Coup de gueuleDémocratieGaffe, les médias !

Le Saint-Empire Germano-Pratin

J’aime bien mon titre. Il dit tout, tellement tout que je pourrais bien m’arrêter là. Mais l’image, comme telle, exige une légende. Légende, c’est le cas de le dire à propos d’une guéguerre, une guerre picrocholine. Là, j’explique un peu : Picrochole, personnage de Rabelais au nom formé à partir du grec pikros, « piquant, amer », et kholê, « bile ». Nous y voilà bien, emporté avec le troupeau médiatique « de gauche », Libération en tête de gondole, dénommant pompeusement tempête et même séisme, le frémissement d'une goutte d’eau amère dans une tasse du Café de Flore, boulevard Saint-Germain, Paris 6e. Toute parenté avec le Saint-Empire romain germanique s’arrête là…

D'une telle « affaire », je devrais m’en foutre. Je m’en mêle à cause de ses disproportions idéologiques, ses débordements outranciers et, pour cela, tellement significatifs des causes obscures. Rabelais, passe encore, mais j’aggrave mon cas en citant ce vieux Grec de l’Antiquité, Thucydide :  historien de la guerre du Péloponnèse (quatre siècles avant notre ère !), on lui doit cette notion géopolitique très actuelle appelée « piège de Thucydide » en référence au désarroi qui se produit lorsqu'une puissance montante (Athènes) menace de supplanter une puissance dominante (Sparte)…  Ce qui finit par déclencher une guerre. Ce piège, se vérifiant à maintes reprises dans l’Histoire, trouve son regain d’actualité dans l’antagonisme Chine/États-Unis et aujourd’hui précisément dans le détroit d’Ormuz… 

Je m’égare ? Pas tant que ça : le Saint-Empire Germano-Pratin (soit la Sparte de l’édition avec le solide socle « Galligrasseuil ») s’inquiétant tout à coup de l’athénienne puissance montante de l’Empire bolloréen, celui du « milliardaire nauséabond » (comprendre d’extreme droite, anathème de rigueur, alias « facho ») osant démettre un commandeur de l’Édition… Et c’est la guerre ! En tout cas la mobilisation générale : d’abord, sauver le soldat Olivier Nora – un général en réalité –, que par dizaines et même centaines « ses » grognards, auteurs, écrivains, journalistes-relais, se lèvent d’une même indignation pétitionnaire. Jurons tous ensemble : Grasset, caca, plus jamais !

La faute à qui ? À Boualem Sansal pardi ! Ce traitre, passé de Gallimard à l’ennemi Grasset. D’ailleurs, s'empresse-t-on soudain, il n’est pas si bon écrivain ; non, c’est un médiocre, peu vendeur (400.000 exemplaires quand même pour « 2084 » chez… Gallimard !), qui se commet dans le JDD (Bolloré) en compagnie de Philippe de Villiers (« super facho »). C’est ainsi que dans Libé l’écrivaine iranienne Fariba Hachtroudi « déplore désormais une fixation politique sur l’islam peu propice à la nuance. » Ah ! la nuance concernant les mollahs d’Algérie, d’Iran et d’ailleurs… 

Parlons aussi des nuances de Caroline Fourest, sur LCI, clamant son indignation à base de moraline pour défendre Olivier Nora, « le capitaine d’un bateau qui va très bien »1Ce n'est pas l'avis de Bolloré qui relève une baisse importante du chiffre d'affaire, en même temps qu'une relève du salaire annuel de l'intéressé de 800.000 à un million d'euros – soit 80.000 euros par mois, en arrondissant à l'inférieur ("détail" négligé par C. Fourest) . Dur, à ce tarif, de trouver un repreneur ! Milliardaire/millionnaire, rude combat.… (dit-elle), s’indignant d’un article du JDD selon un minable argument d’autorité à l’encontre de son auteur venu de la fachosphère antisémite. À croire qu’elle n’a pas lu cet article, ou qu’elle est aveuglée par sa propre idéologie purificatrice ! Rejointe en cela, et même en pire, par un Jean-Marie Le Guen de passage à la télé, apparatchik socialo-macronien, s’étranglant d’indignation face à « un degré de haine d’une presse des années 30, d’attaques personnelles, d’antisémitisme. […] Ce qui compte c’est ce qu’il écrit… c’est absolument incroyable de lire ça ! au-delà de la droite extrême ». Opinant du chef, « C’est la démonstration » commente gravement Ruth Elkrief. Tous ces Tartuffe qui se gargarisent de démocratie !

« Incroyable de lire ça ! » Oh, le brave indigné ! L’incroyable, c’est que Le Guen [Lire à son sujet, l’article de Wikipédia qui en dit long sur le personnage et ses accointances.] prétende avoir lu l’article en question et sortir de pareilles insanités.2Sans parler de quelques perfides suggestions liberticides – au nom de la démocratie, bien sûr.. Ce qui renvoie à Thucydide dont le credo d’historien, s’agissant de rechercher la vérité des faits, tenait dans l'exactitude, qui implique l’impartialité. C’est pourquoi on trouvera ci-dessous l’article en question, qu’on mesure ainsi le niveau de cette lamentable cabale ! Libé n’a pas craint de titrer en une et en capitales : BOLLORÉ - LE TEMPS DU VENIN. Quand le serpent se mord la queue.

Concernant le « milliardaire » diabolique, laissez-moi rigoler. En cinquante ans de journalisme, j’en ai vu défiler des milliardaires de presse ! Les Boussac, Pruvost, Hersant, Dassault ; j’ai même fréquenté James Goldsmith, me trouvant à L’Express quand il l’a racheté à Jean-Jacques Servan-Schreiber, revendu ensuite à Patrick Drahi (SFR), puis à Alain Weill, et ainsi de suite.

Les milliardaires et la presse, une saga ! Sans remonter à Émile de Girardin, à Balzac des Illusions perdues, en voici un échantillonnage actuel avec leurs trophées  : 

Bernard Arnault = Les Échos, Le Parisien, Paris Match, Radio Classique, Challenges

Rodolphe Saadé = La Provence, La Tribune, BFMTV, RMC

Daniel Křetínský = Elle, Télé 7 Jours, Marianne, France Dimanche, Ici Paris, Usbek & Rica, Franc-Tireur (de Caroline Fourest…)

Bertelsmann = M6, W9, Gulli, 6ter, RTL, RTL2, et Fun Radio

Martin Bouygues = TF1, TMC, TFX, TF1 Séries Films, LCI

Serge Dassault = Le Figaro, Le Figaro Magazine, Madame Figaro, Le Figaro Étudiant, Sport24, TV Magazine, Jours de France.

François Pinault = Le Point

Et bien sûr Vincent Bolloré = Canal+, CNews, Gala, Capital, Europe 1, RFM, Voici,, Femme Actuelle, Télé Loisirs, Le Journal du Dimanche

Sans oublier Le Monde - Groupe Le Monde =  Courrier international, Le Nouvel Obs, Malesherbes Publications (La Vie, Histoire & Civilisations, Prier), Télérama, Le Monde diplomatique, la régie M Publicité et VM Magazines. Le groupe est détenu à 75 % par la holding Le Monde Libre et à 25 % par le Pôle d'indépendance du Groupe Le Monde. Le Monde Libre est détenu par le Nouveau Monde (Mathieu Pigasse, Daniel Kretinsky), NJJ Presse (Xavier Niel), Berly Media (Madison Cox) et le groupe de médias espagnol Prisa.

Mention spéciale pour Libération et son financement, qui relèvent du jeu de Monopoly, où l’on croise des montages avec Patrick Drahi, Daniel Křetínský et autres affairistes.

Enfin, ne pas omettre les radios et télés du service public dont l’État est l’actionnaire direct, avec l’indépendance que l’on sait – et par ailleurs indirect, pour ce qui est des subventions attribuées à des multiples médias.

On ne pourrait trouver meilleure illustration de cette cabale que dans un film étonnamment contemporain de 1896, L'arroseur arrosé, du bien nommé Louis Lumière.

«Affaire» Grasset - chronique d'une manipulation (Journal du Dimanche)

  • 1
    Ce n'est pas l'avis de Bolloré qui relève une baisse importante du chiffre d'affaire, en même temps qu'une relève du salaire annuel de l'intéressé de 800.000 à un million d'euros – soit 80.000 euros par mois, en arrondissant à l'inférieur ("détail" négligé par C. Fourest) . Dur, à ce tarif, de trouver un repreneur ! Milliardaire/millionnaire, rude combat.
  • 2
    Sans parler de quelques perfides suggestions liberticides – au nom de la démocratie, bien sûr..
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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité non passif. Blogueur depuis 2004.

5 réflexions sur “Le Saint-Empire Germano-Pratin

  • Super Article, mer­ci, Gérard.
    à pro­pos de Vincent Bolloré, si l’on fouille un peu, sur Wikipédia ( espé­rons la probité ) :

    [ Vincent Bolloré est un catho­lique affir­mé, décrit par cer­tains médias comme tra­di­tio­na­liste[. Il a pour conseiller reli­gieux un prêtre du dio­cèse de Paris, l’ab­bé Grimaud, qu’il a nom­mé direc­teur du Foyer Jean-Bosco, un foyer d’é­tu­diants créé dans un ancien couvent du 16e arron­dis­se­ment de Paris.
    Il est un mécène catho­lique actif, ayant sou­te­nu finan­ciè­re­ment de nom­breux monas­tères, « sou­vent fémi­nins ». Selon La Croix, il porte sur lui en per­ma­nence des images de saints catho­liques (notam­ment Antoine de Padoue) ain­si qu’une médaille miraculeuse.
    Il serait par­ti­cu­liè­re­ment admi­ra­tif d’Yvonne-Aimée de Malestroit, mys­tique à laquelle on attri­bue le don de bilo­ca­tion, au che­vet de son grand-père René Bolloré à sa mort.
    Il est le pro­prié­taire de la mai­son de la Brardière à La Chapelle-Viel dans l’Orne qui accueille depuis 1983 une fra­ter­ni­té reli­gieuse ins­pi­rée par la mystique.
    Dans le même lieu-dit se trouve la branche fran­çaise de la Famille de Marie, finan­cée par Vincent Bolloré depuis son implan­ta­tion en 2008, dont le sou­tien a pris fin en 2022 quand la com­mu­nau­té a été pla­cée sous la tutelle du Vatican en rai­son de ses graves dérives sectaires… ]

    ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Vincent_Bollor%C3%A9 )

    Si cela est vrai, il a matière à s’in­quié­ter quant à la san­té men­tale du bonhomme !
    De plus, la Famille Bolloré est action­naire à 28 % d’Universal Music Group ce qui donne une idée de la démo­cra­tie qu’il règne dans ce milieu…
    Voili, Voilà… On n’est pas sor­ti du sable !

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  • Merci Frank pour tes réflexions.
    Quoique très catho­lique, Vincent Bolloré n’a rien d’un saint ; selon ses innom­brables détrac­teurs, il a beau­coup à se faire par­don­ner. L’ardeur offen­sive de ces der­niers à l’en­contre du mil­liar­daire bre­ton fait office de paravent pro­tec­teur ; on décharge ain­si ses propres tur­pi­tudes affai­ristes et autres sur un dia­bo­lique bouc émis­saire. Celui-ci a le vent en poupe car il dérange le Camp du Bien, qui n’a de cesse, évi­dem­ment, de char­ger le Camp du Mal. Ce mani­chéisme délé­tère trouve à s’é­pa­nouir dans le champ intel­lec­tuel de notre époque par­ti­cu­liè­re­ment « astreinte aux acquêts idéo­lo­giques », comme diraient les notaires s’ils enre­gis­traient les dénis de la réa­li­té – et si même cela était pos­sible d’at­teindre une objec­ti­vi­té. Je pense au slo­gan de France Info, « L’information n’est pas une opi­nion ». Est-ce à dire que tout jour­na­liste peut pré­tendre pas­ser outre ses propres opi­nions ? À écou­ter-voir radios et télés, à lire la presse (ne par­lons pas des « réseaux » !), on peut et on doit se poser la ques­tion, ce qui est aus­si une manière d’y répondre en pré­ser­vant son esprit critique.

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    • Ta réponse pré­sente une réflexion sen­sée sur les excès de pola­ri­sa­tion dans le débat public ou pas. Il sou­ligne avec per­ti­nence l’importance de gar­der un esprit cri­tique et aux oppo­si­tions sim­plistes (ou, peut-être, instinctives).
      Quant à l’objectivité des médias, il convie à une prise de recul salu­taire et encou­rage cha­cun à ana­ly­ser l’information avec dis­cer­ne­ment, ce qui, avec les réseaux sociaux, relève d’une spor­ti­vi­té de haut niveau !
      Néanmoins, l’appartenance sec­taire du bon­homme, à un catho­li­cisme qua­si­ment extré­miste, a de quoi inquié­ter, par­ti­cu­liè­re­ment dans le milieu où il gravite…

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      • Oui ! Mais on fait ce qu’on veut, cha­cun dans le libre choix de ses sources d’in­for­ma­tion et à l’af­fut de son sens cri­tique. De plus, il ne s’a­git pas (chez Bolloré et les autres d’ailleurs) d’un ser­vice public de l’État, payés par « nos sous de contri­buables », avec une exi­gence, sinon d’ob­jec­ti­vi­té, du moins d’im­par­tia­li­té et d’équité.

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  • Bernard Nantet

    Répondre à Gérard ? Difficile, car tout y est, comme tou­jours, tel­le­ment ici la pré­ci­sion de l’in­for­ma­tion, du qui, du quoi, du où, du com­ment, sinon du pour­quoi, l’emporte sur le ques­tion­ne­ment. Ainsi, un méchant mil­liar­daire de droite tente faire son trou dans cette foire aux médias qu’on pen­sait indé­pen­dants car de gauche, for­cé­ment, alors qu’ils dépendent eux aus­si de groupes bien ins­tal­lés, la ver­tu en ban­dou­lière. Journaux et mai­sons d’é­di­tion allè­gre­ment alliés à nous dis­pen­ser une bonne parole déli­ca­te­ment dédiée à chaque seg­ment d’un lec­to­rat heu­reux de trou­ver chaus­sure à son pied (« c’est un bon canard, il pense comme moi“).
    Malheur à Boualem Sansal, l’im­pé­trant par qui le scan­dale arrive, par qui le scan­dale est arrivé !

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