Cuba-USA. Arrangements à l’amiable

Barack Obama et Raul Castro ont donc annoncé mercredi le rétablissement de relations diplomatiques entre leurs pays après un demi-siècle de guerre froide. Certes, ce réchauffement vaut mieux que les annonces d’attentats horribles et autres massacres. Mais doucement les clairons ! Les intentions des gouvernants sous tendent des manœuvres peu portées au désintéressement.

[O]bama tente de redorer un blason pour le moins terni. De sa présidence, l’Histoire retiendra la mise en place d’une couverture santé pour 32 millions d’Américains démunis. Pour le reste, rien de marquant, sinon de grandes déceptions. Surtout sur le plan social et racial, ainsi que l’ont rappelé les émeutes de Ferguson. Obama va donc pêcher en eaux étrangères proches : à Cuba, tout près, à 150 km de la Floride. C’est moins risqué que l’Afghanistan. Bien que Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements. Mais ces “fiançailles” à la cubaine, célébrées en grande pompe par la médiasphère, laisseront bien quelques traces.

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Cimetière et musée des “belles américaines”. Ici, à Trinidad, le gamin dans l’auto de papa tire la langue au photographe. Sur son T-shirt : “Miami Beach”. [© gp-2008]
Raul Castro lui aussi espère bien tirer quelques bénéfices de cette pactisation avec l’ennemi d’un demi-siècle. Les Cubains fantasment toujours sur l’Amérique voisine, en proportion inverse de leur désillusion castriste. Entrouvrir une porte sur des espérances ne coûte pas grand chose et peut même rapporter quelques dollars. D’autant que le fameux « bloqueo » en vigueur depuis 1962, plus justement qualifié d’embargo, ne risque pas d’être officiellement levé vu qu’une telle mesure relève du Congrès, tenu par les républicains. Or ce « blocus » (qui n’en est pas un : l’embargo n’affecte que peu le commerce, y compris avec les États-Unis ! On peut se référer à ce propos à mon reportage dans Politis du 24/12/2008, lisible ici), s’il vise surtout les transactions financières internationales de Cuba*, sert d’abord les dirigeants cubains. Ceux-ci, en effet, et Fidel en tête, n’ont eu de cesse de masquer leur échec politique en le rejetant sur le méchant voisin yanqui.

Le rétablissement des relations diplomatiques cubano-étatsuniennes pourra favoriser cette libéralisation économique « à la vietnamienne » que Raul Castro met en place depuis sa présidence. Pour les Cubains, pour leur vie quotidienne, cela ne changera sans doute pas grand chose. Ce qu’exprime à sa façon Yoani Sanchez l’une des principales opposantes connues au régime castriste. Dans son blog Generacion Y, elle rappelle les grandes étapes encore à venir pour « démanteler le totalitarisme » :

« La libération de tous les prisonniers politiques et prisonniers de conscience; la fin de la répression politique; la ratification des pactes civils, politiques, économiques, sociaux et culturels, la reconnaissance de la société civile cubaine à l’intérieur et à l’extérieur de l’île. »

En attendant, exhorte la blogueuse :

[…] « Gardez les drapeaux, vous ne pouvez pas encore déboucher les bouteilles et le mieux est de maintenir la pression pour arriver enfin au jour J. »

–––

* Les banques françaises Société générale, BNP Paribas et Crédit agricole ont fait l’objet d’une enquête pour blanchiment d’argent et violations de sanctions américaines contre certains pays – dont Cuba (ainsi que l’Iran et le Soudan).

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Gian

“Guantanamo le ramène au pire de ses renoncements”… franchement, a-t-il renoncé ? N’est-ce pas plutôt qu’il n’a pas pu ne pas renoncer ? C’est comme pour Flamby et consorts : est-ce que les politiques ont du pouvoir ? Leurs marges de manoeuvres ne se réduisent-elles pas à couper un ruban pour inaugurer un machin qu’ils n’ont même pas voulu ? Les véritables décideurs ne sont pas les politiques, mais les banksters, isn’t it ?

Nanard

Il ne faut pas avoir connu le chômage et être un peu franchouillard pour minimiser à un tel point le travail de l’administration OBAMA. En 2014, l’économie a crée 220 000 emplois par mois. Certes ce ne sont pas des emplois à vie avec toute la protection sociale dont bénéficie les plus privilégiés chez nous, mais en tout cas c’est mieux que les moins de 400 euros mensuels que j’ai touché dans une période difficile de ma vie professionnelle…On peut citer en plus la réforme bancaire, la remise en valeur de ce qu’on appelle les “terres rares”. C’est aussi sans… Lire la suite

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