Sarkozy. La plus haute marche, sinon quoi ?

« Il y en a qui sont dans un grand hôtel à bavasser ensemble, moi, mon hôtel, c’est ici », « sur le terrain ». Se sent-il à ce point exclu de la compét’, enfin seulement de son champ médiatique ! Lui qui par trois fois insistera sur le « grand hôtel » – à croire que ça le fait fantasmer – où se retrouve un couple suspect, ces deux-là qui « discutent boutiques et partis », pendant que « moi je suis au milieu des Français », dans une usine, à Valenciennes, aux côtés des ouvriers, moi leur insigne défenseur… ; qui occupe une masure à Neuilly, qui ne fréquente que l’Auberge des Travailleurs ; moi qui souffre pour eux, pour la France qui se lève tôt, qui se tue au travail (« pour gagner plus », on sait). Moi leur Rédempteur !

Ce pas de deux dans son dos, l’exaspère au plus haut point. Il trépigne à l’idée, rien qu’à l’idée de n’être pas la vedette du jour. Imaginons ce qu’il en serait de rater le podium du 6 mai… Podium, c’est bien de cela qu’il s’agit puisqu’il compare une élection à un match de foot, histoire d’éjecter le troisième de tout débat… Métaphore infantile de celui qui se voit en champion sur la plus haute marche, agitant la Coupe de France politique ou la bouteille de champagne éjaculatrice des vainqueurs automobiles. L’élection comme une compétition spectaculaire avec gagnant – le plus fort – et perdant, celui qui aura été piétiné et voué à l’élimination. Comme dans ce monde darwinien, intraitable, sauvage, animal. La jungle ultralibérale. Un monde que justement une humanité s’échine depuis ses origines – et du moins en partie – à édifier au stade supérieur de l’organisation de la cité des hommes – la politique, en un mot.

Mais aussi l’élection comme un But suprême, au-delà duquel ne peut subsister que le vide et ses suites dépressives. Tant d’investissement irrationnel pour si peu, au fond. Du moins si l’on ne considère pas la « prise de Pouvoir » comme une possession divine, mais l’accès plus normal à une prise de responsabilité, qui se suffit largement. En ne préservant ni la fonction ni soi-même d’une telle poussée d’orgueil, quelles seront les limites à la mégalomanie, au précipice, à la folie ?

>>> Intitulée “La mouche”, la chronique de Véronique Maurus, médiatrice du Monde, vaut son détour [28/04/07]. Elle y raconte les saillies de lecteurs à l’encontre de Plantu. Et parmi les plus mécontents des lecteurs, un certain Nicolas S. qui, se plaignant d’une mouche, fait porter sa protestation par un motard en tenue – car il n’intervient jamais personnellement auprès des médias.

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