« Journalisme ». La rumeur qui salit, la photo qui tue

On a beau faire : changer le code pénal, former les journalistes, en appeler à l’éthique, à la déontologie… Comme si on chassait le «naturel», il rapplique ventre à terre au premier «bon fait divers». Ainsi ces deux exemples pondus tout frais.

Le premier, sorti du Monde [3/03/05], a tout l’air de l’honorabilité journalistique. Pourtant…
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Est-ce le « syndrome Gaymard » qui pousse «le quotidien de référence» à la course à l’échalote avec le Canard? Ou le souci de rétablir vers la gauche un équilibre par trop marqué à droite avec une actualité encore chaude? Il se peut bien que Jean-Paul Huchon aussi ait fauté ; là n’est pas la question. La question est d’ailleurs double:
dans l’importance donnée au fait (trois colonnes en tête de la dernière page, dite «de dernière heure »), alors que tout part d’une lettre anonyme ;
dans la précipitation à publier – cette presse pressée qui se la joue urgentissime. Et ne fait jamais, comme si souvent, que confondre vitesse et précipitation. Au risque, pleinement irresponsable, de salir.

Oh ! certes, le papier paraît fort « clean », juridiquement irréprochable : les faits, rien que les faits… Il le peut, puisque tout est dit dans la forme, dans la mise en scène même sur ce théâtre médiatique où le personnage du Messager se lave les mains de ses colportages.

Ces comportements de flibustiers sont vieux comme la presse ; ils ont même dû largement la précéder dans la pratique universelle du fameux « diffamons, diffamons, il en restera toujours quelque chose!».

S’agissant du Monde, de quoi peut-il s’agir ? D’un empressement à ne pas paraître marqué ni à gauche, ni à droite ? De se situer au-dessus de la mêlée ? Ou à fond dedans ?

1lib030305Deuxième exemple, l’«affaire Giraud». Un autre «fait divers», non politique, et deux titres quasi identiques. Mais tout se joue – et se noue – avec les photos. Celle de Libé [02/03/05] montre le scellé posé sur la porte du jardin de l’actuel suspect mis en examen. Bon… s’il faut illustrer…

La photo, publiée dans La Provence du même jour, montre la tante d’une des victimes. Comme pour Le Monde ci-dessus, l’article semble propret (non signé, probablement de l’AFP). Mais c’est la photo qui va « faire le travail », en quelque sorte en tâche de fond. Elle va, on peut le parier, agir sur l’inconscient du lecteur, probablement de la même manière qu’elle exprime l’inconscient du journaliste opérant son choix d’«illustration». Car cette femme n’a pas bien l’air net; avec son regard de travers, voyez comme elle fuit le photographe ! Et cætera, jusqu’au “délit de sale gueule” bien connu. Et comme une sorte de mise à feu de l’«inconscient populaire» propice à l’opprobre, sinon au lynchage.1prov

Donc, pour ces deux cas :
Fallait-il publier aussi vite et aussi «fort»?(Pantoufledor_19Pantoufle d’or: pas de circonstance atténuante).

Fallait-il illustrer avec cette photo dénonciatrice?(Pantoufleargent_4Pantoufle d’argent: l’intention de «frapper» n’étant pas aussi flagrante).

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