Paoli, homme de ménage et fier de l’être

Stéphane Paoli est donc un homme de ménage « pas si mal payé que ça, c’est vrai », ainsi qu’il l’a reconnu ce matin sur France Inter. Il répondait à Jean-Luc, cet auditeur qui le questionnait sur ses revenus extra journalistiques, genre podium d’animation pour la Fédération patronale du bâtiment ou la Chambre de commerce de Paris. Doit-on encore, dans ce cas, avoir droit à la carte de presse ?, demandait le malotru. A quoi Paoli, en renard à poil doré qu’il est, a répondu qu’il n’éprouvait en cela «aucun complexe», qu’il n’avait «pas le moindre compte à [vous] rendre, cher monsieur», qu’il était fier d’appartenir au service public de la radio, qu’il payait ses impôts et tout comme il faut.

Pas de compte à rendre ? Ça se discuterait, s’agissant précisément de la radio publique, financée par le citoyen, et au service de celui-ci… Dans une émission précisément consacrée à l’impôt – dont la réforme n’est pas aussi républicaine et démocratique que prétendu –, l’intervention de Jean-Luc, d’ailleurs fort bien rebaptisé Saint-Just par Paoli…, ne manquait pas de sel. Surtout que dans le genre «passe-moi le poivre», le Paoli se montrait des plus civils envers son invité, Jean-François Copé.

Il y a belle lurette, rappelons-le, que la classe médiatique dominante – celle des médias dominants – a basculé hors de la moyenne. À cet égard, Paoli s’est bien gardé de donner la moindre idée du montant de ses ménages. C’est tellement éhonté !

Saint-justement, pour en donner une idée, je vais me référer à une enquête datant [hélas, je n’en vois pas de plus récentes) d’octobre 2001, menée par le magazine Capital, reprises sur le site d’Acrimed. Quelques copiés-collés (en francs) :

– Pierre-Luc Séguillon (LCI) , compense par une intense activité ménagère le montant relativement modeste de ses émoluments pour chaque prestation : 50 000 F. “seulement” ;
– Christine Ockrent n’aurait obtenu que 75 000 F. pour jouer les madames Loyal chez Péchiney ;
– Ruth Elkrief (RTL), bien qu’elle néglige, paraît-il, les réunions préparatoires, vaudrait 75 000 F. ;
– Luc Evrard (Europe 1), Robert Namias, Jean-Claude Narcy et Jean-Marc Sylvestre ( tous trois de TF1) n’hésitent pas à louer leur service à telle ou telle entreprise. Jean-Marc Sylvestre qui ” vaut ” 70 000 F. la prestation, se ” contente ” de 15 000 F. pour 15 minutes ;
– Stéphane Bern obtiendrait 50 000 F. pour les animations dans les galas mondains, mais se livrerait gratuitement pour les soirées caritatives ;
– Daniela Lumbroso (LCI) serait plus appréciée si elle conservait dans ses prestations commerciales le ” peps ” qu’elle affiche à l’antenne ;
– et Mademoiselle Agnès (Canal Plus) plus sollicitée si elle n’exigeait pas 200 000 F..
– Claude Sérillon ne demande rien. Selon le patron d’une agence de communication, ” il vient gratuitement pour des causes qui lui semblent en valoir la peine “.

Mais la reine, si l’on en croit Guy Birenbaum dans son enquête “Nos délits d’initiés” (Stock, 2003), c’est bien Christine Ockrent, qui confie son petit commerce à une agence. Laquelle présente volontiers le curriculum vitae de l’intéressée à ses clients, et son tarif, soit : 18 000 euros (118.000 francs !… plus un assistant à prévoir) “pour l’animation d’une réunion d’une demi-journée”.

Alors, combien Paoli, au fait et pour être précis ?

Le débat sur les élites de la République demeure bien plus actuel que jamais. Plus fondamental aussi s’agissant de ces journalistes se targuant de nous donner des leçons de pédagogie – et de démocratie bien sûr. Et à quand une émission sur l’Europe des médias et les journalistes polonais ?

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lucile

y’a t-il d’autre expression pour “faire le menage” ou “femme de ménage”?

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