«Vrai travail» : l’amnésie du candidat Sarkozy par LeNouvelObservateur

Fêter le travail, déjà c’est plus que limite. Mais alors le « vrai » travail, selon Sarkozy et sa piteuse envolée pétainiste !… Envolée si on peut dire, à laquelle il a cru devoir préciser « Le vrai travail c’est le travail de celui qui travaille dur ». Le « dur », ça c’est de la « vraie » valeur. Oui, c’est celle de l’aliénation, cette force de production que, contraint, tu dois échanger à tes commanditaires – capitalistes, en général –, selon leurs propres conditions (« marché du travail ») et en échange de la permission de survivre, plus celle de consommer, – consommer ce que tu as toi-même produit, ou bien qui t’est proposé dans le spectacle des loisirs de préférence abêtissants, grâce auxquels tu turbineras une quarantaine d’années selon le programme : « Perdre sa vie à la gagner ». La différence se constitue en résistance, dans la lutte quotidienne pour conquérir le plein emploi de sa vie.

Le vrai travail, alors, ne serait-il pas celui qui, signant le progrès et la civilisation, en finirait avec l’exploitation, la souffrance (travail, tripalium en latin « instrument de torture »), bref l’aliénation, pour tendre à la créativité, la réalisation de soi et de l’humanité, le plaisir à œuvrer pour la justice et une société d’humains libres ?

À l’expression « vrai travail », on pourrait alors substituer l’ancienne évoquant « la belle ouvrage ». À la notion de « progrès » on pourrait aussi préférer celle plus fiévreuse du plaisir à vivre, et à vivre en société ouverte, et non plus dans ce « tout à l’ego », selon l’expression de Régis Debray.

Oui, c’est de l’utopie !, ce « lieu de nulle part » qu’on n’en finit pas de chercher (pour qui cherche…), ou comme dans cette quête de sens qui – au fait – caractérise la nature humaine.

En foi de quoi je considère Le Droit à la paresse de Paul Lafargue (gendre de Marx) comme un livre majeur, véritable hymne au – pour le coup – vrai progrès, celui qui justifierait le machinisme et la technique comme des instruments de libération et non plus comme des déifications modernes et hautement aliénantes.

Beau détournement de l'oeuvre de Millet. L'angelus sonne l'heure de la libération… On peut rêver, non ?

Beau détournement de l’œuvre de Millet. Les glaneuses et la glandeuse.

Ainsi donc débute Le Droit à la Paresse. La réfutation du Droit au travail, 1880 :

« Une étrange folie possède les classes ouvrières des nations où règne la civilisation capitaliste. Cette folie traîne à sa suite des misères individuelles et sociales qui, depuis deux siècles, torturent la triste humanité. Cette folie est l’amour du travail, la passion moribonde du travail, poussée jusqu’à l’épuisement des forces vitales de l’individu et de sa progéniture. Au lieu de réagir contre cette aberration mentale, les prêtres, les économistes, les moralistes, ont sacro-sanctifié le travail. Hommes aveuglés et bornés, ils ont voulu être plus sages que leur Dieu ; hommes faibles et misérables, ils ont voulu réhabiliter ce que leur Dieu avait maudit. Moi, qui ne professe d’être chrétien, économe et moral, j’en appelle de leur jugement à celui de leur Dieu ; des prédications de leur morale religieuse, économique, libre-penseuse, aux épouvantables conséquences du travail dans la société capitaliste. »

Suite en version intégrale sur internet, notamment là : http://www.rutebe
uf.com/textes/lafargue01.html

Mais je m’aperçois que je rabâche et, d’année en année, ramène mon muguet sur ce chapitre… C’est surtout que l’Histoire bégaye et que les progrès se font aussi rares que lents. Voyez tout de même, sur C’est pour dire, ces autres suppliques pour travailler moins, en gagnant ce qu’il faut, et pas plus.

De la Paresse comme un des Droits de l’Homme, de la Paresse comme un art moderne et révolutionnaire

Faire plus de moins pour être plus peinard !, par André Faber

« Fête du travail », et quoi encore ?

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