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© andré faber

Dans un entre­tien au Monde, le patron par­tant de Mar­i­anne décou­vre la lune jour­nal­is­tique en aperce­vant le bout de son doigt et délivre ses leçons de real-jour­nal­isme. Extraits :

Raphaëlle Bac­qué : Faut-il aus­si repenser la façon de faire du jour­nal­isme ?

Jean-François Kahn : Cela me fait mal de le dire, mais nous allons devoir chang­er notre mode d’écriture. Il y a un type de phrase qui est mort. Je le regrette, parce que je suis d’une généra­tion qui aime ces phras­es cicéroni­ennes, c’est-à-dire une phrase con­stru­ite, longue, avec des inci­dentes. Il faut des phras­es plus cour­tes. Mais surtout inté­gr­er que tout acci­dent gram­mat­i­cal rend la phrase moins acces­si­ble. S’il y a huit ou neuf mots après le sujet, eh bien il faut répéter le sujet. Les gens ne con­nais­sent plus beau­coup des mots que nous employons.

Il faudrait donc appau­vrir son vocab­u­laire et ses références ?

Oui, car beau­coup de gens de moins de 40 ans n’ont plus les références d’avant. Je reçois des let­tres de lecteurs qui me dis­ent qu’ils ne com­pren­nent pas tout ce que j’écris. J’avais par­lé du boulangisme, en référence au général Boulanger, ils pen­saient que j’évoquais un pâtissier. J’ai écrit : “C’est une divi­sion du monde à la Yal­ta.” Mais qui sait encore ce qu’est Yal­ta ? Je suis cat­a­strophé que les jeunes ne con­nais­sent plus l’histoire, mais il faut bien en tenir compte. Les jour­nal­istes sont furieux qu’on leur dise cela. Mais on ne doit pas faire comme les marx­istes qui décrivent la réal­ité comme ils voudraient qu’elle soit, il faut s’adapter à elle.

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