Elles passent très bien, les « idées saines » de M. Dassault…

Certains journalistes ne sont vraiment pas très regardants sur les «infos» qu’ils servent. Bien moins que tel chef cuisinier qui, soucieux de qualité, va lui-même choisir ses produits au marché. Je pense à Bernard Loiseau – qui s’est envolé comme on sait, d’un coup de fusil. Tout ça pour en revenir à un autre oiseau [je sais, c’est limite], le «Falcon» de chez Dassault.

Dassault

Pour changer du “Rafale”, l’avionneur présentait son dernier Faucon mardi 15/02/05 à Bordeaux-Mérignac. Grand raout devant le tout médiatico-affairiste. L’effet attendu se vérifiait dès le lendemain dans les gazettes de l’écriture, de la parlure et de la voyure. Exemples.

France 2, 20 heures : reportage type « promo », sur l’air de l’Airbus 380 ; version audiovisuelle – et service public – de la plaquette du fabricant.

France Inter, le matin : un ingénieur de chez Dassault vante l’exploit logiciel qui assure une précision des pièces inégalée. Commentaire triomphant : «S’il est un métier dont nous pouvons désormais nous passer, c’est celui d’ajusteur !». Ce type vient d’annoncer, sur les ondes du service public et sur l’air du «progrès technologique» la mort programmée d’un métier et des hommes qui en vivent. Et hop!, l’info se range toute seule dans la boîte des merveilleuses bonnes nouvelles.

Dans les deux cas, pas le moindre recul des journalistes pour élever le regard au dessus d’une apparente neutralité. Pas de questionnement non plus dans Le Monde, qui titre : «Le nouveau Falcon de Dassault a été élaboré de manière virtuelle». Même semblable émerveillement dans La Provence de Lagardère. Rien dans Libé, rien dans L’Huma : pas le moindre couplet sur les puissants de ce monde, les affaires, les privilèges, la pollution et tout.

Et Le Figaro alors, que son tout nouveau propriétaire et avionneur voue à la promotion des «idées saines», qu’a-t-il dit ? Rien de bien plus claironnant que la moyenne. Mais tout de même ce passage :

«Hier à Bordeaux, alors que quelques plaques de verglas ont provoqué plusieurs heures d’embouteillage pour les avions de ligne sur les pistes de Roissy-CDG, les jets privés décollaient sans encombre de l’aéroport voisin du Bourget. Ministres, élus locaux, partenaires industriels et clients du nouvel avion de Dassault Aviation étaient accueillis à Bordeaux-Mérignac par Serge Dassault et Charles Edelstenne.»

Passons sur le «Hier à Bordeaux […] les jets décollaient du Bourget», pour traduire le reste en termes directs: d’un côté la piétaille condamnée au verglas et aux heures d’attente, de l’autre, la jet-set s’élevant au-dessus des simples mortels.

Moralité de cette petite revue de presse : Même si ça peut aider, il n’est même pas nécessaire de posséder des journaux pour y faire passer ses «idées». Il suffit bien qu’elles soient «saines».

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C’est vrais que le sujet de France2 m’avait choqué.
Comme si aujourd’hui il été normal de posseder un jet.
29 millions d’euros… plus 10% par an pour le faire voler. Faudra que je budgetise tout ca moi…

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