Par Green­Peace France

Quatre mois se sont écoulés depuis le tremblement de terre et le tsunami qui ont dévasté le Japon. À 14 h 46 (heure locale), le 11 mars, un séisme de magnitude 9 se produit à une centaine  de kilomètres au large de Miyagi, dans le nord-est de l’archipel. La secousse est suivie d’un tsunami, des vagues de quatorze mètres de haut ravagent le littoral. Samedi 12 mars, a lieu la première explosion dans la centrale nucléaire de Fukushima n°1, à 220 km au nord-est de Tokyo. La première étape d’une catastrophe qui n’est toujours pas terminée.

Pho­to xtcbz (Fli­ckr)

 

L’état des réac­teurs dif­fi­cile à connaître : l’information se dégrade

Il est de plus en plus dif­fi­cile de faire un état des lieux de l’état pré­cis de chaque réac­teur. Les sources d’informations se font de plus en plus rares… A ce jour, le com­bus­tible de trois des cœurs des réac­teurs a fon­du, au moins par­tiel­le­ment. Dans le réac­teur n°1, la fusion du cœur est totale et le corium (mag­ma résul­tant de la fusion des élé­ments du cœur d’un réac­teur nucléaire, consti­tué du com­bus­tible nucléaire, des élé­ments de l’assemblage com­bus­tible et des divers élé­ments du cœur avec les­quels il rentre en contact.) se répand dans la par­tie basse de la cuve du réac­teur, et ce depuis les pre­miers jours qui ont sui­vis le séisme.
Pour la pis­cine du réac­teur n°2, Tep­co a mis en place, début juin, un sys­tème de refroi­dis­se­ment. La mise en place de ce sys­tème est pré­vue pour les pis­cines des réac­teurs n°1, 3 et 4. Mais, pour la pis­cine n°4, un conso­li­da­tion de son sou­tè­ne­ment avec des piliers en acier est néces­saire au préalable.

La der­nière mise à jour de l’Agence Inter­na­tio­nale à l’Énergie Ato­mique sur le sujet date du … 2 juin.
Les der­nières infor­ma­tions four­nies par l’opérateur de la cen­trale, Tep­co, manquent elles aus­si de pré­ci­sions les der­nières mises à jour por­tant sur l’évacuation des eaux de refroi­dis­se­ment conta­mi­nées, l’état des réac­teurs n’étant pas modi­fié, par exemple, pour l’unité 1 depuis le 7 avril !

La note « finale » d’information publiée par l’IRSN date quant à elle, du 8 juin. Une note d’information a néan­moins été mise en ligne le 8 juillet, dans laquelle l’Institut, repre­nant les élé­ments four­nis par Tep­co, évoque une « sta­bi­li­sa­tion de la situa­tion des réac­teurs »… Alors que l’Autorité de Sûre­té Nucléaire fran­çaise elle même intro­duit son com­mu­ni­qué de presse en décla­rant : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. ». Les deux ins­tances expertes en France ne semblent donc pas tota­le­ment en phase dans leurs analyses…

Ce com­mu­ni­qué de presse n°31 de l’ASN relève éga­le­ment que : « L’injection d’eau douce dans les réac­teurs 1 à 3 et les pis­cines d’entreposage du com­bus­tible 1 à 4 se pour­suit en cir­cuit ouvert. La sûre­té ne peut être consi­dé­rée comme sta­bi­li­sée tant que cette situa­tion per­siste. Les der­nières ana­lyses japo­naises montrent que le com­bus­tible des réac­teurs 1 à 3 a fon­du rapi­de­ment après le début de l’accident. Le com­bus­tible fon­du peut se retrou­ver en fond de cuve, ce qui risque d’entrainer leur per­ce­ment. »

Une conta­mi­na­tion très éten­due …. qui va durer

Les der­nières mesures effec­tuées dans la ville de Fuku­shi­ma, située à soixante kilo­mètres de la cen­trale, sont fran­che­ment inquiétantes.

Les mesures de ter­rain et ana­lyses de sol effec­tuées par le labo­ra­toire de la CRIIRAD indiquent que les retom­bées de césium 134 et 137 radio­ac­tif sont de plu­sieurs cen­taines de mil­liers de Bq/m2 : 490 000 Bq/m2 sur la pelouse de l’école pri­maire Moriai ; plus de 700 000 Bq/m2 dans le quar­tier Wata­ri. Cette irra­dia­tion ne dimi­nue­ra que très len­te­ment. Elle est due en effet prin­ci­pa­le­ment au césium 137 et au césium 134 dont les périodes phy­siques sont longues (30 ans et 2 ans res­pec­ti­ve­ment). Cela signi­fie que la radio­ac­ti­vi­té du césium 137 sera divi­sée par 2 dans 30 ans. On peut esti­mer que dans les douze mois à venir, la radio­ac­ti­vi­té du césium 134 ne sera abais­sée que de 30 % et celle du césium 137 de 3%.

Pour la pre­mière fois une très forte conta­mi­na­tion au césium a été déce­lée dans de la viande de bœuf qui vien­drait de la pré­fec­ture de Fuku­shi­ma au Japon. Une alerte qui confirme que les zones les plus conta­mi­nées ne sont pas néces­sai­re­ment dans la zone inter­dite des 20 km autour de la cen­trale acci­den­tée. Cette conta­mi­na­tion ali­men­taire vient s’ajouter à l’irradiation externe reçue par les habitants

La popu­la­tion est trop expo­sée aux radiations !

En l’état actuel des choses, les habi­tants de la ville de Fuku­shi­ma pour­raient subir dans les douze mois à venir une irra­dia­tion externe de plu­sieurs mil­li­Sie­verts alors que la dose au-delà de laquelle le risque de can­cer mor­tel est jugé inac­cep­table par la CIPR (Com­mis­sion Inter­na­tio­nale de Pro­tec­tion Radio­lo­gique) est de 1 mil­li­Sie­vert par an.

À la demande de citoyens japo­nais, l’ACRO (Asso­cia­tion pour le Contrôle de la Radio­ac­ti­vi­té dans l’Ouest) a ana­ly­sé les urines des enfants de Fuku­shi­ma et les résul­tats sont sans ambi­guï­té : toutes les urines contiennent du césium 134 et césium 137 à des concen­tra­tions allant de 0,4 à 1,3 bec­que­rel par litre.

Cela signi­fie que ces enfants, âgés de 6 à 16 ans, sont tous conta­mi­nés en césium 134 et césium 137 et qu’ils l’ont pro­ba­ble­ment aus­si été par d’autres élé­ments radio­ac­tifs à vie courte, comme l’iode 131 (ces der­niers élé­ments dis­pa­raissent plus vite et ne sont donc déjà plus détectables).

Les mesures prises par les pou­voirs publics ne sont pas à la hauteur

Les auto­ri­tés japo­naises ont déci­dé, fin juin, d’équiper 40 000 enfants de la région de Fuku­shi­ma de dosi­mètres indi­vi­duels. Ces dosi­mètres sont char­gés de mesu­rer la dose de radio­ac­ti­vi­té reçue par les enfants durant leur jour­née d’école. Pas de pré­ve­nir ces doses, pas de les éviter…seulement de les mesu­rer. Le rayon de 20 kilo­mètres d’évacuation totale n’a tou­jours pas été modi­fié. Dans les 10 kilo­mètres sui­vants, la popu­la­tion est cen­sée à la fois « res­ter confi­née » et vivre nor­ma­le­ment, envoyant les enfants à l’école, munis d’un déri­soire masque de papier et de leur dosimètre.

Il fau­drait éva­cuer les popu­la­tions sur un péri­mètre beau­coup plus large que la zone rouge actuelle qui est de 20 km. L’ensemble des ali­ments doivent être contrô­lés et les mesures de radio­ac­ti­vi­té bien plus fré­quentes. L’élargissement de la zone est essen­tiel, et l’évacuation des enfants et des femmes enceintes notam­ment est plus que nécessaire !

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