par  Marie-José Cloiseau*

L’affaire des car­i­ca­tures a révélé une ten­dance déjà
bien ancrée dans les medias : la com­mu­nau­tari­sa­tion de la parole, qui
con­siste à faire par­ler non pas un citoyen en sa qual­ité de citoyen,
mais le mem­bre d’une com­mu­nauté, le représen­tant d’un groupe religieux,
ou celui dont le nom traduira le mieux l’origine eth­nique qui
l’autorisera à par­ler, voire à cri­ti­quer, sans être sus­pect de racisme
ou d’intolérance. L’homme sans qual­ités n’a plus qu’à se taire ou à
abon­der dans le sens de l’idéologie dom­i­nante.

Arton1639

L’affaire des car­i­ca­tures a posé le prob­lème de la lib­erté
d’expression, mais aus­si celui de la laïc­ité : En France, les reli­gions
sont du domaine privé, nul ne peut être inquiété en rai­son de son
appar­te­nance ou de sa non-appar­te­nance religieuse. La loi ne recon­naît
que des citoyens, pas des mem­bres de com­mu­nautés ou d’Eglises. On ne
con­jugue pas le verbe croire, même sous sa forme néga­tive, à
l’impératif.

A par­tir de là, on peut s’étonner qu’un mode
d’expression vieux d’un siè­cle et demi, les car­i­ca­tures dans les
jour­naux, ait pu être con­sid­éré, de la part de nos dirigeants
poli­tiques, comme une agres­sion à l’égard d’une reli­gion, voire des
reli­gions en général. C’est tout de même d’un point de vue religieux
que les medias ont générale­ment choisi de traiter « l’affaire des
car­i­ca­tures » : sur les plateaux de télé, dans les débats des jour­naux,
il con­vient d’interroger des mem­bres des com­mu­nautés, de leur don­ner la
parole, la parole laïque n’étant générale­ment pas per­ti­nente pour
analyser la blessure causée par la lib­erté d’expression, puisque
blessure il y aurait. La laïc­ité n’est invo­quée que pour démon­tr­er que
l’une des reli­gions monothéistes est par­ti­c­ulière­ment rétro­grade et
intolérante par rap­port aux autres.

* Marie-José Cloiseau est mem­bre du réseau “Info Impar­tiale”

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