On n'est pas des moutons

Alerte !

Marseille. Cette belle catin tape-à-l’œil

C’était en décem­bre dernier. Un salon chic –  celui dit des « VIP » –, dans cet admirable Mucem, fierté mar­seil­laise. Vue sur le large et sur la rade. Une image de carte postale. On y cau­sait fort docte­ment sur le thème « Villes et monde », autour de Marc Augé, anthro­po­logue du monde con­tem­po­rain, moins con­nu que Françoise Héri­ti­er, son ex-épouse, décédée depuis. Comme dis­ait le « pitch » : « … un temps de réflex­ion et d’échange sur la muta­tion du monde et des villes, ain­si que sur le rôle de l’art et des artistes dans l’écriture du réc­it urbain con­tem­po­rain »…

Et puisque nous étions à Mar­seille, après divers­es inter­ven­tions plutôt intéres­santes, vint le tour de François Lecler­cq, archi­tecte et urban­iste, amé­nageur parisien impliqué dans l’extension d’Euroméditerranée – encore appelée Euromed –, cette vaste zone d’aménagement de Mar­seille en façade mar­itime.

Façade, c’est bien le mot, et celui qu’a tout à fait illus­tré l’aménageur quand il a décrit sa vision de la « cité phocéenne », non sans lyrisme et force clichés. Il a ain­si bal­adé son pub­lic au long un itinéraire idéal par­tant de la gare Saint-Charles pour sil­lon­ner la ville selon le cir­cuit des tour-oper­a­tors – trouée de la rue de Rome vers le Pra­do, la Cor­niche, le Vieux Port, les Esplanades, etc. Bref, plus ou moins le cir­cuit des petits trains touris­tiques, les « traîne-couil­lons » selon l’appellation locale, fort juste et pas méchante. Ce que je fis remar­quer à notre urban­iste, qui le prit de tra­vers.

Mais quoi ? Que sait-il donc – qu’il ne l’ait du moins exprimé – de l’autre Mar­seille, de der­rière les façades qu’affectionnent tant les Gaudin et con­sorts ? 1 Plutôt par­ler des autres Mar­seille, tant cette ville présente de vis­ages, du plus beau au plus hideux – comme tant d’autres villes de ce monde, direz-vous. Oui, mais celle-ci – « plus vieille ville de France », 2600 ans au comp­teur archéologique calé sur la coloni­sa­tion grecque des Phocéens –, celle-ci cul­tive sa mytholo­gie, réelle comme les mythes…, et en réal­ité, vit au-dessus de son image. Mar­seille souf­fre de ses stéréo­types, ces clichés qui expri­ment une part de vérité pour en cacher l’essentiel.

En ce sens, notre archi­tecte qui se veut urban­iste porte un regard tron­qué sur une ville dont il sem­ble ignor­er la réal­ité des quartiers, qu’il n’a d’ailleurs même pas évo­qués dans son descrip­tif qua­si roman­tique. S’il con­sid­ère, par ses actes pro­fes­sion­nels, cer­tains quartiers mar­seil­lais c’est parce qu’ils sont inclus dans ses pro­jets d’aménageurs, promis aux pioches des démolis­seurs – déjà forte­ment à l’œuvre.

Le regard ain­si porté au loin ignore les strates sociales, économiques, cul­turelles, eth­niques qui, par deçà les façades pim­pantes de la con­som­ma­tion touris­tique et bour­geoise, illus­trent dra­ma­tique­ment cette « fab­rique du mon­stre » décrite en l’occurrence par un jour­nal­iste de ter­rain 2. Com­ment urbanis­er une ville, ou seule­ment un quarti­er, si l’on n’en pas une approche soci­ologique ? Ou, à défaut d’être soci­o­logue soi-même, savoir se faire accom­pa­g­n­er dans ce sens… Ou encore s’intéresser de près au ter­ri­toire qui vous est con­fié : le labour­er du regard, du con­tact, du désir de com­pren­dre, afin d’agir en con­séquence.

L’idéal mar­seil­lais de Gaudin, avant de pass­er la main, aura été de faire de « sa » ville une belle catin tape-à-l’œil, qui en jette en direc­tion des­dits « traine-couil­lons ». Lesquels ne sont pas prêts de chang­er leurs cir­cuits touris­tiques. Pas de dan­ger qu’ils traî­nent leurs pas­sagers ébahis du côté des Crottes, de la Cabu­celle, de Saint-Antoine – entre autres « quartiers Nord » tout aus­si his­toriques… Pas de risques qu’ils tombent sur ce « paysage » filmé ce 4 jan­vi­er 2018, Parc des Aygalades, à l’angle du boule­vard du Cap­i­taine Gèze, XIVe arrondisse­ment. Un vélo-trav­el­ling d’une minute sur cent mètres de trot­toir (hors grève des éboueurs !). Un film dédié à son acteur prin­ci­pal, Jean-Claude Gaudin…

Notes:

  1. Dire que Gaudin, maire de Mar­seille, fut min­istre de la Ville dans le gou­verne­ment Jup­pé II !
  2. Déjà évo­qué ici : La Fab­rique du mon­stre, de Philippe Pujol. Éd. Les Arènes.

Iran : Dieu sur la sellette

Par Lau­rent Jof­frin, directeur de Libéra­tion

Comme à plein d’autres con­nec­tés, le directeur de Libé m’envoie chaque jour sa « let­tre poli­tique ». J’aime bien la lire, la trou­vant le plus sou­vent aus­si per­ti­nente que bien troussée. Ce 3 jan­vi­er donc, tan­dis que Le Monde, à sa une, fai­sait mumuse avec Macron, Lau­rent Jof­frin traitait de la sit­u­a­tion en Iran en un rac­cour­ci géopoli­tique qui ne manque pas de nous inter­peller. Il y abor­de en effet la ques­tion si fon­da­men­tale de la laïc­ité, et cela au moment où le même Macron (celui du Monde) reçoit le dic­ta­teur turc et, surtout, ayant reçu la veille les représen­tants des reli­gions établies, nous refait le coup de la « laïc­ité ouverte ». Jof­frin remet à sa façon les églis­es à leur plus juste place et, plus générale­ment, Dieu à la sienne.

Iran : Dieu sur la sellette

Il est une leçon écla­tante de la crise irani­enne qu’on ne tire guère, mais qui se voit pour­tant comme le tur­ban sur la tête d’un mol­lah : les rav­ages qu’exerce la reli­gion dès qu’on la mélange avec la poli­tique. On par­le sou­vent de l’Iran en enfi­lant les per­les : « un grand pays », « héri­ti­er d’une civil­i­sa­tion plusieurs fois mil­lé­naire », « acteur incon­tourn­able de la région », etc., toutes choses vraies qui ne nous appren­nent rien sur la sit­u­a­tion du pays. L’Iran d’aujourd’hui est d’abord une théocratie. Ce pays de cul­ture et de créa­tiv­ité vit sous la férule de religieux obscu­ran­tistes qui main­ti­en­nent la société dans les rets d’une dic­tature minu­tieuse. Les mol­lahs con­trô­lent non seule­ment l’Etat, les finances, l’armée, mais aus­si la presse, les écrans, la vie quo­ti­di­enne et même les tenues ves­ti­men­taires. Le jeu poli­tique se lim­ite à l’affrontement des fac­tions chi­ites, dont cer­taines sont plus ouvertes que d’autres, mais qui se rejoignent pour con­serv­er les bases du régime exis­tant.

Les protes­ta­tions en cours, d’apparence économique ou sociale, visent en fait le cœur du sys­tème. On con­teste les dépens­es occa­sion­nées par une poli­tique étrangère fondée sur le sou­tien per­ma­nent aux alliés religieuse­ment proches, le Hezbol­lah, ou bien le pou­voir alaouite en Syrie. On met en cause les sub­ven­tions mas­sives accordées aux asso­ci­a­tions religieuses. On s’indigne de la ges­tion désas­treuse des « ban­ques islamiques ». On dénonce la cor­rup­tion de l’establishment religieux qui détourne à grands seaux l’argent pub­lic au prof­it d’une mince couche de dig­ni­taires. Au som­met de l’appareil répres­sif, les « gar­di­ens de la révo­lu­tion », troupe d’élite héri­tière du khome­in­isme pur et dur, restent les prin­ci­paux garants de la dic­tature, soucieux avant tout de réprimer toute aspi­ra­tion pop­u­laire à un peu plus de lib­erté.

Cet impéri­al­isme du spir­ituel est un mal du siè­cle qui com­mence. On le retrou­ve évidem­ment dans les monar­chies du golfe, tout aus­si total­i­taires, ou dans la folle entre­prise ter­ror­iste des minorités islamistes. Mais aus­si, sous une forme heureuse­ment plus bénigne, dans cer­taines démoc­ra­ties. L’alliance de Trump avec la fac­tion évangélique aggrave sa poli­tique. L’influence poli­tique des religieux en Israël bloque tout espoir de paix avec les Pales­tiniens. Le pou­voir de l’orthodoxie en Grèce ralen­tit les réformes sociales et con­forte en Russie la démoc­ra­ture pou­tini­enne. Bref, Dieu, per­son­ne privée, se mêle de plus en plus de ce qui ne le regarde pas, à savoir l’organisation de la cité. Le sécu­lar­isme dans les régimes de droit, ou la laïc­ité en France, reste l’un des biens les plus pré­cieux pour tous ceux qui sont attachés à la lib­erté.

–––

Repris ici un jour après sa pub­li­ca­tion, j’ose espér­er que Lau­rent Jof­frin ne m’en voudra pas de cet inno­cent piratage…


PIFOP-MERDIAMÉTRIE. Suivez nos résultats et prévisions

L’Équipe et nos ser­vices PIFOP-MERDIAMÉTRIE com­mu­niquent :

Match médias : 

Jean-d’Ormesson Unit­ed 1John­ny-Hal­ly­day Olympique 7

Pronos­tic :

Michel-Ser­res Arse­nal 0Eddy-Mitchel St-Ger­main 4

 

NB : Résul­tats et prévi­sions sus­cep­ti­bles d’évolutions. 

• Ingénieur prévi­sion­niste : Gian Lau­rens


Gloire au “Bug”. Chère Cliente, Cher Client, Chers Enfoirés !

« On n’arrête pas le pro­grès, il s’arrête tout seul ». Ces mots cinglants d’Alexandre Vialat­te, alors qu’il se trou­vait pris dans un embouteil­lage, je ne manque pas de les ressor­tir à chaque fois que les occa­sions se présen­tent. Au risque de les voir s’user trop vite, tant les occa­sions se mul­ti­plient.

« Bug » est l’affreux mot de la moder­nité. Il désigne le dieu dia­bolique qui met des bâtons dans les roues des trains – entre autres –, les empêchent d’arriver à l’heure et, pire encore, de par­tir. Comme ça, aurait dit Coluche, les acci­dents arriveront moins vite. 1

sncf pub bug

Pub parue en même temps que le bug de la gare Mont­par­nasse. Pub et bug simul­tanés. Ils avaient (presque) tout prévu, même les bus. C’est beau le Pro­grès.

Cer­tains nos­tal­giques vont ressor­tir leur « c’était mieux avant ». Ils auront rai­son, au moins con­cer­nant les trains. Et sur bien d’autres sujets de dén­i­gre­ment liés à ce mod­ernisme tragi­co-comique. On sait à quel point il nour­rit l’inspiration des humoristes. Fer­nand Ray­naud en fut l’un des précurseurs avec son « 22 à Asnières ». Il annonçait la course en avant vers l’absurde qui livrait l’humain à la machine, c’est-à-dire à la déshu­man­i­sa­tion des rap­ports qu’on n’ose plus appel­er soci­aux. On en déduit que la société va mal, et même qu’elle « ne fait plus société ».

« Panne infor­ma­tique », c’est le leit­mo­tiv le plus enten­du chaque fois qu’on se casse le nez sur la porte fer­mée d’un ser­vice pub­lic (ce qu’il en reste), devant un dis­trib­u­teur de tim­bres, de bil­lets de banque, de cartes gris­es (il paraît que ça coince là aus­si). Le bureau de poste urbain ressem­ble désor­mais à un mag­a­sin Dar­ty. Les usagers sont ain­si devenus des clients – l’affreux mot pour désign­er le cochon qui paie, est prié de la fer­mer et de paraître radieux. La Caisse d’épargne, par exem­ple, m’envoie du « Cher Client » pour annon­cer qu’« afin de mieux [me] servir », la Direc­tion a « le plaisir de mod­erniser ses ser­vices »… en fer­mant son agence du coin de ma rue. Tenez, je ne résiste pas à recopi­er leur bafouille. Atten­tion, chef d’œuvre !

« Chère Cliente, Cher Client,

« Les usages ban­caires de nos clients évolu­ent. Mieux vous servir, c’est nous adapter à votre mode de vie en vous offrant plus d’accès à votre banque. C’est aus­si vous accueil­lir dans les meilleures con­di­tions.

« Nos locaux situés à […] ne per­me­t­tent pas une mise aux normes, aus­si l’agence fer­mera ses portes le 4 novem­bre. Nous nous aurons le plaisir de vous accueil­lir dès le 7 novem­bre au sein de l’agence […]

« Une agence plus acces­si­ble, plus de ser­vices avec un espace Libre Ser­vice Ban­caire doté d’automates disponibles de 6h à 22h où vous pou­vez / etc. »

Chers enfoirés, leur ai-je répon­du en sub­stance, que savez-vous de mon « mode de vie » pour décréter ain­si la con­cep­tion de mon bon­heur de « Cher client » ? Que savez-vous de mon extrême « plaisir » à marcher au loin vers vos « auto­mates disponibles » ? Tout dans cette bafouille de tech­nocrate merdique respire, jusqu’au moin­dre mot, de la faus­seté générale cul­mi­nant dans la for­mule finale : « Soucieux de main­tenir une rela­tion per­son­nal­isée et durable… » Beurk !

Bon, j’arrête de m’énerver à pro­pos de sit­u­a­tions sur lesquelles je ne peux rien. Surtout que j’ai un train à pren­dre, enfin si j’arrive à acheter mon bil­let, ce que décideront ensem­ble mon ordi et ceux de la SNCF, dont celui qui ne tient qu’à un bug . Après tout, val­ons-nous mieux qu’un bug ? – voyez d’Ormesson…

Notes:

  1. Mais ils arriveront quand même ! Tout ce qui peut arriv­er, finit par arriv­er ( loi de Mur­phy), même dans une cen­trale nucléaire !

Le saut arrière du robot Atlas : un grand pas en avant ?

Étrange monde que le nôtre ! Nous y red­ou­tons ce que nous vénérons. Comme l’a si bien prêché l’Aigle de Meaux, évêque de son état, un cer­tain Bossuet : « Dieu se rit des hommes qui déplorent les con­séquences dont ils chéris­sent les caus­es » 1  Je voulais donc en venir aux hommes – nous autres, pau­vres humains – depuis si longtemps frap­pés par la malé­dic­tion (divine ou dia­bolique ?) nous con­damnant à l’aliénation. c’est-à-dire à ce qui nous déshu­man­is­erait, à ces forces obscures ou bien très matérielle­ment cap­i­tal­is­tiques par lesquelles nous devien­dri­ons des ROBOTS ! Hor­reur en effet !

Le fait est que l’homo sapi­ens, quand il se mon­tre digne de sa lignée, résiste à sa néga­tion. Ce qui énerve une caté­gorie d’impatients, nos­tal­giques de l’erec­tus, moins pré­ten­tieux, donc plus docile. Voilà pourquoi ils se vouent désor­mais à une tâche bien plus promet­teuse : human­is­er les robots. Voyez ces vidéos épous­tou­flantes ! Ce robot humanoïde, dénom­mé Atlas 2, réus­sit un spec­tac­u­laire salto arrière. Il marche dans la neige, trébuche sur la glace mais se rétablit – bien­tôt il va se lancer dans le pati­nage artis­tique. Plus sûre­ment, il rem­plac­era à court terme le mag­a­sinier, le sol­dat anti-ter­ror­iste, le flic anti-man­i­fes­tant. Sa docil­ité n’a de lim­ite que celle de sa bat­terie. Quand on le feinte, il ne se démonte nulle­ment. On le fait chuter, il se relève tout seul, comme un grand, sans se fâch­er.

© 2017 Boston Dynam­ics

Pas plus que les jou­joux de la chan­son­nette 3 ces robots ne se révoltent. Ils sont d’ores et déjà à l’ouvrage, par­courant les entre­pôts, soudant les car­rosseries des autos – avant de les con­duire –, faisant sous peu atter­rir les piz­zas dans nos assi­ettes, son­dant nos cœurs et nos reins pour assur­er notre soumis­sion algo­rith­mique, via nos désirs médi­a­tiques et spec­tac­u­laires.

Peau­fi­nant une future et proche col­lab­o­ra­tion entre deux espèces enfin unifiées – au ran­cart, Le Meilleur des mon­des, 1984, Fahren­heit 451, Sa Majesté des mouch­es et tant d’autres dystopies 4– voici qu’accourt le tran­shu­man­isme qui nous promet (enfin !) une aug­men­ta­tion… Mais pas celle de nos moyens d’existence, de notre joie de vivre ! L’homme aug­men­té le sera surtout par ses capac­ités d’adaptation docile, c’est-à-dire de soumis­sion – il doit d’abord être con­nec­té, branché (c’est en bonne voie…). Quelle marge lui restera-t-il pour la révolte et la résis­tance ? Où seront les maquis de notre futur ? Où ne vien­dront pas nous débus­quer ces sacrés robots ? – “sacrés”, du moins si nous con­sen­tons à les sacralis­er… ce à quoi pousse notre époque pro­fane par leur mise en spec­ta­cle.

Je rejoins ici les pro­pos du philosophe des sci­ences Michel Ser­res, déclarant dans La Voix du Nord 5: « Il faut être human­iste avant de penser à être tran­shu­man­iste. Le tran­shu­man­isme est une erreur. C’est au con­traire l’homme dimin­ué qui fait l’homme. Nous pou­vons en effet nous dépro­gram­mer pour mieux nous adapter à l’imprévu. Après tout, la ques­tion de l’homme aug­men­té et des robots est vieille comme l’antique mytholo­gie. Sou­venons-nous de l’histoire de Vul­cain racon­tée par Homère. Sous l’Etna, le dieu des forg­erons tra­vail­lait dans une cham­bre mag­ma­tique à façon­ner des « stat­ues mobiles qui le ser­vaient ». Des robots, dirait-on aujourd’hui ! On en a eu longtemps peur, d’eux et des créa­tures façon­nées par l’homme, bien avant Franken­stein et bien avant que l’après sec­onde guerre mon­di­ale ne vienne offrir une vision plus pos­i­tive du robot, c’était le début de la sci­ence-fic­tion. »

Une vision plus pos­i­tive ? Vrai­ment ? Serait-il déjà trop tard ? 6

Notes:

  1. Cita­tion attribuée à Bossuet, évêque de Meaux (avant Copé), prédi­ca­teur, 1627–1704. Notons en pas­sant que pour le même Bossuet, “le rire est la corde du dia­ble”…. Dieu ne doit donc pas se mar­rer tous les jours.
  2. Créa­tion de la société états-uni­enne Boston Dynam­ics. Dans la mytholo­gie grecque, Atlas se voit con­damné par Zeus à porter pour l’éternité la voûte céleste sur ses épaules.
  3. La Révolte des jou­joux, chan­son pop­u­laire de Pin­gault et Webel, 1936.
  4. Une dystopie est un réc­it de fic­tion dépeignant une société organ­isée de telle façon qu’elle empêche ses mem­bres d’atteindre le bon­heur.
  5.  Entre­tien avec Yan­nick Bouch­er, 17/11/2017
  6. Lire aus­si : Le futur « tran­shu­man­iste », selon le neu­ro­bi­ol­o­giste Jean-Didi­er Vin­cent Cet arti­cle de 2015 est illus­tré par une vidéo de la même société Boston Dynam­ics ; on y voit un de leurs derniers robots, impres­sion­nant mais rus­tre comme un bœuf… En seule­ment deux ans, on mesure la vitesse du pro­grès tech­nologique qui sépare les deux mod­èles de robot…

La gitane et le gadjo. C’était mon jour, c’était surtout le sien

Ce matin une vieille gitane en longue robe noire m’a fait les poches ; ça devait être écrit dans les lignes de sa main. Venue vers moi pour la manche, elle est repar­tie avec 50 euros tout neufs, ma carte ban­caire, celle des trans­ports et la troisième des musées. L’artiste a dis­paru tout aus­si vite que je m’apercevais de la manœu­vre ; j’ai eu beau arpen­ter la zone du délit : nib, degun !

Là-dessus, aller racon­ter mes déboires au com­mis­sari­at, y poireauter une heure avant d’apprendre qu’on pou­vait se plain­dre sur inter­net. (On peut tout sur inter­net, même se faire vider les poches de son compte en banque.) Ce qui m’a pris une bonne demi-heure au clavier – j’imagine les béo­tiens du oueb, comme dans la séquence du film de Ken Loach, Daniel, je ne sais plus…

Je venais d’acheter ma dau­rade du ven­dre­di – soit 4 euros, à 12 le kilo ; de quoi je dédui­sis qu’elle devrait peser 333 grammes. Hmm… Mais sur le Vieux port, à Mar­seille, on chipote pas.

Fauché comme les blés d’automne, pas le moin­dre cen­time en poche, remon­tant à pied vers ma Bonne mère, creusé par tant d’émotions, je tente une halte place aux Huiles pour m’envoyer un aïoli et une petite mousse sous le soleil. Re nib : plus aucun gar­goti­er n’accepte ici de chèque ! (Car il me restait encore ce recours aus­si démodé que démonétisé).

Par­venu, si j’ose dire, à ma banque du coin pour ten­ter un rav­i­taille­ment son­nant, etc. Je me fais dire par la guichetière au large sourire que non, pas l’après-midi les sous-sous, seule­ment le matin. Comme dirait Ray­mond à Huguette : « On va pas vers le beau ma poule ! » 1

Je ter­mine mon ascen­sion ped­ibus (obligé : pas un euro, pas de carte de bus et, de toute façon, pas de bus non plus : grève.) Il n’aurait plus man­qué que je perdisse mes clés. J’avais seule­ment « per­du » mon porte-mon­naie, mon temps, et aus­si mon appétit. Si ça pou­vait me ren­dre plus svelte. La dau­rade atten­dra ce soir. Et ce soir, ma vieille gitane lèvera son verre à la san­té du couil­lon de gad­jo 2 à la poche gar­nie. Bah! je lui dois quand même ces quelques lignes qui me ren­voient à Brassens et ses mag­nifiques Stances à un cam­bri­oleur… L’élégance du poète, jusque dans son aver­tisse­ment : « Ne te crois pas du tout tenu de revenir / Ta moin­dre récidive aboli­rait le charme / Laisse-moi je t’en prie, sur un bon sou­venir ». Une élé­gance que je ne suis pas sûr de faire mienne si je croise à nou­veau la dame en noir… N’est pas poète qui veut.

Notes:

  1. Seuls les accros télé à Scènes de ménage com­pren­dront…
  2. Homme qui n’appartient pas à l’ethnie des Gitans ;  gadgé ou gadgie pour une femme.

Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

En s’introduisant ce jeu­di matin à l’intérieur du périmètre de la cen­trale nucléaire de Cat­tenom, en Moselle, pour y déclencher un feu d’artifice, des mil­i­tants de Green­peace ont une fois de plus dénon­cé, en les démon­trant, la fragilité et l’accessibilité de ces instal­la­tions haute­ment radioac­tives. En l’occurrence, il s’agissait de la piscine d’entreposage du com­bustible nucléaire usé, bâti­ment par­ti­c­ulière­ment vul­nérable puisque con­stru­it selon des normes ordi­naires d’entrepôts indus­triels.

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Cette opéra­tion vient tout à pro­pos illus­tr­er un rap­port d’experts indépen­dants 1 qui met en cause la sécu­rité des instal­la­tions nucléaires français­es et belges en pointant du doigt leur vul­néra­bil­ité face aux risques d’attaques extérieures. Ces experts sont par­ti­c­ulière­ment inqui­ets con­cer­nant cer­taines instal­la­tions des cen­trales français­es : les piscines d’entreposage des com­bustibles nucléaires usés. Alors qu’elles peu­vent con­tenir le vol­ume de matière radioac­tive le plus impor­tant au sein des cen­trales, ces piscines sont très mal pro­tégées ; elles con­stituent une épée de Damo­clès au-dessus de nos têtes.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endom­magée et qu’elle perd son eau, le com­bustible n’est plus refroi­di et c’est le début d’un acci­dent nucléaire : de la radioac­tiv­ité s’échappe mas­sive­ment dans l’atmosphère, avec des con­séquences radi­ologiques très graves.

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Le point faible des cen­trales, les piscines d’entreposage du com­bustible. Ici, à Fes­sen­heim – la plus vieille du parc nucléaire français. (Cli­quer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les acci­dents sont rel­a­tive­ment rares, leurs impacts sur la pop­u­la­tion, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroy­ables. La France n’est pas à l’abri. Les acci­dents les plus graves jamais enreg­istrés sont ceux de Tch­er­nobyl (26 avril 1986) et de Fukushi­ma (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres acci­dents ont eu lieu aux États-Unis et au Roy­aume-Uni par exem­ple.

Les acci­dents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la cen­trale de St-Lau­rent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octo­bre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des com­bustibles ont fusion­né dans un des réac­teurs de la cen­trale. D’autres acci­dents nucléaires aus­si graves ont été évités de justesse dans d’autres cen­trales.

Certes, les inci­dents de niveau 2 ou 3 sont rel­a­tive­ment rares en France : l’incendie d’un silo de stock­age à La Hague en 1981, une mau­vaise vis dans le sys­tème de pro­tec­tion de Grav­e­lines en 1989, l’inondation de la cen­trale du Blayais en 1999, la perte de plu­to­ni­um à Cadarache en 2009, etc. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée du con­trôle du nucléaire en France, recon­naît que plusieurs cen­taines d’écarts de niveau 0 et une cen­taine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les inci­dents qui se sont pro­duits sur les sites du Tri­c­as­tin en 2008 et de Grav­e­lines en 2009 relèvent, offi­cielle­ment, de cette caté­gorie 1.

Vu le nom­bre de réac­teurs nucléaires en France (58) et d’installations néces­saires à leur fonc­tion­nement, tous les Français sont con­cernés par ce risque, mais aus­si les habi­tants des pays voisins, en rai­son de l’emplacement de cer­taines cen­trales nucléaires proches des fron­tières : Grav­e­lines et Chooz à côté de la Bel­gique, Fes­sen­heim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aus­si sous la men­ace du Bugey) ou encore Cat­tenom en Lor­raine, à deux pas du Lux­em­bourg.

Avec un parc nucléaire vieil­lis­sant et mal pro­tégé, la pro­duc­tion d’électricité est aujourd’hui syn­onyme de dan­ger en France. Green­peace, toute­fois, ne se voudrait pas fatal­iste. L’organisation écol­o­giste veut croire (ou fait sem­blant) qu’EDF peut encore faire le choix de se pass­er du nucléaire et de dévelop­per les éner­gies renou­ve­lables. « Plutôt que d’investir des dizaines de mil­liards dans le rafis­to­lage de vieux réac­teurs, estime Green­peace, et de pro­duire des déchets qui res­teront radioac­t­ifs pen­dant des cen­taines de mil­liers d’années, EDF peut décider d’investir dans des éner­gies qui sont sûres, pro­pres et désor­mais bon marché. Deman­dons à EDF de sor­tir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. » 2

La réponse, les nucléocrates d’EDF l’ont à nou­veau répétée hier dans les médias, dès la pub­li­ca­tion du rap­port de Green­peace. Ils ont ressor­ti leur dogme – infail­li­ble par déf­i­ni­tion – selon lequel l’électricien ne cesse de ren­forcer ses sys­tèmes sécu­ri­taires autour de ses cen­trales. 3 Le feu d’artifice de ce matin fait vol­er en éclats spec­tac­u­laires ces pieuses et incon­séquentes cer­ti­tudes.

Notes:

  1. « La sécu­rité des réac­teurs nucléaires et des piscines d’entreposage du com­bustible en France et en Bel­gique, et les mesures de ren­force­ment asso­ciées », octo­bre 2017. Con­tribu­teurs du rap­port : Oda Beck­er (Alle­magne), Manon Besnard (France), David Boil­ley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gor­don MacK­er­ron (Roy­aume-Uni), Yves Mari­gnac (France), et Jean-Claude Zer­bib (France). Rap­port com­mandé par Green­peace France.
  2. Green­peace lance une péti­tion en direc­tion d’EDF. On peut la sign­er ici.
  3. EDF dit avoir engagé un mon­tant de 700 mil­lions d’euros pour ren­forcer la sur­veil­lance des instal­la­tions. On voit leur effi­cac­ité… Quant à pro­téger réelle­ment les piscines de stock­age, cela se chiffr­erait en plusieurs dizaines de mil­liards. Déjà dans le rouge financier, EDF n’en a pas les moyens et se trou­ve lit­térale­ment dans l’impasse.

Attentat de Barcelone : Kamel Daoud s’insurge contre le laxisme européen

Écrivain et jour­nal­iste algérien, Kamel Daoud s’est imposé, par­mi d’autres trop rares dans le monde musul­man, par son indépen­dance de juge­ment, la finesse de ses analy­ses et de son écri­t­ure. Tan­dis que nos médias se lamentent sans fin sur les abom­i­na­tions de Daesh, Kamel Daoud pointe ses réflex­ions sur leurs caus­es plutôt que sur leurs seuls effets. On ne saurait certes dénier les dimen­sions dra­ma­tiques des atten­tats. Mais leur mise en spec­ta­cle médi­a­tique, l’étalage des témoignages mul­ti­ples, les déc­la­ra­tions out­rées ou va-t’en guerre, les recueille­ments et les prières publics, tout cela ne sert-il pas la stratégie pub­lic­i­taire de ter­reur visée par l’État islamique ? En dénonçant l’Arabie saou­dite comme « un Daesh qui a réus­si », Kamel Daoud va pré­cisé­ment à con­tre­courant du dolorisme ambiant qui masque une géopoli­tique – celle de ce qu’on appelle l’Occident – schiz­o­phrène, absurde, meur­trière et sans fin. [GP]

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L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si”

Par Kamel Daoud

Une pen­sée pour Barcelone. Mais après la com­pas­sion il est temps de s’interroger : Dans sa lutte con­tre le ter­ror­isme, l’Occident mène la guerre con­tre l’un tout en ser­rant la main de l’autre. Mécanique du déni, et de son prix. On veut sauver la fameuse alliance stratégique avec l’Ara­bie saou­dite tout en oubliant que ce roy­aume repose sur une autre alliance, avec un clergé religieux qui pro­duit, rend légitime, répand, prêche et défend le wah­habisme, islamisme ultra-puri­tain dont se nour­rit Daesh.

Le wah­habisme, rad­i­cal­isme mes­sian­ique né au XVIIIe siè­cle, a l’idée de restau­r­er un cal­i­fat fan­tas­mé autour d’un désert, un livre sacré et deux lieux saints, la Mecque et Médine. C’est un puri­tanisme né dans le mas­sacre et le sang, qui se traduit aujourd’hui par un lien sur­réal­iste à la femme, une inter­dic­tion pour les non-musul­mans d’entrer dans le ter­ri­toire sacré, une loi religieuse rig­oriste, et puis aus­si un rap­port mal­adif à l’image et à la représen­ta­tion et donc l’art, ain­si que le corps, la nudité et la lib­erté. L’Arabie saou­dite est un Daesh qui a réus­si.

Le déni de l’Occident face à ce pays est frap­pant : on salue cette théocratie comme un allié et on fait mine de ne pas voir qu’elle est le prin­ci­pal mécène idéologique de la cul­ture islamiste. Les nou­velles généra­tions extrémistes du monde dit « arabe » ne sont pas nées dji­hadistes. Elles ont été biberon­nées par la Fat­wa Val­ley, espèce de Vat­i­can islamiste avec une vaste indus­trie pro­duisant théolo­giens, lois religieuses, livres et poli­tiques édi­to­ri­ales et médi­a­tiques agres­sives.

Vifs remer­ciements à Omar Louzi, directeur du site Amazigh24, et à Kamel Daoud, qui ont volon­tiers autorisé la dif­fu­sion de cet arti­cle sur « C’est pour dire ».

Amazigh24.ma dont le siège est à Rabat se présente comme un site d’information général­iste, con­cer­nant le monde amazigh (relatif au peu­ple berbère et à sa langue) : Maroc, Algérie, Tunisie, Egypte, Libye, Niger, Mali, Iles Canaries, Mau­ri­tanie, … et la dias­po­ra amazigh en Amérique du Nord et en Europe… Un site par­tic­i­patif, indépen­dant, qui donne la parole à tous les Amazighs dans le monde… quels que soient leurs domaines d’activité : affaires, poli­tique, cul­ture. Le site se veut pro­gres­siste, human­iste, ouvert et tolérant.

On pour­rait con­tre­car­rer : Mais l’Arabie saou­dite n’est-elle pas elle-même une cible poten­tielle de Daesh ? Si, mais insis­ter sur ce point serait nég­liger le poids des liens entre la famille rég­nante et le clergé religieux qui assure sa sta­bil­ité — et aus­si, de plus en plus, sa pré­car­ité. Le piège est total pour cette famille royale frag­ilisée par des règles de suc­ces­sion accen­tu­ant le renou­velle­ment et qui se rac­croche donc à une alliance ances­trale entre roi et prêcheur. Le clergé saou­di­en pro­duit l’islamisme qui men­ace le pays mais qui assure aus­si la légitim­ité du régime.

 

Il faut vivre dans le monde musul­man pour com­pren­dre l’immense pou­voir de trans­for­ma­tion des chaines TV religieuses sur la société par le biais de ses mail­lons faibles : les ménages, les femmes, les milieux ruraux. La cul­ture islamiste est aujourd’hui général­isée dans beau­coup de pays — Algérie, Maroc, Tunisie, Libye, Egypte, Mali, Mau­ri­tanie. On y retrou­ve des mil­liers de jour­naux et des chaines de télévi­sion islamistes (comme Echourouk et Iqra), ain­si que des clergés qui imposent leur vision unique du monde, de la tra­di­tion et des vête­ments à la fois dans l’espace pub­lic, sur les textes de lois et sur les rites d’une société qu’ils con­sid­èrent comme con­t­a­m­inée.

Il faut lire cer­tains jour­naux islamistes et leurs réac­tions aux attaques de Paris. On y par­le de l’Occident comme site de « pays imp­ies » ; les atten­tats sont la con­séquence d’attaques con­tre l’Islam ; les musul­mans et les arabes sont devenus les enne­mis des laïcs et des juifs. On y joue sur l’affect de la ques­tion pales­tini­enne, le viol de l’Irak et le sou­venir du trau­ma colo­nial pour emballer les mass­es avec un dis­cours mes­sian­ique. Alors que ce dis­cours impose son sig­nifi­ant aux espaces soci­aux, en haut, les pou­voirs poli­tiques présen­tent leurs con­doléances à la France et dénon­cent un crime con­tre l’humanité. Une sit­u­a­tion de schiz­o­phrénie totale, par­al­lèle au déni de l’Occident face à l’Arabie Saou­dite.

Ceci laisse scep­tique sur les déc­la­ra­tions toni­tru­antes des démoc­ra­ties occi­den­tales quant à la néces­sité de lut­ter con­tre le ter­ror­isme. Cette soi-dis­ant guerre est myope car elle s’attaque à l’effet plutôt qu’à la cause. Daesh étant une cul­ture avant d’être une mil­ice, com­ment empêch­er les généra­tions futures de bas­culer dans le dji­hadisme alors qu’on n’a pas épuisé l’effet de la Fat­wa Val­ley, de ses clergés, de sa cul­ture et de son immense indus­trie édi­to­ri­ale ?

Guérir le mal serait donc sim­ple ? A peine. Le Daesh blanc de l’Arabie Saou­dite reste un allié de l’Occident dans le jeu des échiquiers au Moyen-Ori­ent. On le préfère à l’Iran, ce Daesh gris. Ceci est un piège, et il aboutit par le déni à un équili­bre illu­soire : On dénonce le dji­hadisme comme le mal du siè­cle mais on ne s’attarde pas sur ce qui l’a créé et le sou­tient. Cela per­met de sauver la face, mais pas les vies.

Daesh a une mère : l’invasion de l’Irak. Mais il a aus­si un père : l’Arabie saou­dite et son indus­trie idéologique. Si l’intervention occi­den­tale a don­né des raisons aux dés­espérés dans le monde arabe, le roy­aume saou­di­en leur a don­né croy­ances et con­vic­tions. Si on ne com­prend pas cela, on perd la guerre même si on gagne des batailles. On tuera des dji­hadistes mais ils renaîtront dans de prochaines généra­tions, et nour­ris des mêmes livres.

Kamel Daoud


Trump / Kim Jong-un. Affreux, bêtes, méchants et surtout dangereux

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Trump — Kim Jong-un © faber 2017

Quand deux débiles et néan­moins chefs d’État pren­nent le monde pour une cour d’école ; quand dans leur bac à sable ils ont apporté des jou­joux du genre mis­siles bal­is­tiques à tête nucléaire et autres râteaux et pelles démo­ni­aques… les humains un peu con­scients ont de sérieuses raisons de s’inquiéter. Mais l’inquiétude demeure bien vaine, tout juste bonne à nous angoiss­er face à l’impuissance résignée. L’Histoire se nour­rit de ces « malades qui nous gou­ver­nent » – que nous les ayons élus, qu’ils aient usurpé notre naïveté, trahi nos « espérances », abusé de notre cré­dulité. Bref, que nous ayons, par un biais ou un autre, renon­cé à affirmer nos désirs d’humains libres et vivants. Ce « Nous » de la majesté du Peu­ple pas encore adulte, pas davan­tage debout. Il lui fau­dra encore bien du tal­ent, bien du désir, bien de la grandeur. Jusqu’à quand ?


EPR-Flamanville. Un couvercle de poids scelle la non-Autorité de non-Sûreté nucléaire

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[/wpmem_logged_in]« ASN » veut dire « Autorité de Sureté Nucléaire », enfin voulait dire. En val­i­dant une cuve de réac­teur – pièce maitresse d’une instal­la­tion nucléaire – non con­forme aux exi­gences de sûreté, cette insti­tu­tion dénie tout sens à son « autorité » et, du même coup, à la notion de « sûreté nucléaire » qui lui est con­sti­tu­tive. Ain­si, la cuve de la cen­trale nucléaire « EPR » de Fla­manville n’est pas con­forme aux exi­gences de l’« art » nucléaire ; mais elle est tout de même validée ! Du moins pour sept ans… Pourquoi sept ? Chiffre mag­ique peut-être ? – sept jours, sept planètes, sept pétales de la rose… Au-delà de 2024, bah, on ver­ra bien !

La déci­sion n’est toute­fois pas encore défini­tive ; il s’agit d’un pre­mier avis – son avis final sera ren­du d’ici fin octo­bre après « con­sul­ta­tion publique ». Quelle con­sul­ta­tion ? Mys­tère. À moins qu’il s’agisse d’une éventuelle prise de posi­tion de Nico­las Hulot, le nou­veau min­istre de la chose « tran­si­toire » ; car le nucléaire se trou­ve bien à un croise­ment de route, dou­blé qu’il est désor­mais par les éner­gies renou­ve­lables dont les coûts sont devenus moin­dres que ceux de l’électricité nucléaire ; dou­blé aus­si par l’abandon pro­gres­sif de cette énergie si dan­gereuse, ain­si la Suisse qui vient de tranch­er la ques­tion par référen­dum.

Donc, le “gen­darme de l’atome” a renon­cé à sa mis­sion, dou­blé égale­ment par EDF et Are­va. En effet, les défauts de fab­ri­ca­tion de cette fameuse cuve avaient été pointés et sig­nalés dès 2005 chez Creusot-Loire 1. Mais l’enjeu étaient tel pour EDF et Are­va, dans la panade finan­cière, que la com­mande a été main­tenue et, surtout, la cuve instal­lée, plaçant l’ASN devant le fait accom­pli. Ce qui explique tout l’ambiguïté de sa posi­tion. Invalid­er cette cuve – déjà instal­lée, der­rière le dôme de béton – retarderait la mise en route de l’EPR de plusieurs années, en l’alourdissant de plusieurs mil­liards dus aux travaux de démo­li­tion et de recon­struc­tion par­tielles ain­si qu’à la perte d’exploitation. 2 L’enjeu est donc tel que la sûreté a été sac­ri­fiée au nom des intérêts économiques. Ain­si en est-il des indus­tries du tout-libéral, et du nucléaire tout par­ti­c­ulière­ment, y com­pris là où il a grave­ment « péché » : en Ukraine, en Russie, au Japon et aux Etats-Unis – sans par­ler des nom­breux inci­dents et acci­dents, en France, minorés par leurs respon­s­ables.

À Fla­manville, l’ASN a donc dû pactis­er avec « son » dia­ble : va pour cette fois, mais EDF devra sur­veiller la « bête » malade et l’opérer fin 2024, en changeant le cou­ver­cle litigieux – d’ailleurs déjà com­mandé au Japon : un aveu !

Jouer avec l’atome, quoi qu’en pré­tende les nucléocrates et autres ado­ra­teurs des dogmes tech­nologiques, est autrement plus incon­séquent que tout man­que­ment indus­triel hors nucléaire. Les acci­dents, on ne le sait que trop, sont sans appel, exposant des pop­u­la­tions entières à la mal­adie, con­damnant à jamais des régions entières. Mais les Doc­teur Folam­our demeurent inébran­lables, sauf en cas d’accident, et pour un temps seule­ment, ce temps du rejet puis de la méfi­ance qui passe si vite en vidant les mémoires col­lec­tives – le sys­tème médi­a­tique s’y emploie.

La France est cham­pi­onne du monde dans la caté­gorie de ces néo-néga­tion­nistes – l’histoire poli­tique, mil­i­taire, indus­trielle, finan­cière et tech­nocra­tique se trou­ve totale­ment figée et imbriquée dans cette sorte de reli­giosité. Il fau­dra brûler beau­coup beau­coup de cierges pour la cinquan­taine de réac­teurs hexag­o­naux tien­nent bon, à com­mencer par le cou­ver­cle de Fla­manville.

 

Contre les apprentis-sorciers

L’AFFRANCHI JARDINIER

Cest dans les années 70 que Yves Gillen et Annick Bertrand posent leur roulotte sur un ter­rain en lisière de marais. Leur rêve : vivre en autar­cie et dépen­dre le moins pos­si­ble de la société de con­som­ma­tion. Plus de 40 ans plus tard, l’affranchi jar­dinier fait tou­jours avec les moyens du bord pour sub­venir à ses besoins fon­da­men­taux avec le souci de préserv­er l’environnement et d’embellir son cadre de vie. Jardin potager, pan­neaux pho­to­voltaïques, mini-éoli­enne, cuiseur solaire, récupéra­tion d’eau de pluie, éoli­enne de pom­page, “douche du futur”, machine à laver recy­clée et cus­tomisée… À plus de 70 ans, Yves ne manque pas d’énergie et d’imagination pour con­tin­uer à vivre comme il l’entend ! Un révo­lu­tion­naire rare, dans les actes.

Notes:

  1. Entre­prise tombée dans l’escarcelle de Bol­loré, adepte du tout prof­it – égale­ment pro­prié­taire de Canal +, qui rechigne à pay­er les auteurs…
  2. En cause égale­ment, l’EPR en con­struc­tion inter­minable en Fin­lande, deux autres en Chine, et enfin les deux prévus à Hink­ley Point, en Angleterre.

Interdire la corrida, “grand pas pour l’humanité”

La cor­ri­da est une abom­i­na­tion, une indig­nité et, comme telle, une déqual­i­fi­ca­tion de ses pra­ti­quants – acteurs comme spec­ta­teurs – dans le genre humain. S’il en fal­lait encore une preuve, celle-ci ne suf­fi­rait donc pas encore ?

La “tra­di­tion” ne saurait con­stituer un quel­conque argu­ment de jus­ti­fi­ca­tion d’une telle boucherie à ciel ouvert. Un tel “argu­ment” serait du même ordre que celui jus­ti­fi­ant la muti­la­tion sex­uelle des fil­lettes par l’excision.

La con­di­tion et la place de l’animal dans nos sociétés occi­den­tales font l’objet d’une mise en avant nou­velle et impor­tante, amenant les opin­ions publiques à man­i­fester une oppo­si­tion de plus en plus résolue à toutes formes de mal­trai­tance. C’est évidem­ment la cas pour les ani­maux d’élevage, leurs con­di­tions de vie et de mort, en par­ti­c­uli­er dans le règne du ren­de­ment pro­duc­tif et, pire, encore, dans les abat­toirs. Ces mou­ve­ments d’opinions rejoignent des remis­es en cause des modes ali­men­taires liés à une agri­cul­ture indus­trielle et aux désor­dres écologiques et san­i­taires qui s’ensuivent.

Les spec­ta­cles de cor­ri­da, impli­quant la mise à mort des tau­reaux dans un “com­bat” aus­si iné­gal que cou­ru d’avance – sauf acci­dents, rares – doivent provo­quer autant d’indignation et de protes­ta­tion que les pra­tiques détesta­bles dénon­cées dans les abat­toirs. Leur inter­dic­tion mar­querait un autre “grand pas pour l’humanité”.


Présidentielles. Pour Elzéard Bouffier, l’homme et ses arbres

L’Ange blanc, le Bour­reau de Béthune et Roger Coud­erc en mon­sieur Loy­al… Image plus que jau­nie de la télé en noir & blanc. En couleur, sur écran plat et dans l’apparat des stu­dios pom­peux des grands moments vides, très peu pour moi. Devant l’affligeante par­tie de catch, j’ai tenu un quart d’heure, ques­tion de san­té. De plus courageux m’ont résumé l’affaire, et ce matin, avec ma dose de radio, j’ai com­pris que j’en savais assez pour me dire que je n’avais rien per­du, surtout pas mon temps.

J’ai aus­si cru com­pren­dre que, sur le ring politi­co-télévi­suel, l’une pra­ti­quait en effet le catch – coups bas et appels à la vin­dicte de la salle (le Peu­ple !) ; tan­dis que l’autre s’essayait plutôt à la boxe, dite française en l’occurrence, donc sans exclure les coups de tatane. En gros, le com­bat était pipé, comme prévis­i­ble. D’un côté, un dogue qui jouait son va-tout dans la provoc, la hargne et les lita­nies men­songères ; de l’autre, un prési­den­tiable se devant de la jouer plus fin. Ce ne lui fut pas bien dif­fi­cile, au vu de la grossière charge opposée. De ce seul point de vue on ne peut déclar­er le match nul, encore moins arch­in­ul. Car la forme aura par­lé, l’emportant sur le fond. C’est presque tou­jours le pro­pre des com­bats télévisés, portés à ren­forcer la bina­rité des com­porte­ments et des idées (quand il y en a) et, finale­ment, à sacr­er le manichéisme comme seule mode de pen­sée.

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Un ni-ni non ambigu…

Par­tant de là, sans besoin d’en rajouter sur le spec­ta­cle lui-même, il sem­ble qu’« on » ne soit pas plus avancé après qu’avant. Et aus­si que le ni-ni ne représente en rien un troisième plateau à la bal­ance binaire. L’enjeu demeure, sauf à con­sid­ér­er que « les jeux » sont faits. Il en fut ain­si, il y a peu, entre une naïve arrivée et un fada dan­gereux qui, depuis, sème le souk sur toute la planète. Car la dém­a­gogie peut « pay­er », surtout en mon­naie de singe (en dol­lars comme en « nou­veaux » francs).

Mais enfin : même si, hier soir, je me suis abstenu en fuyant l’affligeante joute dém­a­gogique, je me retrou­ve bien rat­trapé le matin-même par l’évidence : faire l’autruche n’a jamais écarté le dan­ger.

Mon vieux pote Elzéard Bouffi­er 1, dor­mait hier soir du som­meil du juste ; il n’a d’ailleurs pas la télé. Il s’est levé au petit matin, pour arpen­ter son pays, avec son sac de glands, sa barre de fer… Tan­dis que la veille, des pos­tu­lants à gou­vern­er la France, sinon le monde, n’ont pas même eu une parole pour évo­quer le désas­tre écologique qui boule­verse la planète, men­ace l’humanité entière ! Elzéard, ce matin, comme hier et demain, plante ses chênes, ses hêtres et bouleaux. J’ai écrit ici que je voterai pour lui. Pour lui, en effet, je voterai. Au nom de l’Anarchie généreuse et comme dis­ait un autre grand viveur, l’écrivain roumain Panaït Istrati : Pour avoir aimé la terre.

> Cadeau de Giono, le plus beau mes­sage à l’humanité (pdf) : Giono-L_Homme_qui_­plan­tait_des_ar­bres

Notes:

  1. Lire ici, et .

Macron ou Le Pen ? Entre deux maux, il faut choisir le moindre 

Par Serge Bourguignon, simple citoyen
onreflechit@yahoo.fr

Je suis effaré par tous ces gens, y com­pris des gens que j’aime et j’estime, qui croient dur comme fer que Macron et Le Pen, c’est pareil. Et je suis encore plus effaré par ceux pour qui Macron, c’est pire que Le Pen ! Aurait-on atteint le degré zéro de la con­science poli­tique ?

La soupe néolibérale, je ne la goûte guère. Elle détraque tou­jours plus notre bonne vieille Terre et ses habi­tants, en par­ti­c­uli­er nous autres les z’humains. Il n’est pas inutile de le rap­pel­er. Mais j’aime encore moins la soupe FHaine, qui me fait vom­ir et qui hélas ! ren­con­tre telle­ment d’écho aujourd’hui dans notre France : la can­di­date néo­fas­ciste (j’ai bien dit néo) a obtenu bien plus de voix que son père en 2002. Si la façade a été rénovée pour être plus “présentable”, la réal­ité empirique­ment observ­able n’est pas belle à voir. Ce par­ti reste un ramas­sis de pétain­istes et le soi-dis­ant gaulliste Philip­pot y est minori­taire. La ges­tion des munic­i­pal­ités FN est inquié­tante, il y a beau­coup de témoignages à ce sujet pour qui veut savoir. Et n’oublions pas que l’amère Le Pen a par­ticipé au bal de l’extrême droite européenne le 27 jan­vi­er 2012, jour du 67e anniver­saire de la libéra­tion du camp de con­cen­tra­tion d’Auschwitz !…

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© Ph. Reuters. Cli­quer pour agrandir

Le Monde –28.01.2012
C’était son premier bal à Vienne, mais aussi l’occasion de resserrer ses contacts avec d’autres dirigeants de l’extrême droite européenne. La candidate du Front national à l’élection présidentielle française, Marine Le Pen, était l’hôte de marque, vendredi 27 janvier dans l’ancien palais impérial de la Hofburg, du fringant Heinz-Christian Strache, chef du Parti de la liberté (FPÖ), qui affiche son ambition de devenir chancelier d’Autriche. Avant de valser avec les étudiants “combattants”, adeptes de duels virils au sabre, la présidente du FN, en longue robe noire, a dû attendre que les forces de police aient éloigné des milliers de manifestants décidés à perturber la soirée. […]
Le bal des corporations estudiantines à Vienne est toujours un événement controversé. Principal réservoir de cadres du FPÖ, les Burschenschaften (de Bursch, jeune homme) comptent environ 4 000 membres, engagés leur vie durant dans des fraternités dont les noms – Aldania, Vandalia, Gothia, Silesia – cultivent une germanité mythique. L’une d’entre elles, Olympia, est considérée comme proche du néonazisme. […]
Cette année, les polémiques étaient d’autant plus vives que l’organisation du bal coïncidait avec le 67e anniversaire de la libération du camp d’extermination d’Auschwitz.

Le FN aujourd’hui se présente comme le défenseur du peu­ple français con­tre la tech­nocra­tique Union européenne. Ce qui plaît dans ce dis­cours anti-UE, c’est qu’il offre un bouc-émis­saire facile aux électeurs, leur évi­tant par là-même la fatigue de penser à des prob­lèmes com­plex­es qui ne peu­vent se résoudre d’un coup de baguette mag­ique.  Il y a plein d’inconvénients à être dans l’UE, mais il y a aus­si quelques avan­tages. Et si l’on en sor­tait, il y aurait certes quelques avan­tages, mais quand même pas mal d’inconvénients. Mais pour séduire le bon peu­ple, on sim­pli­fie les choses, on lui fait miroi­ter des solu­tions mir­a­cles.

Ce que ne font jamais  les idéo­logues (qu’ils soient anti- ou pro-UE, d’ailleurs), et ceux qui boivent leurs paroles, c’est la part des choses. Or la réal­ité est tou­jours mul­ti­ple et con­tra­dic­toire : la con­tra­dic­tion est l’essence même du vivant. Mais nous vivons à l’époque de l’ordinateur roi et de la pen­sée binaire, et dans le cirque élec­toral la réal­ité est très sou­vent gom­mée d’un effet de manche, sans jamais être appréhendée dans sa com­plex­ité.

Com­ment ne pas voir qu’il sera plus facile de s’opposer à Macron prési­dent qu’à Le Pen ? C’est la soi-dis­ant proche du peu­ple Le Pen qui demandait l’interdiction des man­i­fs pen­dant le mou­ve­ment d’opposition à la loi tra­vail, et non pas le ban­quier Macron. Il serait donc sage de choisir le moins nocif.

Citoyennes, citoyens, encore un effort pour être réelle­ment répub­li­cains !

Rap­pel : Res pub­li­ca sig­ni­fie la chose publique, qui appar­tient à tous.

S.B. (29 avril 2017)
onreflechit@yahoo.fr


Présidentielles. On n’a pas fini de rigoler (jaune)

J’ai même édité un tim­bre. Rien n’y a fait ! Un méti­er…

Je cède : tant de com­men­taires, analy­ses, sup­pu­ta­tions, etc. déver­sés depuis des mois… Et rien sur ma can­di­da­ture, son échec, mon dés­espoir, mon dépit ! À dés­espér­er de la mer­diacratie. Ce néol­o­gisme-valise syn­thé­tise à mer­veille le dégoût politi­cien à l’encontre de la presse dans son ensem­ble – à l’exception toute­fois du Figaro et de Valeurs actuelles. Il réu­nit aus­si dans un même haut-le-cœur, Le Pen et Mélen­chon, out­rance et amer­tume, triste alliance de con­traires.

C’est en fait sous la pres­sion de mes innom­brables fans 1 que je reprends ma plume délais­sée sur ce blog depuis deux mois ! D’autres tâch­es m’avaient acca­paré ; et puis, eh oui ! je n’ai pas réu­ni mes 500 sig­na­tures, pas même cinq… N’est pas Chem­i­nade qui veut, ni Poutou, ni Arthaud, etc. Ni dieu, ni césar, ni tri­bun. Ain­si en étais-je resté à lInsoumis « qui ne plan­tait rien », en tout cas qui s’est plan­té, à pas grand-chose, il est vrai – à deux points de Le Pen. À quoi cela tient-il, une foirade en poli­tique ? À un mot de trop, un déra­page ver­bal et fatal. Pour lui, son Alliance boli­vari­enne, au moment même où son cama­rade vénézuélien met­tait Cara­cas à feu et à sang. Il a eu beau ten­ter de rat­trap­er l’affaire avec un vague truc com­mer­cial guyano-antil­lais, ben non, le coup était bien par­ti. Pour le Marcheur, une ivresse de trop, celle du pou­voir qui monte à la tête d’un Rasti­gnac si pressé, qui va devoir mâch­er de la Rotonde comme l’autre avant lui avait dû bouf­fer du Fouquet’s pen­dant cinq ans.

À ce niveau, un trait de finesse s’impose. Dessin de Charb, Char­lie Heb­do, 2016.

C’est dire si je compte m’obstiner à vot­er pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres. 2 Rap­pel : mon can­di­dat (à défaut de ma pro­pre can­di­da­ture…) est par­rainé par un cer­tain Jean Giono, un fada de Manosque, Alpes de Haute-Provence. Ce même Giono que led­it Mélen­chon a insulté à la télévi­sion, en direct, quand le comé­di­en Philippe Tor­re­ton avait cru bon, éco­lo et généreux de lui offrir L’Homme qui plan­tait des arbres, dudit Giono : « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », avait tout aus­sitôt lancé Mélen­chon. Quelle immoral­ité, bigre ? Celle de « cette his­toire […] écrite pen­dant la guerre, et quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! » 3

Quoi qu’il en soit, les électeurs de Manosque, mag­nanimes ou indo­lents, n’en ont pas voulu au don­neur de leçon va-t’en guerre : ils l’ont placé en tête à 22,5% des bul­letins… Pour qui voteront-ils le 7 mai si leur préféré s’obstine dans le ni-ni ? Car, lorsqu’on lutte con­tre « le fas­cisme », est-il bien moral de ne pas s’engager, hein ? Or, voilà le “Tri­bun du peu­ple” soudain muet, mouché sur sa droite extrême, en appelant à la vox populi/dei de ses 450 000 afi­ciona­dos.

Sans légende, et désor­mais légendaire.

Je rap­pelais en note, dans mon arti­cle précé­dent que, jusqu’à l’avènement d’Hitler, le Par­ti com­mu­niste alle­mand avait pour cible pri­or­i­taire le Par­ti social-démoc­rate ! Et on sait que l’Histoire peut bégay­er – même si je ne saurais con­fon­dre lep­enisme et nazisme. Les anathèmes sim­plistes et out­ranciers con­tre le Front nation­al n’ont plus de prise ; ils sont même devenus con­tre-pro­duc­tifs en niant une réal­ité (certes acca­blante et déplorable) encore véri­fiée par ces élec­tions : le FN est con­fir­mé comme pre­mier par­ti « ouvri­er » – plus pré­cisé­ment ceux des lais­sés pour compte, ceux que « les élites » ignorent ou méprisent, ceux que « le sys­tème » con­damne, tout comme les « euro­crates » brux­el­lois et les « hordes d’immigrés ». Sous les out­rances ver­beuses et le ric­tus car­nassier de la can­di­date, il y a « du vrai » qui atteint un citoyen sur cinq (et plus encore dans quinze jours…). Et elle tape juste, la fron­tiste, en filant droit à Rungis saluer comme Sarkozy « la France qui se lève tôt », à l’encontre de celle des couche-tard de la Rotonde… 4

Quant à l’effondrement de Hamon, il sonne certes le glas du PS, mais aus­si d’un pro­gramme écol­o­giste et utopiste. Dans cette France des 35–40 heures, on ne doit pas oser désacralis­er la valeur tra­vail. 5 Ain­si ont voté les 387 citoyens de Fes­sen­heim autour de leur vieille, dan­gereuse et nourri­cière cen­trale : les nucléaristes y font le plein, Fil­lon en tête, suivi de Macron, Le Pen et même Dupont-Aig­nant – Mélen­chon et Hamon recueil­lant moins de 50 voix…

À pro­pos de Dupont-Aig­nant, ren­dons lui grâce, avec ses petits 5 pour cent, de nous avoir à la fois épargnés la Le Pen en tête de gon­do­le 6, et sauvés du spec­tre Fil­lon. Lequel,  avec « son air de curé qui a piqué dans les troncs » 7, n’était pas si loin du podi­um… On se con­sole de peu. Mais on n’a pas fini de rigol­er (jaune) car revoilà Sarko et sa bande d’embusqués prêts à dégain­er pour le troisième tour. Le pire n’est jamais cer­tain, dit-on par pré­cau­tion.

Notes:

  1. Eh eh, le Jo !
  2. À moins, une fois de plus, d’un péril avéré…
  3. Voir mon papi­er sur le sujet.
  4. C’est au lende­main de ce pre­mier tour que les pro­duc­teurs de “vian­des racées” lan­cent une saig­nante cam­pagne de pub dans les médias… avec ce slo­gan fleu­rant sa terre pétain­iste : “Ini­tiez-vous aux plaisirs racés”. Si la notion de race s’applique aux vach­es, pourquoi plus aux hommes ?
  5. Surtout en impro­visant bien laborieuse­ment, c’est le cas de le dire, sur la ques­tion du revenu uni­versel” !
  6. Il va se faire par­don­ner vite fait!
  7. Dézin­guage en règle lancé sur France Inter par Char­line Van­hoe­nack­er, du « com­plot médi­a­tique ».

Mélenchon, l’homme qui ne plantait rien (ou qui plantait tout)

Jean-Luc-Melenchon

[Ph. Ger­hard Val­ck, 2015, domaine pub­lic]

De la mélasse prési­den­tielle, que pour­rait-il sor­tir de bon ? Qu’ajouter à cette triste ques­tion ? « C’est pour dire » n’avait donc rien à dire sur ce chapitre. Sauf  à le con­sid­ér­er sous la plume inspirée d’Eugène Pot­ti­er écrivant L’Internationale : « Il n’est pas de sauveurs suprêmes / Ni Dieu, ni César, ni Tri­bun ». L’air est aujourd’hui plutôt éven­té, mais le mes­sage reste d’une navrante actu­al­ité. Ain­si m’est-il revenu l’autre soir (23/2/17) à la télé en regar­dant le spec­ta­cle mon­té autour de Jean-Luc Mélen­chon. 1

Mélen­chon, ce soir-là, n’a pas craint de se présen­ter comme « un tri­bun » et même comme « le tri­bun du peu­ple ». Oui : « Je suis le tri­bun du peu­ple », a-t-il renchéri, mod­este… On sait l’homme porté à l’admiration de lui-même, qu’il clone à l’occasion par holo­gramme inter­posé, réus­sis­sant ain­si l’admirable syn­thèse du Spec­ta­cle à la fois politi­cien & tech­nologique. « Miroir, mon beau miroir… », cette si vieille fas­ci­na­tion égo­cen­trique… De nos jours – à l’ère du tout médi­a­tique – la con­quête et l’exercice du pou­voir passent par la mise en spec­ta­cle du geste et de la parole, surtout de la parole. Il est sig­ni­fi­catif et cocasse que cette émis­sion de France 2 s’intitule Des Paroles et des Actes

Tan­dis que la poli­tique se résume au Verbe, à l’effet de tri­bune (pour tri­buns…), un gou­verne­ment peut se restrein­dre à un seul min­istère, celui de la Parole. Cette pra­tique est, elle aus­si, vieille comme le monde poli­tique ; elle remonte même à la rhé­torique des Anciens, qui l’avaient élevée au rang du dis­cours philosophique. Dis­ons qu’aujourd’hui, seul le dis­cours a sub­sisté. Enfin, surtout le dis­cours, par­fois quelques idées. Aucun politi­cien n’y échappe, surtout pas les can­di­dats à la prési­dence. Il peut être intéres­sant, voire distrayant, de lire entre les lignes des ver­biages élec­toraux, d’en décrypter aus­si les non-dits, à l’occasion exprimés par le corps – atti­tudes, gestes, tonal­ités.

À cet égard, la par­lure de Hol­lande ponc­tuée, et même truf­fée de « euh… », s’avère tout à fait révéla­trice de sa gou­ver­nance à base d’hésitations, de doutes peut-être et de renon­ce­ments. 2 Celle de Mélen­chon, elle, si elle ne manque pas de souf­fle, respire peu et ne s’autorise aucun silence. Pas de place pour le doute ou le ques­tion­nement dans cette parole péremp­toire, défini­tive. Un pro­pos sou­vent abrupt, cas­sant, dont son auteur prend par­fois con­science ; alors, il tente de se repren­dre par une pirou­ette, comme dans l’émission de jeu­di : « Eh, on peut plaisan­ter, je suis mérid­ion­al… il y a du Pag­nol en moi ! » Ouais… Et du Giono aus­si ?

Car Mélen­chon doit se prou­ver en human­iste  3, ce qui ne lui sem­ble donc pas si naturel… Voilà qu’arrive l’« invité sur­prise » – tou­jours dans la même émis­sion –, le comé­di­en Philippe Tor­re­ton  4 Or, il a apporté, pour l’offrir à Mélen­chon, le livre de Jean Giono, L’Homme qui plan­tait des arbres. « [Un livre] fon­da­men­tale­ment immoral ! », lance tout aus­sitôt Mélen­chon. Éton­nement du comé­di­en, qui s’explique néan­moins sur le sens de ce choix lié à l’urgence écologique, en lit un pas­sage et se lève pour l’offrir au politi­cien du jour, que l’on relance : alors, quelle immoral­ité ? « L’immoralité, lance Mélen­chon, vient du fait que cette his­toire est écrite pen­dant la guerre, et que quand on lutte con­tre le nazisme on plante pas des arbres, on prend une arme et on va se bat­tre ! »

L’ancien mil­i­taire – non : mil­i­tant trot­skyste, dirigeant de l’OCI (Organ­i­sa­tion com­mu­niste inter­na­tion­al­iste) de Besançon (1972–79 selon Wikipé­dia), a lâché sa leçon de morale, celle du politi­cien pro­fes­sion­nel qu’il n’a cessé d’être – puisque c’est un « méti­er ». Et ain­si de repren­dre, en les sous-enten­dant, les accu­sa­tions vichystes et col­lab­o­ra­tionnistes à l’encontre de Giono. Lequel avait pris le fusil à baïon­nette, enfin celui qu’on lui avait mis d’office dans les mains, dès jan­vi­er 1915, pour ses vingt ans, direc­tion la Somme, Ver­dun, le Chemin des dames, où il n’est « que » gazé alors qu’il y perd son meilleur ami et tant d’autres. Choqué par l’horreur de la guerre, les mas­sacres, la bar­barie, l’atrocité de ce qu’il a vécu dans cet enfer, il devient un paci­fiste con­va­in­cu. Jusques et y com­pris la sec­onde grande bar­barie. En 1939, s’étant présen­té au cen­tre de mobil­i­sa­tion, il est arrêté et détenu deux mois pour cause de paci­fisme (Il avait signé le tract « Paix immé­di­ate » lancé par l’anarchiste Louis Lecoin). Durant la guerre, il con­tin­ue à écrire et pub­lie des arti­cles dans des jour­naux liés au régime de Vichy. A la Libéra­tion, il est arrêté, mais relâché cinq mois plus tard sans avoir été inculpé. 5

J’en reviens à notre sujet, sans m’en être vrai­ment éloigné, je crois. En refu­sant de con­sid­ér­er pour ce qu’il est, le mes­sage pro­fond – écol­o­giste avant la let­tre, human­iste et uni­versel – de L’Homme qui plan­tait des arbres, pour plac­er sa parole moral­isatrice, le patron de La France insoumise s’érige en Fouquier-Tinville du Tri­bunal révo­lu­tion­naire. Il tranche. Il se pose en garant du « pur et dur », lui que les guer­res ont heureuse­ment épargné, qui n’a pas eu à résis­ter – l’arme à la main –, ni même à s’insoumettre. Lui qui, certes, con­nut les tranchées du Par­ti social­iste durant 32 ans (1976–2008) et, tour à tour, les affres du con­seiller général de Massy (1998–2004), du séna­teur de l’Essonne (2004–2010), du min­istre sous Chirac-Jospin (2000–2002), du prési­dent du Par­ti de gauche (2009–2014), du député européen depuis 2009. Que de com­bats héroïques, à mains nues cette fois ! (Quelle belle retraite en per­spec­tive aus­si, non ?)

Il en a usé de la dialec­tique, de la stratégie, de la tac­tique ! Il en a mâché de la parole ver­bale ! Tout ça pour rabaiss­er le débat poli­tique à un cal­cul politi­cien minable. Pour­tant, il l’assure :

– « À mon âge, je fais pas une car­rière ; je veux pas gâch­er, détru­ire ; j’ai de la haine pour per­son­ne ; il faut con­va­in­cre ! J’ai jamais été mélen­chon­iste ! [sic]

– Alors vous seriez prêt à vous retir­er devant Benoît Hamon ?

Pourquoi pas lui ? J’ai 65 ans, je veux pas dilapi­der ! [re-sic]»

Alors Tor­re­ton, devenu pâle, sem­ble jeter l’éponge. Non pas tant qu’il se soit dégon­flé, comme il a été dit, de lui pos­er LA ques­tion pour laque­lle il avait été l’« invité sur­prise ». Non, on dirait plutôt qu’il com­prend alors que c’est cuit, que Mélen­chon ne démor­dra pas, que sa « voca­tion », son « méti­er » c’est de s’opposer, de baign­er dans ce marig­ot où il se com­plaît, où son égo enfle avec délice. Un demi-siè­cle de « méti­er » n’empêche pas, à l’évidence, de s’agripper à une puérile dialec­tique de cour d’école.

Et dès le lende­main de l’émission, il pré­tendait sans ambages ne pas se sou­venir d’avoir par­lé de rap­proche­ment avec le can­di­dat social­iste. « J’ai dit ça hier soir ? Je ne m’en rap­pelle pas ! » a-t-il assuré. À la sor­tie d’un déje­uner avec le secré­taire nation­al du PCF, Pierre Lau­rent, il a rejeté l’idée d’un rassem­ble­ment : « Ça n’a pas de sens aujourd’hui. De quoi par­le-t-on ? Benoît Hamon dit qu’il pro­pose sa can­di­da­ture. Moi aus­si. Si vous voulez que le pro­gramme s’applique, la meilleure des garanties, c’est moi ! » Ain­si, pour lui, la ques­tion d’un ral­liement ne se pose même pas. « Non, faut pas rêver, ça n’aura pas lieu. D’ailleurs, per­son­ne ne le pro­posait », a-t-il asséné.

Le trot­skyste est revenu au galop : « Faut pas compter sur nous pour aller faire l’appoint d’une force poli­tique qui a du mal à remon­ter sur le cheval ». Aurait-il donc choisi « objec­tive­ment » l’option Marine Le Pen ? 6 Ira-t-il ain­si jusqu’à refuser toute col­lab­o­ra­tion avec ce qui reste de la social-démoc­ra­tie, sous enten­du avec Benoît Hamon, puisqu’investi par le Par­ti social­iste ? Ou encore, estime-t-il que Macron va l’emporter, que l’affaire est pliée et que sa planche de salut, par con­séquent, réside encore et tou­jours dans les délices de l’éternelle oppo­si­tion, dans un hors-sol en quelque sorte, à l’abri de toute impureté, de tout com­pro­mis.

Comme si la démoc­ra­tie ce n’était pas l’art sub­til des arrange­ments accept­a­bles par le plus grand nom­bre – jamais par tous, évidem­ment. Comme si la vie même ne rel­e­vait pas en per­ma­nence de ses com­bi­naisons com­plex­es, ni blanch­es ni noires. La pre­mière – la démoc­ra­tie – se compte en siè­cles, par­fois seule­ment en années ; quelques semaines peu­vent suf­fire à l’anéantir. La vie, elle, remonte à des mil­lions d’années ; elle reste à la mer­ci de la bêtise des humains.

Si je vote, ce sera pour Elzéard Bouffi­er, qui plan­tait des arbres.


En prime, le très beau film d’animation d’après le réc­it de Jean Giono, dit par Philippe Noiret, réal­isé par Frédéric Back (1924–2013), Cana­da 1987. L’Homme qui plan­tait des arbres a rem­porté l’Oscar du meilleur court métrage décerné par l’Academy of Motion Pic­ture Arts and Sci­ences de Los Ange­les, aux États-Unis, le 11 avril 1988.

Notes:

  1. Je dis bien spec­ta­cle, au sens de Guy Debord et sa Société du spec­ta­cle (1967); c’est-à-dire au sens de la sépa­ra­tion entre réal­ité et idéolo­gie, entre la vie et sa représen­ta­tion. Dans ce sens la société est dev­enue « une immense accu­mu­la­tion de spec­ta­cles », pro­longe­ment de l’« immense accu­mu­la­tion de marchan­dis­es » énon­cée par Marx dans Le Cap­i­tal. Au « fétichisme de la marchan­dise » (et des finances), puis à celui du Spec­ta­cle, il y aurait lieu aujourd’hui d’ajouter, à la façon d’un Jacques Ellul, le fétichisme tech­nologique.
  2. Sur cette adéqua­tion idéale « paroles/actes », voir ici mon arti­cle de 2014 sur Jau­rès.
  3. Droit-de-l’hommiste”, il est sans doute, car cela relève encore de la parole poli­tique, dif­férente du sens de l’humain. Je me garde d’aborder ici le chapitre de ses tro­pismes lati­nos envers Chavez et les Cas­tro – sans par­ler de Pou­tine.
  4. De gauche, écol­o­giste, il tient actuelle­ment le rôle-titre dans La résistible Ascen­sion d’Arturo Ui, de Brecht – que j’ai vue et appré­ciée il y a peu à Mar­seille ; pièce ô com­bi­en actuelle sur le fas­cisme présen­té en l’occurrence comme « résistible »… espérons !
  5. Dès 1934, Giono avait affir­mé un paci­fisme inté­gral ancré en pro­fondeur dans ses sou­venirs d’atrocités de la Grande Guerre. Le titre de son arti­cle paci­fiste pub­lié dans la revue Europe en novem­bre 1934 « Je ne peux pas oubli­er » atteste de cette empreinte indélé­bile de la guerre dont il refuse toute légiti­ma­tion, même au nom de l’antifascisme. Il affirme dans « Refus d’obéissance », en 1937, que si un con­flit éclate, il n’obéira pas à l’ordre de mobil­i­sa­tion.
  6. Rap­pel : Jusqu’à l’avènement d’Hitler, l’objectif prin­ci­pal du Par­ti com­mu­niste alle­mand demeu­rait la destruc­tion du Par­ti social-démoc­rate. Voir à ce sujet Sans patrie ni fron­tières, de Jan Valtin, implaca­ble témoignage d’un marin alle­mand sur le stal­in­isme en action. Ed. J-C Lat­tès, 1975.

  • © Ch.- M. Schulz

    « Il faudrait comprendre que les choses sont sans espoir et être pourtant décidé à les changer. » F. Scott Fitzgerald, Gatsby le magnifique, 1925
    ––––
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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Philippe Casal, 2004 - Centre national des arts plastiques - Mucem, Marseille

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste.
    (Claude Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexualité / politique), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la grace de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquette cou­leur et boî­tier rigide ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numéro, ci-dessus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
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    L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances. (Ber­trand Russel)

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