« Ch’ Lanchron » jubile : Astérix enfin édité en picard !


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Le 96e liméro de «Ch’ Lanchron» jubile : enfin Astérix vient de sortir in picard, comme «din in vieu reuve d’éfant». Un rêve auquel aura beaucoup contribué la poignée d’animateurs du journal, dont Jean-Luc Vigneux et Jacques Dulphy qui ont travaillé avec Albert Uderzo. Je les salue tous ici avec les raisons du cœur. Que je vous explique.

«Ch’ Lanchron», en picard, ça veut dire le pissenlit. Pas vraiment à la mode Larousse, on s’en doute, puisqu’il s’agit de semer à tous vents la langue de Picardie, et donc aussi sa culture. Mais, direz-vous perfides, «cela» existe-t-il ? É c’min donque ! Dans cette France où «Il n’est bon bec que de Paris» (Villon) – à la limite tourné vers le sud, quand il n’est pas hypnotisé par son nombril –, la question peut bien être reçue, puisqu’elle sera émise.

Comme je le dis souvent à ma blonde (ASQ = au sens québécois) : Heureusement qu’il fait si souvent un temps de chien là-bas car on n’en parlerait jamais, de cette Picardie. Mais là, voyez la gloire que la météo lui tresse à chaque tempête !

Et pis y a « Ch’ Lanchron », ch’jornal picard qui fleurit à chaque saison, et qui s’apprête à fêter ses 25 ans et son centième liméro. J’vos in parle ichi parce qu’il figure au Panthéon de mes gazettes préférées, celle qui m’apporte l’air du pays dans ma Provence d’adoption. Ça ne saurait être une excuse : je suis picard. Faut bien être né quelque part, et j’aurais pu « tomber pire ».

Picardie. Terre bénie et meurtrie, terre nourricière mutée en usine à patates- betteraves, terre des cathédrales et des grandes misères, des rois et des guerres… C’est là que j’ai grandi, après des générations de Ponthieu qui ont labouré la Somme dans tous les sens depuis plus de mille ans. C’est là surtout que j’ai appris le picard, cette parlure mal assumée par ses locuteurs de plus en plus rares dont le territoire, pourtant, s’étend des portes de l’Ile de France à la Wallonie.

On sait que notre beau pays n’a eu de cesse de condamner ses langues régionales à la relégation. On veut donc bien, de nos jours, condescendre à les exhumer, pour les exposer en curiosités culturelles, comme au musée des «arts primitifs». Alors que ce sont elles, ces langues qui, entre autres mais en particulier, ont forgé – c’est bien le mot – cette pièce ouvragée qu’on appelle le français. Mais ce sont elles aussi, ces langues – puisque la langue fonde l’identité culturelle, c’est-à-dire sociale et aussi politique, au sens premier –, qui ont construit, instruit, édifié notre pays.2chlanchron

Voilà pourquoi « Ch’ Lanchron », qui vit par ses seuls lecteurs, sans même une subvention, devrait être reconnu d’utilité publique. Et avec lui, tant d’autres publications et aussi sites internet, et blogs, allez !, qui résistent, vent debout, aux machines à laminer les richesses d’oil et d’oc, de Bretagne à l’Alsace, de Normandie à la Corse, du Pays basque au Pays savoyard, de Lorraine aux Charentes, du Val de Loire à la Provence, de Catalogne à la Picardie, et aussi du créole au verlan, de l’argomuche des fortifs’ au rap du « 9-3 » – je vous laisse continuer, chacun dans son jardin – si tant est qu’il en ait un…

→ Ch’ Lanchron, vous le trouverez aussi din chl’intarnète : ichi.
Un copain bretonnant vient de lancer un blog : Re zo re (prononcer ré zo ré) veut dire “Trop c’est trop” en breton.
Sans oublier mon autre copain et son blog très mordant consacré à l’espéranto : Parole à tous.

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blondin

comme je n’ai pas votre adresse e-mail sur le net ou plutot je ne peux pas vous envoyer de courrier sur le net je me permets de vous demander le masculin de : branque quand il sagit d’une personne. je sais que ca commence par bro… merci à l’avance

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