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Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

[dropcap]En[/dropcap] s’introduisant ce jeudi matin à l’intérieur du périmètre de la centrale nucléaire de Cattenom, en Moselle, pour y déclencher un feu d’artifice, des militants de Greenpeace ont une fois de plus dénoncé, en les démontrant, la fragilité et l’accessibilité de ces installations hautement radioactives. En l’occurrence, il s’agissait de la piscine d’entreposage du combustible nucléaire usé, bâtiment particulièrement vulnérable puisque construit selon des normes ordinaires d’entrepôts industriels.

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Cette opération vient tout à propos illustrer un rapport d’experts indépendants[ref] « La sécurité des réacteurs nucléaires et des piscines d’entreposage du combustible en France et en Belgique, et les mesures de renforcement associées », octobre 2017. Contributeurs du rapport : Oda Becker (Allemagne), Manon Besnard (France), David Boilley (France), Ed Lyman (États-Unis), Gordon MacKerron (Royaume-Uni), Yves Marignac (France), et Jean-Claude Zerbib (France). Rapport commandé par Greenpeace France.[/ref] qui met en cause la sécurité des installations nucléaires françaises et belges en pointant du doigt leur vulnérabilité face aux risques d'attaques extérieures. Ces experts sont particulièrement inquiets concernant certaines installations des centrales françaises : les piscines d'entreposage des combustibles nucléaires usés. Alors qu'elles peuvent contenir le volume de matière radioactive le plus important au sein des centrales, ces piscines sont très mal protégées ; elles constituent une épée de Damoclès au-dessus de nos têtes.

En cas d’attaque extérieure, si une piscine est endommagée et qu’elle perd son eau, le combustible n’est plus refroidi et c’est le début d’un accident nucléaire : de la radioactivité s’échappe massivement dans l’atmosphère, avec des conséquences radiologiques très graves.

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Le point faible des centrales, les piscines d'entreposage du combustible. Ici, à Fessenheim – la plus vieille du parc nucléaire français. (Cliquer pour agrandir).

En France, niveau 4 atteint

Le nucléaire 100 % sûr est un mythe. Même si les accidents sont relativement rares, leurs impacts sur la population, l’environnement et l’économie d’un pays sont effroyables. La France n’est pas à l’abri. Les accidents les plus graves jamais enregistrés sont ceux de Tchernobyl (26 avril 1986) et de Fukushima (11 mars 2011). Ils étaient de niveau 7. Mais d’autres accidents ont eu lieu aux États-Unis et au Royaume-Uni par exemple.

Les accidents nucléaires les plus graves en France (niveau 4) ont eu lieu à la centrale de St-Laurent-des-Eaux (Loir-et-Cher) en octobre 1969 et en mars 1980. Dans les deux cas, des combustibles ont fusionné dans un des réacteurs de la centrale. D’autres accidents nucléaires aussi graves ont été évités de justesse dans d’autres centrales.

Certes, les incidents de niveau 2 ou 3 sont relativement rares en France : l’incendie d’un silo de stockage à La Hague en 1981, une mauvaise vis dans le système de protection de Gravelines en 1989, l’inondation de la centrale du Blayais en 1999, la perte de plutonium à Cadarache en 2009, etc. Mais l’Autorité de sûreté nucléaire, chargée du contrôle du nucléaire en France, reconnaît que plusieurs centaines d’écarts de niveau 0 et une centaine d’anomalies de niveau 1 ont lieu chaque année. Les incidents qui se sont produits sur les sites du Tricastin en 2008 et de Gravelines en 2009 relèvent, officiellement, de cette catégorie 1.

Vu le nombre de réacteurs nucléaires en France (58) et d’installations nécessaires à leur fonctionnement, tous les Français sont concernés par ce risque, mais aussi les habitants des pays voisins, en raison de l’emplacement de certaines centrales nucléaires proches des frontières : Gravelines et Chooz à côté de la Belgique, Fessenheim proche de l’Allemagne et de la Suisse (elle-même aussi sous la menace du Bugey) ou encore Cattenom en Lorraine, à deux pas du Luxembourg.

Avec un parc nucléaire vieillissant et mal protégé, la production d’électricité est aujourd’hui synonyme de danger en France. Greenpeace, toutefois, ne se voudrait pas fataliste. L’organisation écologiste veut croire (ou fait semblant) qu’EDF peut encore faire le choix de se passer du nucléaire et de développer les énergies renouvelables. « Plutôt que d’investir des dizaines de milliards dans le rafistolage de vieux réacteurs, estime Greenpeace, et de produire des déchets qui resteront radioactifs pendant des centaines de milliers d’années, EDF peut décider d’investir dans des énergies qui sont sûres, propres et désormais bon marché. Demandons à EDF de sortir du risque nucléaire, une bonne fois pour toutes. »[ref]Greenpeace lance une pétition en direction d'EDF. On peut la signer ici.[/ref]

La réponse, les nucléocrates d’EDF l’ont à nouveau répétée hier dans les médias, dès la publication du rapport de Greenpeace. Ils ont ressorti leur dogme – infaillible par définition – selon lequel l’électricien ne cesse de renforcer ses systèmes sécuritaires autour de ses centrales.[ref]EDF dit avoir engagé un montant de 700 millions d'euros pour renforcer la surveillance des installations. On voit leur efficacité… Quant à protéger réellement les piscines de stockage, cela se chiffrerait en plusieurs dizaines de milliards. Déjà dans le rouge financier, EDF n'en a pas les moyens et se trouve littéralement dans l'impasse.[/ref] Le feu d’artifice de ce matin fait voler en éclats spectaculaires ces pieuses et inconséquentes certitudes.

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

2 réflexions sur “Nucléaire. Une fois de plus, Greenpeace fait voler en éclats le dogme sécuritaire d’EDF

  • Gérard Bérilley

    Très bon article, comme d’ha­bi­tude. Le nucléaire est une folie, et ce dès son début. Cela nous le savons. Mais ce qui est encore plus fou c’est de per­sis­ter dans une erreur, une impasse. Plus il y aura d’argent qui conti­nue­ra à être inves­ti dans le nucléaire (réfec­tion des cen­trales, etc.), et plus cela impli­que­ra qu’il en fau­dra encore plus dans le futur. Rien que finan­ciè­re­ment (je ne parle même pas du risque d’un pro­blème majeur sur une cen­trale) le nucléaire est une catas­trophe. Je ne com­prends même pas que l’on puisse aimer notre pays (sans xéno­pho­bie aucune, soit dit) et être pour le nucléaire. Être pour le nucléaire c’est condam­ner notre pays à être dans une dette innom­mable pour des siècles et des siècles, voire des mil­lé­naires ! C’est condam­ner la France à avoir un pro­blème inso­luble à gérer pour le futur, pen­dant que les pays qui auront renon­cé au nucléaire en seront exemptés.

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  • Jean-François HEROUARD

    Gérard (et lecteurs),
    Excusez-moi d’emprunter ce moyen. Mon compte orange pira­té, sus­pen­du > réper­toire anni­hi­lé. Je recons­ti­tue labo­rieu­se­ment mon car­net d’a­dresses. Merci me redon­ner tes coor­don­nées pri­vées, mail, tél, pos­tale via ma nou­velle @dresse. Jef

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