Le siège du quo­ti­dien Midi Libre, à Saint-Jean-de-Vedas, près de Mont­pel­lier, a été per­qui­si­tion­né pen­dant plus de cinq heures, ce mer­cre­di 5 juillet. La veille, c’était au tour de Nice Matin. Le 24 juin, des­cente de police dans les locaux de France 3 à Orléans, pour récu­pé­rer les cas­settes d’un repor­tage sur un fau­chage anti-OGM et  inter­ro­ga­toire de deux jour­na­listes. Le 17 juin déjà, deux jour­na­listes de La Répu­blique du Centre (Orléans) et une de France 3 avaient été enten­dus par la gen­dar­me­rie de Mon­tar­gis et priés de livrer leurs sources et leurs images concer­nant le même sujet.

Or donc, que signi­fient ces saillies judi­ciaires contre des jour­naux et journalistes ?

Ain­si dans le Loi­ret, les fau­cheurs anti-OGM ne sont plus les seuls à ris­quer des pour­suites. Les jour­na­listes qui relatent leurs actions peuvent donc aus­si être inquié­tés. C’est une atteinte au droit à l’information du public et à la pro­tec­tion des sources des journalistes.

La police est inter­ve­nue trois jours avant l’arrêt de la cour d’appel d’Orléans condam­nant qua­rante-neuf fau­cheurs volon­taires d’OGM qui avaient été relaxés en pre­mière ins­tance par le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel en décembre 2005. Le par­quet avait aus­si­tôt réagi et les fau­cheurs s’étaient retrou­vés ren­voyés en appel les 15 et 16 mai. Ce qui avait ame­né Xavier Naize, jour­na­liste à France 3 Centre à un com­men­taire : « La cour d’appel est com­po­sée d’un pré­sident et de deux magis­trats... Mais il paraît que dans les minis­tères à Paris on s’intéresse de très près à l’arrêt qu’ils vont prendre et ils ne seront peut-être pas si seuls, fina­le­ment... » Pro­pos de lèse magis­trats rele­vés en ces termes par Ger­vaise Taf­fa­leau, pro­cu­reure géné­rale de la cour d’Appel d’Orléans : « Vous com­pre­nez que cela ne fasse pas plai­sir et que cela ait cho­qué les magis­trats ici ». Car cha­cun sait que les gens de jus­tice ne subissent jamais de pres­sion et ne reçoivent pas davan­tage d’instructions de leurs tutelles politiques.

À Mont­pel­lier, le juge d’instruction Sté­phane Tama­let, six offi­ciers de la divi­sion cri­mi­nelle du SRPJ et un expert infor­ma­tique, ont fouillé plu­sieurs bureaux de jour­na­listes et celui du direc­teur de la rédac­tion, Roger Antech. Ils ont sai­si docu­ments et blocs-notes, posé des scel­lés sur diverses pièces et copié les disques durs de cinq ordi­na­teurs. Audi­tion­nés un peu plus tard dans la jour­née au com­mis­sa­riat de Mont­pel­lier, quatre jour­na­listes ont recou­vré la liber­té en fin d’après-midi, sans exclure une mise en exa­men. Là encore, c’est la pro­tec­tion des sources d’information qui est en jeu.

L’affaire est très poli­tique, par­tant d’une plainte pour « vio­la­tion et recel du secret pro­fes­sion­nel » dépo­sée par le séna­teur UMP Jacques Blanc, ancien pré­sident du conseil régio­nal du Lan­gue­doc-Rous­sillon de 1986 à 2004. Midi Libre, en octobre 2005,  avait publié des extraits d’un « rap­port d’observations pro­vi­soires » de la chambre régio­nale des comptes du Lan­gue­doc-Rous­sillon révé­lant de mul­tiples magouilles pra­ti­quées par ledit Blanc au titre de « dépenses de com­mu­ni­ca­tion » de la Région.

L’autre per­qui­si­tion concerne une infor­ma­tion judi­ciaire ouverte à Dra­gui­gnan pour «atteinte à la vie pri­vée», après la publi­ca­tion en 2003 d’une pho­to de deux mineurs vic­times dans un fait divers. Un pho­to­graphe de Var Matin (filiale du groupe Nice Matin), mis en garde à vue lun­di, a été remis en liber­té mar­di soir. Le PDG du groupe, Michel Com­boul, a dénon­cé la « per­qui­si­tion mus­clée (...) à la limite de la cour­toi­sie », menée par la juge d’instruction de Dra­gui­gnan Domi­nique Gui­raud, accom­pa­gnée de deux gen­darmes et d’un expert en informatique. 

L’affaire semble d’une autre nature, disons plus ordi­naire et ne met­tant pas for­cé­ment en cause les néces­si­tés de l’information, mais peut-être plu­tôt un man­que­ment à la légis­la­tion sur la pro­tec­tion des mineurs en matière de presse. D’ailleurs, la pro­tes­ta­tion de ce patron de presse régio­nale porte sur la forme. Tant d’impolitesse, sinon d’ingratitude… Comme s’il y avait rup­ture dans le pacte tacite de conni­vence entre pou­voirs locaux – cette cala­mi­té du devoir d’informer.

L’éventail de l’actuelle rela­tion jus­tice-médias à tra­vers ces affaires semble donc très ouvert. Il appelle d’autant à la vigi­lance que les enjeux poli­tiques – liés aux échéances élec­to­rales proches – ravi­gotent les vieux (et jeunes) démons.

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