On n'est pas des moutons

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Cuba. Fidel Castro en apothéose funèbre

Mort, Fidel Cas­tro peut désor­mais accé­der à l’apothéose, der­nier gra­de qui man­quait à sa gloi­re. Il était temps car l’icône se cra­quel­le. Les céré­mo­nies d’adieu au « com­man­dan­te » s’annoncent gran­dio­ses – de vraies pom­pes funè­bres. Mais les « grands » de ce mon­de modè­rent leurs élans « obsé­quieux »… Ils ne feront pas tous le voya­ge, pres­sen­tant que l’Histoire se gar­de désor­mais d’absoudre à l’aveuglette. Une page de Cuba s’est déjà tour­née pour les cen­tai­nes de mil­liers d’exilés. Cet­te fois, c’est le livre du mythe révo­lu­tion­nai­re qui va se refer­mer sur un peu­ple abu­sé, gavé de pala­bres. Un peu­ple qui va enter­rer le Père sans l’avoir tué.

Un 1er mai, place de la Revolucion à La Havane [dr]

Un 1er mai, pla­ce de la Revo­lu­cion à La Hava­ne [dr]

Il y en eut tant d’autres de ces céré­mo­nies à la gloi­re du « Com­man­dan­te » ras­sem­blant son mil­lion et plus de « com­mu­niants » ! Ce jour-là, c’était jour de fête : la Revo­lu­cion offrait la jour­née de congé, les sand­wi­ches et la biè­re. Il aurait fait beau sno­ber l’événement ! Sans par­ler de la vigi­lan­ce des CDR, Comi­tés de défen­se de la révo­lu­tion qua­drillant le pays jusqu’aux blocs d’immeubles. Un fli­ca­ge inté­gré aus­si­tôt la pri­se de pou­voir. Au départ, tout peut se jus­ti­fier dans un pro­ces­sus révo­lu­tion­nai­re. D’autant que l’ennemi ne tar­de pas à sur­gir. Et que cet enne­mi sera tou­jours mena­çant, uti­le­ment mena­çant. Cas­tro en fera son dog­me : « Dans une for­te­res­se assié­gée, tou­te dis­si­den­ce est une tra­hi­son ». C’est une phra­se de Saint Igna­ce de Loyo­la – n’oublions pas que Fidel Cas­tro a fré­quen­té l’école des jésui­tes à San­tia­go…

Le cas­tris­me est enfant de l’Oncle Sam. Il lui a ouvert un bou­le­vard idéo­lo­gi­que et sur­tout poli­ti­que, selon la pra­ti­que impé­ria­lis­te consti­tu­ti­ve des Etats-Unis, cel­le de la for­ce imma­nen­te, mue par le dol­lar, les armes et bénie de la « main de Dieu » – In God we Trust. Il en fut ain­si des Amé­rin­diens, d’abord, puis des innom­bra­bles inter­ven­tions de la CIA et des mili­tai­res 1 Avec son embar­go qui res­ta inef­fi­ca­ce en fin de comp­te 2, le régi­me amé­ri­cain ne lais­sa plus d’autre choix à Cas­tro que de se tour­ner vers l’Union sovié­ti­que. De même que la failli­te de l’URSS en 1990 impo­sa le maria­ge avec le Vene­zue­la de Cha­vez.

Par­mi les ado­ra­teurs de « Fidel » (et de Cha­vez), son cama­ra­de Jean-Luc Mélen­chon qui, lui, entre­ra bien dans l’Histoire avec deux fameux tweets (cli­quer pour les agran­dir) :

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La gran­de for­ce de Cas­tro – au ris­que même d’un conflit nucléai­re ! – a été d’internationaliser sa résis­tan­ce à l’empire voi­sin 3. tout en exploi­tant à fond l’image bibli­que du David bar­bu­do affron­tant l’affreux Golia­th, se prê­tant objec­ti­ve­ment à cet­te mise en spec­ta­cle dans lequel il tenait le sale rôle. D’où le capi­tal de sym­pa­thie accu­mu­lé par le régi­me de Cuba et sa « révo­lu­tion des Tro­pi­ques » à base de rhum, ciga­res, sal­sa et peti­tes pépées. De quoi sédui­re plus d’un Heming­way, et des cohor­tes de tou­ris­tes bien cana­li­sés, sans oublier les pré­cieux relais idéo­lo­gi­ques que consti­tuaient les intel­lec­tuels éba­his, à l’esprit cri­ti­que en ber­ne.

Ils accou­ru­rent à tou­te vites­se, pour se limi­ter aux Fran­çais, les Gérard Phi­li­pe, Jean-Paul Sar­tre et Simo­ne de Beau­voir, les Agnès Var­da, Chris Mar­ker, Jean Fer­rat, Ber­nard Kouch­ner, Clau­de Julien, les écri­vains Michel Lei­ris, Mar­gue­ri­te Duras, Jor­ge Sem­prun ou l’éditeur Fran­çois Mas­pe­ro. Même Fran­çois Mit­ter­rand, et Daniel­le sur­tout, pré­sen­tè­rent leur dévo­tion au « com­man­dan­te », sans oublier évi­dem­ment Régis Debray – qui en revint sur le tard… Même de Gaul­le, de Vil­le­pin et jusqu’à Dupont-Aignan saluaient Cas­tro le sou­ve­rai­nis­te !

Je dois dire que je fus – un peu – de ceux-là, ayant com­mis quel­ques arti­cles pas très regar­dant sur les des­sous d’un sys­tè­me mani­pu­la­teur, avec l’excuse non abso­lu­toi­re de la jeu­nes­se – c’était de sur­croît en mai 68 ! Je n’en fus pas pour autant récom­pen­sé : ayant émis quel­ques timi­des cri­ti­ques, Cuba me pri­va de visa pro­fes­sion­nel et dut, par la sui­te, me conten­ter d’une visi­te « tou­ris­ti­que », libre mais mal­gré tout un peu ris­quée. 4 Cepen­dant tout se pas­sa sans encom­bres. J’en tirai quel­ques arti­cles, dont celui-ci, enco­re inédit.

Place d’Armes, dans la vieille Havane, novembre 2008. 

Agitant un petit dra­peau rus­se, le gui­de ras­sem­ble son trou­peau du jour. Les bou­qui­nis­tes ven­dent la révo­lu­tion et ses pro­duits déri­vés plus ou moins jau­nis. Le Che, Cami­lo Cien­fue­gos, Heming­way et même Sar­tre, de Beau­voir. Et Fidel, cer­tes. En bon­ne pla­ce sur son pré­sen­toir en bois peint, trô­ne le Cien horas con Fidel, récit des cent heu­res que le lider maxi­mo a pas­sées en com­pa­gnie d’Igna­cio Ramo­net, qui fut patron du Mon­de diplo­ma­ti­que

Je m’interroge sur la cou­ver­tu­re du livre, sur la pho­to de Cas­tro, cas­quet­te et tenue « oli­ve ver­de » de rigueur, regard noir, étran­ge, œil déjouant l’autre ; un œil trou­blant, com­me absent. Il se tient la bar­be, entre pou­ce et index qui sem­blent aus­si obli­ger le sou­ri­re. Sou­ri­re ou ric­tus ? Pose ou atti­tu­de de dou­te – il serait temps… L’image date d’avant la mala­die décla­rée.

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La Hava­ne, pla­ce d’Armes. La bou­qui­nis­te a juré ses grands dieux qu’elle n’était pour rien dans ce rap­pro­che­ment pour le moins sacri­lè­ge entre Pinoc­chio et les cent heu­res d’entretien Cas­tro-Ramo­net… [Ph. gp]

Cent heu­res…, soit, disons, vingt jours à pala­brer… Vingt jours, la durée de mon péri­ple à tra­vers l’île, à la ren­con­tre « des gens » ; à les obser­ver et les écou­ter, à ten­ter de com­pren­dre dans sa com­plexi­té ce pays si atta­chant et dérou­tant. Au plu­riel et en espa­gnol, pala­bras veut dire dis­cours. En cubain, il ne peut s’agir que des grand-mes­ses cas­tris­tes. Des offi­ces paga­no-reli­gieux voués au culte du lider, pla­ce de la Révo­lu­tion, sous l’œil sta­tu­fié de José Mar­ti, l’Apos­tol et père de l’Indépendance, désor­mais secon­dé par l’effigie gran­dio­se du Che, devant une fou­le mil­lion­nai­re (mais si pau­vre) sou­mi­se au prê­che inter­mi­na­ble d’un boni­men­teur de car­riè­re…

Roi du bara­tin pom­peux autant que redon­dant et déma­go­gue, Fidel Cas­tro aura pas­sé au total des mois entiers, voi­re des années à pala­brer. Ses dis­cours ont par­fois dépas­sé les sept heu­res, à l’image de l’enflure du per­son­na­ge, de son ego sans limi­tes. Assu­ré­ment, un tel désir d’adoration par la mul­ti­tu­de est bien le pro­pre des dic­ta­teurs et de leurs struc­tu­res carac­té­riel­les ; ou bien aus­si, il est vrai, des pré­di­ca­teurs et autres évan­gé­lis­tes si en vogue en ces temps de déses­pé­ran­ce.

Je suis tou­jours devant ce bou­quin, m’interrogeant sur la moti­va­tion d’un Igna­cio Ramo­net cédant lui aus­si, façon « Mon­de diplo­ma­ti­que », à une for­me d’adoration com­pli­ce, fût-elle mâti­née de quel­que auda­ce cri­ti­que. Car l’autre tient le beau rôle, côté pou­voir, et le der­nier mot – au nom du pre­mier, « L’Histoire m’absoudra », que lan­çait Cas­tro lors de son pro­cès pour l’attaque en juillet 1953 de La Mon­ca­da, caser­ne de San­tia­go, l’autre gran­de vil­le cubai­ne. Un slo­gan de tri­bu­nal pro­non­cé tout exprès com­me une for­mu­le de com’, et une mani­fes­ta­tion, déjà, du plus mons­trueux des orgueils. Car d’entrée de jeu – il s’agit bien de l’acte théâ­tral fon­da­teur de la saga cas­tris­te –, il exi­geait l’Absolution. Tout com­me Hit­ler qui, avant lui, avait lan­cé la même pré­di­ca­tion. La com­pa­rai­son s’arrête là. Là où l’Histoire ques­tion­ne les fon­de­ments des pou­voirs et de leurs plus viru­lents agents, avant de pas­ser le relais aux scru­ta­teurs de l’inconscient.

Tan­dis que recu­lant d’un pas, je décou­vre, joux­tant le Cas­tro-Ramo­net, un autre livre, bien mali­cieux celui-là, dans le fond com­me dans la pré­sen­ce, si incon­grue sur le pré­sen­toir…  Las Aven­tu­ras de Pino­cho voi­si­ne, là, jus­te à côté d’un Com­man­dan­te sou­dai­ne­ment gêné par cet­te marion­net­te au nez accu­sa­teur… La bou­qui­nis­te, que j’interpelle en bla­guant, elle-même rigo­lant de bon cœur, jure ses grands dieux qu’elle n’y est pour rien, que c’est là un pur fait du hasard ! Je ne la crois pas.

Le men­son­ge… Sur un mur, à Guan­ta­na­mo – la vil­le, pas la base états-unien­ne –, je relè­ve ce graf­fi­ti décré­pi : « Revo­lu­cion es no men­tir jamas ». Ne men­tir jamais… La bra­ve injonc­tion, com­me on en trou­ve tant, aux cou­leurs désor­mais sou­vent déla­vées. À Bara­coa, poin­te orien­ta­le de l’île, assis à la por­te d’un entre­pôt vide, un jeu­ne gar­dien enca­dré par deux lon­gues cita­tions mura­les de José Mar­ti. Qu’en pen­se-t-il ? Il se lève pour les lire com­me s’il les décou­vrait à l’instant : « Son pala­bras anti­guas », des vieux mots, résu­me-t-il avant de se ras­seoir. Com­me si la bon­ne et vieille pro­pa­gan­de s’était usée d’elle-même, polie par les ans, fati­guée. Com­me si le men­son­ge d’État n’opérait plus, même pas par oppo­si­tion.

A l’aéroport régio­nal, dans la peti­te sal­le d’attente pour le vol vers La Hava­ne, une télé dif­fu­se son émis­sion d’éducation poli­ti­que. Il y est jus­te­ment ques­tion, une fois de plus, de la Mon­ca­da et du fameux slo­gan « L’histoire m’absoudra ». Je suis le seul étran­ger, sem­ble-t-il – et le seul à regar­der cet écran dont tout le mon­de se contre­fout.

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San­tia­go. Même si des amé­lio­ra­tions récen­tes ont été appor­tées, les Cubains conti­nuent à s’entasser dans des sor­tes de bétaillè­res pour se ren­dre au tra­vail. [Ph. gp]

La pro­pa­gan­de éle­vée com­me un art poli­ti­que suprê­me. Une pra­ti­que redou­ta­ble et ancien­ne. Voi­ci com­ment j’en fus vic­ti­me –  en mai 68 !…Jeu­ne Tin­tin débar­qué là-bas pour son pre­mier grand repor­ta­ge, regrou­pé à l’arrivée avec cinq ou six autres jour­na­lis­tes euro­péens. Pro­po­si­tion de mise à dis­po­si­tion d’un mini­car, d’une inter­prè­te – Olga, char­man­te blon­de… – et d’un « accom­pa­gna­teur » à fine mous­ta­che noi­re, Eduar­do, non moins affa­ble. Pro­gram­me de visi­te allé­chant. Le Che venait de mou­rir en Boli­vie et le régi­me cas­tris­te s’affairait à orches­trer son immor­ta­li­té. Mai 68 était amor­cé, en Fran­ce et ailleurs dans le mon­de, la Tché­co­slo­va­quie pas enco­re remi­se au pas – une affai­re de semai­nes. La cri­se des fusées, 1962, déjà loin­tai­ne. Cuba cueillait les divi­den­des d’une sym­pa­thie inter­na­tio­na­le pas seule­ment de gau­che.

Et la peti­te bor­dée de jour­na­lis­tes allait se fai­re avoir dans la gran­de lon­gueur, Tin­tin y com­pris, bien sûr. On nous bala­da ain­si – c’est bien le mot – dans le décor révo­lu­tion­nai­re en construc­tion, de plan­ta­tions de tabac en pla­ge du « débar­que­ment » (Playa Giron, « Baie des Cochons », mer­ce­nai­res, CIA, Kennedy,1961), de la fer­me de Fidel et son éle­va­ge de cro­co­di­les en mat­ch de base-ball, etc. Que la révo­lu­tion est jolie ! 

Man­quait tout de même le pom­pon, qui allait nous être pro­po­sé, com­me sup­plé­ment au pro­gram­me, par l’aimable Eduar­do et néan­moins com­mis­sai­re poli­ti­que – com­ment aurait-il pu en être autre­ment ? Le soup­çon ne m’en vint tou­te­fois que tar­di­ve­ment, un matin très tôt où ayant ren­dez-vous avec un oppo­sant (car il y en avait déjà !), je m’aperçus qu’Eduardo me filait de près, m’obligeant à renon­cer et à rebrous­ser che­min…– J’ai une pro­po­si­tion à vous fai­re, nous dit-il un matin, en sub­stan­ce : aller à l’île des Pins, tout jus­te rebap­ti­sée « île de la Jeu­nes­se », afin d’y visi­ter l’ancienne pri­son de Batis­ta, où Cas­tro lui-même fut enfer­mé, et aujourd’hui trans­for­mée en lycée modè­le…

Com­ment ne pas adhé­rer à une tel­le offre ? La cho­se s’avérait bien un peu com­pli­quée à orga­ni­ser, mais voi­là l’escouade embar­quée, puis débar­quée dans l’île au tré­sor cas­tris­te. On n’y séjour­ne­rait qu’une jour­née et une nuit, selon un emploi du temps char­gé. Char­gé et contra­rié par quel­ques aléas mal­en­con­treux. Ce qui n’empêcha pas la visi­te d’une fer­me elle aus­si modè­le, ni de la mai­son qu’Hemingway avait dû fré­quen­ter jadis. Mais de la fameu­se ex-pri­son, nous ne pûmes rien voir. Ce n’était pas si gra­ve, puisqu’elle s’était ins­cri­te dans nos ima­gi­na­tions. Quel­ques « détails » suf­fi­raient à nour­rir nos papiers. Ce qui fut fait…

Extrait de mon repor­ta­ge paru en juillet 68 dans plu­sieurs quo­ti­diens régio­naux : « Quel­le est l’image la plus hal­lu­ci­nan­te ? La crè­che des bam­bins de San Andrès para­chu­tée en plei­ne Sier­ra de los Orga­nos ? […] Ou enco­re cet­te pri­son de Batis­ta trans­for­mée en éco­le tech­ni­que à l’île de la Jeu­nes­se ? » Bien joué, non ? Car il s’était bel et bien agi d’une manœu­vre gros­siè­re­ment sub­ti­le. Si gros­siè­re qu’elle ne pou­vait que mar­cher ! Com­ment eus­sions-nous pu sus­pec­ter un tel stra­ta­gè­me alors que rien n’avait obli­gé nos « hôtes » à orga­ni­ser une tel­le expé­di­tion à l’île de la Jeu­nes­se ? Les dif­fi­cul­tés pra­ti­ques pour nous y ame­ner ajou­tait enco­re à l’évidente bon­ne foi de ses orga­ni­sa­teurs…

imgresOr, ce n’est que huit années plus tard que j’eus la révé­la­tion de l’entourloupe : lors­que parut, fin 76 chez Bel­fond,  7 ans à Cuba – 38 mois dans les pri­sons de Fidel Cas­tro. Pier­re Golen­dorf [ancien cor­res­pon­dant de L’Humanité à La Hava­ne] y racon­tait par le détail les condi­tions de son arres­ta­tion et de son incar­cé­ra­tion à La Hava­ne, puis… à l’île des Pins. Dans ce qui était bel et bien demeu­ré une pri­son-modè­le !

J’avais – nous avions tous, ces jour­na­lis­tes « bala­dés », été enfu­més, mou­chés, abu­sés. Mais la leçon, il faut le recon­naî­tre, appa­rut magis­tra­le. 5. Cha­peau l’intox ! On recon­nais­sait là un vrai savoir-fai­re sans dou­te acquis dans quel­que éco­le sovié­ti­que. Les élè­ves cubains mon­traient de réel­les dis­po­si­tions à éga­ler sinon à dépas­ser les maî­tres for­més à la redou­ta­ble pro­pa­gan­de sta­li­nien­ne. Dépas­ser, non : sur­pas­ser, puis­que le régi­me a tant bien que mal sur­vé­cu à l’effondrement de l’URSS et qu’il conti­nue à œuvrer avec constan­ce et effi­ca­ci­té dans son art consom­mé de la pro­pa­gan­de.

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À n’en pas dou­ter, aujourd’hui, dans tou­te l’île, de La Hava­ne à San­tia­go, la machi­ne mys­ti­fi­ca­tri­ce est en chauf­fe maxi­ma­le pour mon­ter au zéni­th de la pro­pa­gan­de mon­dia­le le spec­ta­cle des obsè­ques du « lider maxi­mo », dieu du socia­lis­me…

Cet­te machi­ne-là n’a jamais ces­sé de tour­ner, durant plus d’un demi-siè­cle ! Deux géné­ra­tions y ont été sou­mi­ses ; à com­men­cer par les Cubains, bien sûr, mais aus­si l’opinion mon­dia­le abreu­vée au mythe entre­te­nu de l’héroïsme cas­tris­te et gue­va­ris­te. 6

L’historien – et a for­tio­ri le « pau­vre » jour­na­lis­te sont bien dému­nis face aux tor­na­des mys­ti­fian­tes dont les récits pren­nent for­ce mythi­que de Véri­té éter­nel­le et ris­quent ain­si de les empor­ter. Ce que décrit bien, entre autres, l’écrivain et phi­lo­so­phe suis­se Denis de Rou­ge­mont :

« […] les mythes tra­dui­sent les règles de condui­te d’un grou­pe social ou reli­gieux. Ils pro­cè­dent donc de l’élément sacré autour duquel s’est consti­tué le grou­pe […] un mythe n’a pas d’auteur. Son ori­gi­ne doit être obs­cu­re. Et son sens même l’est en par­tie […] Mais le carac­tè­re le plus pro­fond du mythe, c’est le pou­voir qu’il prend sur nous, géné­ra­le­ment à notre insu […] » 7

Le mythe est insi­dieux, il nous pénè­tre aisé­ment par le biais de notre apti­tu­de à la croyan­ce, ce désir de cer­ti­tu­de autant que de ras­su­ran­ce. Les révo­lu­tions s’y ali­men­tent et l’alimentent par néces­si­té de durer. C’est ain­si qu’elles com­men­cent « bien » (ça dépend pour qui, tou­te­fois…), avant de s’affronter à la dure réa­li­té, qu’il fau­dra plier par la vio­len­ce et le men­son­ge. Il n’en a jamais été autre­ment, de la Révo­lu­tion fran­çai­se à la bol­che­vi­que, en pas­sant par le cas­tris­me, le maoïs­me et jusqu’aux « prin­temps ara­bes ».

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Tri­ni­dad. Croi­se­ment d’américaines. Entre les deux ailes de la Ply­mou­th, le gamin en tee-shirt « Mia­mi Bea­ch » tire la lan­gue au pho­to­gra­phe… et à un demi-siè­cle de cas­tris­me. [Ph. gp]

Res­tons-en au cas­tris­me et une illus­tra­tion de son carac­tè­re mons­trueux, dont cer­tains se sou­vien­nent peut-être car elle fit grand bruit. Il s’agit de l’affai­re Ochoa, sol­dée par des exé­cu­tions, en 1989 :
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Arnal­do Ochoa. Com­pli­ce for­cé et vic­ti­me d’un pro­cès sta­li­nien.

Arnal­do Ochoa, géné­ral de tous les com­bats, héros natio­nal – Sier­ra Maes­tra, San­ta-Cla­ra avec le Che, Baie des Cochons, puis Vene­zue­la, Éthio­pie et Ango­la – condam­né à mort et exé­cu­té en 1989 pour « tra­fic de dro­gues ». Il avait eu le tort de résis­ter aux Cas­tro et peut-être même de pré­pa­rer une évo­lu­tion du régi­me. Démas­qué, Fidel lui avait impo­sé un mar­ché de dupes : pren­dre sur lui ce tra­fic de dro­gues entre Cuba et les nar­cos de Colom­bie que la CIA s’apprêtait à met­tre au grand jour, en échan­ge d’une condam­na­tion à la pri­son avec une libé­ra­tion arran­gée ensui­te. D’où la confes­sion auto­cri­ti­que de Ochoa, qui fut cepen­dant exé­cu­té, avec d’autres, un mois après sa condam­na­tion à mort. Le régi­me fit de ce pro­cès lit­té­ra­le­ment sta­li­nien, tenu par des juges mili­tai­res, retrans­mis en direct à la télé­vi­sion, une opé­ra­tion de pro­pa­gan­de dont il a le secret. On peut en sui­vre les prin­ci­pa­les pha­ses sur inter­net. C’est stu­pé­fiant – sans mau­vais jeu de mots.

Les diri­geants cubains ont tou­jours vou­lu mas­quer tou­te dis­si­den­ce et même tout désac­cord avec la ligne poli­ti­que. Le régi­me ne peut admet­tre que des « dévian­ces » (« folie », « per­ver­sions sexuel­les »)  ou des « fau­tes mora­les » per­son­nel­les. À Cuba, la pres­se est uni­que, sous contrô­le éta­ti­que total ; de même la magis­tra­tu­re ; et aus­si tou­te l’économie, en gran­de par­tie aux mains des mili­tai­res… Il n’y a plus que les Cubains abu­sés, ou rési­gnés à la ser­vi­tu­de volon­tai­re, fau­te d’avoir pu s’exiler – j’en ai ren­con­tré ! Ailleurs, notam­ment en Fran­ce, la dés­illu­sion a com­men­cé à poin­dre, y com­pris à Saint-Ger­main-des-Près ; il n’y a plus que le res­tant des com­mu­nis­tes encar­tés et des Mélen­chon mys­ti­co-cas­tris­tes pour allu­mer des cier­ges en hom­ma­ge au Héros dis­pa­ru.

Tan­dis que, de La Hava­ne à San­tia­go, « on » s’échine à fai­re per­du­rer le mythe de la Revo­lu­cion éter­nel­le – ¡ Has­ta siem­pre ! Patria o muer­te ! Les der­niers acteurs de cet­te piè­ce dra­ma­ti­que s’effacent peu à peu ou meu­rent avec cet­te han­ti­se : Que l’Histoire ne les acquit­te pas.

Notes:

  1. Pour rap­pel : Iran (1953), Gua­te­ma­la (54), Cuba, Baie des Cochons (61), Bré­sil, Sud-Viet­nam (64), Répu­bli­que domi­ni­cai­ne, Uru­guay (65), Chi­li (73), Argen­ti­ne (76), Gre­na­de (83), Nica­ra­gua (84), Pana­ma (89).… Sans oublier la Guer­re du Gol­fe, le Koweït, l’Irak, l’Afghanistan…
  2. J’ai déjà sou­li­gné à quel point cet­te mesu­re ser­vit à mas­quer l’incurie du gou­ver­ne­ment des Cas­tro, en par­ti­cu­lier l’échec de la poli­ti­que agrai­re déci­dée par Fidel lui-même. Voir à ce sujet la clair­voyan­te ana­ly­se de René Dumont dans son ouvra­ge Cuba est-il socia­lis­te ? (La répon­se est dans la ques­tion…) Dans la ter­mi­no­lo­gie cas­tris­te et sa pro­pa­gan­de, l’embar­go a tou­jours été tra­duit par blo­queo. Or, il ne s’agit nul­le­ment d’un blo­cus au sens mari­ti­me et aérien. Les échan­ges com­mer­ciaux avec Cuba ont été com­pli­qués mais non blo­qués. Même des com­pa­gnies éta­su­nien­nes ont com­mer­cé avec Cuba, où un car­go amé­ri­cain assu­rait une navet­te com­mer­cia­le par semai­ne, ain­si que je l’avais rele­vé sur pla­ce.
  3. Résu­mé par la for­mu­le de Gue­va­ra :« Allu­mer deux, trois, plu­sieurs Viêt­nam »
  4. Jour­na­lis­te sans visa pro­fes­sion­nel, tou­ris­te incer­tain débar­quant à La Hava­ne par­mi les 400 tou­ris­tes fran­çais quo­ti­diens. J’avais été pho­to­gra­phié ici-même en 68 pour les besoins d’une car­te de pres­se cubai­ne – que j’ai gar­dée…. Il est vrai que c’était avant l’informatique. Mais je venais de lire ou reli­re tou­tes ces his­toi­res ter­ri­bles de répres­sion, ces témoi­gna­ges des Golen­dorf, Val­la­da­rès, Huber Matos et leurs années de geô­les ; par­cou­ru les rap­ports de Repor­ters sans fron­tiè­res, du CPJ (Cen­tre de pro­tec­tion des jour­na­lis­tes) et de l’IFEX (Échan­ge inter­na­tio­nal de la liber­té d’expression) sur la répres­sion des jour­na­lis­tes et des mili­tants des droits de l’homme ; pris contact avec des confrè­res de retour de repor­ta­ge… Tout ce qu’il fal­lait pour les­ter de para­no mon équi­pe­ment de base.
  5. Ce fut aus­si ma plus bel­le leçon de jour­na­lis­me : pra­ti­quer stric­te­ment le scep­ti­cis­me métho­di­que. En 1986, Albin Michel publia Mémoi­res de pri­son, Témoi­gna­ge hal­lu­ci­nant sur les pri­sons de Cas­tro. Il s’agissait du récit de l’écrivain cubain Arman­do Val­la­da­rès, déte­nu durant 22 ans, tor­tu­ré, libé­ré après une vas­te cam­pa­gne inter­na­tio­na­le.
  6. Il y aurait tant à dire sur l’icône Gue­va­ra, nom­mé en 1959 par Fidel Cas­tro com­man­dant et « pro­cu­reur suprê­me » de la pri­son de la for­te­res­se de la Cabaña. Il est ain­si sur­nom­mé le car­ni­ce­ri­to (le petit bou­cher) de la Cabaña. Pen­dant les 5 mois à ce pos­te il déci­de des arres­ta­tions et super­vi­se les juge­ments qui ne durent sou­vent qu’une jour­née et signe les exé­cu­tions de 156 à 550 per­son­nes selon les sour­ces. 
  7. D. de Rou­ge­mont, L’Amour et l’Occident, 10/18, 2001

Le Nobel à Svetlana Alexievitch, écrivaine du courage

nobel litterature 2015

© Ph. Peter Gro­th

En attri­buant le Nobel de lit­té­ra­tu­re à Svet­la­na Alexie­vit­ch, le jury de Stock­holm hono­re une magni­fi­que écri­vai­ne et s’honore lui-même. Un choix cou­ra­geux qui consa­cre une fem­me elle-même vouée à témoi­gner du cou­ra­ge face au ter­ri­ble quo­ti­dien de « héros ordi­nai­res ». Un choix qui s’inscrit dans un contex­te géo-poli­ti­que et éco­lo­gi­que des plus trou­bles, affec­tant tou­te l’humanité.

Je suis d’autant plus sen­si­ble à cet­te recon­nais­san­ce que je dois à Svet­la­na Alexie­vit­ch deux livres qui m’ont par­ti­cu­liè­re­ment bou­le­ver­sé : La Sup­pli­ca­tion (1997) et La Guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me (1985).

2290300314Le pre­mier, sous-titré Tcher­no­byl, chro­ni­que du mon­de après l’apocalypse, témoi­gne avec for­ce de l’univers ter­ri­fiant d’après la catas­tro­phe ; les témoi­gna­ges ras­sem­blés don­nent au dra­me sa dimen­sion plei­ne­ment humai­ne, dépein­te sans arti­fi­ce aucun par les témoins et acteurs directs. Une « réa­li­té noi­re », signi­fi­ca­tion lit­té­ra­le de « Tcher­no­byl », ain­si que le sou­li­gne un pho­to­gra­phe, expli­quant pour­quoi il ne prend pas de pho­tos en cou­leur…

Plus loin, un liqui­da­teur racon­te com­ment se blo­quaient les dosi­mè­tres éta­lon­nés jusqu’à deux cents rönt­gens, tan­dis que des jour­naux écri­vaient : « Au-des­sus du réac­teur, l’air est pur » ! « On nous don­nait des diplô­mes d’honneur. J’en ai deux. Avec Marx, Engels, Léni­ne et des dra­peaux rou­ges. »

Une fem­me, épou­se d’un liqui­da­teur, racon­te l’agonie de son hom­me : « Un matin, au réveil, il ne pou­vait pas se lever. Et ne pou­vait rien dire… Il ne pou­vait plus par­ler… Il avait de très grands yeux… C’est seule­ment à ce moment-là qu’il a eu peur… […] Il nous res­tait une année. […] L’homme que j’aimais tel­le­ment […] se trans­for­mait devant mes yeux… en un mons­tre… » Le res­te de ce témoi­gna­ge, oui, c’est une sup­pli­ca­tion ; elle est insup­por­ta­ble et pour­tant on se doit de la lire jusqu’au bout.

Pour l’Union sovié­ti­que, cet­te catas­tro­phe a son­né le début de la fin, qui eut lieu trois ans après. Ses cau­ses en sont autant poli­ti­ques que tech­ni­ques, contrac­tion implo­si­ve d’un sys­tè­me dément et d’une incon­sé­quen­ce scien­tis­te.

Ce livre consti­tue aus­si le plai­doyer le plus impla­ca­ble contre l’énergie nucléai­re dite « paci­fis­te ». Rap­pel : Il y a plus de 400 réac­teurs nucléai­res dans le mon­de – dont 58 en Fran­ce.

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Autre grand livre : La guer­re n’a pas un visa­ge de fem­me… mais les fem­mes ont été de tou­tes les guer­res. En par­ti­cu­lier les fem­mes rus­ses enrô­lées dans l’Armée rou­ge et envoyées au front contre les Alle­mands : auxi­liai­res de tou­tes sor­tes, de tou­tes cor­vées, blan­chis­seu­ses de lin­ge gor­gé de sang, infir­miè­res, bran­car­diè­res, méde­cins, cui­si­niè­res, puis com­bat­tan­tes, tireurs d’élite. Des héroï­nes au même titre que les liqui­da­teurs de Tcher­no­byl. Avec leurs témoi­gna­ges tout aus­si insup­por­ta­bles.

• Svet­la­na Alexan­drov­na Alexie­vit­ch, écri­vai­ne et jour­na­lis­te rus­so­pho­ne, ukrai­nien­ne par sa mère et bié­lo­rus­se par son père, est une dis­si­den­te irré­duc­ti­ble, tant sous le régi­me sovié­ti­que que dans la Rus­sie pou­ti­nien­ne et la Bié­lo­rus­sie du dic­ta­teur Lou­ka­chen­ko.

On lui doit aus­si Cer­cueils de zinc (1991), sur la guer­re sovié­to-afgha­ne, Ensor­ce­lés par la mort, récits (1995), sur les sui­ci­des de citoyens rus­ses après la chu­te du com­mu­nis­me et Der­niers Témoins (2005), témoi­gna­ges de fem­mes et d’hommes qui étaient enfants pen­dant la Secon­de Guer­re mon­dia­le. Enfin, en 2013, La Fin de l’homme rou­ge ou le temps du désen­chan­te­ment, recueille des cen­tai­nes de témoi­gna­ges dans l’ex-URSS (prix Médi­cis essai et « meilleur livre de l’année » par le maga­zi­ne Lire.)

Le prix Nobel de lit­té­ra­tu­re la consa­cre pour « son œuvre poly­pho­ni­que, mémo­rial de la souf­fran­ce et du cou­ra­ge à notre épo­que ».

 

Lire aus­si : Tcher­no­byl – Fuku­shi­ma. 25 ans après, « la leçon de Tcher­no­byl n’a pas été appri­se »

Tcher­no­byl. La ter­reur par le Men­son­ge


  • © Ch.- M. Schulz

    « Il fau­drait com­pren­dre que les cho­ses sont sans espoir et être pour­tant déci­dé à les chan­ger. » F. Scott Fitz­ge­rald, Gats­by le magni­fi­que, 1925
    ––––
    « Le plus grand dérè­gle­ment de l’esprit, c’est de croi­re les cho­ses par­ce qu’on veut qu’elles soient, et non par­ce qu’on a vu qu’elles sont en effet. » Bos­suet

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    Philippe Casal,, 2004 - Centre national des arts plastiques

    Phi­lip­pe Casal, 2004 - Cen­tre natio­nal des arts plas­ti­ques - Mucem, Mar­seille

  • Et ça, c’est tentant aussi…

  • La réa­lité vraie n’est jamais la plus manifeste. (Claude Lévi-Strauss)

    La réa­lité vraie n’est jamais la plus mani­fes­te.
    (Clau­de Lévi-Strauss)

  • 2sexpolLa Revue Sexpol ressuscitée !

    Parue de 1975 à 1981, la Revue Sex­pol (sexua­li­té / poli­ti­que), ses 39 numé­ros et 2000 pages ont res­sus­cité par la gra­ce de la numé­ri­sa­tion. Un DVD est désor­mais dis­po­nible, au prix coû­tant de la numé­ri­sa­tion, de la dupli­ca­tion et des frais de port, soit 16 euros avec jaquet­te cou­leur et boî­tier rigi­de ou 11 euros sans. Ren­sei­gne­ments et com­mande en cli­quant ici ou sur la cou­ver­ture du der­nier numé­ro, ci-des­sus. En savoir plus ici sur Sex­pol.
  • « Comme un nuage – 30 ans après Tchernobyl »

    Com­me un nua­ge, album pho­tos et tex­te mar­quant le 30e anni­ver­sai­re de la catas­tro­phe de Tcher­no­byl (26 avril 1986). La sous­crip­tion étant clo­se (vifs remer­cie­ments à tous les contri­bu­teurs !) l’ouvrage est désor­mais en ven­te au prix de 15 euros, fran­co de port. Vous pou­vez le com­man­der à par­tir du bou­ton « Ache­ter » ci-des­sous (bien pré­ci­ser votre adres­se pos­ta­le !)

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    Il s’agit d’un album-pho­to de qua­li­té, à tira­ge soi­gné et limi­té, 40 p. for­mat A4 « à l’italienne ». Les pho­tos, pri­ses en Pro­ven­ce et notam­ment à Mar­seille, expri­ment une vision artis­ti­que sur le thè­me d’« après le nua­ge ». Cet­te créa­tion rejoi­gnait l’appel à l’organisation de « 1.000 évé­ne­ments cultu­rels sur le thè­me du nucléai­re », entre le 11 mars 2016 (5 ans après Fuku­shi­ma) et le 26 avril 2016 (30 ans après Tcher­no­byl).
  • L’argument fon­da­men­tal pour la liberté d’expression est le carac­tère dou­teux de toutes nos croyances (Ber­trand Russel)

    L’argument fon­da­men­tal pour la liber­té d’expression est le carac­tère dou­teux de tou­tes nos croyan­ces. (Ber­trand Rus­sel)

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    Le vrai miroir de nos dis­cours est le cours de nos vies. Mon­tai­gne - Essais, I, 26

    La véri­té est un miroir tom­bé de la main de Dieu et qui s’est bri­sé. Cha­cun en ramas­se un frag­ment et dit que tou­te la véri­té s’y trou­ve. Djalāl ad-Dīn Rūmī (1207-1273)

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