par Chris­tian Le Meut

Ce n’est pas facile, la vie de direc­teur de radio comme je vais vous le mon­trer concer­nant une radio publique, France Bleu Breizh Izel (FBBI), émet­tant de Quim­per. Cette radio est cen­sé­ment bilingue, c’est même la seule radio publique bilingue fran­çais-bre­ton. Mais, au fil des années, les pro­grammes en bre­ton se réduisent comme peau de chagrin. 

Ain­si le matin les audi­teurs du matin ont droit à... neuf minutes de bre­ton, ça ne fait pas beau­coup. Soit un flash d’information de trois fois trois minutes dif­fu­sé à une heure d’intervalle de six à huit heures trente le matin entre le der­nier tube de la Sta­rak, de John­ny ou de Lara Bafian.

Il y a cinq ans, lorsque j’ai com­men­cé mon appren­tis­sage du bre­ton, j’avais déci­dé d’écouter ces infor­ma­tions mais, mal­gré la qua­li­té du tra­vail des jour­na­listes bre­ton­nants de France Bleu Breizh Izel, je dois avouer que John­ny ou Lara ou la Sta­rak, le matin, au réveil, c’est par­ti­cu­liè­re­ment éprou­vant. J’ai le réveil lent et dif­fi­cile mais alors là, j’éteignais vite mon poste au risque de ne pas me réveiller avant des heures pour éva­cuer le stress... Alors j’ai abandonné.

Cinq heures de moins par semaine... Détaillons donc les pro­grammes en bre­ton sur FBBI : le matin, donc, neuf minutes; le midi et l’après midi : quelques secondes dis­til­lées par ci par là mais aucun vrai pro­gramme en bre­ton,  « netra bet » (rien du tout); res­tait l’émission du soir. 18 h 30 - 21 h, un long cré­neau tout en bre­ton, inter­rom­pu juste par un flash d’information en fran­çais à 19 h. Mais, cette année, mau­vaise sur­prise : l’émission du soir s’arrête désor­mais à 20 h au lieu de 21 h. Au début j’ai cru que c’était du pro­vi­soire, mais non, c’est du pro­vi­soire qui dure. Après 20 h les audi­teurs ont main­te­nant droit à une émis­sion en fran­çais, sans grand inté­rêt à mon goût.

Ain­si, cinq heures heb­do­ma­daires de bre­ton ont été sup­pri­mées sans aucune expli­ca­tion par la seule radio régio­nale publique “bilingue” en Bre­tagne. Cinq heures sur une ving­taine avant l’été, ça fait quand même beau­coup. A ce rythme là de débre­ton­ni­sa­tion, il n’y aurait plus un mot de bre­ton sur cette radio dans trois ans. 

En mars der­nier une mani­fes­ta­tion avait été orga­ni­sée devant le siège de FBBI à Quim­per par un col­lec­tif d’auditeurs. Il s’agissait alors de pro­tes­ter contre une nou­velle émis­sion ani­mée par Patrick Saba­tier sur l’heure de midi, rem­pla­çant des pro­grammes jusque là pro­duits par les régions. A cette occa­sion le direc­teur de la radio avait ren­con­tré une délé­ga­tion qui comp­tait, notam­ment, Patrick Mal­rieu, pré­sident du Conseil cultu­rel de Bre­tagne, Chris­tian Guyonvarc’h, Jean-Pierre Tho­min et Mona Bras, conseillers régio­naux de la majo­ri­té (PS, Union Démo­cra­tique Bre­tonne, Verts). Lors de l’entretien le direc­teur de la sta­tion décla­ra que « Les heures de dif­fu­sion en langue bre­tonne sont sacrées, il n’a jamais été ques­tion de dimi­nuer le nombre d’heures de pro­gram­ma­tion en bre­ton…».

... Mais Saba­tier est tou­jours là ! Six mois plus tard son émis­sion figure tou­jours dans les pro­grammes de France Bleu Breizh Izel. Mais cinq heures de pro­grammes en bre­ton sont pas­sés à la trappe, pour­tant elles étaient “sacrées”, selon M. le direc­teur. Celui-ci prend le risque d’une nou­velle manif devant ses locaux; et puis un autre risque, celui que l’on arrête d’écouter sa sta­tion; après tout, il y a d’autres radios (asso­cia­tives) en Bre­tagne qui font une place sérieuse à la langue bre­tonne, ain­si qu’au gal­lo. [voir ci-des­sous].

Si la langue bre­tonne a désor­mais une vraie place à l’école – et encore il y a des écoles bilingues dans seule­ment 8 % des com­munes de Bre­tagne (11.000 enfants en bilingue cette année) –, et une place dans les médias (radio, papier), c’est d’abord par la volon­té d’une par­tie de la popu­la­tion qui a créé et sou­te­nu des asso­cia­tions comme Diwan, Div Yezh (bilingue public) ou Dihun (bilingue pri­vé) ou encore les radios asso­cia­tives bre­ton­nantes. Il est dom­mage que le ser­vice public de l’audiovisuel fran­çais n’assume pas mieux son rôle d’être au ser­vice de tous les publics et de la diver­si­té cultu­relle et lin­guis­tique exis­tant en France depuis des siècles. Diver­si­té qui est, plus que jamais, une réalité.

»> Radios asso­cia­tives bilingues bre­ton-fran­çais (elles sont dif­fu­sées par inter­net, voir sur leurs sites) :
- Radio Bro Gwe­ned, 101.7 (Pon­ti­vy); 97.3 (Lorient, Vannes), www.radio-bro-gwened.com
- Radio Kreiz Breizh, 106,5 (Guin­gamp), 102.9 (Cal­lac), 99.4 (Ber­rien)
- Alter­nantes FM, 98.1 (Nantes), 91 (Saint-Nazaire)
»> Radios 100% en bre­ton
- Radio Kerne, 90.2 (Quim­per), 92 (Douar­ne­nez)
- Arvo­rig FM, 91.7 (Mor­laix, Lan­der­neau).
»> Radio avec quelques émis­sions en bre­ton :
- Radio Bro, 93.1 (Paris)

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