Nucléaire. Le cauchemar continue autour des quatre réacteurs de Fukushima en perdition totale

Deux mois et plus ont passé. Une espèce de suaire médiatique a commencé à envelopper Fukushima, ses quatre réacteurs sinistrés, la région et tout le Japon dans son drame. Une chape de silence tend à œuvrer afin de maintenir dans son coma tout un modèle de société basé sur le toujours plus, comme si la fin des temps humains ne s’en trouvait pas hâtée. Un temps de cendres pourtant toujours des plus radioactives.

Dans la suite 36 de sa chronique de la catastrophe nucléaire, Dominique Leglu, directrice de la rédaction du magazine Sciences et avenir, se montre carrément alarmante : « On s’en doutait depuis longtemps, mais voir la chose admise par l’opérateur Tepco de la centrale Fukushima fait un effet sidérant : le cœur fondu du réacteur n°1 a percé sa cuve en de multiples endroits ! Ou pour le dire avec les circonvolutions de l’opérateur : « des trous ont été créés par le combustible  nucléaire fondu au fond de la cuve du réacteur n°1 ».

« C’est, en clair, l’accident maximal pour un réacteur de ce type. L’enceinte ultime, autrement dit la cuve pressurisée dans laquelle est enfermé le combustible nucléaire, cuve censée être le dernier rempart contre l’émission de radioactivité vers l’extérieur, est rompue ! »

Il s’avère en effet que de nombreuses soudures n’ont pas résisté aux très hautes températures dues à la fonte du réacteur, ainsi qu’à une corrosion intense causée par le sel de l’eau de mer employée pour les tentatives de refroidissement. L’inox utilisé dans les cuves des réacteurs « se retrouve aussi ailleurs dans la centrale, notamment dans les casiers des assemblages de combustibles (dans les piscines qui ont été dramatiquement endommagées – en particulier dans les unités 3 et 4 ».

En fait, poursuit Dominique Leglu, « on se demande si tous les réacteurs (pas seulement le n°1 mais peut-être aussi les n°2 et n°3) ne sont pas en train de « tomber en miettes » – leurs structures métalliques étant de plus en plus défaillantes, après que les structures en béton ont été ébranlées et fissurées lors des explosions qui ont eu lieu dès les premiers jours de la catastrophe. »

La journaliste de Sciences et avenir met aussi en doute la prétention d’Areva à « décontaminer l’eau qui a abondamment servi à refroidir les réacteurs et les piscines et installer un circuit fermé pour la ré-utiliser. Comment faire un circuit fermé avec une (des) cuve(s) de réacteur transformée(s)  en passoire ? Surtout, comment s’approcher de ces lieux extrêmement radioactifs – vu la non étanchéité de l’ensemble – pour éventuellement « reboucher » les trous ? Qui va s’approcher ? »

Et de conclure : « Deux mois après la catastrophe, on se demande encore autre chose : pendant combien de mois (d’années ?) va-t-il falloir continuer à refroidir les lieux, accumulant toujours plus d’eau contaminée. Cela signifie-t-il qu’il va falloir rejeter à nouveau celle-ci « volontairement » dans l’océan, comme cela a été fait pour plus de 10 000 tonnes (eau dite alors « faiblement contaminée ») il y a quelques semaines ? C’est un véritable cauchemar qui continue. »

D’autre part, selon une dépêche de l’AFP du 29 avril, un conseiller scientifique du premier ministre japonais, le professeur Toshiso Kosako, a présenté sa démission « en larmes » lors d’une conférence de presse, « en raison de désaccords sur la gestion de la centrale nucléaire accidentée de Fukushima ». La raison essentielle de cette démission est due au fait que le gouvernement a envisagé un relèvement du taux admissible de radioactivité dans les écoles, sur les aires de jeux. Alors que « la limite était jusqu’à présent de 1 mSv/an (peut-être 2,4 mSv/an) », selon une source universitaire japonaise, l’intention est de la faire passer à 20 fois plus, soit « 20 mSv/an ». Ce taux annuel de 20 mSv/an est celui admis pour les professionnels du nucléaire en France.

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Pierre

Le drame de Fukushima, le fait même qu’il n’est pas clos et que son issue est totalement hors de portée de vue est le symbole même de la cécité de l’homme à l’égard du phénomène technicien ou, pour être plus précis, de la totale AUTONOMIE de la technique. Fukushima n’est donc en fait que la partie visible du drame. Sa racine, son origine, c’est que les hommes (pratiquement TOUS les hommes!) tiennent encore à se rassurer en se persuadant que “la-technique-n’est-ni-bonne-ni-mauvaise” et que “tout-dépend-de-l’usage-qu’on-en fait”. Les Japonais, après les Ukrainiens, paient aujourd’hui le prix fort de cet orgueil SANS FIN… Lire la suite

Difficile d’admettre que l’on ait pu construire une centrale sur une zone aussi dangereuse…
Il y a des gens en costume-cravate, très sérieux, qui se sont penchés sur le problème.
Maintenant que l’on est tributaire de l’atome en source d’énergie comment va-t-on faire pour changer…

Peut-être que nos politiciens du showwww-bizzzzzz sont plus soucieux de leur image que de ces futilités…

Pierre

On n’arrête pas le progrès car il n’est équipé d’aucun frein. Ce qui permet à Henri Proglio, PDG d’EDF, d’affirmer tranquillement que “Fukushima “ne remet pas en cause le nucléaire”. (Le Monde.fr, 24.05.11).

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