Ben mince alors ! Voi­là deux infos qui dis­pa­raissent, pas­sées à la trappe on ne sait com­ment, à la mode ex-sovié­tique et selon des cou­tumes fina­le­ment tou­jours en vigueur. La der­nière, de ce matin, concerne la visite que Sar­ko­zy devait rendre aux Ren­contres euro­péennes des jeunes appren­tis. Une par­tie de ces effron­tés – on se demande ce qu’on leur apprend ! – ont sif­flé le pré­sident à l’annonce de son nom. Du coup, dis­cours et visite annu­lés. Pas grave. Ce qui l’est plus, c’est la dis­pa­ri­tion du docu­ment vidéo cor­res­pon­dant sur le site du Monde.fr. « Conte­nu effa­cé » annonce l’écran noir. Voyez vous-même.

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Deuxième affaire de mise à la trappe, sur libération.fr cette fois. Là c’est un article qui a dis­pa­ru. Il concerne l’envoi d’un mail à «rachida-la-grosse-pute(@)wanadoo.com». L’appel du papier – qui reste réper­to­rié par Google – pro­voque cette réaction :

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Le plus simple et utile à l’information des citoyens de libre juge­ment est encore de redon­ner vie à l’article de Libé, afin que l’on com­prenne bien cette autre « affaire d’État » :

Une insulte à Dati qui coûte cher

Au départ, ça res­semble à un mail lour­dingue, envoyé par un post-ado en pleine rébel­lion poli­tique. Le genre de mes­sage qu’on ima­gine finir dans une pou­belle, plu­tôt que devant un juge. Le 31 juillet, Damien, tech­ni­cien infor­ma­tique de 24 ans habi­tant la ban­lieue pari­sienne, pro­fite de sa pause de midi, au bou­lot, pour créer une adresse mail bidon : «rachida-la-grosse-pute(@) wanadoo.com». Puis il rédige le mes­sage sui­vant : «Naze, naze, naze, le peuple aura votre peau» qu’il envoie sur la page web en accès libre de la mai­rie du VIIe arron­dis­se­ment de Paris, dont la garde des Sceaux est la maire. Le des­ti­na­taire du mail est le direc­teur de cabi­net de Rachi­da Dati. Quand on l’interroge sur le conte­nu plus qu’hasardeux du mail, Damien recon­naît qu’il ne cher­chait pas à argu­men­ter. «J’ai fait ça avant de par­tir déjeu­ner, après avoir vu un jour­nal d’info qui m’avait fait enra­ger, sans trop réfléchir.»

Per­qui­si­tions

L’anecdote aurait pu s’arrêter là. Mais une semaine plus tard, un char­gé de mis­sion de la maire du VIIe juge utile de contac­ter les ser­vices de police. Une enquête est ouverte. «Je n’avais même pas cher­ché à dis­si­mu­ler mon adresse IP car je me fichais qu’ils sachent que cela venait de moi», explique l’outrageur en herbe. Ni une ni deux, les enquê­teurs débarquent sur les lieux du for­fait, l’entreprise à Sur­esnes (Hauts-de-Seine) où Damien est employé. Quelques audi­tions du per­son­nel plus tard, son ordi­na­teur est fouillé, la trace de son envoi retrou­vée. Le jeune homme avoue et est pla­cé en garde à vue. Sur ce coup-là, Damien affirme avoir été bluf­fé : «Ils étaient sept ou huit, arri­vés dans l’entreprise comme une force de frappe. Je ne pen­sais pas qu’autant de moyens pou­vaient être déployés pour ce simple mail.» D’autant que la police pour­suit ses inves­ti­ga­tions. Quelques heures plus tard, nou­velle per­qui­si­tion au domi­cile du jeune homme. Une mobi­li­sa­tion hors pair qui per­met­tra de retrou­ver un autre mes­sage d’insulte, à base de «j’encule l’UMP Sar­ko Deved­jian Dati et tous les PD d’extrême droite que vous êtes». Une lit­té­ra­ture pas fran­che­ment ragoû­tante, conte­nue en un para­graphe, bour­ré de fautes d’orthographe, où l’auteur donne même sa loca­li­sa­tion et son âge. Cette fois encore, Damien avoue être l’auteur du mes­sage, ajou­tant qu’il ne l’a jamais dif­fu­sé. Pour cela, il ne sera donc pas poursuivi.

«J’assume»

Damien, qui n’a aucun anté­cé­dent judi­ciaire, a per­du son emploi pour «faute lourde». Et le 15 août, à peine quinze jours après les faits, il a reçu une convo­ca­tion devant le tri­bu­nal de grande ins­tance de Paris. Jeu­di, le jeune inso­lent com­pa­raî­tra en cor­rec­tion­nelle pour outrage à Rachi­da Dati per­sonne dépo­si­taire de l’autorité publique. Un délit pas­sible de six mois d’emprisonnement et 7500 euros d’amende.

Ce qui a pous­sé Damien à écrire ce mail? Quand on lui pose la ques­tion, le jeune homme a la voix posée, le verbe déter­mi­né. «Je savais bien que ça allait finir comme ça. J’assume. Depuis quelque temps déjà, j’envoyais des com­men­taires sur les sites des dif­fé­rents organes du pou­voir, comme l’UMP. Pour tes­ter la limite de la liber­té d’expression à l’ère du sar­ko­zysme. C’est Dati qui a craqué.»

Quant aux rai­sons qui ont pous­sé le cabi­net de la maire du VIIe arron­dis­se­ment de Paris à se mettre en branle pour cette affaire de mes­sage élec­tro­nique, leur réponse est claire : «Ce mail est une insulte à l’égard de Mme Dati et de toutes les femmes. En tant qu’élue, elle ne vou­lait pas lais­ser pas­ser cela et a donc tenu à ce que l’on dépose plainte.»

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»> Va-t-on craindre ici la cen­sure en annon­çant que le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-Pierre de la Réunion a, ce ven­dre­di, jugé irre­ce­vables les pour­suites enga­gées pour dif­fa­ma­tion par Rachi­da Dati contre un avo­cat du bar­reau de Saint-Pierre ?

Le 15 mai, lors d’une audience du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de Saint-Pierre, rap­pelle l’AFP, le bâton­nier Georges-André Hoa­rau qui défen­dait un jus­ti­ciable pour­sui­vi pour des escro­que­ries aux pres­ta­tions sociales, avait décla­ré : « Un pro­cès qui n’aura jamais lieu, c’est celui de notre grand chef à tous, Mme Rachi­da Dati, qui uti­lise un faux MBA (mas­ter of busi­ness admi­nis­tra­tion). » Il fai­sait allu­sion à des infor­ma­tions de L’Express affir­mant que la ministre avait pré­sen­té un dos­sier pour inté­grer l’Ecole natio­nale de la magis­tra­ture men­tion­nant « l’obtention d’un MBA euro­péen du groupe HEC-ISA », diplôme qu’elle n’a pas obtenu.

La ministre de la jus­tice avait alors por­té plainte, sans se consti­tuer par­tie civile.

Le 25 sep­tembre, les avo­cats du pré­ve­nu avaient plai­dé « le prin­cipe essen­tiel de la liber­té d’expression ». Le pro­cu­reur de la Répu­blique avait, lui, esti­mé que « la liber­té d’expression a une limite, c’est la pré­somp­tion d’innocence », requé­rant contre l’avocat 5 000 euros d’amende.

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