Combien de temps ? poème d’Edward Perraud

Edward Perraud, né à Nantes en 1971 : percussionniste, batteur, compositeur, improvisateur, chercheur et aussi trouveur – comme dans trouvère… Oui, ça lui va bien à ce Pierrot lunaire, troubadour de la baguette magique, celle qui pulse, rythme, impulse, assure le battement du cœur vital, chœur musical, du jazz et de l’univers. En quoi, il est donc foncièrement poète, jusqu’à écrire de la poésie, comme ici, avec des mots, des mots-images, des images photos, car cet homme à talents est aussi photographe. Il a l’œil qui écoute, l’oreille d’ un voyant rimbaldien jouant aux dés avec Lautréamont, Hugo, Mahler, Ayler. Il aime les citer à l’occasion, au détour de ses concerts – comme celui d’Avignon où il lançait la suite n°2 du disque « Synaesthetic Trip », un sommet du genre. Découvrez-le davantage ça et , entre autres.

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Moulin à jazz, 2010 © G. Tissier

Combien de temps ?

[C]’est la fin de l’hiver, le début d’un printemps

Un vieillard qui se perd, un enfant qui apprend

La terre a fait son tour, encore un chant d’amour ?

Combien de temps déjà que papa n’est plus là ?

La toupie s’arrêtera, nous serons bien moins fiers

Réduits en grains de sable puis finir en poussière.

La terre a fait son tour, encore un champ d’horreurs ?

Combien de temps déjà que je compte plus les heurts ?

Imaginez le prix de ce petit poème

Quand nous ne savons pas jusqu’où la vie nous aime ?

La terre a fait son tour, est ce un mal pour un bien ?

Combien de temps déjà qu’on bafoue les humains ?

Devant l’astre suprême nous serons tous égaux

Et fondront nos égos comme s’écoulent les armes

La terre a fait son tour, c’est pourtant pas banal ?

Combien de temps encore pour le règne animal ?

Cupidon trop cupide, la coupe d’or est pleine,

Mais la terre sature, polluée, morne plaine.

Va faire un tour au large, Terre change de mythe,

Et débarrasse toi de tes pires parasites

Une chance pourtant pourrait sauver le monde

Que l’âme de poète inocule et féconde

L’esprit des tout-petits futurs grands militants.

Que l’amour du vivant supplante le pauvre argent !

Combien de temps encore jusqu’aux dernières neiges

Continuera-t-il à tourner le beau manège ?

 Edward Perraud, le 27 mars 2015

Edward Perraud
ph. Edward Perraud
© mars 2015
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