2hummer_1En ce 1er août 2006, mon pote Ber­nard me dit au bigo ce dimanche, à l’heure de la messe :

« Ouf, ça va mieux, il pleu­viote sur Paris ! » [Notez le «sur» Paris, comme dans le Pré­vert de «il pleu­vait sans cesse sur Brest» ...] 

Je dis ça en pas­sant parce qu’on parle sou­vent à la va comme je te cause, et on écrit aus­si de même, agis que nous pou­vons être par les modes de par­lure, genre « au final », « on va dire », « je des­cends sur Mar­seille », « que du bon­heur ! » et autres for­mules frap­pées à l’emporte-pièce puis, on ne sait trop com­ment, pro­pa­gées par une espèce de grippe-aviaire-des-mots, sans doute ino­cu­lée par les publi­ci­taires, répan­dues par les feuille­tons télé, les radios et toute la basse-cour média­tique. (Belle phrase, non ?).

Ce gros machin fachoïde…

Il me disait ça, le Ber­nard et, tels des ex de la colo­niale, lui et moi on évo­quait cette fois où sous une paillote de l’hôtel Cha­ri à N’Djaména, com­plè­te­ment à la ramasse, on regar­dait notre ther­mo­mètre atteindre son Eve­rest : 47° Oui, la cani­cule dix mois par an, sans clim ni par­fois de flotte. Tu le ferais, toi ? « Des fei­gnants ces nègres, tiens ! » Ce genre de conne­rie qu’on fini­ra peut-être bien­tôt par ne plus entendre, une fois nos cli­mats bien déré­glés. Et que peut-être aus­si, à son tour, l’Afrique connaî­tra les dou­ceurs d’un Gulf stream. En atten­dant la gla­cia­tion. Ce qui, il est vrai et comme pour « le fût du canon », peut prendre quand même un cer­tain temps. Ain­si qu’on le va conter.

Donc, de ce pas et sous le cagnard domi­ni­cal, j’allais qué­rir ma gazette locale au tabac-jour­naux du pate­lin. C’est bien de sor­tir. Même pas loin, comme j’aime à dire aux appren­tis-jour­na­listes. Assi­gné à rési­dence dans mes espa­drilles, je n’aurais rien su – pas cette fois du moins – d’une nou­velle hor­reur venant s’ajouter aux nuages d’ozone et CO2 de notre noir ave­nir pla­né­taire. Je n’en voyais guère de pire que les 4x4 die­sel, genre four­gon funé­raire pour riches, tur­bi­nant leurs 20 litres au cent, sans comp­ter la clim’ pour gar­der le teint rosé. Mais t’as pas fini d’en voir, mon gars !

Ce gros machin fachoïde, là, garé sur l’emplacement du car, fenêtres noires et closes, moteur et clim en marche Pas croyable, un monstre ! Comme qui dirait Schwar­ze­ne­ger – ouais, gou­ver­neur de la Cali­for­nie, où il a fait aus­si dans les 45° ces jours-ci – en bat­tle-dress macabre, casque à visière aveugle, des chromes comme des poi­gnées de cer­cueil. Un machin de guerre amé­ri­cain mâti­né de cor­billard sovié­tique. Un « Hum­mer » ça s’appelle, que m’apprend le débi­tant – « Y a des revues là-des­sus, voyez ! ». Regar­dez à votre tour (▲ pho­tos ▼ piquées sur le oueb, j’allais quand même ache­ter un canard pareil !). Vous croi­sez ça à la nuit tom­bante rue Quin­cam­poix, dans le qua­trième, à Paris – sup­po­sons –, que vous ne savez plus dans quel trou vous réfu­gier, comme en 40 sous la Kommandantur.

Eh bien, y avait « ça » devant mon tabac-jour­naux ce matin ! Et « ça » était conduit par une dame aus­si élé­gante que fluette venue cher­cher ses trois paquets de Marl­bo­ro. Et que même mon débi­tant lui a cau­sé en anglo-pro­ven­çal, vu qu’elle ne pipait pas le molière. Pas le moindre «Bon­jour, Marl­bo­ro, trois, mer­ci, r’voir». Que de l’angliche.

Je le lui fais remar­quer à mon débi­tant, en lui pre­nant la Pro­vence que du coup il me fait payer « nine­ty » – pour de rire. Et qu’il accom­pagne d’une vanne écu­lée, pro­bable sur­vi­vance d’un film sur les Viets, façon Schoen­doerf­fer: « Dans un œuf, y a du jaune et du blanc ; cas­sé et mélan­gé, y a plus que du jaune, hé ! »

Bon, je la ferme et me casse. La dame a rejoint sa case­mate à moteur pour démar­rer aus­si­tôt comme à Dal­las, seule à bord.

Eh eh, me fais-je in pet­to, si c’était Mrs Perle ? Oui : l’épouse de Richard Perle, conseiller et ami de W. Bush, l’un des néo-cons’ les plus influents à la Mai­son Blanche – et pos­sé­dant par ailleurs une rési­dence dans le Lube­ron, je ne sais trop où, mais pas bien loin de mon tabac-jour­naux… Tenez, le v’là en pho­to  dans sa cabane pro­ven­çale… à Gordes La vie est belle. Allez, « à ciao ! » Je vous laisse écrire la morale du conte (un peu) véridique.

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