L’imperium d’Ouest France roule en char Dassault

1ouestfrance«Nous comptons sauvegarder l’indépendance éditoriale complète des trois titres». Cette musique-là aura beaucoup résonné par ces temps de grande crise pour la presse. Cette fois, elle émane du PDG du groupe Ouest-France, dans une déclaration à l’Agence France-Presse, vendredi 11 février.

François-Régis Hutin préparait ainsi, selon des paroles quasi rituelles lors d’acquisition de média d’information, l’annonce imminente du rachat effectif par le premier quotidien français (en tirage : environ 800.000 exemplaires) des trois titres constituant l’ancien «pôle ouest» de la Socpress (ex-groupe Hersant), elle-même rachetée par Serge Dassault.

Les trois quotidiens concernés sont Le Maine libre (Le Mans), Le Courrier de l’Ouest (Angers) et Presse Océan (Nantes). Ils totalisent environ 200.000 exemplaires et emploient quelque 700 salariés, dont un peu moins de 200 journalistes. Ces trois journaux vont ainsi rejoindre le «mammouth» rennais : 1.900 salariés, 550 journalistes.

Il est fort probable que ce rachat rassurera les personnels concernés, y compris les journalistes. Ceux-ci préféreront sans doute se voir intégrés dans un grand groupe de la PQR – voisin de surcroît, sinon familier –, que par un Dassault peu concerné et aux intentions imprévisibles. Ils gagneront également en sécurité ce que la Socpress et Chaisemartin, son PDG, n’avaient jamais été vraiment en état de garantir.

L’opération ne va cependant pas manquer de poser bien des questions à ceux qu’elle touche au plus près. A savoir :

Pour les journalistes directement concernés : Au delà des déclarations d’intention rituelles, que va-t-il réellement advenir de leur indépendance ? Jusque là, les rédactions «se tiraient des bourres» tout au long de la Loire «inférieure» et jusqu’au Mans dans un jeu de concurrence réelle ; cela va-t-il continuer, et pour combien de temps ? Questions d’autant plus actuelles que les rédactions d’Ouest France ont mal vécu, la semaine dernière, l’annonce de l’arrivée prochaine à Nantes et Rennes du prépayé 20 Minutes – dont Ouest France est partenaire financier – et alors qu’était envisagé de mettre en commun le contenu de certaines pages (Loisirs, notamment). [Notre article]

Pour les personnels des deux ensembles : toute concentration vise une meilleure rentabilité ce qui, en traduction simple, signifie «allègements de charges», à commencer par la masse salariale.

Pour les quotidiens voisins, en particulier Le Télégramme et La Nouvelle République. L’un et l’autre ne peuvent que craindre le renforcement du mastodonte rennais déjà dominant sur 12 départements des régions Bretagne, Basse-Normandie et Pays de la Loire.

Pour Le Télégramme, il y a lieu de redouter de la part d’Ouest France un regain d’offensive sur les Côtes-du-Nord et le Morbihan, là où le quotidien de Brest parvient encore à grignoter des parts de lectorat.

Crainte renforcée aussi pour La Nouvelle République qui a de nouvelles raisons de se demander jusqu’où l’ouest peut-il bien s’étendre… vers l’est. D’autant que ce titre vieillissant est beaucoup plus fragile que le Télégramme de Brest qui, lui, est quasiment seul titre de la PQR à afficher une diffusion en augmentation régulière.

Pour les lecteurs «enfin» – à moins qu’ils ne soient d’abord les premières victimes de cette concentration de titres : On sait les craintes qui se font de plus en plus jour dans la population quant à la «mal info» ; l’expression traduit pour les médias d’information des craintes semblables à celles qui, via la grande distribution, ont conduit à la «mal bouffe».

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michel kerninon

LA MORALE DE TOUTE CETTE AFFAIRE, OUEST FRANCE PRENANT LE RELAIS DE DASSAULT PRENANT LE RELAIS DE HERSANT, LE MONDE REPRENANT LE MIDI LIBRE, TELERAMA, LA VIE, LE MONDE REPRIS LUI-MEME PAR EL PAIS, LE CREDIT MUTUEL EN ALSACE, HACHETTE A MARSEILLE ET AILLEURS, LES FONDS DE PENSIONS A L’AFFUT A LYON OU A LILLE, ON EN PASSE ET D’AUSSI GROSSES, UN ROTSCHILD A LIBERATION, UN BOLLORE A TNT, C’EST QUE L’INFORMATION EST BEL ET BIEN UNE MARCHANDISE, ET QUE LES JOURNALISTES SONT VENDUS AVEC OU VIRES. LES LECTEURS ET LA PLUPART DES JOURNALISTES SERAIENT INSPIRES DE S’EN SOUVENIR POUR… Lire la suite

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