra de moquer dans une dia­lec­tique de pro­pos, de situa­tions, de sym­boles consti­tuant en quelque sorte le « sel » du roman – et du film.

Du phi­lo­sophe fran­çais Hen­ri Berg­son, dont il fut l’élève à Paris, Kazant­za­kis retien­dra en par­ti­cu­lier l’idée de l’élan vital que, par la suite, il confron­te­ra au mar­xisme et… au boud­dhisme. Il est aus­si très influen­cé par Nietzsche et son « sur­homme » dont il tire une équi­va­lence dans le per­son­nage du Christ, sujet cen­tral de La Der­nière ten­ta­tion, qui fait sor­tir de leurs gonds l’Église grecque ortho­doxe, mena­çant d’excommunier l’écrivain pour blas­phème, tan­dis que le Vati­can ins­crit le roman à l’Index.

Mar­tin Scor­sese a adap­té le livre dans son film de même nom sor­ti en 1988. Dès les pre­mières pro­jec­tions à Paris, des fon­da­men­ta­listes catho­liques lancent des cock­tails Molo­tov contre deux ciné­mas pari­siens et un à Besan­çon. Le 22 octobre, l’Attentat du ciné­ma Saint-Michel fait 14 bles­sés.

kazantzakis-zorbaNikos Kazant­za­kis est un écri­vain des plus impor­tants de son temps. Il l’est d’autant pour moi qu’Alexis Zor­ba est le livre qui a chan­gé ma vie – j’étais ado quand je l’ai lu et, dans l’année même, je suis par­ti en stop pour la Grèce… et en suis reve­nu tout autre…

Quant à la Grèce d’aujourd’hui et à la fameuse « crise » (bien réelle, certes), on pour­rait, pré­ci­sé­ment, la voir à tra­vers le prisme « zor­besque » et consta­ter avec effa­re­ment qu’elle émane d’un monde qui tend au modèle unique, un nou­vel impé­ria­lisme du Capi­tal qui n’aura de cesse qu’en ayant anni­hi­lé toute autre valeur que moné­taire et mar­chande.

En quoi Zor­ba, en effet, veut ne pas connaître la crise. En quoi, for­cé­ment, il rejoint la résis­tance du peuple grec.


Personne n’est obligé de lire « Charlie Hebdo » !

charlie hebdo libé

[ Libé du jour 14/1/15

Char­lie Heb­do repa­raît. On reparle donc du blas­phème, plus que de liber­té, qui est cen­trale, essen­tielle, non négo­ciable. Libre au blas­phé­mé de le faire savoir dans son « Cha­ria Heb­do », par exemple. Libre aus­si à tout reli­gieux de ne pas s’adonner à ce qui le chif­fonne. En liber­té, per­sonne n’est obli­gé à quoi que ce soit, pas même de lire Char­lie Heb­do si ça risque de le déran­ger ! Autre­ment dit on a le choix, libre­ment. Tan­dis que les fana­tiques d’Allah, les semeurs de mort à la kalach­ni­kov n’ont lais­sé aucun choix, aucune liber­té à leurs dix-sept vic­times.

Ce ne serait pas si com­pli­qué si une moi­tié de la pla­nète ne pen­sait pas pré­ci­sé­ment le contraire. Et même bien plus que la moi­tié si aux fon­da­men­ta­lismes reli­gieux on ajoute les inté­grismes poli­tiques. Il serait d’ailleurs plus simple, pour l’inventaire, de comp­ta­bi­li­ser les excep­tions. Les­quelles n’étant pas non plus exemptes de tout péché dans ce domaine si sen­sible aux fluc­tua­tions, aux ten­ta­tions, aux fai­blesses auto­ri­taires, faci­le­ment liber­ti­cides.

charlie hebdo faber

© faber

Char­lie repa­raît, les regards se tournent vers lui, les consciences se sou­lagent… et voi­là qu’on embas­tille un Dieu­don­né ! Du moins l’a-t-on « inter­pel­lé ». La ques­tion jaillit [Le Monde] : « Pour­quoi Dieu­don­né est-il atta­qué alors que “Char­lie Heb­do” peut faire des “unes” sur la reli­gion ? » Parce que sa pro­vo­ca­tion c’est de l’apologie du ter­ro­risme. Certes… Parce que la Liber­té ne serait qu’un concept, une lampe allu­mée au loin, un phare dans la tem­pête humaine. Parce que la Fra­ter­ni­té est une uto­pie et l’Égalité un leurre ? Peut-être et rai­son de plus pour œuvrer à la Jus­tice, autant que faire se peut, dans la com­plexi­té du vaste monde et des esprits plus ou moins errants. Et sur­tout pas dans la Véri­té, cette redou­table tueuse. Le der­nier mot (ici) à mon vieux pote Mon­taigne : « Mieux vaut pen­ser contre soi-même que conso­li­der la matière de ses propres convic­tions ».


« Charlie ». Le jour d’après

par Serge Garde, ancien jour­na­liste

Le cœur ser­ré, dimanche, j’ai défi­lé à Paris, pour rendre hom­mage aux Char­lie assas­si­nés et pour défendre la liber­té de rire de tout, et même de leur mort.

Une larme dans ce tsu­na­mi de soli­da­ri­té et de pro­tes­ta­tion.

J’ai mani­fes­té pour la liber­té d’expression, la liber­té de la presse, et pour toutes ces valeurs qui fondent mon ADN répu­bli­caine, fai­sant mienne l’irrévérente imper­ti­nence qui carac­té­rise l’humour de Charb, Cabu, Wolins­ki, Hono­ré, Tignous et des autres…

Sans oublier celle de notre Siné per­ma­nent…

J’ai par­ti­ci­pé, avec ces quatre mil­lions de Char­lie, modes­te­ment mais assu­ré­ment, à créer un de ces moments de com­mu­nion qui redonnent à ma France ses cou­leurs arc-en-ciel : Liber­té, Soli­da­ri­té, Fra­ter­ni­té, Laï­ci­té, Tolé­rance, Res­pect de la vie…

Ren­tré chez moi, j’ai consta­té le fos­sé creu­sé entre ce dont étaient por­teurs l’immense majo­ri­té des Char­lie et ce quar­te­ron de « lea­ders mon­diaux » enkys­tés en tête de la mani­fes­ta­tion. Eux, à quelques excep­tions près, n’étaient pas des Char­lie, mais des ser­gents recru­teurs… Ils ten­taient d’enrôler les mar­cheurs de la Répu­blique dans « leur » « guerre au ter­ro­risme ! »

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Un fos­sé ? Un gouffre !

Mais de quel ter­ro­risme parlent-ils ? Tra­quer mieux les fous d’un dieu (quel qu’il soit !) ou d’une théo­rie mor­ti­fère, oui, cent fois oui ! Mais jus­ti­fier par cette pseu­do guerre (un concept créé à la Mai­son Blanche) les crimes com­mis contre des civils dans des pays qui n’intéresseraient pas l’Occident s’ils ne pos­sé­daient pas d’immenses res­sources éner­gé­tiques, non ! La place d’un Neta­nya­hu n’est-elle pas plu­tôt devant le Tri­bu­nal pénal inter­na­tio­nal pour y répondre des crimes de guerre qu’il a com­mis ? Et déjà Valls et ses pairs envi­sagent, au nom de cette guerre contre « LE » ter­ro­risme, de res­treindre par la loi nos liber­tés publiques ! Celles que, jus­te­ment, les 12 Char­lie assas­si­nés défen­daient !

Pas­sé cet inou­bliable dimanche de pure émo­tion et de soli­da­ri­té, le temps de la réflexion s’impose pour nous qui res­tons dans la cruelle beau­té du réel.

Serge Garde, ancien jour­na­liste


Sur l’idéologie du « Progrès » comme facteur de régression

Mes ami(e)s, je me suis lais­sé aller à ce texte fort long et peut-être ennuyeux… C’est que j’en ai « sur la patate » et que rien ne vaut un bon lâcher de pres­sion (à part peut-être une bonne bière – pres­sion…)

Le « nou­veau capi­ta­lisme », le « capi­ta­lisme cog­ni­tif » lié à l’économie numé­rique et à tous les cham­bou­le­ments actuels et plus encore à venir, semble pos­tu­ler la péren­ni­té dudit capi­ta­lisme, c’est-à-dire de l’accumulation des richesses par le plus petit nombre.

Tan­dis que les pays se déchirent, entre eux et en eux-mêmes ; que les pauvres s’entretuent comme jamais, manœu­vrés comme des marion­nettes rat­ta­chées à leurs dieux stu­pides, meur­triers et mani­pu­la­teurs – autant dire auto­ma­ni­pu­lées – une nou­velle oli­gar­chie met en place son club fer­mé, de plus en plus res­treint, englo­bant les nou­veaux méca­nismes de l’information, au sens géné­ral, pre­nant le contrôle abso­lu­tiste des réseaux et, par delà, des richesses qu’ils cana­lisent.

Google, Ama­zon, Face­book, Twit­ter, Apple et autres hap­py few, de plus en plus « hap­py » et « few », ont déjà ample­ment tis­sé le réseau d’un capi­ta­lisme tota­li­taire, car tout bon­ne­ment tota­li­sant, jusqu’au « total » du tiroir-caisse, abou­tis­se­ment comp­table à base d’additions et de mul­ti­pli­ca­tions, lais­sant aux « autres » – les lais­sés pour compte – le soin de se cha­mailler autour des restes : divi­sions et sous­trac­tions.

Test de connaissances utiles et modernes

Test de connais­sances utiles et modernes

Cette nou­velle domi­na­tion, cepen­dant, engendre (peut-être sans trop le savoir, ou en vou­lant l’ignorer, dans la gri­se­rie de la jouis­sance immé­diate et appa­rem­ment infi­nie) sa propre limi­ta­tion par l’excès et la cupi­di­té sans bornes. Son igno­rance de l’Histoire, variante de son igno­rance prin­ceps – la banque n’est pas une biblio­thèque, on n’y trouve que des livres de comptes –, son culte de la « pros­pec­tive » le frappe d’amnésie, cette perte de mémoire, porte ouverte au déni. Encore que dénier sup­pose le rejet d’une réa­li­té tout de même, un tant soit peu, per­çue. Et il n’est pas sûr que les scé­na­ristes du futur capi­ta­lis­tique pos­sèdent assez de culture his­to­rique et scien­ti­fique – sciences exactes et sciences humaines – pour entre­voir les limites de leur impe­rium.

Comme les empires anciens de Chine, de Perse, de Rome et d’autres ils sont voués à la dis­pa­ri­tion, dans un même aveu­gle­ment et sans doute dans l’incompréhension de leurs empe­reurs. Seuls des sages auront ten­té d’apporter leurs lumières, les Confu­cius, Héra­clite, Sénèque… et leurs paroles inécou­tées.

À l’œuvre dans le pillage mor­ti­fère de la pla­nète, les néo-capi­ta­listes menacent les espèces vivantes, à com­men­cer par l’humaine. Dans ce but, ils se sont appro­prié, non pas les savoirs ni les sciences, mais leurs appli­ca­tions vul­gaires, immé­diates, mon­nayables, ren­tables, celles qui nour­rissent ce qu’on appelle le « Pro­grès » et qui cor­res­pond en fait à la mar­chan­di­sa­tion des tech­niques, ce qu’on regroupe sous le mot « tech­no­lo­gie ».

(Lire la suite…)


Hervé Gourdel assassiné. Ce ne sont pas des hommes

Hervé GourdelHer­vé Gour­del. Je pars de sa bonne tête de brave homme, au regard droit. C’est par un tweet que, lun­di, je découvre son enlè­ve­ment. Puis, par la vidéo qui l’exhibe flan­qué de deux gar­diens mas­qués et armés, je le vois et l’entends, déses­pé­ré, lire son mes­sage de secours, sous la contrainte.

Et ils l’ont déca­pi­té.

Les salauds.

Ils se font appe­ler « Sol­dats du Cali­fat », se disent affi­liés à « Daech » ou « État isla­mique ». Leur pou­voir de nui­sance extrême porte atteinte à l’ensemble de l’humanité, dont ils se trouvent exclus.

Car ce ne sont pas des hommes. Ou alors d’une sous-espèce par­ti­cu­liè­re­ment dégra­dée. Ou encore en rai­son, si on peut dire, de la plus pro­fonde des per­ver­sions. Et il est vrai, hélas, que l’Homme, majus­cule, sait aus­si atteindre cette dégra­dante peti­tesse assas­sine – lui, l’unique spé­ci­men du règne ani­mal capable d’un tel génie dans le mal. Dans le Mal, majus­cule, il a su œuvrer au plus bas de la bas­sesse – et au nom d’idéaux déments, mêlés de pure­té et de haine, impli­quant les dieux ou des guides suprêmes, trou­vant tou­jours à leur ser­vice des géné­ra­tions de Tor­que­ma­da experts en tor­ture, habiles à arra­cher les langues héré­tiques – de juifs ou de musul­mans, selon le balan­cier de l’Histoire, selon l’urgence liée au besoin d’obscurité. La liste serait inépui­sable, on la limi­te­ra ici à trois évo­ca­tions emblé­ma­tiques :

Gior­da­no Bru­no mis au bûcher pour avoir sou­te­nu l’infi­ni­té des mondes face au champ de l’Ignorance ;

les ter­ribles guerres de reli­gion entre pro­tes­tants et catho­liques au nom du Christ (XVIe siècle) ;

la langue arra­chée, le corps tor­tu­ré, déman­te­lé et – aus­si – déca­pi­té du Che­va­lier de la Barre, 20 ans, pour « blas­phème et sacri­lège ». Il n’avait pas ôté son cha­peau devant une pro­ces­sion (Abbe­ville, 1765).

Il nous fal­lut bien du temps, du temps de luttes pour nous extraire de ces arrière-mondes. Et les chutes par­sèment l’Histoire, lourde de mal­heurs et d’atrocités, jusqu’à la dépor­ta­tion escla­va­giste, jusqu’aux géno­cides « modernes » des Armé­niens, Juifs, Tut­sis.

De ce temps si âpre, il ne nous en fau­drait bien moins aujourd’hui pour y som­brer à nou­veau.

Guide de haute mon­tagne, Her­vé Gour­del était atti­ré par les som­mets. Sans doute avait-il de l’Humanité une idée éle­vée.

Il a été jeté dans les ténèbres par des fana­tiques, de ces hal­lu­ci­nés qui ren­voient à ceux qu’évoque si puis­sam­ment le Zara­thous­tra de Nietzsche dont voi­ci quelques extraits :

DES HALLUCINÉS DE L’ARRIÈRE-MONDE

 Ain­si moi aus­si, je jetai mon illu­sion par delà les hommes, pareil à tous les hal­lu­ci­nés de l’arrière-monde. Par delà les hommes, en véri­té ?

« Hélas, mes frères, ce dieu que j’ai créé était œuvre faite de main humaine et folie humaine, comme sont tous les dieux.

Il n’était qu’homme, pauvre frag­ment d’un homme et d’un « moi » : il sor­tit de mes propres cendres et de mon propre bra­sier, ce fan­tôme, et vrai­ment, il ne me vint pas de l’au-delà !

[…]

Ce furent des malades et des décré­pits qui mépri­sèrent le corps et la terre, qui inven­tèrent les choses célestes et les gouttes du sang rédemp­teur : et ces poi­sons doux et lugubres, c’est encore au corps et à la terre qu’ils les ont emprun­tés !

Ils vou­laient se sau­ver de leur misère et les étoiles leur sem­blaient trop loin­taines. Alors ils se mirent à sou­pi­rer : Hélas ! que n’y a-t-il des voies célestes pour que nous puis­sions nous glis­ser dans un autre Être, et dans un autre bon­heur ! » — Alors ils inven­tèrent leurs arti­fices et leurs petites bois­sons san­glantes !

[…]

Il y eut tou­jours beau­coup de gens malades par­mi ceux qui rêvent et qui lan­guissent vers Dieu ; ils haïssent avec fureur celui qui cherche la connais­sance, ils haïssent la plus jeune des ver­tus qui s’appelle : loyau­té.

Ils regardent tou­jours en arrière vers des temps obs­curs : il est vrai qu’alors la folie et la foi étaient autre chose. La fureur de la rai­son appa­rais­sait à l’image de Dieu et le doute était péché.

Je connais trop bien ceux qui sont sem­blables à Dieu : ils veulent qu’on croie en eux et que le doute soit un péché. Je sais trop bien à quoi ils croient eux-mêmes le plus.

Ce n’est vrai­ment pas à des arrière-mondes et aux gouttes du sang rédemp­teur : mais eux aus­si croient davan­tage au corps et c’est leur propre corps qu’ils consi­dèrent comme la chose en soi.

Mais le corps est pour eux une chose mala­dive : et volon­tiers ils sor­ti­raient de leur peau. C’est pour­quoi ils écoutent les pré­di­ca­teurs de la mort et ils prêchent eux-mêmes les arrière-mondes.

Écou­tez plu­tôt, mes frères, la voix du corps gué­ri : c’est une voix plus loyale et plus pure.

Le corps sain parle avec plus de loyau­té et plus de pure­té, le corps com­plet, car­ré de la tête à la base : il parle du sens de la terre. —

Ain­si par­lait Zara­thous­tra. »

 

Frie­drich Nietzsche

Ain­si par­lait Zara­thous­tra
Un livre pour tous et pour per­sonne
Tra­duc­tion par Hen­ri Albert.
Mer­cure de France, 1903 [sixième édi­tion] (Œuvres com­plètes de Fré­dé­ric Nietzsche, vol. 9, pp. 40-45).

Lire aus­si : 

À Michel Germaneau, mort au nom de l’Homme, victime du fanatisme

Journalistes-otages, héros modernes et sacralisés


Cornelius Castoriadis : « Nous devrions être les jardiniers de cette planète »

« Il faut culti­ver notre jar­din » dit ain­si Vol­taire dans la bouche de son Can­dide. Célèbre injonc­tion aux sens mul­tiples, ouverts, à por­tée immé­diate, au propre comme au figu­ré. Phi­lo­sophe contem­po­rain (mort en 1997), Cor­ne­lius Cas­to­ria­dis étend la for­mule à une dimen­sion pla­né­taire qui relève de l’urgence, dépasse l’individuel et atteint ain­si à l’universel : « Nous devrions être les jar­di­niers de cette pla­nète », lance-t-il au cours d’un entre­tien à la radio avec Daniel Mer­met. L’actualité de ce pro­pos est plus vive que jamais au regard de la dégra­da­tion éco­lo­gique de notre Terre. Voi­ci un extrait de cet entre­tien, ain­si que le lien qui per­met d’accéder à la tota­li­té.

C_CastoriadisCor­ne­lius Cas­to­ria­dis est mort en 1997. Né en Grèce, il s’installe en 1945 à Paris où il crée la revue, aujourd’hui mythique, Socia­lisme ou bar­ba­rie. En 1968, avec Edgar Morin et Claude Lefort, il publie Mai 68 la Brèche. En 1975, il publie L’institution ima­gi­naire de la socié­té, sans doute son ouvrage le plus impor­tant. En 1978, il entre­prend la série Les car­re­fours du laby­rinthe. L’entretien avec Mer­met fait suite à la publi­ca­tion de La mon­tée de l’insignifiance en novembre 1996.

• Daniel Mer­met – Qu’est-ce que vous pen­sez de cet irré­duc­tible désir qui fait que l’histoire conti­nue ?

– Cor­ne­lius Cas­to­ria­dis : Mais, de toute façon il y a un irré­duc­tible désir. […]. Si vous pre­nez les socié­tés archaïques ou les socié­tés tra­di­tion­nelles, il n’y a pas un irré­duc­tible désir. On ne parle pas là du désir du point de vue psy­cha­na­ly­tique. On parle du désir tel qu’il est trans­for­mé par la socia­li­sa­tion. Et ces socié­tés sont des socié­tés de répé­ti­tion. Or dans l’époque moderne, il y a une libé­ra­tion dans tous les sens du terme, par rap­port aux contraintes de la socia­li­sa­tion des indi­vi­dus. On dit par exemple : « Tu pren­dras une femme dans tel clan ou dans telle famille. Tu auras une femme dans ta vie. Si tu en as deux, ou deux hommes, ce sera en cachette, ce sera une trans­gres­sion. Tu auras un sta­tut social, ce sera ça et pas autre chose ». Mais aujourd’hui on est entré dans une époque d’illimitation dans tous les domaines et c’est en ça que nous avons le désir d’infini. Or cette libé­ra­tion est en un sens une grande conquête. Il n’est pas ques­tion de reve­nir aux socié­tés de répé­ti­tion. Mais il faut aus­si apprendre – et ça c’est un très grand thème –apprendre à s’autolimiter, indi­vi­duel­le­ment et col­lec­ti­ve­ment. Et la socié­té capi­ta­liste aujourd’hui est une socié­té qui à mes yeux court à l’abîme à tous points de vue car c’est une socié­té qui ne sait pas s’autolimiter. Et une socié­té vrai­ment libre, une socié­té auto­nome, doit savoir s’autolimiter.

D. M. – Limi­ter c’est inter­dire. Com­ment inter­dire ?

C. C. – Non, pas inter­dire au sens répres­sif. Mais savoir qu’il y a des choses qu’on ne peut pas faire ou qu’il ne faut même pas essayer de faire ou qu’il ne faut pas dési­rer. Par exemple l’environnement. Nous vivons sur cette pla­nète que nous sommes en train de détruire, et quand je pro­nonce cette phrase je songe aux mer­veilles, je pense à la mer Egée, je pense aux mon­tagnes ennei­gées, je pense à la vue du Paci­fique depuis un coin d’Australie, je pense à Bali, aux Indes, à la cam­pagne fran­çaise qu’on est en train de déser­ti­fier. Autant de mer­veilles en voie de démo­li­tion. Je pense que nous devrions être les jar­di­niers de cette pla­nète. Il fau­drait la culti­ver. La culti­ver comme elle est et pour elle-même. Et trou­ver notre vie, notre place rela­ti­ve­ment à cela. Voi­là une énorme tâche. Et ça pour­rait absor­ber une grande par­tie des loi­sirs des gens, libé­rés d’un tra­vail stu­pide, pro­duc­tif, répé­ti­tif, etc. Or cela, évi­dem­ment, c’est très loin non seule­ment du sys­tème actuel mais de l’imagination domi­nante actuelle. L’imaginaire de notre époque, c’est l’imaginaire de l’expansion illi­mi­tée, c’est l’accumulation de la came­lote… une télé dans chaque chambre, un micro-ordi­na­teur dans chaque chambre, c’est ça qu’il faut détruire. Le sys­tème s’appuie sur cet ima­gi­naire qui est là et qui fonc­tionne.

cornelius-castoriadis

« L’imaginaire de notre époque, c’est l’imaginaire de l’expansion illi­mi­tée, c’est l’accumulation de la came­lote… »

D. M. – Ce dont vous par­lez là, sans cesse, c’est de la liber­té ?

C. C. – Oui.

D. M. – Der­rière ça, il y a la liber­té ?

C. C. – Oui.

D. M. – Dif­fi­cile liber­té ?

C. C. – Ah oui ! La liber­té, c’est très dif­fi­cile.

D. M. – Dif­fi­cile démo­cra­tie ?

C. C.Démo­cra­tie dif­fi­cile parce que liber­té, et liber­té dif­fi­cile parce que démo­cra­tie, oui, abso­lu­ment. Parce que c’est très facile de se lais­ser aller, l’homme est un ani­mal pares­seux, on l’a dit. Là encore je reviens à mes ancêtres, il y a une phrase mer­veilleuse de Thu­cy­dide : Il faut choi­sir se repo­ser ou être libre. Je crois que c’est Péri­clès qui dit ça aux Athé­niens: Si vous vou­lez être libres, il faut tra­vailler. Vous ne pou­vez pas vous repo­ser. Vous ne pou­vez pas vous asseoir devant la télé. Vous n’êtes pas libres quand vous êtes devant la télé. Vous croyez être libres en zap­pant comme un imbé­cile, vous n’êtes pas libres, c’est une fausse liber­té. Ce n’est pas seule­ment l’âne de Buri­dan qui choi­sit entre deux tas de foin. La liber­té, c’est l’activité. Et la liber­té, c’est une acti­vi­té qui en même temps s’autolimite, c’est-à-dire sait qu’elle peut tout faire mais qu’elle ne doit pas tout faire. C’est ça le grand pro­blème, pour moi, de la démo­cra­tie et de l’individualisme.

D. M. – La liber­té, c’est les limites ? Phi­lo­so­pher, c’est éta­blir les limites ?

C. C. – Non, la liber­té, c’est l’activité et l’activité qui sait poser ses propres limites. Phi­lo­so­pher, c’est la pen­sée. C’est la pen­sée qui sait recon­naître qu’il y a des choses que nous ne savons pas et que nous ne connaî­trons jamais…  »

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LA MONTEE DE L'INSIGNIFIANCE
inté­gra­li­té de l’entretien de Cor­ne­lius Cas­to­ria­dis avec Daniel Mer­met


Israel-Palestine. « Notre misérable État juif », par Gideon Levy

Gideon Levy, 2011 (DR)

Gideon Levy, 2011 (DR)

Article de Gideon Levy, publié dans Haa­retz, le 6 juillet 2014 [1]. Tra­duc­tion SF pour l’UJFP (Union juive fran­çaise pour la paix), dif­fu­sé par la Ligue des Droits de l’Homme de Tou­lon.

Les jeunes de l’État juif attaquent des Pales­ti­niens dans les rues de Jéru­sa­lem, exac­te­ment comme les jeunes chez les gen­tils atta­quaient les Juifs dans les rues d’Europe. Les Israé­liens de l’État juif se déchaînent sur les réseaux sociaux, répan­dant une haine et un désir de ven­geance d’une ampleur dia­bo­lique sans pré­cé­dent. Des incon­nus de l’État juif sur une base pure­ment eth­nique. Ce sont les enfants de la géné­ra­tion natio­na­liste et raciste – la des­cen­dance de Neta­nya­hou.

Depuis cinq ans main­te­nant ils n’ont enten­du qu’incitations, pro­pos alar­mistes et supré­ma­tie sur les Arabes de la part du véri­table ins­truc­teur de cette géné­ra­tion, le pre­mier ministre Ben­ja­min Neta­nya­hou. Pas un mot d’humanité, de com­pas­sion ou de trai­te­ment égal.

  Main­te­nant nous savons : dans l’État juif il n’y a de com­pas­sion et de sen­ti­ments humains que pour les Juifs, des droits uni­que­ment pour le Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs

Ils ont gran­di dans le contexte de la reven­di­ca­tion pro­vo­cante de recon­nais­sance d’Israël comme « État juif » et ils ont tiré les conclu­sions qui s’imposent. Avant même la déli­mi­ta­tion de ce que signi­fie « État juif » - sera-ce un État qui met les tefi­lin (phy­lac­tères), embrasse les mezou­zot (des rou­leaux de prières enfer­més dans de petites boîtes métal­liques ou en bois qui sont fixées aux cham­branles des portes d’entrée), sanc­ti­fie des sor­ti­lèges, ferme le jour de Shab­bath et observe stric­te­ment les lois de la cash­rout – les masses ont com­pris.

La foule a d’emblée inté­rio­ri­sé la véri­table signi­fi­ca­tion : un État juif est un État dans lequel il n’y a place que pour les Juifs. Le sort des Afri­cains est d’être envoyé au centre de déten­tion de Holot dans le Néguev et celui des Pales­ti­niens est d’endurer des pogroms. C’est comme ça que ça marche dans un État juif : c’est à cette seule condi­tion qu’il peut être juif. Dans l’État juif en cours de consti­tu­tion, il n’y a même pas de place pour un Arabe qui fait de son mieux pour être un bon Arabe, comme l’écrivain Sayed Kashua. Dans un État juif, la pré­si­dente de l’Assemblée de la Knes­set, Ruth Cal­de­ron (du par­ti Yesh Atid – inutile de pré­ci­ser que c’est le « centre » de l’échiquier poli­tique) coupe la parole au dépu­té arabe Ahmed Tibi (de la liste arabe unie Ta’al) à peine reve­nu, bou­le­ver­sé, d’une visite à la famille de Shoa­fat, le jeune Arabe qui a été mas­sa­cré, et le ser­monne cyni­que­ment sur le thème qu’il doit aus­si faire réfé­rence aux trois jeunes Juifs mas­sa­crés (alors même qu’il venait de le faire).

Dans un État juif, la Cour Suprême auto­rise la démo­li­tion de la mai­son de la famille d’un homme sus­pec­té de meurtre avant même qu’il ne soit condam­né. Un État juif édicte des lois racistes et natio­na­listes. Les médias d’un État juif se com­plaisent sur le meurtre de trois étu­diants de yeshi­va et ignorent presque com­plè­te­ment le sort de plu­sieurs jeunes Pales­ti­niens du même âge qui ont été tués par des tirs de l’armée au cours des der­niers mois, géné­ra­le­ment sans rai­son.

Per­sonne n’a été puni pour ces actes – dans l’État juif il y a une loi pour les Juifs et une loi pour les Arabes, dont les vies valent peu. Pas un soup­çon de res­pect du droit inter­na­tio­nal ni des conven­tions inter­na­tio­nales. Dans l’État juif, il n’y a de com­pas­sion et d’humanité que pour les Juifs, des droits pour le seul Peuple Elu. L’État juif n’est que pour les Juifs.

La nou­velle géné­ra­tion qui gran­dit sous sa coupe est dan­ge­reuse à la fois pour elle-même et pour ce qui l’entoure. Neta­nya­hou est son ministre de l’éducation ; les médias mili­ta­ristes et natio­na­listes font office de poème péda­go­gique ; le sys­tème d’éducation qui l’emmène à Ausch­witz et à Hébron lui sert de guide.

Le sabra (natif d’Israël) d’aujourd’hui est une espèce nou­velle, piquante dehors comme dedans. Il n’a jamais ren­con­tré son homo­logue pales­ti­nien mais il sait tout de lui – le sabra sait qu’il est un ani­mal sau­vage, qu’il a seule­ment l’intention de le tuer, qu’il est un monstre, un ter­ro­riste.

Il sait qu’Israël n’a pas de par­te­naire pour la paix, puisque c’est ce qu’il a enten­tu un nombre incal­cu­lable de fois de la part de Neta­nya­hou, du ministre des Affaires étran­gères Avig­dor Lie­ber­man et du ministre de l’Économie, Naf­ta­li Ben­nett. De la bouche de Yair Lapid il a enten­du qu’il y a des « Zoa­bis » – en réfé­rence condes­cen­dante à la dépu­tée de la Knes­set Haneen Zoa­bi (du par­ti Balad).

Etre de gauche ou dési­reux de jus­tice dans l’État juif est consi­dé­ré comme un délit, la socié­té civile est tenue pour tri­cheuse, la vraie démo­cra­tie pour dia­bo­lique. Dans un État juif – dont rêvent non seule­ment la droite mais le sup­po­sé centre gauche incluant Tzi­pi Liv­ni et Lapid – la démo­cra­tie est floue.

Le prin­ci­pal pro­blème de l’État juif ce ne sont pas les skin­heads mais les embo­bi­neurs mora­li­sa­teurs, les voyous, l’extrême droite et les colons. Non pas les mar­gi­naux mais le cou­rant prin­ci­pal qui est en par­tie natio­na­liste et en par­tie indif­fé­rent.

Dans l’État juif, il ne reste rien de l’injonction biblique selon laquelle il faut être juste avec la mino­ri­té ou avec l’étranger. Il n’y a plus de ces Juifs qui ont mani­fes­té avec Mar­tin Luther King ou fait de la pri­son avec Nel­son Man­de­la. L’État juif, qu’Israël veut abso­lu­ment faire recon­naître par les Pales­ti­niens, doit d’abord se recon­naître lui-même. Au terme de la jour­née, après une semaine ter­rible, il semble qu’un État juif ce soit un État raciste, natio­na­liste, conçu uni­que­ment pour les Juifs.

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[1] “Our wret­ched Jewish state” : http://www.haaretz.com/opinion/.pre...


Les « sans fleurs » de Georges Moustaki

Ph. Michiel Hendryckx, Wikipedia

Ph. Michiel Hen­dry­ckx, Wiki­pe­dia

Mous­ta­ki est mort. Je me sou­viens…

Bien sûr, les médias en font des méga-tonnes. Plus de qua­rante minutes ce midi au jour­nal radio (Inter) ; ce soir sur les télés, on attend le déluge. C’est que la chan­son et ses hérauts/héros comptent énor­mé­ment dans nos ima­gi­naires – pas besoin d’ajouter popu­laires, ça vaut pour tous, je crois. La bonne chan­son, cet art du rac­cour­ci, mémo­rable parce que si bien mémo­ri­sable dans cette fusion paroles/musique. 

Donc, les chan­teurs célèbres, on les célèbre comme ces icônes que fabrique le Spec­tacle géné­ra­li­sé. On les adore, on les vénère, on les pan­théo­nise.

Mous­ta­ki, soit, était plu­tôt un brave type, pour ce qu’on en dit. Il chan­tait faux et jouait de même de sa gratte. Mais il l’assumait. Et une dizaine de chan­sons auront pris place dans ce qu’on appelle le patri­moine cultu­rel.

J’ai un sou­ve­nir per­son­nel de lui. Ça remonte à Sex­pol, la revue (voir ci-contre). Besoin de sous, nous déci­dons d’organiser un « gala de sou­tien ». Ce sera le lun­di 9 mai 1977 au Palace, rue du fau­bourg Mont­martre à Paris. Acceptent de se pro­duire gra­tui­te­ment divers artistes géné­reux dont Cathe­rine Ribei­ro + Alpes, Fran­çois Rab­bath, le contre­bas­siste, la comé­dienne Pier­rette Dupoyet, etc. Et Georges Mous­ta­ki, arri­vé comme conve­nu avec sa gui­tare.

Le gala démarre, les artistes enchaînent… Arrive le tour de Mous­ta­ki… On attend. On va voir dans sa loge : per­sonne. Dis­pa­ru.

Penauds, on annonce la défec­tion du chan­teur au mil­lier de spec­ta­teurs, qui ne le prennent pas trop mal.

Le len­de­main, pour avoir le fin mot, j’appelle le Mous­ta­ki.

Ben oui, m’explique-t-il, il n’y avait pas de fleurs dans ma loge, alors je suis par­ti.

Je ne sais plus ce que j’ai pu alors bafouiller avant de clore la conver­sa­tion. Quelques années plus tard, je devais le croi­ser  dans un cou­loir d’Orly. On s’est ser­ré la main tan­dis que je lui rap­pe­lais l’affaire Sex­pol. Il a sou­ri benoî­te­ment. On s’est plus revus.

Pour son ultime gala, cette fois c’est sûr, il ne va pas man­quer de fleurs.


Cahuzac et le « pire des analphabètes », selon Brecht

J-C, peu avant sa crucifixion. [ph. DR]

J-C, peu avant sa cru­ci­fixion. [ph. DR]

Une cata infor­ma­tique s’est abat­tue sur « C’est pour dire » en même temps que la cata poli­tique qui fera du 2 avril 2013 la date réfé­rence: « Avant/après J-C bis ». Pas bien grave pour l’une (la chose a été dépan­née – mer­ci Daniel !), déplo­rable pour l’autre et pour nous tous, en par­ti­cu­lier pour ce qui relève de la Démo­cra­tie et de la Répu­blique – avec majus­cules – ces construc­tions si belles, labo­rieuses à faire gran­dir, si fra­giles, au point qu’elles chan­cellent sous les coups d’un ignoble Mal­frat (majus­cule aus­si !).  Ce qui est ici en cause, c’est la col­lu­sion intime de l’Argent, du Pou­voir et de la Peti­tesse, amal­game rui­neux pour l’Homme – construc­tion humaine – et qui ruine les hommes, le peuple, la socié­té, la morale déjà si chan­ce­lante en ces temps désen­chan­tés.

Tout aura été dit, depuis ce jour de l’Aveu et de la Cru­ci­fixion, de la triche, du men­songe, de l’ignominie. Rien à ajou­ter à l’immonde. Sauf ce texte res­sor­ti à point nom­mé (mer­ci Rosa et Michel !). Un texte du dra­ma­turge alle­mand Ber­tolt Brecht (mort en 1956), bros­sant le por­trait de l’analphabète poli­tique, cet amné­sique et irres­pon­sable par lequel l’Histoire ne manque pas de bégayer.

Cahu­zac s’inscrit dans une longue lignée d’affairistes véreux, pré­cède les sui­vants, illustre les actuels. Son talent sup­plé­men­taire lui garan­tit le sta­tut d’icône moderne. Car il n’a rien inven­té.

« Le pire des anal­pha­bètes, c’est l’analphabète poli­tique. Il n’écoute pas, ne parle pas, ne par­ti­cipe pas aux évé­ne­ments poli­tiques. Il ne sait pas que le coût de la vie, le prix des hari­cots et du pois­son, le prix de la farine, le loyer, le prix des sou­liers et des médi­ca­ments dépendent des déci­sions poli­tiques. L’analphabète poli­tique est si bête qu’il s’enorgueillit et gonfle la poi­trine pour dire qu’il déteste la poli­tique. Il ne sait pas, l’imbécile, que c’est son igno­rance poli­tique qui pro­duit la pros­ti­tuée, l’enfant de la rue, le voleur, le pire de tous les ban­dits et sur­tout le poli­ti­cien mal­hon­nête, men­teur et cor­rom­pu, qui lèche les pieds des entre­prises natio­nales et mul­ti­na­tio­nales. » [Ber­tolt Brecht, ni daté, ni sour­cé]

• Voir éga­le­ment, du 17 décembre 2012 :

Le men­hir d’Obélix cache­ra-t-il la forêt de l’évasion fis­cale ? par Attac


Richard Bohringer aux politiciens : La banque est plus forte que vous !

Invi­té sur le pla­teau de « On n’est pas cou­ché » same­di soir, l’acteur Richard Boh­rin­ger a pous­sé un beau et émou­vant coup de gueule. Face à Hen­ri Guai­no, il a expri­mé ses convic­tions en poin­tant du doigt les poli­ti­ciens et leur impuis­sance face aux banques et au monde de la finance.

« Pour­quoi il n’y a pas de Répu­blique ?  a-t-il lan­cé. Parce qu’on n’est pas répu­bli­cains !
« Le poli­tique, qu’il soit homme ou femme,…, ne sert plus à rien, c’est un pres­ta­taire de ser­vice…
« La preuve, ces putains de dettes, on n’arrive pas à les payer… tant qu’il y aura ces his­toires des dettes, qui mettent à plat les peuples… vous les poli­tiques n’arrivez pas à les faire éli­mi­ner, parce que la banque est plus forte que vous, c’est elle qui vous imprime la des­ti­née de notre peuple et non pas vous. »



Marseille. L’ « affaire Guetta » ou le trouble d’une gestion municipale

L’annulation à Mar­seille du concert de Guet­ta à 400 000 euros ne doit pas cacher le carac­tère plus que trouble de la ges­tion muni­ci­pale. C’est ce que rap­pelle le com­mu­ni­qué sui­vant du Com­man­do Anti-23 juin exi­geant des expli­ca­tions sur les pra­tiques pour le moins anti-démo­cra­tiques des élus.

 

Nous avons fait réagir David Guet­ta : l’ampleur de notre mou­ve­ment a ame­né le DJ à annon­cer hier dans un com­mu­ni­qué qu’il annu­lait son concert au Parc Boré­ly … pour en tenir un autre non sub­ven­tion­né au Dôme.

Depuis plu­sieurs semaines, notre mobi­li­sa­tion excep­tion­nelle a fait beau­coup par­ler d’elle dans les médias. Il y a quelques jours, vous avez contraint le maire à répondre à vos publi­ca­tions sur Face­book et Twit­ter en s’engageant à redis­cu­ter cette sub­ven­tion. Cette déci­sion de David Guet­ta est une pre­mière vic­toire, mais c’est une vic­toire amère.

(Lire la suite…)


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­prendre que les choses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fique, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croire les choses parce qu’on veut qu’elles soient, et non parce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lippe Casal, 2004 - Centre natio­nal des arts plas­tiques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­feste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­tique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Comme un nuage, album pho­tos et texte mar­quant le 30e anni­ver­saire de la catas­trophe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant close (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en vente au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adresse pos­tale !)

    tcherno2-2-300x211

    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tirage soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, prises en Pro­vence et notam­ment à Mar­seille, expriment une vision artis­tique sur le thème d’« après le nuage ». Cette créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thème du nucléaire », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Rus­sel)

  • montaigne

    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­taigne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramasse un frag­ment et dit que toute la véri­té s’y trouve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

  • « C’est pour dire » de Gérard Pon­thieu, est mis à dis­po­si­tion selon les termes de la licence Crea­tive Com­mons : Attri­bu­tion - Pas d’Utilisation Com­mer­ciale - Pas de Modi­fi­ca­tion (3.0 France). Pho­tos, des­sins et docu­ments men­tion­nés sous copy­right © sont pro­té­gés comme tels.
    Licence Creative Commons

  • « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

    « Si vous ne chan­gez pas en vous-même, ne deman­dez pas que le monde change »

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  • Salut cousin !

    Je doute donc je suis - gp

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