Nao­to Mat­su­mu­ra, appe­lé « le der­nier homme de Fuku­shi­ma », vit tou­jours à Tomio­ka, petit bourg pris en étau entre les deux cen­trales Daii Chi et Daii Ni. Mathieu Vidard l’a ren­con­tré lors de son pas­sage à Paris et a dif­fu­sé ce mar­di (11/3/14) son témoi­gnage, poi­gnant et réso­lu (France Inter, La tête au Carré).

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Nao­to Mat­su­mu­ra © Anto­nio Pagnot­ta - 2014
Les dates de sa tour­née euro­péenne : du 5 au 14 mars en France. Du 15 au 22 mars en Alle­magne et en Suisse. Ce 11 mars, il devait prendre la parole au Par­le­ment euro­péen de Strasbourg.

Agri­cul­teur et éle­veur, Nao­to Mas­tu­mu­ra a pris sa réso­lu­tion de res­ter sur place en soli­da­ri­té avec son bétail et les ani­maux aban­don­nés à leur sort. Il s’est alors trou­vé devant l’alternative : man­ger les pro­duits locaux – conta­mi­nés – et mou­rir à terme ; ou bien ne pas man­ger… et mou­rir de faim. Il a donc, depuis main­te­nant trois ans, refu­sé l’évacuation de la zone et conti­nué à culti­ver les terres et à pêcher dans les rivières radio­ac­tives, se sachant gra­ve­ment conta­mi­né, notam­ment au césium, et expo­sé à de graves maladies.

Désor­mais porte-dra­peau de la résis­tance japo­naise face au désastre nucléaire, Nao­to Mat­su­mu­ral  a effec­tué un périple de dix jours en France pour témoi­gner des consé­quences de la catas­trophe du 11 mars 2011, lui qui se trou­vait à une quin­zaine de kilo­mètres des réac­teurs qu’il a enten­du exploser.

L’agriculteur japo­nais voit d’inquiétantes simi­li­tudes entre les scé­na­rios fran­çais et japo­nais : « Au Japon, il y a 54 réac­teurs, vous en avez 58. Le pro­chain acci­dent nucléaire, ce sera soit au Japon, soit en France». Selon lui, la France pèche par excès de confiance dans la sûre­té de ses ins­tal­la­tions, comme le Japon l’a fait par le biais de Tep­co, l’opérateur de la cen­trale de Fuku­shi­ma. « Je pense qu’EDF estime que les cen­trales nucléaires fran­çaises béné­fi­cient d’une tech­nique de meilleure qua­li­té. Tep­co, c’était pareil. Ils nous disaient qu’il n’y avait pas de dan­ger, que c’était sûr... » Le-Dernier-homme-de-Fukushima

« Cet homme a un immense sens pay­san », estime Anto­nio Pagnot­ta, pho­to­re­por­ter, auteur du Der­nier homme de Fuku­shi­ma (Ed. Don Qui­chotte). «En choi­sis­sant de res­ter dans sa ferme et de conti­nuer à nour­rir ses bêtes, il ne fai­sait pas que sau­ver son bétail, il sau­vait le prin­cipe même de la vie dans cette zone.» L’homme fait preuve d’une « énorme com­pas­sion pour le vivant ». Shin­toïste, il estime que chaque être vivant est l’égal de l’autre, et nour­rit un atta­che­ment qua­si vis­cé­ral à sa terre. « C’est un guer­rier, il a vu les pro­blèmes arri­ver bien en amont. Et il a com­pris que s’il avait fui ses terres comme tout le monde, il aurait per­du son hon­neur et sa dignité. »

A l’occasion du troi­sième anni­ver­saire de la catas­trophe, Nao­to Mat­su­ma­ra a accep­té l’invitation d’Antonio Pagnot­ta et de plu­sieurs mili­tants anti-nucléaires (notam­ment Cathe­rine Connan et Pierre Fetet, res­pec­ti­ve­ment de Green­peace et auteur d’un blog sur Fuku­shi­ma) pour ce périple de dix jours en France, pas­sant par Fes­sen­heim, la doyenne des cen­trales fran­çaises que Fran­çois Hol­lande a pro­mis de fer­mer avant la fin 2016. 

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