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Stephen Hawking, cosmique et si terrestre

Mort aujourd’hui à 76 ans de Stephen Hawking, mathématicien, physicien, cosmologiste britannique. Si le mot « savant » peut s’incarner de nos jours, c’est bien en lui – entre autres. Cerveau dans un corps paralysé, il pensait le cosmos et s'inquiétait pour l'humanité. Les médias en parlent abondamment – on ne va pas s’en plaindre, pour une fois que le Spectacle ne se limite pas au showbiz.

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Stephen Hawking, 2008 © Photo NASA/Paul Alers

[dropcap]Hawking[/dropcap] était et reste une référence scientifique[ref]Je n’entrerai pas ici dans ce domaine, hors de mes compétences.[/ref]. Il représentait aussi, en dépit et à cause de son terrible handicap, l’exemple même du surhomme au sens de Nietzsche – celui qui a sculpté sa vie par-delà les contingences de l’existence. Et, en l’occurrence, face à l'implacable mal qui l’avait contraint à la paralysie progressive. Le « sous-homme » physique, outrepassant l’adversité biologique[ref]On sait qu’il ne pouvait s’exprimer que par l’intermédiaire d’un ordinateur à synthèse vocale[/ref], allait ainsi forger son statut de surhumain, capable de donner un sens à l'histoire sans but de l'humanité. Il est pour le moins curieux, à cet égard – ou ceci expliquant cela – que le jeune Hawking en vint à renoncer à l’astronomie pour s’orienter vers la physique et la conception de l’univers, la cosmologie. Autrement dit, bientôt lâché par son corps, Hawking allait « se retirer » dans son cerveau et dès lors se consacrer à la recherche pure, on pourrait même dire à la pensée pure. Il renoncerait ainsi à la science d’observation – les observations étant sources d’erreurs perceptives et subjectives.

Pour autant, et c’est ce qui donne aussi sa grandeur à ce personnage hors-pair, Hawking ne s’est nullement retiré du monde, au contraire. Il s’est ainsi montré résolument opposé à l’État d’Israël dans son traitement des Palestiniens[ref]Il avait déclaré en 2009 sur la chaîne qatarienne Al-Jazeera : « La situation ressemble à celle qui prévalait en Afrique du Sud avant 1990 et ne peut continuer »[/ref]. Il a aussi sonné l’alarme sur l’avenir de l’humanité : en juillet 2016, dans le journal britannique The Guardian, Hawking expliquait que pour espérer survivre aux importants défis à venir — le réchauffement climatique, la production alimentaire, la surpopulation, etc. — il fallait résister à l'individualisme et l'isolationnisme qui nourrissent les mouvements politiques : « Nous allons devoir nous adapter, repenser, recentrer et modifier certaines de nos hypothèses fondamentales sur ce que nous entendons par la richesse, les biens […] Comme les enfants, nous allons devoir apprendre à partager. Si nous échouons, alors les forces qui ont contribué au Brexit, la progression de l'isolationnisme, pas seulement au Royaume-Uni mais partout dans le monde, qui naît du manque de partage, d'une définition biaisée de la richesse et de l'incapacité de la partager plus équitablement, à la fois dans les États mais aussi entre eux, se renforceront. Si cela arrivait, je ne serais pas optimiste pour le futur de notre espèce ». Peu après, lors d’un débat à Oxford, Stephen Hawking avançait que l'Homme risque de ne pas survivre plus de 1 000 ans sur Terre et invite à considérer le voyage dans l'espace comme l'une des solutions de survie de l'humanité. Il rejoint en cela son intérêt marqué pour la science-fiction et notamment à l'univers de Star Trek : il joue son propre rôle dans le prologue de la série The Next Generation, engagé dans une partie de poker avec Isaac Newton et Albert Einstein…

Stephen Hawking devait aussi se prononcer contre l’intelligence artificielle, redoutant qu’elle puisse mettre fin à l’espèce humaine – « limitée par une lente évolution biologique, elle ne pourrait pas rivaliser et serait dépassée. » Il soutient aussi que la philosophie est morte, les philosophes ayant été selon lui « remplacés par les scientifiques pour répondre aux grandes questions sur l'univers et le temps ».

Y a-t-il un grand architecte dans l'univers ?[ref]The Grand Design, écrit en collaboration avec le physicien américain Leonard Mlodinow.[/ref], se demandait-il en 2011 dans le livre ainsi intitulé. Trois ans plus tard, dans un entretien paru dans le journal espagnol El Mundo, il se déclarait athée.

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

12 réflexions sur “Stephen Hawking, cosmique et si terrestre

  • La pie

    Chapeau bas devant cet homme. Intelligence , curio­si­té et courage.
    Oui nos enfants devront quit­ter cette terre que nos folies et notre nombre aura ren­due impropre à la vie humaine. Grande aven­ture, une autre dans notre his­toire à moins que nos enfants ne deviennent esclaves d’in­tel­li­gences arti­fi­cielles froides, ration­nelles, bref inhu­maines. Il fau­dra inven­ter une autre forme de résistance .
    Le grand archi­tecte de l’u­ni­vers comme le père noël ne peut rien.

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  • Bérilley+Gérard

    Bravo pour cet article hom­mage à Stephen Hawking. A vrai dire je n’en atten­dais pas moins de C’est pour dire !
    A plus d’un titre Stephen Hawking ins­pire un grand res­pect, c’est une évi­dence pour toute per­sonne sen­sible et intel­li­gente. Oui aus­si pour sa dénon­cia­tion du trai­te­ment des Palestiniens infli­gé par Israël. Oui aus­si pour le néces­saire par­tage des richesses, nous le savons nous-mêmes depuis longtemps.
    Par contre, je ne sui­vrai pas Hawking sur son idée que la phi­lo­so­phie est morte. Certes, l’ap­proche scien­ti­fique a remi­sé à jamais l’ap­proche de beau­coup de phi­lo­sophes sur nombre de ques­tions. Un exemple par­mi d’autres : depuis que des études réel­le­ment scien­ti­fiques ont été faites quant aux ani­maux (prin­ci­pa­le­ment depuis que des espèces ani­males ont été fil­mées dans leurs milieux de Vie – mer­ci les docu­men­taires) il n’est plus pos­sible de don­ner le moindre cré­dit à tous ces phi­lo­sophes qui ont pré­ten­du un gouffre infran­chis­sable entre toutes les autres espèces et l’homme. Tout cela est pul­vé­ri­sé par la science (et par l’in­tel­li­gence : Montaigne l’a­vait déjà dit !).
    Mais la science n’est pas le réel, la Vie. La science n’est qu’une grille de com­pré­hen­sion du Monde, ce n’est pas le fon­de­ment du Monde, l’in­té­rieur du Monde si je peux m’ex­pri­mer ain­si. Bakounine l’a­vait déjà dit plus d’une fois, par exemple : « La science com­prend la pen­sée de la réa­li­té, non la réa­li­té elle-même ; la pen­sée de la vie, non la vie. »
    Et c’est oublier, ou ne pas voir, que le ques­tion­ne­ment phi­lo­so­phique, méta­phy­sique, ne se vit pas en l’homme au même endroit et de la même façon que se pose le ques­tion­ne­ment scien­ti­fique. La ques­tion fon­da­men­tale de la méta­phy­sique, comme le dit Heidegger est « Pourquoi y‑a-t-il quelque chose plu­tôt que rien ? » et il ajou­tait fort jus­te­ment que l’on pou­vait répé­ter à l’in­fi­ni cette ques­tion intel­lec­tuel­le­ment, men­ta­le­ment, sans que cela l’ouvre le moins du Monde. Posée intel­lec­tuel­le­ment la ques­tion et ses réponses sont scien­ti­fiques, posée exis­ten­tiel­le­ment la ques­tion ouvre en nous à la ques­tion de l’Être, au dévoi­le­ment de la ques­tion de l’Être, c’est-à-dire à une expé­rience exis­ten­tielle inouïe. En ce sens l’ap­proche « phi­lo­so­phique » débor­de­ra tou­jours l’ap­proche scien­ti­fique. Bien enten­du, ces deux approches ne s’ex­cluent pas, même si elles sont si différentes.

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    • La ten­ta­tion est forte, pour cer­tains scien­ti­fiques, de « dépas­ser » la phi­lo­so­phie consi­dé­rée « seule­ment » comme une inter­pré­ta­tion du monde ; c’est le cas aus­si, notam­ment, de Richard Dawkins (« Le Gène égoïste », « Pour en finir avec Dieu », “L’Horloger aveugle », …) C’est que la science, attei­gnant ces niveaux, peut pré­tendre bor­du­rer LA connais­sance… À quoi on pour­rait ren­voyer Stephen Hawking à « son » uni­vers sans bord… aus­si incer­tain qu’­hy­po­thé­tique. De même Bakounine voyant la science comme « pen­sée de la vie, non la vie » : on pour­rait en dire autant de la phi­lo­so­phie – sauf que celle-ci, en effet, peut pré­tendre induire un mode de vie. En quoi la science sans phi­lo­so­phie ne serait que « ruine de l’âme », d’où son dan­ger intrin­sèque, celui d’é­chap­per à la conscience des hommes, à l’humanisme –
      n’en est-on pas déjà au « transhumanisme » ?

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      • Bérilley+Gérard

        Gérard, je ne suis pas sûr du tout de com­prendre le sens de ton com­men­taire. Mais il me per­met de rajou­ter cer­taines pen­sées écrites rapi­de­ment, trop peut-être.
        Il se fait que je suis lec­teur du livre de Richard Dawkins « Pour en finir avec Dieu ». C’est un bon livre d’ar­gu­ments solides contre les reli­gions. Après connais­sance de l’ar­ticle Wikipedia sur son auteur, aujourd’­hui même, je découvre que sur cer­tains domaines c’est un dog­ma­tique scientiste.
        Contrairement à ce qui se dit habi­tuel­le­ment la science n’est pas un regard neutre, un savoir neutre, objec­tif, sur le Monde. La science est un choix de com­pré­hen­sion du Monde, c’est une cer­taine façon, une façon par­ti­cu­lière, par­mi d’autres, d’es­sayer de com­prende, de car­to­gra­phier le Monde. La connais­sance scien­ti­fique n’est pas la seule connais­sance du Monde, c’est sur­tout concer­nant la science actuelle, occi­den­tale, une façon assez méca­nique d’en­vi­sa­ger le Monde. Cela est fla­grant dans la méde­cine occi­den­tale qui ne consi­dère les êtres que comme un agré­gat d’or­ganes, de fonc­tions, de méca­nismes, et qui est inca­pable de prendre en compte le non mesu­rable, les méri­diens d’éner­gie de l’a­cu­punc­ture ou les réus­sites de l’ho­méo­pa­thie par exemples, etc. (Cela com­mence à chan­ger, tout de même !) Pour le dogme scien­ti­fique n’existe que ce que la science peut prou­ver l’exis­tence. Quelle per­ver­sion alors, puisque la science dans cette optique n’a pas à décou­vrir le réel, à s’a­li­gner sur le réel, mais le réel a à coïn­ci­der avec les connais­sances scien­ti­fiques du moment sous peine d’être reje­té comme inexis­tant. Je pense sou­vent au grand navi­ga­teur James Cook : il avait remar­qué que, pour lut­ter contre le scor­but, il falait que son équi­page mange légumes et fruits. Il obli­geait même ses marins à cela, et le taux de mor­ta­li­té de ses marins était ridi­cu­leu­se­ment bas com­pa­ré à ceux de tous les autres bateaux. Et pour­tant la vita­mine C n’é­tait pas encore décou­verte. Actuellement pour qu’un trai­te­ment médi­cal soit recon­nu valable et donc pré­co­ni­sé il faut qu’il ait l’a­val de la science, et c’est un non sens. Les méde­cins scien­tistes ont par exemple déni­gré l’ef­fet posi­tif du jeûne tant que celui-ci n’a pas été ava­li­sé par les expé­riences scien­ti­fiques. Et tout est à l’avenant.
        Au 19ème siècle, à ma connais­sance, seuls deux pen­seurs ont fait une cri­tique de la science. Bakounine avec sa cri­tique plus par­ti­cu­liè­re­ment axée sur le pou­voir des savants sur le corps social et sur les indi­vi­dus, les êtres vivants, et une fois de plus Bakounine a vu juste, a été pro­phé­tique. Et Nietzsche qui a débus­qué que la plu­part des concepts scien­ti­fiques dérivent de concep­tions morales plus que dou­teuses, concep­tions morales inhé­rentes au lan­gage même. La science n’est pas idéo­lo­gi­que­ment neutre, n’est pas mora­le­ment neutre, voi­là ce que Nietzsche nous a appris. J’en prends un exemple du 20ème siècle, mais qui aurait plu à Nietzsche, je pense. Henri Laborit, inven­teur du pre­mier neu­ro­lep­tique entre autres, disait « Nous ne vivons que pour main­te­nir notre struc­ture bio­lo­gique… » J’aurai ten­dance à pen­ser « Comment peut-on affir­mer un truc pareil ? » Et Nietzsche aurait dit « Voilà typi­que­ment une pen­sée nihi­liste, de déca­dent, d’un être qui n’est plus dans l’ex­pan­sion de la Vie, dans la volon­té de puis­sance de la Vie, d’un être dont le seul sou­ci est de per­du­rer dans sa médio­cri­té. » Le pen­seur Jean-Marie Guyau, contem­po­rain de Nietzsche, aurait dit aus­si quelque chose de sem­blable. Au fond, les scien­ti­fiques, la plu­part du temps, pro­jettent leurs concep­tions morales sur le Monde.
        Le pro­blème c’est le dogme. En tout. C’est d’au­tant plus impar­don­nable dans la science que le plus sou­vent, sinon tou­jours, une véri­té d’au­jourd’­hui sera l’er­reur de demain. La connais­sance scien­ti­fique n’est qu’une exté­rio­ri­té, qu’une pen­sée sur… Il est d’autres connais­sances : cor­po­relles, des sen­sa­tions, des sen­ti­ments, et de la beau­té, de la rela­tion directe avec ce qui est, connais­sances de l’intériorité.

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        • Je ne serais pas aus­si tran­ché que toi sur la science ; mais je crains sur­tout qu’à son pro­pos nous ne don­nions pas for­cé­ment les mêmes conte­nus aux mots. Ainsi, quand tu écris :
          « Quelle per­ver­sion alors, puisque la science dans cette optique n’a pas à décou­vrir le réel, à s’aligner sur le réel, mais le réel a à coïn­ci­der avec les connais­sances scien­ti­fiques du moment sous peine d’être reje­té comme inexis­tant. » Pour moi, la science est un pro­ces­sus évo­lu­tif per­ma­nent de des­crip­tion du monde, selon des bases les plus objec­tives pos­sibles, pro­cé­dant par étapes, au prix de remises en cause suc­ces­sives, ou tout au moins de réajus­te­ments. Tordre le réel pour le faire ren­trer dans quelque théo­rie serait le contraire de la démarche scien­ti­fique. C’est bien pour­quoi, il me semble, la science s’é­lève tou­jours (je ne parle pas de ses dérives aven­tu­reuses, évi­dem­ment, type Lyssenko en URSS, contre-exemple « par­fait ») contre les mys­ti­fi­ca­tions obs­cu­ran­tistes. Tu cites Laborit : “Nous ne vivons que pour main­te­nir notre struc­ture bio­lo­gique…” Il s’ex­prime là en bio­lo­giste et, comme tel, il voit juste. Tout comme Darwin a vu et décrit les pro­ces­sus de l’é­vo­lu­tion liés à ceux de la per­pé­tua­tion des espèces. Tous deux se rat­tachent à un maté­ria­lisme moniste – non dua­liste donc, ne sépa­rant pas matière et esprit. Car, en effet, à pro­pos d’es­prit, il est, heu­reu­se­ment, bien d’autres connais­sances que stric­te­ment scien­ti­fiques ! Enfin, selon moi, la méde­cine n’est nul­le­ment une science, mais une tech­nique et un art liés aux acquis des sciences dites exactes, à la dif­fé­rences des sciences humaines (on disait aus­si dures/​molles, mais c’é­tait sujet à inter­pré­ta­tions péjo­ra­tives) ; c’est ain­si que l’ho­méo­pa­thie sou­lève tou­jours autant de débats, son action n’ayant pu être prou­vée de manière réel­le­ment scien­ti­fique – ce qui ne ne signi­fie pas qu’elle n’a­git pas sur les malades, hommes et bêtes sen­sibles aux effets pla­ce­bo. Car les être vivants ne se réduisent pas à des assem­blages bio­lo­giques… Preuve en est que nous en discutons !

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          • Bérilley Gérard

            Gérard, mer­ci pour ton com­men­taire qui ne m’é­tonne aucu­ne­ment. L’imprécision du mien impli­quait un com­men­taire de toi, je m’y attendais.
            Je ne pour­rai répondre que succinctement.
            Pour moi, il n’y a pas La Science, mais des sciences. De même qu’il n’y a pas La Culture, mais des cultures. Quand j’en­tends par­ler d’ap­por­ter la culture aux gens du peuple, à chaque fois je bon­dis ! De quelle culture s’a­git-il ? Il en est pour moi ain­si de La Science : de quelle science parle-t-on ?
            Ma cri­tique porte sur la science occi­den­tale, l’ap­proche scien­ti­fique domi­nante actuel­le­ment sur une grande par­tie du Monde, et qui a un cer­tain côté impé­ria­liste : la pré­ten­tion à la véri­té vraie. C’est pour­quoi j’a­vais choi­si dans mon com­men­taire pré­cé­dent l’exemple de la méde­cine où selon moi le scien­tisme fait depuis de nom­breuses années des ravages.
            Quand tu dis : « Pour moi, la science est un pro­ces­sus évo­lu­tif per­ma­nent de des­crip­tion du monde, selon des bases les plus objec­tives pos­sibles, pro­cé­dant par étapes, au prix de remises en cause suc­ces­sives, ou tout au moins de réajus­te­ments. Tordre le réel pour le faire ren­trer dans quelque théo­rie serait le contraire de la démarche scien­ti­fique », je suis d’ac­cord. Seulement l’i­déo­lo­gie scien­ti­fique, tech­nos­cien­ti­fique pour mieux dire, et liée à des inté­rêts tota­le­ment finan­ciers, ne pro­cède pas comme cela, mais plus sou­vent comme je l’ai dit : « “Quelle per­ver­sion alors, puisque la science dans cette optique n’a pas à décou­vrir le réel, à s’aligner sur le réel, mais le réel a à coïn­ci­der avec les connais­sances scien­ti­fiques du moment sous peine d’être reje­té comme inexis­tant.” C’est typique dans le domaine de la méde­cine, c’est pour­quoi j’y avais pris des exemples par­lants. Le scien­tisme en méde­cine – c’est-à-dire la croyance d’a­voir atteint la véri­té vraie et cela dès main­te­nant et pour tou­jours – est une cala­mi­té. D’où l’in­ter­dit et la condam­na­tion, relayés par la plu­part des médias, de remettre en cause quoi que ce soit de la doxa médi­cale (vac­ci­na­tions à outrance, cri­tiques et néga­tions des méde­cines autres, réduc­tions de l’ho­méo­pa­thie, comme tu le fais, à un effet pla­ce­bo – com­ment expli­quer alors que l’ho­méo­pa­thie marche avec des bébés, des ani­maux ?, refus de consi­dé­rer les méde­cines tra­di­tion­nelles comme valables tant qu’elles ne sont pas estam­pillées par le corps scien­ti­fiques, etc., etc.) Dans le même ordre d’i­dée, la science est inca­pable d’ex­pli­quer les méthodes de la bio­dy­na­mie en agri­cul­ture (et pour­tant ça marche !) ou des « cou­peurs de feu » capables de blo­quer les brû­lures de la peau. C’est pour­quoi j’a­vais pris l’exemple, oh com­bien élo­quent, du Capitaine Cook, même si je l’a­vais pas suf­fi­sam­ment expli­qué, exposé.
            La science occi­den­tale est née de la méca­nique. C’est pour­quoi Descartes croyait et pen­sait que les ani­maux n’é­taient que des méca­niques. Quelle pré­ten­tion humaine, quel nar­cis­sisme, soit dit en pas­sant. Et la science actuelle est inca­pable de prendre en compte, la plu­part du temps sinon tou­jours, ce qui n’est pas mesu­rable. Elle prend en compte l’or­gane, l’in­di­vi­du, etc., mais est bien loin de com­prendre ce qui se passe ENTRE les organes, entre les indi­vi­dus. Elle peut ana­ly­ser bio­lo­gi­que­ment le cer­veau d’une abeille mais non l’in­te­rac­tion des abeilles d’un même essaim entre elles ! Elle n’en est qu’au tout début.
            Une autre cri­tique que je porte à la science, c’est celle qui me vient de Nietzsche. C’est mon exemple avec la phrase (peut-être pas tout à fait exacte d’Henri Laborit, je n’ai pas retrou­vé la phrase ori­gi­nelle) : “Nous ne vivons que pour main­te­nir notre struc­ture bio­lo­gique…” Tu rajoutes : « Il s’exprime là en bio­lo­giste et, comme tel, il voit juste. » Mais non, quand il dit cela il n’est pas plus scien­ti­fique que moi je suis arche­vêque ! Comment peut-on affir­mer « Nous ne vivons QUE pour main­te­nir notre struc­ture bio­lo­gique ? » C’est le QUE qui pose pro­blème en pre­mier lieu, en plus du reste. Cela ce n’est pas de la science (au sens où je crois nous l’en­ten­dons tous les deux), mais un aprio­ri moral, onto­lo­gique pour employé un mot pom­peux. Dans cette affir­ma­tion Henri Laborit fait fi du temps, du pas­sage du temps, de la vieillesse. Il serait déjà plus juste de dire : « Enfant nous ten­dons à accroître notre struc­ture bio­lo­gique, adulte nous essayons de la main­te­nir, et vieillard cette struc­ture se défait inexo­ra­ble­ment ». Vois-tu ce que je veux dire ? La phrase de Laborit n’est pas une véri­té comme « La Terre tourne autour du soleil » ou celle-ci « L’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve ». Non, la phrase de Laborit est un pré­sup­po­sé, un aprio­ri moral, lié sans aucun doute à tout le reste de ses posi­tions morales. Nietzsche a vu, le pre­mier de tous, que la « science » était prise aus­si dans les pré­sup­po­sés moraux du lan­gage, et que tout était une ques­tion d’é­va­lua­tions, selon lui entre les forces actives, affir­ma­tives, et les forces réac­tives, néga­tives. Cette façon de voir est géniale et per­met, et m’a per­mis depuis long­temps, d’é­va­luer la valeur des phi­lo­so­phies et des affir­ma­tions scientifiques.
            Mon idée, c’est qu’il faut être capable de varier, de faire bou­ger tous les points de vue de la connais­sance, et sans arrêt de les oppo­ser les uns aux autres : les sciences contre les reli­gions et les phi­lo­so­phies ; les phi­lo­so­phies, les pen­sées (je pré­fère ce mot) contre les reli­gions et contre les sciences ; le mar­xisme contre la psy­cha­na­lyse, et vice-ver­sa, la socio­lo­gie contre la psy­cho­lo­gie et vice ver­sa, et je pour­rais conti­nuer comme cela à l’in­fi­ni. Je crois que c’est la meilleure façon d’es­sayer de res­ter un esprit libre, en éveil.

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            • Merci d’a­bord, Gérard, pour l’ap­port si riche de tes réflexions. Notre « dis­pu­ta­tion » étant des plus paci­fiques, on ne peut craindre d’en abu­ser. Si nous pou­vons y inté­res­ser quelques lec­teurs, ce sera déjà bien. Qu’ils s’y joignent à leur tour et ce sera encore mieux…
              Je relève que tes cri­tiques portent sur des com­por­te­ments disons tech­ni­cistes qui, pré­ci­sé­ment, ne relèvent pas du domaine de la science – ou des sciences comme tu pré­fères dire à juste titre puisque tu avances l’hy­po­thèse de la plu­ra­li­té des méthodes. C’est en effet ce qui semble pré­do­mi­ner aujourd’hui dans les milieux scien­ti­fiques (dont je ne suis qu’un obser­va­teur exté­rieur et ama­teur…) et les domaines de l’é­pis­té­mo­lo­gie, disons plus sim­ple­ment des voies d’ac­cès à la connais­sance. Mais, là encore, puisque « tout s’emboîte », recon­nais­sons que ces accès sont pour le moins mul­tiples ; accès qui mènent cepen­dant, il me semble, du point de vue métho­dique, au cycle « obser­va­tion-hypo­thèse /​ expé­rience-vali­da­tion«  dont chaque élé­ment peut consti­tuer un nou­veau point de départ, selon les varia­tions obser­vées. Un cercle dit « ver­tueux », qui en réa­li­té ne se boucle pas sur lui-même, se com­por­tant plu­tôt comme une spi­rale – selon le fleuve et la bai­gnade d’Héraclite…
              Bien d’ac­cord avec toi évo­quant Nietzsche et les « pré­sup­po­sés moraux du lan­gage »  ; on pour­rait aus­si bien par­ler du lan­gage lui-même comme lieu de fixa­tion des incom­pré­hen­sions, lieu des limites de la com­mu­ni­ca­tion, cha­cun y pro­je­tant tout son vécu et ses acquis.
              Concernant le pro­pos prê­té à Laborit, je me borne à noter qu’il est tout même extrait de son contexte. Il se peut qu’il doive être remis à sa place de méde­cin mili­taire„ fort pro­ba­ble­ment un mini­mum scientiste…
              Sur la bio­dy­na­mie et l’ho­méo­pa­thie, mon scep­ti­cisme s’est vu ren­for­cé par mes incur­sions édi­fiantes chez les « zété­ti­ciens », entre autres sur le site Charlatans​.info [http://​www​.char​la​tans​.info/​i​n​d​e​x​.​php]. Jusqu’à pré­sent, je ne vois d’autre expli­ca­tion plau­sible aux bien­faits de l’ho­méo­pa­thie que par l’ef­fet pla­cé­bo – effet réel que je m’ap­plique à l’oc­ca­sion (trai­ter un début d’an­gine par du Mercurius solu­bi­lis 9CH…) et qui est aus­si recon­nu chez les bébés et les ani­maux. Reste néan­moins le « mys­tère » des « “cou­peurs de feu » – le mys­tère qua­li­fiant l’é­tat pro­vi­soire de notre igno­rance… Biodynamie ou pas, conti­nuons à culti­ver notre jardin !

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  • Graille

    Merci Geai pour cette belle ana­lyse. Comme tou­jours tu marques le moment et l’é­vé­ne­ment du talent de ta plume. Il n’y a rien à ajou­ter et pour­tant tant à dire sur ce héros mar­ty­ri­sé dans son corps et dont la pen­sée ful­gu­rante nous illu­mine. Son intel­li­gente soif de connais­sance nous entraîne vers tou­jours plus.
    Dans l’im­men­si­té de l’univers
    Oui un vrai héros.
    J’espère en son étoile…

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  • Exemple ter­ri­ble­ment excep­tion­nel de quel­qu’un dont on ne peut dire qu’en mou­rant il a fini de souffrir…

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    • À sup­po­ser qu’il ne souf­frait pas le mar­tyre dans son corps, sa dou­leur morale, men­tale, psychique –
      celle de sa dégra­da­tion phy­sique – l’au­ra tout de même enva­hi durant toute sa vie…

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  • Surpris devant cette tri­bune. Que l’hu­ma­ni­té dis­pa­raisse dans 1000 ans, un mar­di après-midi, me semble être dans l’ordre des choses. Contre, pour… De la pen­sée pure de Hawking, on bas­cule vers le conflit Israël/​Palestine. Nous res­tons dans le Le star sys­tem. Le spec­tacle. D’autant que beau­coup confondent Stephen Hawking et Stephen King.

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