Alber­to San­tia­go Du Bou­chet, cor­res­pon­dant à La Havane de l’agence de presse indé­pen­dante, Haba­na Press, a été condam­né ce 12 mai à trois ans de pri­son. Il avait été arrê­té le 18 avril, offi­ciel­le­ment pour « outrage ».

Jugé à la hâte deux jours après son incar­cé­ra­tion, Alber­to San­tia­go Du Bou­chet a peu de chance de voir sa peine infir­mée. L’avocat qui a inter­je­té appel de la condam­na­tion n’a même pas pu l’assister en pre­mière ins­tance. Alber­to San­tia­go Du Bou­chet est le vingt-qua­trième jour­na­liste empri­son­né à Cuba, le qua­trième depuis que Raúl Cas­tro a assu­mé la pré­si­dence du Conseil d’État, en juillet 2006. Pour Repor­ters sans fron­tières, « mal­gré la tran­si­tion, l’île tient tou­jours son rang de deuxième pri­son du monde pour les journalistes ».

Ce jour­na­liste dis­si­dent a déjà pur­gé une peine d’un an de pri­son pour un motif simi­laire, d’août 2005 à août 2006. « Son incar­cé­ra­tion, com­mente RSF, inter­vient dans un contexte de coup d’arrêt aux mesures d’ouverture enga­gées par Raúl Cas­tro après son acces­sion offi­cielle à la tête de l’État, en février 2008. Ain­si, les jour­na­listes dis­si­dents se heurtent à nou­veau à des dif­fi­cul­tés pour accé­der à Inter­net dans les hôtels. Les har­cè­le­ments de la Sécu­ri­té de l’État ne cessent plus. Le régime a repris la voie de la répres­sion après avoir cher­ché davan­tage de res­pec­ta­bi­li­té auprès de la com­mu­nau­té inter­na­tio­nale. Ce double jeu ne sau­rait tenir longtemps ».

Vingt-quatre jour­na­listes sont actuel­le­ment déte­nus à Cuba. Trois d’entre eux, depuis la tran­si­tion de juillet 2006, ont été empri­son­nés sur la base de l’article du code pénal cubain punis­sant la “dan­ge­ro­si­té sociale pré­dé­lic­tueuse”, qui per­met d’incarcérer un indi­vi­du même s’il n’a com­mis aucun délit.

C’est à la suite d’un échange ver­bal avec un offi­cier de police, le 18 avril à Arte­mi­sa (pro­vince de La Havane), qu’Alberto San­tia­go Du Bou­chet a été conduit au com­mis­sa­riat de la ville. Les cir­cons­tances de son arres­ta­tion res­tent mal connues. Le jour­na­liste avait été plu­sieurs fois mena­cé de retour­ner en pri­son après sa libé­ra­tion, en août 2006, en rai­son de ses acti­vi­tés au sein de la presse dissidente.

Par ailleurs, une menace de condam­na­tion à quatre ans de pri­son – tou­jours pour “dan­ge­ro­si­té sociale pré­dé­lic­tueuse” – a été adres­sée, le 7 mai 2009, à Lisbán Hernán­dez Sán­chez, 27 ans, du bureau d’information de la Com­mis­sion Mar­tia­na. Des agents de la Sécu­ri­té de l’État se sont ren­dus au domi­cile du jeune jour­na­liste pour l’avertir, selon le site Payo­libre.

Sur les 24 jour­na­listes aujourd’hui déte­nus à Cuba, 19 ont été arrê­tés lors du “Prin­temps noir” de mars 2003 et condam­nés pour leurs seules opi­nions à des peines com­prises entre qua­torze et vingt-sept ans de pri­son. Par­mi eux, Ricar­do Gonzá­lez Alfon­so, direc­teur de la revue De Cuba, le cor­res­pon­dant de Repor­ters sans fron­tières, libé­rable en 2023.

[Sources : RSF, Paris et Échange inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression, Otta­wa (IFEX)]

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