Tan­dis que les prési­dents tunisien et français par­lent « affaires », de jeunes Tunisiens s’embarquent vers leurs rêves et y ren­con­trent la mort. Ain­si ce témoignage adressé par la Fédéra­tion des Tunisiens pour une Citoyen­neté des deux Rives (FTCR) sous le titre « Tragédie d’Aouled al-Mabrouk — Quand l’horizon de la jeunesse des pays du Sud est de périr en Mare Nos­tra :

« Le vil­lage d’Aouled al-Mabrouk, comme celui, avant lui, d’al-Hkaïma et encore d’autres régions de la Tunisie d’«en bas », vit sous le signe du deuil depuis jeu­di 24 avril quand la mer a rejeté 3 cadavres : les 23 autres can­di­dats à l’émigration sont portés « dis­parus ».

« Ce n’est pas une pre­mière ! C’est le énième acte d’une tragédie tou­jours recom­mencée.

« Il suf­fit d’arpenter les ruelles du vieux quarti­er de al-M’hamdia (ban­lieue proche de Tunis) pour mesur­er l’ampleur de la pau­vreté, du dénue­ment et du chô­mage qui sévis­sent en rai­son des choix économiques du gou­verne­ment tunisien.

« Depuis le mois de jan­vi­er 2008, les jeunes et la pop­u­la­tion de Redeyef man­i­fes­tent pour leur droit au tra­vail ; les jeunes des régions de al-M’hamdia, al-Kab­baria, Djebel Jloud, Sidi Frej, Gafsa, Cheb­ba, Mal­loulech (12 jeunes sont orig­i­naires du vieux quarti­er d’al-M’hamdia) par­tis, quant à eux, à la recherche d’un tra­vail, d’une vie digne sur la rive nord, ont pris les bar­ques de la mort.

« En effet, le mar­di 22 avril 2008 au soir, la bar­que des 26 jeunes a quit­té Aouled al-Mabrouk Cette nuit-là, la famille de Mohamed Dal­houm (l’un des trois morts ramenés par les eaux) a reçu le dernier appel télé­phonique de son fils. La famille de Ayman Ben Taïeb Has­sine (qui n’a que 17 ans) attend, tout comme les autres familles, d’avoir une infor­ma­tion sûre et défini­tive.

« Ces jeunes savaient a pri­ori que pren­dre la mer sur des bar­ques de for­tune (Har­ra­ga) est une opéra­tion haute­ment risquée et extrême­ment dan­gereuse. Leur dés­espoir et l’absence de toute autre alter­na­tive les ont déter­minés à côtoy­er le dan­ger. Fuir une sit­u­a­tion faite de mar­gin­al­i­sa­tion, d’exclusion, de sen­ti­ment d’injustice, de pri­va­tion, de perdi­tion, d’absence de tout exer­ci­ce de la démoc­ra­tie et d’une répar­ti­tion égal­i­taire des richess­es entre les fils et les filles de la Tunisie était devenu leur seul et unique hori­zon. »

»> La Fédéra­tion des Tunisiens Citoyens des deux Rives lance un appel pour faire de la journée du 10 mai une journée de deuil nation­al pour les jeunes de la Tunisie et de tous les pays frap­pés par le drame des bar­ques de la mort.  Sig­na­tures auprès de la FTCR, 3 rue de Nantes Paris 75019 Tél. 01 46 07 54 04 – Fax : 01 40 34 18 15. Cour­riel : ftcr2@wanadoo.fr — Site : www.ftcr.eu

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