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« Papicha », le cinéma, la culture… et la jeunesse

Temps de lecture ± 3 mn 30

Papicha, film formidable de la jeune cinéaste algérienne Mounia Meddour, passait hier à l’Alhambra, dans les quartiers nord de Marseille.[ref]Soirée parrainée par l’association Rencontre de films femmes Méditerrannée.[/ref] La salle était pleine pour ce film aussi magnifique qu’important, montrant la lutte de quelques jeunes Algériennes – des « papicha », des jeunes coquettes en franco-algérien – contre la main-mise des islamistes sur leurs corps, leurs tenues vestimentaires, leurs désirs, leur liberté. L’histoire se passe durant les années 90, celles de la terrible décennie noire. Mais son actualité reste telle, par-delà le factuel historique, que le régime algérien, en pleine crise face à une jeunesse en rébellion, a interdit la projection du film en Algérie même, là où il fut tourné avec les autorisations officielles…

Cependant, ce n’est pas tant du film que je vais parler ici que de l’attitude de jeunes spectateurs durant la projection. Derrière nous, un couple de jeunes enamourés, au demeurant sympathiques, sauf qu’ils ne cessaient de se chuchoter à l’oreille. Dans la rangée de devant, deux gamins, bien sympas aussi, mais tchatchant et ricanant tout en tripotant leurs portables… Qu’étaient-ils donc venus faire dans ce cinéma , ces quatre jeunes, alors qu’ils étaient incapables, à l’évidence, de se concentrer plus d’une minute sur le film dont le contenu semblait totalement leur échapper ?

Et voilà que je retrouve, ici-même sur ce blog, des propos du cinéaste québécois Denys Arcand déplorant il y a dix ans, en 2009, une acculturation de la jeunesse, signe d’un autre déclin que celui de l’Empire américain, mais le rejoignant tout à fait quant à l’avenir de notre humanité. Il n’était alors pas encore question du dérèglement climatique et les téléphones portables n'avaient pas totalement envahi l'espace mais, déjà, s'annonçait la fin d’un monde ou, au mieux, une autre Renaissance. D’où cette republication.

 

En attendant une autre Renaissance,

par Denys Arcand

Le cinéaste québécois Denys Arcand – entre autres : Le Déclin de l’empire américain et Les Invasions barbares –, s’est laissé aller au pessimisme lors d’une causerie récente sur Radio-Canada. Pessimiste parce que réaliste ? Intéressant à méditer en tout cas.

[dropcap]Je[/dropcap] suis convaincu que la civilisation qu’on a connue, c’est-à-dire la civilisation européenne, celle qui est née avec Montaigne et Dante, elle est finie cette civilisation-là et elle meurt sous nos yeux. Elle est morte pendant le vingtième siècle et elle va finir de mourir dans le vingt et unième siècle. On s’en va vers un inconnu absolu.

Simplement la débandade des systèmes d’éducation par exemple. Maintenant, ici et en France, on ne peut plus enseigner le dix-septième siècle, les élèves ne comprennent plus. Ils sont physiquement incapables de lire du Racine, Bossuet, Pascal, tout ce qui forme le cœur de la culture française. Simplement parce qu’ils ne sont pas capables de lire les mots.

Un copain qui enseigne la littérature française racontait que, quand on disait que « madame de Montespan avait de l’ascendant sur le Roi », les élèves étaient convaincus qu’elle habitait au-dessus de chez le Roi, parce qu’elle avait de l’ascendant. Le mot ascendant leur rappelait ascenseur ou quelque chose comme ça. Je caricature mais en fait c’est devenu quasi illisible pour eux.

Les jeunes aujourd’hui peuvent lire peut-être du dix neuvième siècle, Flaubert parce que c’est à peu près le même vocabulaire, avant, c’est fini. Ce n’est pas juste vrai au Québec, ça l’est aussi pour la France et les États-Unis.

Les jeunes scénaristes viennent me voir et me demandent comment on fait pour écrire un scénario. Je leur dis que c’est très facile, c’est la poétique d’Aristote, vous n’avez qu’à la lire, tout est là. Ils vont l’acheter, ils ont une difficulté du diable à comprendre de quoi ça parle et il y a même des grands scénaristes américains qui ont mis en termes modernes la poétique d’Aristote : avoir un héros… le défi… regardez les rôles d’Arnold Schwartzeneger ! Mais c’est devenu illisible et ainsi de suite pour des tas de choses.

J’ai l’impression que la peinture s’est terminée avec Andy Warhol ; après Samuel Beckett, le théâtre, c’est fini. Gilles Maheu et Robert Lepage, "font des shows"; ils disent as-tu vu mon show? Pas ma pièce de théâtre. Le théâtre, c’est fini. Il n’y a qu’à voir la chanson taillée sur mesure pour cette génération qui ne peut se concentrer que pendant trois minutes et encore: à condition d’être tenu par un rythme primaire et des paroles répétitives.

Toute la structure de la civilisation c’est fini. Donc, les jeunes qui vivent dans ça, aux yeux de notre génération, sont des barbares. Nous n’avons plus rien en commun. On s’en va vers le Moyen Âge et donc, à ce moment-là, la seule chose qui est importante, c’est de protéger les manuscrits (voir la fin des Invasions barbares) parce que pendant dix siècles, les gens ne seront plus capables de lire.

Il faut donc garder les disques compacts et tout ce qu’on peut pour pouvoir les redécouvrir plus tard, dans une autre éventuelle Renaissance.


[Merci à l'ami Robert Blondin grâce à qui cette parlure tapuscrite a pu trouver refuge de ce côté-ci de l’Atlantique].

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

22 réflexions sur “<span class="dquo">«</span> Papicha », le cinéma, la culture… et la jeunesse

  • Bonjour mon cher ami
    Que t’arrive t il donc ?
    Je te trouve bien pessimiste
    Il faut espé­rer dans cette jeu­nesse et ne pas géné­ra­li­ser à par­tir de 4 Gus perdus
    Regarde les 20 mil­lions d’algeriens dans la rue tous les vendredis.
    Quand je vois mes enfants qui sont la jeu­nesse je ne les trouve pas si inin­té­res­sants que ça
    Hanane vient d’organiser en nov un fes­ti­val inté­res­sant je te promets
    Reprend toi sois positif
    Je t’ embrasse
    Laila

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    • Oui, je suis pes­si­miste… par réa­lisme. Bien sûr, il y a des excep­tions ; on s’en réjouit. Mais le pro­blème réside dans la « masse » des jeunes et leur addic­tion à un mode rela­tion­nel quand même très per­vers, à la fois par la forme (« vir­tuelle », soit un éloi­gne­ment de la réa­li­té vécue, res­sen­tie par les sens) et le fond : appau­vris­se­ment de la culture. À moins que cette nou­velle « culture » vaille la « vieille ». D’où mon pessimisme…

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    • NAD

      Bizarre ce » reprend toi » dans un débat !

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  • eliette

    1/​ Dans le genre « Généralisons .… » De quoi veut-on par­ler ? Il n’y a pas « LA jeu­nesse » mais « DES Jeunesses ». Comme tou­jours ! Sauf que la popu­la­tion mon­diale a for­te­ment aug­men­té ! Non ?
    Oui , il y a des évo­lu­tions, évi­dem­ment ! et avec ses défauts, évi­dem­ment ! Mais ne jetons pas les bébés avec l’eau du bain, saper­li­po­pette ! Aidons intel­li­gem­ment à des trans­mis­sions adap­tées à la réa­li­té du jour !
    2/​ Autre chose concer­nant les com­men­taires sur ce site : on n’a pas de sui­vi ni de retour d’autres com­men­taires éven­tuels… Pourquoi ?
    Merci.

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    • Éliette : 1) Je répon­drai sur le fond par ailleurs. 2) As-tu coché la petite enve­loppe sous la zone de com­men­taire ? Sinon, ça peut expli­quer le pb.

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    • Chère Éliette, en com­plé­ment à ton com­men­taire »> Sur le fond : certes, je pars de cas iso­lés. J’ai extra­po­lé et, il me semble, à rai­son, si je regarde autour de moi ; et si j’en crois les plaintes d’en­sei­gnants, ain­si que quelques don­nées chif­frées. Étude BVA d’oc­tobre 2018 (en France, tan­dis que le pb est mon­dial !) : 92% des ado­les­cents de 12 – 17 ans ont un smart­phone […] les smart­phones sont lar­ge­ment répan­dus dans les col­lèges et les lycées.[…] 88% au col­lège, 96% au lycée. Les filles sont mieux équi­pées (93%) que les gar­çons (91%). Les enfants de cadres sont légè­re­ment plus nom­breux à en pos­sé­der que les fils et les filles d’ouvriers (92% contre 90%), tout comme ceux qui habitent dans de grandes agglo­mé­ra­tions, com­pa­ré aux zones rurales (92% contre 89%).
      On est bien face à un fait de socié­té géné­ral, d’am­pleur inéga­lée quant à l’ad­dic­tion à un objet tech­no­lo­gique, non sans consé­quences sociales et cultu­relles qu’on peut pour le moins redou­ter (pour le moment, je n’en per­çois pas net­te­ment les aspects posi­tifs, contrai­re­ment à l’in­dus­trie élec­tro­nique et à celle des réseaux, aux « crois­san­tistes » qui comptent les points de PIB et la consom­ma­tion élec­trique… Je redoute aus­si un accrois­se­ment du creu­se­ment des classes sociales via cette acul­tu­ra­tion par addic­tion tech­no­phile, tan­dis que les enfants des classes favo­ri­sées appren­dront encore le pia­no et liront Racine, Bossuet, Pascal… et d’autres (réponse ci-des­sous à l’ob­jec­tion de Gérard Bérilley). Encore ne par­lons-nous ici, de nos socié­tés occi­den­tales privilégiées…

      Ton point 2, pré­ci­sion sup­plé­men­taire : cocher la cloche verte à gauche de la case « Envoyer le commentaire »

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  • Gérard Bérilley

    Je ne peux que m’as­so­cier au conte­nu des com­men­taires de Laila et eliette. Faisons atten­tion de ne pas finir par deve­nir de vieux c… s ! Etant jeunes, nous sommes pas­sés aus­si devant tant de choses très impor­tantes, de pre­mier ordre, et au final ce n’a pas été si grave que cela.
    Par ailleurs je trouve le texte de Denys Arcand tota­le­ment ahu­ris­sant ! Typiquement un texte de « cultu­reux », imbu de lui-même et fort mépri­sant envers les gens du peuple, les non-bour­geoi­se­ment ins­truits. Je ne crois pas qu’il soit de la pre­mière impor­tance dans la vie de lire Racine, Bossuet, Pascal, etc. La socié­té créée et défen­due par ceux qui s’en réclament, qui les ont lus, ne me semble pas si géniale, si géné­reuse que ça ! Non vrai­ment. Place aux jeunes.

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    • Le jeu­nisme est une autre forme de la déma­go­gie, par mieux que le vieillisme… Les vieux cons peuvent être ras­su­rés, en effet, la relève semble assu­rée !… Où est le mépris chez Arcand ? Je ne le vois pas. Mais je vois bien le tien à son égard, dans ton pro­pos éton­nam­ment sar­ko­zien : à quoi bon lire La Princesse de Clèves pour un gui­che­tier des postes – ou sur­tout pour un pré­sident de la République ? Et nos grands clas­siques, ne forgent-ils pas, à les fré­quen­ter, notre bien com­mun : la langue, le lan­gage, la pen­sée ? Oui, à quoi bon la culture si elle ne pro­duit que des « cultureux » ?

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      • Gérard Bérilley

        Le mépris, tu dis ne pas le voir dans ce texte, et moi je le vois par­tout. Question majeure de sen­si­bi­li­tés dif­fé­rentes. Peut-être le monde de la bour­geoi­sie éclai­rée dont tu par­lais une fois, et dans laquelle je ne me recon­nais en rien, et qui méprise tous ceux qui n’ont pas « le » langage.
        Quand Denys Arcabd dit : « … Racine, Bossuet, Pascal, tout ce qui forme le cœur de la culture fran­çaise », c’est un mépris de classe car il oublie que l’im­mense majo­ri­té des géné­ra­tions anté­rieures n’a pas lu ces auteurs là, vu que le plus sou­vent leur niveau d’é­du­ca­tion était le Certificat d’Etudes. La civi­li­sa­tion fran­çaise a bien vécu sans cela, aves ses ouvriers, ses pay­sans. En fait sa vision du monde est très par­ti­cu­lière, élitiste.
        Le mépris, plus encore dans la phrase : « Toute la struc­ture de la civi­li­sa­tion c’est fini. Donc, les jeunes qui vivent dans ça, aux yeux de notre géné­ra­tion, sont des bar­bares. Nous n’avons plus rien en com­mun. » Mais com­ment peut-on écrire cela ? Comment peut-on aus­si par­ler au nom de « notre géné­ra­tion » et employer le « nous » ? Sa phrase est une forme de racisme : « bar­bares », « rien en com­mun ». Est-ce que l’on se rend compte de ce que cela implique ? Si pour toi ce n’est pas du mépris, c’est quoi alors ?

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        • Non, je ne vois pas de mépris chez Arcand ! Mon père, qui n’a­vait pas le cer­ti­fi­cat d’é­tudes, mais qui s’é­tait culti­vé lui-même (entre autres avec Le Monde liber­taire, auquel il était abon­né, et aus­si au Cri du Peuple, jour­nal de la sec­tion socia­liste de la Somme…) par­lait des « ins­truits cons » pour dési­gner ceux comme les « têtes d’oeuf » de tech­no­crates, dans les­quels il n’au­rait sûre­ment pas ran­gé Denys Arcand. Lequel, quand il parle de « bar­bare », le prend au sens cou­rant au Québec, le sens pre­mier éma­nant de Hérodote : celui qui parle une autre langue que la sienne. On est pré­ci­sé­ment dans le sujet : quand la langue, en s’ap­pau­vris­sant par un més­usage, n’est plus un outil de com­mu­ni­ca­tion et d’é­change mais, au contraire, d’in­com­pré­hen­sion, de mépris – oui –, de vio­lence. Même si on peut vivre sans Bossuet, certes ! Sans Mozart et Beethoven, ni Michel Ange, Picasso, Coltrane, Hugo, Rimbaud… on n’en fini­rait pas d’é­gre­ner les monu­ments de la culture…

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          • Gérard Bérilley

            Ce qui est ter­rible, c’est cette pré­ten­tion des tenants et repré­sen­tants de la culture bour­geoise à se croire les tenants de LA culture, de la seule pos­sible. Pour moi c’est un tour de passe-passe de par­ler de LA culture. C’est cette idéo­lo­gie bour­geoise, typi­que­ment bour­geoise, qui sert au mépris des soi-disant culti­vés envers les soi-disant incultes. Je suis quel­qu’un qui, je pense, a une très bonne culture géné­rale, mais il ne me vien­drait jamais à l’es­prit, au cœur et à l’âme, de mépri­ser des gens qui en appa­rence n’ont aucune culture, au contraire je les aime, je suis bien avec eux, et il ne me vien­drait pas non plus à l’es­prit de vou­loir qu’ils aient la même culture que moi, qu’ils aiment les même choses que moi, et cela ne me dérange nul­le­ment qu’ils n’aient, par exemple, rien à foutre de ma « culture », et de ce que j’aime.
            Ce que je remarque, et cela me fait mal, c’est que depuis quelques temps, quelques mois, les articles publiés dans C’est pour dire ont un conte­nu de plus en plus « grin­cheux auto­ri­taire ». Ce Denys Arcand n’aime pas les jeunes parce que glo­ba­le­ment ils ne sont pas conformes à ce qu’il vou­drait qu’ils soient. Et bien tant pis ! C’est son pro­blème, mais de là il en déduit : « Toute la struc­ture de la civi­li­sa­tion c’est fini » ! Faut être gon­flé quand même pour une telle déduc­tion ! Il faut être bien sûr de soi, très imbu de sa per­sonne, pour savoir ce qu’il en est de l’a­ve­nir du Monde et de la civi­li­sa­tion, excu­sez du peu ! Remarquons qu’il parle de « la » civi­li­sa­tion ! Pour lui il est bien évident qu’il n’y en a qu’une, la sienne ! Pour moi, tout son ver­biage est déli­rant, et chaque phrase je pour­rai la démon­ter, mais est-ce néces­saire ? tant il suf­fit de le lire…
            Les jeunes que je côtoie, comme le disent aus­si Laila et eliette, ils sont fan­tas­tiques de richesses de vie. Et moi, j’ai beau­coup en com­mun avec eux : tou­jours mon enthou­siasme, le fait d’être vivant, de me pas­sion­ner pour tant de choses, etc. Triste sire celui qui n’a que Bossuet, Pascal et Racine et Aristote, à par­ta­ger avec les jeunes. A se deman­der si ce gars là a été jeune, un jour…

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  • Bernard_H

    Cet article me donne envie de voir le film. J’espère que sa pre­mière par­tie de car­rière sera plus longue que le film de Hafsia Herzi, « Tu mérites un amour » qui est pour moi un superbe témoi­gnage d’une Française d’au­jourd’­hui, qui ne part pas en croi­sade, ne se croit pas inves­tie d’une mis­sion, mais qui a seule­ment envie qu’on la res­pecte et qui vit une dou­lou­reuse rup­ture amou­reuse. C’est d’autant plus cré­dible que faute de moyen, elle tient le rôle prin­ci­pal tout en étant entou­rée d’excellents acteurs. Cette mise en scène est la réus­site d’une jeune femme qui a décou­vert le ciné­ma dans notre école répu­bli­caine, avec les films de Marcel Pagnol et qui a réus­si avec le fonds gagnés comme actrice à créer un pre­mier film sans pré­ten­tion, avec sou­vent « les moyens du bords » et où l’ab­sence de métier de cer­tains acteurs (un des membre de son équipe char­gé de la vidéo ) donne lieu à des scènes d’hu­mour, plus vraies que nature. Ce film est pour moi un brin de frai­cheur et de tolé­rance dans une monde qui se croit tou­jours obli­gé d’être en croi­sade com­mu­nau­ta­riste, tout en le dénon­çant le com­mu­nau­ta­risme par ailleurs.

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  • Bernard_H

    Malheureusement, je vais devoir attendre qu’Arte dif­fuse Papicha ou Netflix, dom­mage… Quant au film « Tu mérites un amour », je m’a­per­çois que les « gar­diens de la pen­sée cor­recte » égra­tignent beau­coup ce film en contra­dic­tion avec les cri­tiques de la presse, plu­tôt élogieuses.

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  • Faber

    Bonjour à tous. Je crois que ce qui fait débat ici et sur­tout incom­pré­hen­sion c’est l’u­sage du tél. Qu’on zappe les clas­siques, pour­quoi pas, on y revien­dra peut-être un jour. Mais aller au ciné avec un tél. Déjà les chips, c’é­tait pas facile… Étant plu­tôt vieux con, cet été j’ob­ser­vais 4 jeunes filles sur un péda­lo, cha­cune rivée sur son tél et péda­lant bra­ve­ment… sur le sable. Moralité ? Je me croyais au cinéma.

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    • Maréchal

      Mais oui, c est bien la ques­tion du télé­phone que sou­lève l article en ques­tion. Il faut être aveugle pour ne pas voir cette évi­dence des ravages cau­sés chez la plu­part des jeunes. Et les consé­quences sur les capa­ci­tés d’attention ! Et donc sur les niveaux cultu­rels. C’ est un ensei­gnant qui parle !

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  • C’est, hélas, ce que je constate quand je dis­pense le savoir rela­tif à mon domaine d’activité.
    La culture musi­cale s’est ter­ri­ble­ment appau­vrie sui­vie de très près par la connais­sance scientifique.
    Mais le pire c’est que la curio­si­té, elle-même, s’est envolée…

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  • Gian

    Acculturation : capa­ci­té à assi­mi­ler la culture de là où l’on se trouve, et qui n’est pas la sienne originelle.
    C’est l’in­verse, « incul­ture », qu’il fau­drait écrire.

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    • Oui – et non. Si j’en crois Robert, le Grand : « Processus par lequel un groupe humain assi­mile tout ou par­tie des valeurs cultu­relles d’un autre groupe humain. L’acculturation des Amérindiens aux États-Unis. Acculturation et décul­tu­ra­tion.«  Les deux peuvent donc aller ensemble. Ici : la « culture » du por­table comme l’as­si­mi­la­tion d’une autre culture, celle de l’in­cul­ture liée à un usage addic­tif d’un pro­ces­sus technologique…

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  • Pierre

    Ce film montre à sa manière com­ment une reli­gion est ame­née à « pour­rir de l’in­té­rieur » quand elle s’é­rige en morale. Je ne me pro­non­ce­rai pas ici sur l’is­lam (vaste débat !) mais je me per­mets de livrer un témoi­gnage sur le chris­tia­nisme pour la rai­son que je suis chrétien.

    « Le chris­tia­nisme est la pire tra­hi­son du Christ », écri­vait un jour le théo­lo­gien pro­tes­tant Jacques Ellul, dès lors que les humains sub­ver­tissent le mes­sage évan­gé­lique en catéchisme.
    A mes yeux, par exemple, il n’y a pas plus anti-chré­tien, héré­tique, qu’un don­neur de leçon comme la « manif pour tous » en regorge.

    Ceci dit, oui, Papicha est sans aucun doute un film utile, comme peut être utile tout ce qui décrit la dégra­da­tion du reli­gieux en morale. Pour autant, il faut veiller à ne jamais jeter le bébé avec l’eau du bain. 

    Personnellement, je tiens le sen­ti­ment reli­gieux pour le prin­ci­pal remède (je ne dis pas « le seul ») au can­cer qui ronge nos socié­tés : le matérialisme.

    Mais un sen­ti­ment, c’est quelque chose d’intime : on peut en témoi­gner de pair à pair. Ou bien l’é­vo­quer dans un cer­tain ano­ny­mat, comme je le fais main­te­nant. Mais en faire un éta­lage public, une morale, une pen­sée de masse, prête à consom­mer.… du pro­sé­ly­tisme (lâchons le mot !) ne consti­tue pas seule­ment un moyen de se don­ner bonne conscience à peu de frais, c’est une pra­tique obs­cène qui confine au men­songe. Les fon­da­men­ta­listes sont de gros consom­ma­teurs de films por­no et je rêve par­fois d’un Big Brother qui nous le démon­tre­rait A + B.

    Pour le dire autre­ment, leur « bonne conscience » n’est jamais que ce que Marx appe­lait « la conscience fausse ». Et la reli­gion, en tant que machi­ne­rie pro­sé­ly­tiste, ce que le même appe­lait « l’o­pium du peuple ».

    Pour autant : rendre à Dieu ce qui est à Dieu et au peuple ce qui est au peuple, mais ne jamais mélan­ger les tor­chons avec les serviettes.

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  • Gérard, salut ! Certes, sui­vons le conseil… posi­ti­vons. D’ailleurs, c’est mon sen­ti­ment le plus pro­fond : il faut croire en la jeu­nesse, elle nous montre de très nom­breux signes d’en­ga­ge­ments, de com­bats pour la plus belle vie, de regards pré­cis – même si par­fois ils semblent déta­chés – sur le monde. Ils sont dif­fé­rents de nous, avec d’autres modes de vie, mais il en va ain­si à chaque géné­ra­tion. En revanche, et là je te rejoins, je m’in­ter­roge sur les frac­tures sociales et cultu­relles qui ne cessent de s’é­lar­gir et qui peuvent inquié­ter sur le niveau moyen d’é­du­ca­tion qui appa­raît s’af­fais­ser pour de grands blocs de géné­ra­tions. Si à toutes les époques les fron­tières cultu­relles exis­taient, je crois vrai­ment que le ren­fer­me­ment sur soi – donc son très petit uni­vers – gagne. Pour trois rai­sons prin­ci­pales je crois : le délais­se­ment com­plet d’en­fants par cer­taines familles, l’in­ca­pa­ci­té de l’é­du­ca­tion natio­nale à pou­voir vrai­ment les suivre, et… la mul­ti­pli­ca­tion des « écrans », smart­phones, jeux, etc. qui s’ils ne sont pas mau­vais par eux-mêmes, par­ti­cipent pour ces popu­la­tions de leur enfer­me­ment et de leur inca­pa­ci­té de concen­tra­tion, donc d’é­coute de l’autre.

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  • aient

    Il y a, dans la cri­tique de com­por­te­ments déca­lés de cer­tains jeunes, de quoi être accu­sé de jeu­nisme, comme il y a, à cri­ti­quer des Noirts poly­games fau­teurs de bruits et d’o­deurs à minuit, de quoi être accu­sé de racisme. Par les bien-pen­sants nul­le­ment déran­gés par l’a­lié­na­tion ambiante à laquelle ils par­ti­cipent voire en vivent plus ou moins, et habi­tant des quar­tiers où les Africains n’ont pas les moyens d’aller.
    Je déplore moi aus­si cette mode du por­table qui affecte 92 % des ados que je croise – et qui passent sans me voir, comme dit la chan­son – et qui me laissent pen­ser qu’il se pré­pare un monde d’o­li­go­phrènes. Symboles de cette mala­die men­tale col­lec­tive : la canette (soda ou bière) à moi­tié pleine dépo­sée n’im­porte où dans l’ins­tant du sen­ti­ment de sasié­té et le tag incom­pré­hen­sible. Dans les deux cas, « je ne pense qu’à moi et qu’à l’ins­tant t, maman me net­toye­ra le trou du cul et je conchie les murs ou le trot­toir (trop, la fatigue !) avec des vir­gules de merde ». Stade anal 100 % : 3 ans d’âge men­tal à 18 ans phy­sio­lo­gique, trop super élixir de jouvence.
    Assumons ce qui n’a que l’ap­pa­rence d’une apos­ta­sie com­pa­rable à celle rela­tive à des temps anciens où les migrants s’as­si­mi­laient et n’a­vaient pas l’in­ten­tion d’en­va­hir l’Europe. Nous les accep­tions volon­tiers, dans notre géné­ro­si­té de déve­lop­pés pétris de culpa­bi­li­té post-colo­niale, sans nous dou­ter qu’ils allaient engen­drer une géné­ra­tion faite de beau­coup d’a­gres­sifs pour­ris­seurs de tout ce qu’ils touchent. Notre dés­illu­sion contem­po­raine est à la mesure de notre naï­ve­té d’antan.
    Mais notre exi­gence doit être celle de la luci­di­té : taire l’a­lié­na­tion de nom­breux jeunes est aus­si cou­pable que ne pas dénon­cer le désir de conquête musul­man (et non isla­mique) et l’an­gé­lisme des bobos ou des isla­mo-gau­chos idiots utiles. Le modèle migrant aide à com­prendre nos dou­lou­reuses mais indis­pen­sables remises en ques­tion rela­tives aux pro­jets révo­lu­tion­naires ou assi­mi­lés en par­ti­cu­lier la croyance qu’on pou­vait espé­rer que les jeunes géné­ra­tions puissent se libé­rer du syn­drome du Petit Homme, comme disait Reich. C’est le contraire qui est advenu.
    Il faut en reve­nir aux fon­da­men­taux : ne pas com­mettre l’im­pair qui consiste à ne cri­ti­quer que par­tiel­le­ment, sans rat­ta­cher cette cri­tique à la condam­na­tion sans férir du capi­ta­lisme dans son entier, qui reste la cause cen­trale de la déglingue du Monde dont l’o­li­go­phré­nie des ados for­ma­tés n’est qu’épiphénomène.

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  • Pierre

    Je me suis pré­cé­dem­ment expri­mé sur le film Papicha.

    Concernant le fil de la dis­cus­sion en cours, je réagis à pré­sent depuis mon expé­rience d’en­sei­gnant, depuis 38 ans : plus les ingé­nieurs s’in­gé­nient à géné­rer de l’inter­ac­ti­vi­té, plus les édu­ca­teurs sont confron­tés à l’hyper­ac­ti­vi­té des « jeunes ». En disant cela, est-ce que j’é­ta­blis un constat (réa­liste) ou un juge­ment de valeur (pes­si­miste) ? Les deux, bien sûr, le second décou­lant du premier.

    J’ajoute que les réseaux pré­ten­du­ment « sociaux » (peut-être aus­si les blogs, Gérard…), ne peuvent qu’en­cou­ra­ger des indi­vi­dus (jeunes et vieux) à dire n’im­porte quoi, pro­té­gés en cela par l’a­no­ny­mat que leur confère l’ou­til infor­ma­tique (que l’on s’obs­tine à consi­dé­rer comme « ni-bon-ni-mau­vais » /​ « tout-dépend-de l’usage-qu’on-en-fait »).

    Monsieur Lhomme voit juste quand il nous rap­pelle que l’in­tel­li­gence arti­fi­cielle pèse très peu face à la bêtise natu­relle. La ques­tion n’est donc pas « jeune con » ou « vieux con » mais « con » ou « pas con ». Et la conne­rie, dans l’his­toire, c’est de croire naï­ve­ment que la tech­nique au XXIe siècle, c’est la même chose qu’au XIXe ; croire reli­gieu­se­ment que les nou­veaux outils tech­niques sont neutres. 

    Pour Ellul, la tech­nique était « l’en­jeu du siècle » (le sien, le XXème) mais parce que l’en­jeu en ques­tion n’a pas été iden­ti­fié à temps, elle consti­tue « la fata­li­té » du nôtre. Pour autant, fata­li­té n’est pas fata­lisme : l’hu­ma­ni­té n’est qu’une grande bande de cons, certes, mais, n’en déplaise à Brassens, il n’est pas si cer­tain que quand on est con on le reste à vie. Quand une tra­gé­die nous met au pied du mur, ça peut aider à… mûrir.

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