par Claire Vil­liers, Alter­na­tive citoyenne et vice-pré­si­dente du Conseil régio­nal Ile-de-France. Réponse aux réac­tions immo­dé­rées fai­sant suite au match France–Tunisie du 14 octobre au cours duquel La Mar­seillaise fut sifflée.


Qui dérape ? Sup­por­trices et Sup­por­ters de la Tuni­sie qui sou­tiennent leur équipe en sif­flant le sym­bole de l’équipe adverse ou celles et ceux qui attisent les res­sen­tis et les haines par la vio­lence et la déma­go­gie de leurs propos ?

A-t-on seule­ment deman­dé aux sup­por­ters de la Tuni­sie, et avant eux aux sup­por­ters du Por­tu­gal, de l’Italie, de l’Algérie, du Maroc – pour la très grande majo­ri­té Fran­çais-e-s ou vivant-e-s en France – ou même de Bas­tia en finale de Coupe de France, les rai­sons de leurs sif­flets ? Sur­tout pas ! Au risque d’apprendre qu’ils expriment ain­si leur exas­pé­ra­tion d’une socié­té qui ne tient pas ses pro­messes : une majo­ri­té d’entre eux sup­por­tait l’équipe de France « black-blanc-beur » de 1998. Ce for­mi­dable élan n’a rien trans­for­mé : aujourd’hui encore, en 2008, chô­mage, inéga­li­tés, dis­cri­mi­na­tions eth­niques et raciales sont le quo­ti­dien de beau­coup de ces per­sonnes vivant en France et pour l’immense majo­ri­té de natio­na­li­té Fran­çaise (et pour cause !).

Comme le dit l’historien Sébas­tien Ledoux (Libé­ra­tion 13 Octobre), « sif­fler la Mar­seillaise est l’expression d’un res­sen­ti­ment réel à l’égard de la nation fran­çaise accu­sée de ne pas avoir tenu ses pro­messes en matière de poli­tique de la ville, d’intégration ».

Exas­pé­ra­tion aus­si contre une socié­té qui refuse tou­jours à des hommes et des femmes vivant et tra­vaillant dans ce pays le droit de voter et donc d’être des citoyennes et citoyens à part entière et pas entiè­re­ment à part.

Qui dérape, si ce n’est Fran­çois Fillon qui ne se rend pas compte que ce sont les dis­cri­mi­na­tions et l’accroissement des inéga­li­tés qui sont véri­ta­ble­ment « insul­tantes pour la France », en plein XXIème siècle ? Cette France qui n’assume pas les prin­cipes de sa propre Consti­tu­tion : droit à l’emploi, à des moyens conve­nables d’existence, à la dignité…

Qui dérape, si ce n’est Ber­nard Laporte qui, avec des for­mules aux sym­boles qui pour­raient rap­pe­ler la période colo­niale, stig­ma­tise les popu­la­tions ayant des ori­gines des trois pays du Magh­reb en lais­sant entendre, avec des accents colo­nia­listes carac­té­ri­sés, qu’ils ne sont pas civi­li­sés et qu’ils ne sont pas « sains » ?

Qui dérape si ce n’est le dépu­té des Yve­lines Jacques Myard auquel il fau­drait expli­quer que « les petits mer­deux » des stades ont aus­si droit au respect ?

Qui dérape si ce n’est le dépu­té UMP des Alpes-Mari­times Lio­nel Luca qui reprend des antiennes d’extrême-droite, enjoi­gnant les sup­por­ters de la Tuni­sie de « faire leur valise pour réin­té­grer le pays de leurs ori­gines » sans que per­sonne de la majo­ri­té ne s’en démarque ? Pas même Jean-Fran­çois Cop­pé, chef des dépu­tés UMP, qui refuse de condam­ner ces pro­pos (7/9 de France-Inter, 16 octobre 2008) !

Que les déma­gogues de tout poil se taisent et que l’on s’affaire aux vrais pro­blèmes de notre socié­té, que la crise éco­no­mique ren­force et qui minent dan­ge­reu­se­ment le vivre-ensemble ! Que l’on cesse donc de jeter de l’huile sur le feu, avec ces dis­cours extré­mistes et ces inces­sants contrôles au faciès ! Que l’on agisse enfin pour concré­ti­ser les aspi­ra­tions à l’égalité et à la digni­té qui animent le plus grand nombre !

Il en va de la démocratie.
»> Blog de Claire Villiers

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