par  Marie-José Cloiseau*

L’affaire des cari­ca­tures a révé­lé une ten­dance déjà
bien ancrée dans les medias : la com­mu­nau­ta­ri­sa­tion de la parole, qui
consiste à faire par­ler non pas un citoyen en sa qua­li­té de citoyen,
mais le membre d’une com­mu­nau­té, le repré­sen­tant d’un groupe religieux,
ou celui dont le nom tra­dui­ra le mieux l’origine eth­nique qui
l’autorisera à par­ler, voire à cri­ti­quer, sans être sus­pect de racisme
ou d’intolérance. L’homme sans qua­li­tés n’a plus qu’à se taire ou à
abon­der dans le sens de l’idéologie dominante.

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L’affaire des cari­ca­tures a posé le pro­blème de la liberté
d’expression, mais aus­si celui de la laï­ci­té : En France, les religions
sont du domaine pri­vé, nul ne peut être inquié­té en rai­son de son
appar­te­nance ou de sa non-appar­te­nance reli­gieuse. La loi ne reconnaît
que des citoyens, pas des membres de com­mu­nau­tés ou d’Eglises. On ne
conjugue pas le verbe croire, même sous sa forme néga­tive, à
l’impératif.

A par­tir de là, on peut s’étonner qu’un mode
d’expression vieux d’un siècle et demi, les cari­ca­tures dans les
jour­naux, ait pu être consi­dé­ré, de la part de nos dirigeants
poli­tiques, comme une agres­sion à l’égard d’une reli­gion, voire des
reli­gions en géné­ral. C’est tout de même d’un point de vue religieux
que les medias ont géné­ra­le­ment choi­si de trai­ter « l’affaire des
cari­ca­tures » : sur les pla­teaux de télé, dans les débats des journaux,
il convient d’interroger des membres des com­mu­nau­tés, de leur don­ner la
parole, la parole laïque n’étant géné­ra­le­ment pas per­ti­nente pour
ana­ly­ser la bles­sure cau­sée par la liber­té d’expression, puisque
bles­sure il y aurait. La laï­ci­té n’est invo­quée que pour démon­trer que
l’une des reli­gions mono­théistes est par­ti­cu­liè­re­ment rétro­grade et
into­lé­rante par rap­port aux autres. 

* Marie-José Cloi­seau est membre du réseau « Info Impartiale »

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