Européennes. Décroître ou périr

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Une trentaine de listes, des discours blablateux, des débats de cour de récré (émission à la télé, pitoyable combat de coqs)… J’étais fermement décidé à ne pas apporter ma caution, ni à la mascarade, ni à cette Europe du capitalisme débridé, de la compétition généralisée, le tout sous le faux-nez du libéralisme économico-politique. Dans l’offre du marché électoral, je ne voyais qu’un même sous-produit. À l’exception peut-être, en cherchant bien, de quelques listes « hors-pistes » : espérantiste (de la langue espéranto) ou animaliste (défense de la cause animale). Tandis que prévaut, dans ce fatras, un même dogme : « Tout changer pour que rien ne change » – une affaire de Guépard dans un troupeau de hyènes, soit beaucoup de postures, de baratin pour continuer à produire « du même », à produire encore et encore, toujours plus sous une couche verdâtre, pour la rengaine du « durable ».
Or, une liste, une seule semble se démarquer de cet unanimisme suicidaire : « Décroissance 2019 ». Je suis tombé dessus par le hasard d’internet. Je ne saurais mieux dire qu’en reproduisant ci-dessous la « profession de foi » (quelle drôle d’expression !) J’en profite pour signaler l’existence d’un mensuel du même tonneau, La Décroissance – Le Journal de la joie de vivre, qu’on ne trouve que sous la forme papier, en kiosque et par abonnement.

La décroissance, c’est le bon sens !

Notre société du gaspillage est à l’origine de l’épuisement des ressources, du changement climatique, de l’extinction des espèces, de l’augmentation des inégalités… Ce constat est maintenant largement partagé, certains parlent même d’effondrement. Des spécialistes annoncent depuis 50 ans l’échéance pour la prochaine décennie. Pourtant, tous les partis continuent de prêcher une relance de la croissance et s’écharpent sur les moyens pour y parvenir. Ils continuent de faire du problème la solution.

Croître à l'infini… vers la catastrophe… Décroissance.Le capitalisme a gagné sur toute la ligne, colonisant même l’extrême gauche avec sa foi en la science et son productivisme. Le sentiment d’impuissance est tel qu’individualisme et fuite en avant prédominent. Comme si guerres, famines et épidémies étaient inéluctables. Comme si le suicide était préférable à une cure d’amaigrissement.

Le simple bon sens devrait pourtant nous suggérer que, lorsque les limites physiques sont dépassées et que la survie est en jeu, il faut faire machine arrière pour revenir à l’intérieur de ces limites. La seule politique responsable est donc d’organiser une décroissance de l’empreinte écologique globale tout en augmentant la résilience de la société. Cela passe par une réduction du cycle extraction-production-consommation-déchets, par une baisse du niveau de vie matériel global et par un programme de transition économique qui garantisse l’essentiel du bien vivre aux plus nombreux. La décroissance tout simplement.

La liberté ne consiste pas à s’affranchir des limites, mais à en prendre la mesure pour construire des sociétés viables et souhaitables : nous rêvons d’une relocalisation de tous les produits de première nécessité dans des bio-régions autonomes, quasi autarciques, de la taille d’une province. Nous assumons nous inspirer du passé : on ne peut pas soutenir que les choses s’aggravent et, en même temps, que c’était pire avant.

Nos étapes pour préserver l’avenir, dès à présent, sont les suivantes :

Production : donner à des conventions de citoyens le droit de refuser certaines productions, d’imposer des normes afin de sortir du gaspillage et de l’obsolescence programmée. Supprimer ou taxer lourdement la publicité, le luxe, les bolides urbains, les produits toxiques, les grandes surfaces, le nucléaire, les technologies abrutissantes.

Commerce : sortir évidemment de tous les traités européens de libre-échange, conçus depuis le début pour enrichir les riches en rendant les gens captifs d’un approvisionnement lointain et assumer un protectionnisme douanier, y compris régional, qui permette une relocalisation effective des productions.

Fiscalité : faire porter la fiscalité non plus sur la ressource abondante – le travail – mais sur celles en voie de raréfaction, comme l’énergie et les matières premières pour les économiser. Taxer équitablement le kérosène et le fuel des bateaux et des camions. Instaurer un revenu maximum, car la richesse excessive est une atteinte à la décence commune. Instaurer des quotas carbone individualisés pour garantir à tous un minimum d’énergie.

Monnaie : multiplier les monnaies pour affaiblir la finance : rétablir des monnaies publiques locales, régionales et nationales, à côté d’une monnaie commune remise à sa place.

Migration : sortir des fables libérales sur la liberté de circuler, qui justifient l’errance économique au service de l’exploitation salariale, alors que chacun aspire d’abord à pouvoir vivre dans son pays. Savoir cependant intégrer les migrants chassés par le changement climatique et par nos guerres néocoloniales pour les ressources. 1

Agriculture : arrêter les grands travaux inutiles, consommateurs de foncier, pour financer un « plan Marshall » en faveur d’une alimentation saine de proximité : nourrir à nouveau les villes par leurs campagnes, réformer l’enseignement agricole pour réintroduire une polyculture-élevage paysanne en circuit court. Régénérer les sols et créer de nombreux emplois avec la permaculture. Garantir un droit au jardinage au moyen d’une réappropriation foncière par les communes.

Démocratie :  rapprocher les décisions des citoyens en relocalisant la politique dans les provinces, les pays et les communes. Pour y parvenir, instaurer chaque année des référendums d’initiative citoyenne et des assemblées populaires tirées au sort, comme un Sénat des peuples européens disposant d’un droit de veto.

En marche pour la décroissance !

En savoir plus sur le site : http://decroissance-elections.fr/

> Cette liste ayant renoncé à imprimer des bulletins de vote, les votants devront donc, avant d’aller aux urnes, imprimer le bulletin eux-mêmes. Le site explique tout ça.

Notes:

  1. Pour ma part, sur ce point de clivage qui met en péril l’idée même d’Europe, j’ajouterais le volet démographie – si tant est que le problème de la surpopulation mondiale me semble fondamental – si l’on souhaite réellement inverser la course suicidaire. Une autre option pourrait consister à miser sur la catastrophe annoncée et espérer une renaissance…
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Merci pour cette info.

Gérard Bérilley

Ce texte pour la décroissance n’indique que des intentions, des « il faudrait », mais rien quant aux moyens pour y arriver ! De plus certains sujets ne sont pas de l’ordre des attributions du Parlement Européen. Il s’agit donc d’un genre de manifeste pour la décroissance et rien de plus. C’est là le grand reproche que je ferais à ses partisans : c’est, comme tous les mouvements minoritaires qui croient détenir la vérité, de ne tenir aucun compte de ce que veulent tous ceux qui ne pensent pas comme eux ! Les gens ne veulent pas forcément la décroissance,… Lire la suite

Graille

Eh bien le maître à penser du journal que vous citez à mon sens à raison, la naissance d’un enfant est une merveille : C’est la vie qui continue et nous sommes programmés pour la perpétuer quoi qu’il en soit…
Quant à la décroissance, elle arrivera, obligée par quelques désastres et les vivants de ce moment passeront inévitablement à un autre plan de conscience…
En espérant que les robots ne remplaceront pas les hommes que nous ne ferons plus.

Gérard Bérilley

La naissance d’un enfant est une merveille, oui. Mais la naissance d’un milliard d’enfants, non. La surpopulation met en péril même l’avenir de l’humanité et de la Vie sur Terre. Pour que la Vie continue il faut une Vie contre une mort, au moins une stabilisation de la population mondiale, c’est-à-dire pas plus de deux enfants par femme. Cela il faudra y arriver, quoiqu’il en soit, sinon à chaque génération il y aura quasiment un doublement de la population mondiale. Donc, quand nous serons 15 milliards (si c’est possible, si la Terre le supportera) il faudra bien y arriver à… Lire la suite

Perrot

Mais le prédateur de l’être humain, c’est l’homme lui-même ! Le seul d’ailleurs à menacer de mort sa propre espèce, par son inconscience et surtout sa cupidité, son insatiable appétit à tout goinfrer, à se gonfler de pognon et de suffisance ! On n’atteindra pas les 15 milliards, ni peut-être même les 10 car il y aura eu avant une catastrophe, celle qui est déjà en cours, quoi qu’’il en soit des négationnistes du dérèglement climatique. Les « décroissants » ont le tort d’avoir raison trop tôt… tandis qu’il est sans doute déjà trop tard ! Comme disait Yves Paccalet dans son… Lire la suite

Gérard Bérilley

Je suis d’accord avec vous. On n’atteindra pas les 15 milliards, et il y a bien peu de chances que nous atteignons les 10 milliards. La cupidité de certains, je la dénonce tout autant. La catastrophe est déjà là. Le compte à rebours est commencé. Je ne sais pas si l’on peut dire : « le prédateur de l’être humain, c’est l’homme lui-même », car généralement le prédateur est d’une autre espèce. Comme le disait Robert Hainard si magnifiquement : « le meilleur ami d’une espèce c’est son prédateur ». Chaque mot compte dans cette affirmation, car s’il n’y avait… Lire la suite

Gérard Bérilley

Un rajout concernant la prédation. Tous les renards sont prédateurs des lapins et des souris, toutes les buses variables sont prédatrices des souris, ils et elles ne peuvent faire autrement. Par contre, tous les hommes, tous les groupements humains, ne sont pas prédateurs d’autres hommes, d’autres groupements humains, et c’est pourquoi il n’est pas exact de dire que l’Homme avec un grand H est le prédateur de l’Homme.

Gérard Bérilley

Gérard, je ne comprends pas le sens de ton commentaire. Ce que j’ai voulu dire c’est que la prédation – si l’on veut conserver ce mot – envers d’autres hommes, c’est-à-dire à l’intérieur de l’espèce humaine, n’est pas inhérente à la nature humaine. Ce sont les sciences sociales, historiques, etc. qui permettent de comprendre cette “prédation”, cette coupure en classes, en dominants-dominés qui n’est pas universelle. Cela n’a strictement rien à voir avec une quelconque sur ou sous espèce. Encore une fois je ne comprends pas ta phrase.

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