Par Michèle Riva­si, dépu­tée euro­péenne Europe Eco­lo­gie-les Verts, fon­da­trice de la CRIIRA

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17 juin 2011 – De retour du Japon, Michèle Riva­si a pu consta­ter l’impact de la catas­trophe nucléaire de Fuku­shi­ma sur le quo­ti­dien et la men­ta­li­té des Japo­nais. Invi­tée par le puis­sant Sei­kat­su Club, union des consom­ma­teurs forte de 22 mil­lions de membres, et les Verts japo­nais elle est notam­ment allée à la ren­contre des familles de pay­sans affec­tés par la catastrophe.Elle revient effa­rée et révol­tée par ce qu’elle a pu consta­ter dans les ter­ri­toires conta­mi­nés où la popu­la­tion conti­nue de vivre expo­sée à des fortes doses d’irradiation. Trois mois après la catas­trophe, le cau­che­mar ne fait mal­heu­reu­se­ment que commencer.

« Je reste de plus en plus convain­cue que là où com­mence le nucléaire s’arrête la démo­cra­tie. Quand les auto­ri­tés ne font pas de la dés­in­for­ma­tion, elles pêchent tout sim­ple­ment par manque d’information: aucune pré­cau­tion n’est prise pour pro­té­ger la san­té des popu­la­tions vivant en zone conta­mi­née qui conti­nuent de consom­mer les ali­ments conta­mi­nés, au péril de leur san­té et de leur vie. J’ai appris que lors de la catas­trophe, la dis­tri­bu­tion de pas­tilles d’iodure de potas­sium n’avait même pas été effec­tuée: on peut donc s’attendre à une forte hausse du nombre de can­cers, sur­tout chez les enfants.

« Qui plus est, aucune solu­tion n’est appor­tée aux réfu­giés de la radio­ac­ti­vi­té, ces popu­la­tions exclues du péri­mètre des 20 kilo­mètres entou­rant la cen­trale. La plu­part d’entre eux trouvent refuge auprès de proches, dans le péri­mètre de la zone d’évacuation volon­taire. Aucune indem­ni­té n’ayant encore été ver­sée et aucun relo­ge­ment n’ayant été effec­tué, les femmes et les enfants sont envoyés ailleurs pen­dant que les hommes conti­nuent d’exercer leurs acti­vi­tés agri­coles dans des zones conta­mi­nées. Les vil­la­geois n’arrivent pas à croire que la nature qui fleu­rit et bour­geonne est une nature morte: ils tentent d’éviter ain­si ce que l’on appelle com­mu­né­ment le ‘stress radio­lo­gique’ qui peut mener à des troubles psy­cho­lo­giques sérieux.

« Cet état de fait est faci­li­té par la culture japo­naise, une culture de sou­mis­sion qui pousse les gens à conte­nir leurs émo­tions: ils s’interdisent d’exprimer leur désar­roi publi­que­ment, ter­ras­sés par la fata­li­té. Leur colère interne se mani­feste sous la forme d’une rési­gna­tion totale. En consé­quence, les auto­ri­tés pro­fitent de cette fai­blesse cultu­relle pour impo­ser une omer­ta inquié­tante faci­li­tée par l’absence de contre-pouvoirs. 

« Heu­reu­se­ment, des groupes aidés par la CRIIRAD viennent d’être créés et visent à contrô­ler le niveau de radio­ac­ti­vi­té de ali­ments consom­més: c’est un pre­mier pas salu­taire dans la lutte contre la dés­in­for­ma­tion. Pour­tant la catas­trophe reste per­ma­nente: l’irradiation reste tel­le­ment forte que les tra­vaux dans la cen­trale peinent à évo­luer et le risque d’explosion par hydro­gène dans les réac­teurs endom­ma­gés reste impor­tant. Le pire peut tou­jours sub­ve­nir. »

Site de Michèle Riva­si : http://www.michele-rivasi.eu/

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