RAZ DE MARÉE J + 30. Indispensables journalistes de présence

On verra dans un mois, m’étais-je dit dans la crainte d’un «feu de paille» médiatique. Mais non, cette fois le raz de marée a emporté sur son passage jusqu’aux travers les plus reprochés aux journalistes: indignations effarouchées, dénonciations sans lendemains, bref : information à la petite semaine. Il n’en a rien été : chapeau!

Saluons en effet la présence têtue des rédactions sur place, tant de la presse audio-visuelle qu’écrite ; reconnaissons la qualité des reportages et, je dirais même, l’engagement des journalistes au plus noble sens du mot : être dedans, avec ; pratiquer le journalisme comme une empathie, non pas comme un butinage technique.

Certes il eut été pour le moins inconvenant de surfer, si on ose même dire, sur la vague du tsunami. Inconvenant ? Non : impensable, impossible. Soit. Mais preuve est apportée que ce métier d’informer est à la fois possible et nécessaire.

Possible, je l’espère aussi, sur tous les événements et sujets qu’à l’avenir il s’agira de labourer avec la même détermination. Du plus «grand» au plus «petit», en révisant les hiérarchies trop hâtives. Et se souvenir de l’adage professionnel selon lequel «Il n’y a pas de petits sujets, mais seulement des petits journalistes»…

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Métier nécessaire, aussi. Démonstration par l’équation : pas de journalistes = pas de solidarité – puisque, à la limite, pas d’événement. Rien à ajouter. Mais, a contrario, qu’en serait-il de leur absence en Irak ? – puisque tel est le débat actuel, en particulier autour de la disparition de Florence Aubenas. Et, autre question, autrement actuelle ; je l’ai abordée ici déjà à propos du silence sur Auschwitz et la Shoa. Pas de journalistes en Pologne nazifiée ? Pas de journalistes dans l’URSS des goulags ? Et, souvenons-nous, les Khmères rouges…, ils eurent plutôt bonne presse – et pendant assez longtemps pour commettre l’irréparable!

Et au Rwanda? Le génocide, en effet, a pu s’y commettre aussi par l’absence de journalistes étrangers ; tandis que des non-journalistes, c’est-à-dire des propagandistes – leurs contraires –, à la trop sinistrement connue radio des «Mille collines», attisaient le déferlement mortifère. À cet égard, j’ai aussi une pensée angoissée pour la Côte d’ivoire où ses journalistes, souvent de qualité, se trouvent aujourd’hui aspirés vers le gouffre de l’horrible.

Je le disais hier soir à un ami : Tous les défauts accumulés de tous les journalistes de la Terre ne sauraient être pires que leur absence.

—> Document : Reporters sans frontières

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