Humour et politique, dans Politis. Ça résiste dans le maquis

« Il y a des journalistes qui ont appris leur métier à l’école hôtelière. Ils posent des questions comme on passe les plats. » Cette forte parole, due à Guy Bedos, on peut la cueillir dans le dernier Politis qui consacre un dossier au thème « humour et politique ». Ce possible sujet de philo au bac ne serait qu’un oxymore sans cette bande, somme toute assez restreinte, de francs-tireurs, résistants de la première heure et de toujours, ces FTP anti-PAF constituant l’honneur de la scène et des micros, ces maquisards embusqués au coin des bois dont on ne fait pas des flûtes. C’est par eux – les Alévêque, les Porte, les Guillon, les Moustic –, que l’humour prend ses plus belles envolées politiques et que, de son côté, la politique chope ses plus cinglantes dérouillées, donc pas à la façon foireuse des comiques démago limite troupiers de la chose vaguement chansonnière; mais de vraies déculottées au vitriol par lesquelles nos pompeux gouvernants repartent tout couillons vers leur destin d’amuseurs pas drôles. On se souviendra du DSK condescendu des hauteurs culminantes de sa chaire de la Banque mondiale, circonvenu à France Inter, tiré comme un vulgaire et ordinaire lapin (lapine ?), repartant la queue (euh…) basse, fâché et outragé de tant de « méchanceté », comme s’il avait été guillon-tiné.

Ces gars-là, les humoristes de cet acabit, on leur doit non pas tant nos monuments que les trois mots glorieux aux frontispices de la République. Jean-Michel Ribes les situe bien dans leur lignée historique qu’il fait remonter à Diogène, « qui dit “Ôte-toi de mon soleil” à l’homme le plus puissant alors », ou à « Rabelais, au coeur du Moyen Âge, inventant l’abbaye de Thélème; Voltaire et l’affaire Calas; ou encore Jarry décrivant les monstres dictateurs à travers Ubu, annonçant ceux du XXe siècle. Tous ont résisté à cet esprit de sérieux qui finit par boucher les idées, un cholestérol qui nous étouffe. Ce n’est pas un hasard si Staline, terrorisé par les humoristes, a déclaré qu’« un pays vraiment heureux n’a pas besoin d’humour». De Swift à Queneau, personne n’a fait sauter un gouvernement. Mais cela permet de respirer, de vivre. »

Donc, ne pas rater Politis, car la rate se dilate – ah ah ! – à condition de s’en servir. Bedos s’est fait réd chef de ce numéro qui constitue un hommage aux Coluche, Desproges, Le Luron. Ah oui ! Bedos raconte aussi comment il a été « courtisé par le teckel à poil dur », qu’il appelle aussi Tom Pouce, ajoutant : « Il me donnait […] raison sur tout! J’étais son Kouchner du spectacle, ou plutôt, il l’aurait voulu. Il aurait voulu que je sois à la Concorde avec les autres cons! »

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Donnez des noms pour les passe-plats: De Michel Drucker à David Pujadas, de Dominique Souchier à Catherine Nay. Osons l’audace, osons citer les noms de ceux qui s’agenouillent devant les ambassadeurs des néoconservateurs dans le simple but de préserver leur carrière.

La liste évidemment n’est pas exhaustive…


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