Jules Mougin, la révolte du cœur

Exposition du facteur poète Jules Mougin, jusqu’au 17 septembre à la Médiathèque du Pontiffroy de Metz

Par André Faber

Jules Mougin, un enfant turbulent de 93 ans, capable de trouer la panse à tous les ploucs de sa plume sergent-major, nous donne à voir et à lire sa poésie généreuse. Son cri du cœur, son hymne à l’amour, nous réconcilie avec notre belle part d’humanité. À travers dessins, sculptures, objets peints, couvercles de boîtes à fromage décorés en guise de colis postal, correspondances lumineuses, il y a comme de l’espoir qui vient devant cette «livraison» du facteur Mougin, une tournée comme on n’en fait plus.

Mais comment ce poète à béret, ce gaillard en veste de cheminot, fumeur tardif qui ne crache pas sur un petit canon de rouquin, comment a t-il trouvé le chemin qui mène à Metz, lui qui vit en pays de Loire, un petit bled près d’Angers, à 650 kilomètres d’ici ? Derrière l’œuvre de Jules Mougin, l’ami et complice de Chaissac, Dubuffet, Giono, Calaferte, Vodaine, se cache un autre nom, un autre facteur : Claude Billon, dit «le facteur Louis XIV», tant il est vrai qu’il ne ressemble pas à Barthez !

Beaucoup connaissent Claude Billon ou ont croisé ses yeux bleus comme un paquet de gauloises au cours de sa tournée dans les rues de Metz. Le Billon, facteur poète aux mains tordues de rhumatismes et au coeur gros comme ça, a rencontré son facteur Jules Mougin en 1978. Depuis ils s’aiment. Claude a trouvé son Jules si on peut dire. Leur amour de facteur poète se conjugue en lettres hurlantes, échevelées, tendres et nourrissantes comme du bon pain, que d’autres facteurs leur portent chaque jour. Et les timbres ne sont pas offerts par la maison. Voici en fait, le fond de l’histoire, le pourquoi du comment de cette émouvante exposition, une rencontre rare entre deux «hommes de Lettres», une envie de créer du lien, de distribuer des mots et de belles lettres et que les autres en profitent.
L’exposition est née de ces milliers de signes, milliers de traces posées sur les enveloppes, milliers de baisers restés collés à l’envers des timbres. Il faut aller voir «la révolte du cœur de Jules Mougin» avant que les rêves des hommes et le langage des oiseaux ne s’en aillent, il faut y aller pour se décrasser l’âme et prendre de l’amour !
→ Dessins d’André Faber ©
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