France-Égypte. En langue diplo « Casse-toi, pauvre con ! » = Dégage, le prof’ !

Écran de "BFM-TV". Visage flouté par mes soins, même si ce n'est pas le cas ailleurs…

Un citoyen français ne dit pas de gros mots en public et les écrit encore moins. Surtout sur une pancarte dans une manif, place de la révolution au Caire, par exemple. Et que, de surcroît, le gros mot constitue un emprunt – non autorisé (est-il déposé, au fait ?) – au président de la République. Pour une telle faute, ce professeur du lycée français du Caire a été rapatrié par le Quai d’Orsay, vous savez, le ministère d’Alliot-Marie qui, elle, sait causer comme il faut, à un dictateur par exemple, histoire de lui remonter le moral en des temps aussi éprouvants, de lui proposer un coup de savoir-faire bien de chez nous, de le remercier pour son sens de l’accueil et l’infinie obligeance de ses relations.Un fonctionnaire, sauf ministre, ne peut que la boucler face à un événement historique dont lui à le sens d’en mesurer la portée.

Donc, mardi 1er février, jour de la manifestation « du million » en Égypte, ce professeur au lycée français du Caire se prépare à aller suivre le rassemblement prévu sur la place Tahrir. « Alexandre [c’est ainsi que le désigne Télérama, qui a révélé l’affaire] est marié à une Égyptienne, il a deux enfants, il connaît l’Egypte et le régime liberticide de Moubarak comme sa poche.

« Membre de l’Association démocratique des Français à l’étranger (ADFE), Alexandre n’est pas insensible aux thèses des révolutionnaires égyptiens. Dans les précédentes manifestations, il a vu les slogans qui faisaient référence à la révolution tunisienne, les « Dégage Moubarak ! », en français dans le texte. Il décide de concocter sa propre pancarte et écrit sur son panneau ces quatre fameux mots présidentiels : « Casse-toi pauvre con ! »

« Dès le vendredi qui suit son audace, le professeur est convoqué par l’ambassade. Il doit être puni. Il faut faire un exemple, décourager les velléités pro-révolutionnaires des autres expatriés. Alexandre est rapatrié à Paris dès le samedi matin, « pour sa sécurité ». En France, il est menacé de rétrogradation. Il s’en sort avec un blâme.

Le Quai d’Orsay lui a d’abord fait comprendre qu’il pourrait rentrer en Egypte et retrouver sa famille l’été prochain, après son départ à la retraite. Moubarak ayant quitté le pouvoir, il pourrait rentrer plus tôt. »

Le 2 février, j’apprends en écoutant France Culture qu’un géographe français du CNRS a été prié de ne pas causer dans le poste… Il s’agissait d’une émission scientifique autour du thème : «  Les ter­ri­toires de la révo­lu­tion au Caire et en Egypte ».

J’adore quand on continue à accoler au mot France le cliché de «  pays des droits de l’homme ».

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Dominique Dréan

Je suis assez indécis sur cette info dont nous discutons depuis hier. Oui, “Alexandre” montre beaucoup plus de clairvoyance politique que la sinistre MAM. Oui, les liens étroits qu’il a tissés avec l’Egypte l’autorisent à prendre parti et de manifester. La forme par contre me semble un peu franco-française et, s’il est légitime – et vivement recommandé – pour tous les français de renvoyer aussi souvent que possible le pétard qu’il a lui-même allumé à la tête de Sarkozy, cette utilisation là me gêne un peu… C’est un contrepoint à la proposition d’envoyer des “spécialistes” en Tunisie, mais guère plus… Lire la suite

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