Haïti. 12 millions d'euros toujours pas affectés par la Fondation de France, s'insurge un de ses membres en démissionnant

L’élection présidentielle en cours à Haïti a permis de focaliser à nouveau l’attention internationale sur la détresse inqualifiable qui touche le peuple haïtien. Qu’en est-il alors de ce puissant élan de solidarité manifesté après le séisme qui a quasiment détruit tout le pays ?

Instructeur bénévole auprès de la Fondation de France, Gérard Jacquet s’insurge. Il constate que, dix mois après le drame, 12 millions d’euros, soit 38% des dons effectués par les Français, sont encore dans les caisses de la Fondation de France.

D’où sa lettre de démission, ci-dessous, envoyée au président de la FDF. Outre la protestation, cette lettre demande à quoi sert une telle “hyper fondation”. On peut aussi légitimement s’interroger sur l’utilisation des fonds versés, dès lors qu’ils ne sont pas affectés à la cause annoncée.

A l’attention de Monsieur le Président de la Fondation de France

Vous aviez dit ‘’solidaire’’ ?

Des informations permanentes, depuis le cataclysme de début d’année, nous parlent de la détresse des populations haïtiennes … grandissante jusqu’au stade actuel des épidémies de choléra !
Sur ce ‘’sujet’’, il est possible d’aller sur le site web de la Fondation de France pour suivre les actions conduites avec les donations effectuées au moment du drame initial. En fonction du contenu de ce site (visite du 27 novembre 2010) il est possible de constater que l’organisation de la fondation ne semble pas être perturbée par la progression du malheur de cette population.

En effet, sur http://www.fondationdefrance.org/ on peut lire :

« La générosité des Français a permis à la Fondation de France
de collecter 31,4 millions d’euros.
À ce jour, 17,4 millions ont été engagés pour soutenir 51 projets
qui couvrent les besoins les plus urgents
et 2 millions d’euros ont été dévolus à l’ouverture de quatre fond de proximité. »

Donc, 10 mois plus tard, 12 millions d’euros, soit 38% des dons effectués par les Français lors du cataclysme, sont encore dans les caisses de la Fondation de France et ceci malgré que des hommes, des femmes et des enfants subissent une détresse grandissante !

Des questionnements graves se lèvent avec ce type de ‘’gestion’’ de ce secours solidaire (ayant fait l’objet d’un important appel à la générosité publique au moment des faits) :

– Des experts et des cadres salariés qui se consacreraient longuement, dans les grands bureaux de l’Avenue Hoche, à déterminer ce qui pourrait bien être bon, pour ces Haïtiens, là-bas, demain … et ceci malgré la connaissance de la détresse quotidienne et grandissante des personnes sinistrées * ?
– Une ‘’hyper fondation’’ qui se serait ‘’instrumentalisée’’, en priorisant un fonctionnement en tant qu’organisme financier (cf. Les comptes 2009 ) ?

Par conséquent, en tant qu’instructeur bénévole, recruté en son temps par la délégation Rhône-Alpes de la FDF, je vous demande d’enregistrer ma démission et prenant note de son caractère résolument contestataire.
Impliqué dans le développement de l’économie solidaire je dois à la vérité de dire aussi la forte déception qui découle …
Gérard Jacquet

* Note : « La principale notion illichienne est le concept de la contre-productivité, qui décrit un phénomène embarrassant : lorsqu’elles atteignent un seuil critique (et sont en situation de monopole) les grandes institutions de nos sociétés modernes industrielles s’érigent parfois sans le savoir en obstacles à leur propre fonctionnement »

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faber

Voila une info qui ne passe pas par le canal Wikileaks et qui vaut son pesant de détresse. La professionnalisation de ces organismes humanitaires les éloignent de leur sujet premier. “On gère”. Comme en politique hélas, c’est la manière comptable qui l’emporte sur le coeur.

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