Cet éternel retour des choses, par Michel Onfray
Ce très beau texte de Michel Onfray est paru dans le JDNews du 1er avril 26 sous le titre La religion d'avant les religions. Il célèbre l'éternel retour de la lumière et des choses du monde. Vérification faite ce matin dans les collines marseillaises de La Mûre, photos à l'appui [cliquer dessus].
Voici venu le printemps et avec lui le triomphe du Soleil invaincu.Aux premiers temps de l’humanité, les hommes, encore reliés à la nature, comprennent le fonctionnement du Soleil et de la Lune. La preuve : leur calendrier lunaire gravé sur des bois de cervidés. Alternance du jour et de la nuit, alternance des saisons : cet éternel retour des choses, c’est l’ordre du monde – étymologiquement, le cosmos.
Ces alternances astronomiques sont celles de la vie : la crainte de la nuit des jours et de la nuit des saisons, en même temps que la joie de la lumière des jours et de la lumière des saisons. La nuit, c’est le monde des animaux qui chassent, tuent, mangent, c’est le temps des ours et des loups, du hululement des hiboux et des chouettes, de la mélopée inquiétante des crapauds ; le jour, c’est celui des oiseaux qui chantent, des insectes qui stridulent, des papillons qui volent, des abeilles qui butinent.
Le parfum du printemps
Les premiers hommes se savent partie de la nature : leur vie dépend de la lumière du jour et de celle des saisons. Dans l’abîme nocturne, la vie est en danger, on ne voit rien, surtout pas la mort qui rôde. L’hiver, la nourriture manque, la chasse et la pêche sont impossibles, les animaux hibernent ou ont migré.
Puis ces bêtes réveillées sortent de leur tanière ou reviennent des pays chauds. On peut alors à nouveau les chasser et les manger. Le chasseur nourrit sa famille, sa tribu. La vie continue. On mange des poissons et de la viande. On cueille des fruits, des baies.
Nous savons, nous, que la Terre est ronde et qu’elle tourne autour du Soleil, que cette rotation génère l’alternance des jours et des nuits. Nous savons aussi que cette Terre tourne autour du Soleil en décrivant une ellipse. À son vertex, les deux points les plus éloignés, ce sont les solstices, à son covertex, les deux points les plus rapprochés, ce sont les équinoxes ; ici, les solstices d’hiver et d’été ; là, les équinoxes de printemps et d’automne.
Au solstice d’hiver, la nuit est la plus longue et le jour le plus court. Le lendemain, c’est le retour de la lumière, donc de la vie : c’est le sens du Soleil invaincu, Sol Invictus, que les païens célèbrent. Les chrétiens y placent Noël, la naissance de Jésus qui est la Lumière et la Vie : « Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura au contraire la lumière de la vie » (Jean, 8:21).
Quant à l’équinoxe de printemps, il signifie que le jour est aussi long que la nuit et que nous allons vers de plus en plus de lumière, donc de moins en moins de nuit, jusqu’au solstice d’été. Il n’est pas non plus anormal que cette promesse de lumière après la mort soit devenue Pâques, car le moment de la Passion, c’est la nuit de la mort suivie par la promesse de la plus grande lumière.
La crucifixion apporte avec elle la nuit en plein jour, et la résurrection une lumière aveuglante : « L’obscurité se fit sur toute la terre, le soleil s’étant éclipsé » (Luc, 23:44). Puis, concernant l’ange qui apparaît dans la sépulture pour annoncer la résurrection de Jésus : « Son aspect était comme l’éclair » (Matthieu, 28:3).
Le printemps a un parfum, un je-ne-sais-quoi de physique : qui le ressent devient le contemporain de la religion d’avant les religions. ■







Cet eternel retour du religieux,ou chasser le religieux il revient au galop…
J’ai le souvenir du jeune Onfray qui en bon bulldozer de la pensée disait »:La chrétienté est une secte qui a réussi ».
Comme si l’âge prédisposait a un retour aux fondamentaux,Une mystique cosmique aux parfums de religiosité…
Je ne vais pas répondre à la place de Michel Onfray ; ce que je comprends pour ma part : son article s’intitule « La religion d’avant les religions », distinguant l’une (le sentiment que d’autres philosophes qualifient d” »océanique » s’agissant du questionnement existentiel de l’homme devant le mystère de la vie – il se peut que certains, vous peut-être, aient réglé ce mystère sans preuve…) des autres, c’est-à-dire les religions, relevant des appareils séculaires de domination par la croyance. C’est en ce sens que Onfray parle de l’éternel retour, référence à Nietzsche, celle du cycle de la vie dont la vitalité de la nature, surtout printanière, est l’expression la plus merveilleuse (on peut ne pas s’en émerveiller, hélas !) Les religions, oui, peuvent justement être qualifiées de sectes ; les plus installées ont en effet réussi (hélas !).
C’était juste un clin d’œil pour dire que la religion d’avant la religion est une religion.…
La condition humaine nous reduit a ces echaffaudages hypothetiques.
Cela peut devenir une machine de pouvoir ‚ou une quète,un questionnement existentiel (individuel et collectif)comme vous le dites.
C’est que nous touchons là à un profond sujet de discussion !