Stephen Hawking, cosmique et si terrestre

Mort aujourd’hui à 76 ans de Stephen Hawking, mathématicien, physicien, cosmologiste britannique. Si le mot « savant » peut s’incarner de nos jours, c’est bien en lui – entre autres. Cerveau dans un corps paralysé, il pensait le cosmos et s’inquiétait pour l’humanité. Les médias en parlent abondamment – on ne va pas s’en plaindre, pour une fois que le Spectacle ne se limite pas au showbiz.

Stephen_hawking_2008_nasa
Stephen Hawking, 2008 © Photo NASA/Paul Alers

[dropcap]Hawking[/dropcap] était et reste une référence scientifique 1. Il représentait aussi, en dépit et à cause de son terrible handicap, l’exemple même du surhomme au sens de Nietzsche – celui qui a sculpté sa vie par-delà les contingences de l’existence. Et, en l’occurrence, face à l’implacable mal qui l’avait contraint à la paralysie progressive. Le « sous-homme » physique, outrepassant l’adversité biologique 2, allait ainsi forger son statut de surhumain, capable de donner un sens à l’histoire sans but de l’humanité. Il est pour le moins curieux, à cet égard – ou ceci expliquant cela – que le jeune Hawking en vint à renoncer à l’astronomie pour s’orienter vers la physique et la conception de l’univers, la cosmologie. Autrement dit, bientôt lâché par son corps, Hawking allait « se retirer » dans son cerveau et dès lors se consacrer à la recherche pure, on pourrait même dire à la pensée pure. Il renoncerait ainsi à la science d’observation – les observations étant sources d’erreurs perceptives et subjectives.

Pour autant, et c’est ce qui donne aussi sa grandeur à ce personnage hors-pair, Hawking ne s’est nullement retiré du monde, au contraire. Il s’est ainsi montré résolument opposé à l’État d’Israël dans son traitement des Palestiniens 3. Il a aussi sonné l’alarme sur l’avenir de l’humanité : en juillet 2016, dans le journal britannique The Guardian, Hawking expliquait que pour espérer survivre aux importants défis à venir — le réchauffement climatique, la production alimentaire, la surpopulation, etc. — il fallait résister à l’individualisme et l’isolationnisme qui nourrissent les mouvements politiques : « Nous allons devoir nous adapter, repenser, recentrer et modifier certaines de nos hypothèses fondamentales sur ce que nous entendons par la richesse, les biens […] Comme les enfants, nous allons devoir apprendre à partager. Si nous échouons, alors les forces qui ont contribué au Brexit, la progression de l’isolationnisme, pas seulement au Royaume-Uni mais partout dans le monde, qui naît du manque de partage, d’une définition biaisée de la richesse et de l‘incapacité de la partager plus équitablement, à la fois dans les États mais aussi entre eux, se renforceront. Si cela arrivait, je ne serais pas optimiste pour le futur de notre espèce ». Peu après, lors d’un débat à Oxford, Stephen Hawking avançait que l’Homme risque de ne pas survivre plus de 1 000 ans sur Terre et invite à considérer le voyage dans l’espace comme l’une des solutions de survie de l’humanité. Il rejoint en cela son intérêt marqué pour la science-fiction et notamment à l’univers de Star Trek : il joue son propre rôle dans le prologue de la série The Next Generation, engagé dans une partie de poker avec Isaac Newton et Albert Einstein…

Stephen Hawking devait aussi se prononcer contre l’intelligence artificielle, redoutant qu’elle puisse mettre fin à l’espèce humaine – « limitée par une lente évolution biologique, elle ne pourrait pas rivaliser et serait dépassée. » Il soutient aussi que la philosophie est morte, les philosophes ayant été selon lui « remplacés par les scientifiques pour répondre aux grandes questions sur l’univers et le temps ».

Y a-t-il un grand architecte dans l’univers ? 4, se demandait-il en 2011 dans le livre ainsi intitulé. Trois ans plus tard, dans un entretien paru dans le journal espagnol El Mundo, il se déclarait athée.

Notes:

  1. Je n’entrerai pas ici dans ce domaine, hors de mes compétences.
  2. On sait qu’il ne pouvait s’exprimer que par l’intermédiaire d’un ordinateur à synthèse vocale
  3. Il avait déclaré en 2009 sur la chaîne qatarienne Al-Jazeera : « La situation ressemble à celle qui prévalait en Afrique du Sud avant 1990 et ne peut continuer »
  4. The Grand Design, écrit en collaboration avec le physicien américain Leonard Mlodinow.
Partager

Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

12 réflexions sur “Stephen Hawking, cosmique et si terrestre

  • 14 mars 2018 à 17 h 34 min
    Permalien

    Chapeau bas devant cet homme. Intelligence , curiosité et courage.
    Oui nos enfants devront quitter cette terre que nos folies et notre nombre aura rendue impropre à la vie humaine. Grande aventure, une autre dans notre histoire à moins que nos enfants ne deviennent esclaves d’intelligences artificielles froides, rationnelles, bref inhumaines. Il faudra inventer une autre forme de résistance .
    Le grand architecte de l’univers comme le père noël ne peut rien.

    Répondre
  • 14 mars 2018 à 18 h 12 min
    Permalien

    Bravo pour cet article hommage à Stephen Hawking. A vrai dire je n’en attendais pas moins de C’est pour dire !
    A plus d’un titre Stephen Hawking inspire un grand respect, c’est une évidence pour toute personne sensible et intelligente. Oui aussi pour sa dénonciation du traitement des Palestiniens infligé par Israël. Oui aussi pour le nécessaire partage des richesses, nous le savons nous-mêmes depuis longtemps.
    Par contre, je ne suivrai pas Hawking sur son idée que la philosophie est morte. Certes, l’approche scientifique a remisé à jamais l’approche de beaucoup de philosophes sur nombre de questions. Un exemple parmi d’autres : depuis que des études réellement scientifiques ont été faites quant aux animaux (principalement depuis que des espèces animales ont été filmées dans leurs milieux de Vie – merci les documentaires) il n’est plus possible de donner le moindre crédit à tous ces philosophes qui ont prétendu un gouffre infranchissable entre toutes les autres espèces et l’homme. Tout cela est pulvérisé par la science (et par l’intelligence : Montaigne l’avait déjà dit !).
    Mais la science n’est pas le réel, la Vie. La science n’est qu’une grille de compréhension du Monde, ce n’est pas le fondement du Monde, l’intérieur du Monde si je peux m’exprimer ainsi. Bakounine l’avait déjà dit plus d’une fois, par exemple : “La science comprend la pensée de la réalité, non la réalité elle-même ; la pensée de la vie, non la vie.”
    Et c’est oublier, ou ne pas voir, que le questionnement philosophique, métaphysique, ne se vit pas en l’homme au même endroit et de la même façon que se pose le questionnement scientifique. La question fondamentale de la métaphysique, comme le dit Heidegger est “Pourquoi y-a-t-il quelque chose plutôt que rien ?” et il ajoutait fort justement que l’on pouvait répéter à l’infini cette question intellectuellement, mentalement, sans que cela l’ouvre le moins du Monde. Posée intellectuellement la question et ses réponses sont scientifiques, posée existentiellement la question ouvre en nous à la question de l’Être, au dévoilement de la question de l’Être, c’est-à-dire à une expérience existentielle inouïe. En ce sens l’approche “philosophique” débordera toujours l’approche scientifique. Bien entendu, ces deux approches ne s’excluent pas, même si elles sont si différentes.

    Répondre
    • 15 mars 2018 à 11 h 37 min
      Permalien

      La tentation est forte, pour certains scientifiques, de “dépasser” la philosophie considérée “seulement” comme une interprétation du monde ; c’est le cas aussi, notamment, de Richard Dawkins (“Le Gène égoïste”, “Pour en finir avec Dieu”, ‘L’Horloger aveugle”, …) C’est que la science, atteignant ces niveaux, peut prétendre bordurer LA connaissance… À quoi on pourrait renvoyer Stephen Hawking à “son” univers sans bord… aussi incertain qu’hypothétique. De même Bakounine voyant la science comme “pensée de la vie, non la vie” : on pourrait en dire autant de la philosophie – sauf que celle-ci, en effet, peut prétendre induire un mode de vie. En quoi la science sans philosophie ne serait que “ruine de l’âme”, d’où son danger intrinsèque, celui d’échapper à la conscience des hommes, à l’humanisme –
      n’en est-on pas déjà au “transhumanisme” ?

      Répondre
      • 15 mars 2018 à 18 h 11 min
        Permalien

        Gérard, je ne suis pas sûr du tout de comprendre le sens de ton commentaire. Mais il me permet de rajouter certaines pensées écrites rapidement, trop peut-être.
        Il se fait que je suis lecteur du livre de Richard Dawkins “Pour en finir avec Dieu”. C’est un bon livre d’arguments solides contre les religions. Après connaissance de l’article Wikipedia sur son auteur, aujourd’hui même, je découvre que sur certains domaines c’est un dogmatique scientiste.
        Contrairement à ce qui se dit habituellement la science n’est pas un regard neutre, un savoir neutre, objectif, sur le Monde. La science est un choix de compréhension du Monde, c’est une certaine façon, une façon particulière, parmi d’autres, d’essayer de comprende, de cartographier le Monde. La connaissance scientifique n’est pas la seule connaissance du Monde, c’est surtout concernant la science actuelle, occidentale, une façon assez mécanique d’envisager le Monde. Cela est flagrant dans la médecine occidentale qui ne considère les êtres que comme un agrégat d’organes, de fonctions, de mécanismes, et qui est incapable de prendre en compte le non mesurable, les méridiens d’énergie de l’acupuncture ou les réussites de l’homéopathie par exemples, etc. (Cela commence à changer, tout de même !) Pour le dogme scientifique n’existe que ce que la science peut prouver l’existence. Quelle perversion alors, puisque la science dans cette optique n’a pas à découvrir le réel, à s’aligner sur le réel, mais le réel a à coïncider avec les connaissances scientifiques du moment sous peine d’être rejeté comme inexistant. Je pense souvent au grand navigateur James Cook : il avait remarqué que, pour lutter contre le scorbut, il falait que son équipage mange légumes et fruits. Il obligeait même ses marins à cela, et le taux de mortalité de ses marins était ridiculeusement bas comparé à ceux de tous les autres bateaux. Et pourtant la vitamine C n’était pas encore découverte. Actuellement pour qu’un traitement médical soit reconnu valable et donc préconisé il faut qu’il ait l’aval de la science, et c’est un non sens. Les médecins scientistes ont par exemple dénigré l’effet positif du jeûne tant que celui-ci n’a pas été avalisé par les expériences scientifiques. Et tout est à l’avenant.
        Au 19ème siècle, à ma connaissance, seuls deux penseurs ont fait une critique de la science. Bakounine avec sa critique plus particulièrement axée sur le pouvoir des savants sur le corps social et sur les individus, les êtres vivants, et une fois de plus Bakounine a vu juste, a été prophétique. Et Nietzsche qui a débusqué que la plupart des concepts scientifiques dérivent de conceptions morales plus que douteuses, conceptions morales inhérentes au langage même. La science n’est pas idéologiquement neutre, n’est pas moralement neutre, voilà ce que Nietzsche nous a appris. J’en prends un exemple du 20ème siècle, mais qui aurait plu à Nietzsche, je pense. Henri Laborit, inventeur du premier neuroleptique entre autres, disait “Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique…” J’aurai tendance à penser “Comment peut-on affirmer un truc pareil ?” Et Nietzsche aurait dit “Voilà typiquement une pensée nihiliste, de décadent, d’un être qui n’est plus dans l’expansion de la Vie, dans la volonté de puissance de la Vie, d’un être dont le seul souci est de perdurer dans sa médiocrité.” Le penseur Jean-Marie Guyau, contemporain de Nietzsche, aurait dit aussi quelque chose de semblable. Au fond, les scientifiques, la plupart du temps, projettent leurs conceptions morales sur le Monde.
        Le problème c’est le dogme. En tout. C’est d’autant plus impardonnable dans la science que le plus souvent, sinon toujours, une vérité d’aujourd’hui sera l’erreur de demain. La connaissance scientifique n’est qu’une extériorité, qu’une pensée sur… Il est d’autres connaissances : corporelles, des sensations, des sentiments, et de la beauté, de la relation directe avec ce qui est, connaissances de l’intériorité.

        Répondre
        • 23 mars 2018 à 22 h 56 min
          Permalien

          Je ne serais pas aussi tranché que toi sur la science ; mais je crains surtout qu’à son propos nous ne donnions pas forcément les mêmes contenus aux mots. Ainsi, quand tu écris :
          “Quelle perversion alors, puisque la science dans cette optique n’a pas à découvrir le réel, à s’aligner sur le réel, mais le réel a à coïncider avec les connaissances scientifiques du moment sous peine d’être rejeté comme inexistant.” Pour moi, la science est un processus évolutif permanent de description du monde, selon des bases les plus objectives possibles, procédant par étapes, au prix de remises en cause successives, ou tout au moins de réajustements. Tordre le réel pour le faire rentrer dans quelque théorie serait le contraire de la démarche scientifique. C’est bien pourquoi, il me semble, la science s’élève toujours (je ne parle pas de ses dérives aventureuses, évidemment, type Lyssenko en URSS, contre-exemple “parfait”) contre les mystifications obscurantistes. Tu cites Laborit : “Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique…” Il s’exprime là en biologiste et, comme tel, il voit juste. Tout comme Darwin a vu et décrit les processus de l’évolution liés à ceux de la perpétuation des espèces. Tous deux se rattachent à un matérialisme moniste – non dualiste donc, ne séparant pas matière et esprit. Car, en effet, à propos d’esprit, il est, heureusement, bien d’autres connaissances que strictement scientifiques ! Enfin, selon moi, la médecine n’est nullement une science, mais une technique et un art liés aux acquis des sciences dites exactes, à la différences des sciences humaines (on disait aussi dures/molles, mais c’était sujet à interprétations péjoratives) ; c’est ainsi que l’homéopathie soulève toujours autant de débats, son action n’ayant pu être prouvée de manière réellement scientifique – ce qui ne ne signifie pas qu’elle n’agit pas sur les malades, hommes et bêtes sensibles aux effets placebo. Car les être vivants ne se réduisent pas à des assemblages biologiques… Preuve en est que nous en discutons !

          Répondre
          • 31 mars 2018 à 16 h 33 min
            Permalien

            Gérard, merci pour ton commentaire qui ne m’étonne aucunement. L’imprécision du mien impliquait un commentaire de toi, je m’y attendais.
            Je ne pourrai répondre que succinctement.
            Pour moi, il n’y a pas La Science, mais des sciences. De même qu’il n’y a pas La Culture, mais des cultures. Quand j’entends parler d’apporter la culture aux gens du peuple, à chaque fois je bondis ! De quelle culture s’agit-il ? Il en est pour moi ainsi de La Science : de quelle science parle-t-on ?
            Ma critique porte sur la science occidentale, l’approche scientifique dominante actuellement sur une grande partie du Monde, et qui a un certain côté impérialiste : la prétention à la vérité vraie. C’est pourquoi j’avais choisi dans mon commentaire précédent l’exemple de la médecine où selon moi le scientisme fait depuis de nombreuses années des ravages.
            Quand tu dis : “Pour moi, la science est un processus évolutif permanent de description du monde, selon des bases les plus objectives possibles, procédant par étapes, au prix de remises en cause successives, ou tout au moins de réajustements. Tordre le réel pour le faire rentrer dans quelque théorie serait le contraire de la démarche scientifique”, je suis d’accord. Seulement l’idéologie scientifique, technoscientifique pour mieux dire, et liée à des intérêts totalement financiers, ne procède pas comme cela, mais plus souvent comme je l’ai dit : ““Quelle perversion alors, puisque la science dans cette optique n’a pas à découvrir le réel, à s’aligner sur le réel, mais le réel a à coïncider avec les connaissances scientifiques du moment sous peine d’être rejeté comme inexistant.” C’est typique dans le domaine de la médecine, c’est pourquoi j’y avais pris des exemples parlants. Le scientisme en médecine – c’est-à-dire la croyance d’avoir atteint la vérité vraie et cela dès maintenant et pour toujours – est une calamité. D’où l’interdit et la condamnation, relayés par la plupart des médias, de remettre en cause quoi que ce soit de la doxa médicale (vaccinations à outrance, critiques et négations des médecines autres, réductions de l’homéopathie, comme tu le fais, à un effet placebo – comment expliquer alors que l’homéopathie marche avec des bébés, des animaux ?, refus de considérer les médecines traditionnelles comme valables tant qu’elles ne sont pas estampillées par le corps scientifiques, etc., etc.) Dans le même ordre d’idée, la science est incapable d’expliquer les méthodes de la biodynamie en agriculture (et pourtant ça marche !) ou des “coupeurs de feu” capables de bloquer les brûlures de la peau. C’est pourquoi j’avais pris l’exemple, oh combien éloquent, du Capitaine Cook, même si je l’avais pas suffisamment expliqué, exposé.
            La science occidentale est née de la mécanique. C’est pourquoi Descartes croyait et pensait que les animaux n’étaient que des mécaniques. Quelle prétention humaine, quel narcissisme, soit dit en passant. Et la science actuelle est incapable de prendre en compte, la plupart du temps sinon toujours, ce qui n’est pas mesurable. Elle prend en compte l’organe, l’individu, etc., mais est bien loin de comprendre ce qui se passe ENTRE les organes, entre les individus. Elle peut analyser biologiquement le cerveau d’une abeille mais non l’interaction des abeilles d’un même essaim entre elles ! Elle n’en est qu’au tout début.
            Une autre critique que je porte à la science, c’est celle qui me vient de Nietzsche. C’est mon exemple avec la phrase (peut-être pas tout à fait exacte d’Henri Laborit, je n’ai pas retrouvé la phrase originelle) : “Nous ne vivons que pour maintenir notre structure biologique…” Tu rajoutes : “Il s’exprime là en biologiste et, comme tel, il voit juste.” Mais non, quand il dit cela il n’est pas plus scientifique que moi je suis archevêque ! Comment peut-on affirmer “Nous ne vivons QUE pour maintenir notre structure biologique ?” C’est le QUE qui pose problème en premier lieu, en plus du reste. Cela ce n’est pas de la science (au sens où je crois nous l’entendons tous les deux), mais un apriori moral, ontologique pour employé un mot pompeux. Dans cette affirmation Henri Laborit fait fi du temps, du passage du temps, de la vieillesse. Il serait déjà plus juste de dire : “Enfant nous tendons à accroître notre structure biologique, adulte nous essayons de la maintenir, et vieillard cette structure se défait inexorablement”. Vois-tu ce que je veux dire ? La phrase de Laborit n’est pas une vérité comme “La Terre tourne autour du soleil” ou celle-ci “L’on ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve”. Non, la phrase de Laborit est un présupposé, un apriori moral, lié sans aucun doute à tout le reste de ses positions morales. Nietzsche a vu, le premier de tous, que la “science” était prise aussi dans les présupposés moraux du langage, et que tout était une question d’évaluations, selon lui entre les forces actives, affirmatives, et les forces réactives, négatives. Cette façon de voir est géniale et permet, et m’a permis depuis longtemps, d’évaluer la valeur des philosophies et des affirmations scientifiques.
            Mon idée, c’est qu’il faut être capable de varier, de faire bouger tous les points de vue de la connaissance, et sans arrêt de les opposer les uns aux autres : les sciences contre les religions et les philosophies ; les philosophies, les pensées (je préfère ce mot) contre les religions et contre les sciences ; le marxisme contre la psychanalyse, et vice-versa, la sociologie contre la psychologie et vice versa, et je pourrais continuer comme cela à l’infini. Je crois que c’est la meilleure façon d’essayer de rester un esprit libre, en éveil.

            Répondre
            • 11 avril 2018 à 23 h 57 min
              Permalien

              Merci d’abord, Gérard, pour l’apport si riche de tes réflexions. Notre “disputation” étant des plus pacifiques, on ne peut craindre d’en abuser. Si nous pouvons y intéresser quelques lecteurs, ce sera déjà bien. Qu’ils s’y joignent à leur tour et ce sera encore mieux…
              Je relève que tes critiques portent sur des comportements disons technicistes qui, précisément, ne relèvent pas du domaine de la science – ou des sciences comme tu préfères dire à juste titre puisque tu avances l’hypothèse de la pluralité des méthodes. C’est en effet ce qui semble prédominer aujourd’hui dans les milieux scientifiques (dont je ne suis qu’un observateur extérieur et amateur…) et les domaines de l’épistémologie, disons plus simplement des voies d’accès à la connaissance. Mais, là encore, puisque « tout s’emboîte », reconnaissons que ces accès sont pour le moins multiples ; accès qui mènent cependant, il me semble, du point de vue méthodique, au cycle “observation-hypothèse / expérience-validation«  dont chaque élément peut constituer un nouveau point de départ, selon les variations observées. Un cercle dit “vertueux”, qui en réalité ne se boucle pas sur lui-même, se comportant plutôt comme une spirale – selon le fleuve et la baignade d’Héraclite…
              Bien d’accord avec toi évoquant Nietzsche et les « présupposés moraux du langage »  ; on pourrait aussi bien parler du langage lui-même comme lieu de fixation des incompréhensions, lieu des limites de la communication, chacun y projetant tout son vécu et ses acquis.
              Concernant le propos prêté à Laborit, je me borne à noter qu’il est tout même extrait de son contexte. Il se peut qu’il doive être remis à sa place de médecin militaire,, fort probablement un minimum scientiste…
              Sur la biodynamie et l’homéopathie, mon scepticisme s’est vu renforcé par mes incursions édifiantes chez les “zététiciens”, entre autres sur le site Charlatans.info [http://www.charlatans.info/index.php]. Jusqu’à présent, je ne vois d’autre explication plausible aux bienfaits de l’homéopathie que par l’effet placébo – effet réel que je m’applique à l’occasion (traiter un début d’angine par du Mercurius solubilis 9CH…) et qui est aussi reconnu chez les bébés et les animaux. Reste néanmoins le « mystère » des « “coupeurs de feu » – le mystère qualifiant l’état provisoire de notre ignorance… Biodynamie ou pas, continuons à cultiver notre jardin !

              Répondre
  • 14 mars 2018 à 18 h 33 min
    Permalien

    Merci Geai pour cette belle analyse. Comme toujours tu marques le moment et l’événement du talent de ta plume. Il n’y a rien à ajouter et pourtant tant à dire sur ce héros martyrisé dans son corps et dont la pensée fulgurante nous illumine. Son intelligente soif de connaissance nous entraîne vers toujours plus.
    Dans l’immensité de l’univers
    Oui un vrai héros.
    J’espère en son étoile…

    Répondre
  • 15 mars 2018 à 10 h 57 min
    Permalien

    Exemple terriblement exceptionnel de quelqu’un dont on ne peut dire qu’en mourant il a fini de souffrir…

    Répondre
    • 15 mars 2018 à 11 h 41 min
      Permalien

      À supposer qu’il ne souffrait pas le martyre dans son corps, sa douleur morale, mentale, psychique –
      celle de sa dégradation physique – l’aura tout de même envahi durant toute sa vie…

      Répondre
  • 18 mars 2018 à 21 h 10 min
    Permalien

    Surpris devant cette tribune. Que l’humanité disparaisse dans 1000 ans, un mardi après-midi, me semble être dans l’ordre des choses. Contre, pour… De la pensée pure de Hawking, on bascule vers le conflit Israël/Palestine. Nous restons dans le Le star system. Le spectacle. D’autant que beaucoup confondent Stephen Hawking et Stephen King.

    Répondre

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Translate »