Une insulte contre la foi… et tout bascule dans le fanatisme

Il a donc suffi d’une vidéo de dix minutes pour ranimer la flamme du fanatisme islamiste. Cette actualité atterrante et celle des vingt ans passés le montrent : des trois religions révélées, l’islam est aujourd’hui la plus controversée, voire rejetée. Tandis que la judaïque et la chrétienne, tapies dans l’ombre tapageuse de leur concurrente, font en quelque sorte le dos rond – ce n’est pas leur tour. En ce sens, elles peuvent se donner à voir comme les « meilleures », alors qu’elles n’ont pas manqué d’être les pires dans leurs époques historiques flamboyantes, et qu’elles ne sont toujours pas en reste pour ce qui est de leurs dogmes, les plus rétrogrades et répressifs. *

Préalable : parler « religions » ici c’est considérer les appareils, et non pas leurs adeptes plus ou moins consentants. C’est donc parler des clergés, des dogmes et des cohortes activistes et prosélytes. On en dirait autant des idéologies, dont les pires – fascistes et nazies –, construites comme des religions, ont entaché l’Histoire selon des schémas similaires. Donc, distinguer les « humbles pécheurs » abusés par leurs « libérateurs », tout comme on ne confondra pas ces militants aux grands cœurs abusés par les Staline, Hitler et autres tyrans de tous les temps.

Parlons donc de l’islam politique, mis en exhibition dramatique sur la scène planétaire, voulant en quelque sorte se prouver aux yeux du monde. Aussi recourt-il à la violence spectaculaire, celle-là même qui le rend chaque plus haïssable et le renforce du même coup dans sa propre et vindicative désespérance. Et ainsi apparaît-il à la fois comme cause et conséquence de son propre enfermement dans ce cercle vicieux.

Que recouvre l’islamisme, sinon peut-être la souffrance de cette fraction de l’humanité qui se trouve marginalisée, par la faute de cet « Occident » corrompu et « infidèle ». C’est en tout cas le message que tente de faire passer auprès du milliard de musulmans répartis sur la planète, les plus activistes et djihadistes de leurs meneurs, trop heureux de décharger ainsi sur ce bouc émissaire leur propre part de responsabilité quant à leur mise en marge de la « modernité ». Modernité à laquelle ils aspirent cependant en partie – ou tout au moins une part importante de la jeunesse musulmane. D’où cette puissante tension interne entre intégrisme mortifère et désir d’affranchissement des contraintes obscurantistes, entre gérontocrates intégristes et jeunesses revendicatives. D’où cette violence de « cocotte minute » et ces manifestations collectives sans lesquelles les sociétés musulmanes risqueraient l’implosion. D’où, plus avant, les « printemps arabes » et leurs normalisations politiques successives.

Un nouvel épisode de poussées cléricales d’intégrisme se produit donc aujourd’hui avec la promotion d’une vidéo dénigrant l’islam diffusée sur la toile mondiale et attribuée à un auteur israélo-américain – ou à des sources indéfinies. Prétexte à ranimer – si tant est qu’elle se soit assoupie – la flamme des fanatiques toujours à l’affût.

On pourrait épiloguer sur ces conditionnements reptiliens (je parle des cerveaux, pas des personnes…) qui se déchaînent avec la plus extrême violence à la moindre provocation du genre. De tout récents ouvrages et articles ont ravivé le débat, notamment depuis la nouvelle fièvre éruptive qui a saisi les systèmes monothéistes à partir de son foyer le plus sensible, à savoir le Moyen Orient. De là et, partant, de la sous-région, depuis des siècles et des siècles, au nom de leur Dieu, juifs, chrétiens, musulmans – et leurs sous-divisions prophétiques et sectaires – ont essaimé sur l’ensemble de la planète, installé des comptoirs et des états-majors, lancé escouades et armées entières, torturé et massacré des êtres humains par millions, au mépris de la vie hic et nunc, maintenant et ici-bas sur cette Terre, elle aussi martyrisée. Et le tout au nom d’un Au-delà hypothétique, proscrivant à chacun sa libre conscience et l’art d’arranger au mieux la vie brève et, de surcroît, pour le bien de l’entière humanité.

Va pour les croyances, qu’on ne discutera pas ici…  Mais qu’en est-il de ces systèmes séculiers proliférant sur les plus noirs obscurantismes ? On parle aujourd’hui de l’islam parce que les guerres religieuses l’ont replacé en leur centre ; ce qui permet aux deux autres de se revirginiser sur l’air de la modération. Parce que l’islamisme « modéré » – voir en Tunisie, Libye, Egypte ; en Iran, Iraq, Afghanistan, Pakistan, etc. – n’est jamais qu’un oxymore auquel judaïsme et christianisme adhèrent obséquieusement, par « charité bien comprise » en direction de leur propre « modération », une sorte d’investissement sur l’avenir autant que sur le passé lourd d’atrocités. Passé sur lequel il s’agit de jeter un voile noir, afin de nier l’Histoire au profit des mythologies monothéistes, les affabulations entretenues autour des messie et prophètes, dont les « biographies » incertaines, polies par le temps autant que manipulées, permettent, en effet, de jeter pour le moins des doutes non seulement sur leur réalité existentielle, mais surtout sur les interprétations dont ces figures ont pu être l’objet. Quid, en effet, d’un Mahomet tel que dépeint ici ou là, c’est selon évidemment, comme ignare, voleur, manipulateur, cupide et amateur de fillettes ? Pas plus réel que sa divinisation, ni celle de Moïse et de Jésus construits hors de leur propre réalité, selon des contes infantiles psalmodiés et faisant appel à la plus totale crédulité.

Mais, admettons que les hommes aient créé leurs dieux par nécessité, celle de combler leurs angoisses existentielles, de panser leurs misères, leurs vertiges face à l’univers et devant l’inconnu des lendemains et d’après la mort. Admettons cela et regardons l’humanité dans la perspective de son devenir et de son évolution – dans le fait de se lever sur ses deux jambes et même de se monter sur la pointe des pieds pour tenter de voir « par dessus » ce qui abaisse, s’élever dans la condition d’humains désirant, parlant, connaissant, comprenant, aimant.

Alors, ces religions d’ « amour », ont-elles apporté la paix, la vie libre et joyeuse, la justice, la connaissance ? Et la tolérance ? Ou ont-elles aliéné hommes et femmes – surtout les femmes… –, maltraité les enfants, méprisé les animaux ; inculqué la culpabilité et la soumission ; attaqué la philosophie et la science ; colonisé la culture et imprégné jusqu’au langage ; jeté des interdits sur la sexualité et les mœurs (contraception, avortement, mariage et même l’alimentation) ; commandé à la politique et aux puissants…

Torah, Bible, Évangiles, Coran – comment admettre que ces écrits, et a fortiori un seul, puisse contenir et exprimer LA vérité ? Par quels renoncements l’humain a-t-il cheminé pour finalement dissoudre sa rationalité et son jugement ? Mystère de la croyance… Soit, encore une fois, pour ce chapitre ! Mais, tout de même, la religion comme système séculier, comme ordre ecclésial, avec ses cohortes, ses palais, ses forteresses spirituelles et temporelles… Son histoire marquée en profondeur par la violence : croisades, Inquisition (je voyais l’autre soir sur Arte, Les Fantômes de Goya, de Milos Forman… ; une histoire de tout juste deux siècles !), guerres religieuses, Saint-Barthélémy, les bûchers, et aussi les colonisations, ethnocides, soutiens aux fascismes… Ça c’est pour le judéo-christianisme.

Côté islamisme, qui dit se dispenser de clergé, son emprise ne s’en trouve que plus entièrement diluée dans les sociétés, d’où l’impossible laïcisme des islamistes, se voudraient-ils « modérés ». Et que penser de cette violence endémique devenue synonyme d’islam, jusque dans nos contrées d’immigration où d’autres extrémismes en nourrissent leurs fonds de commerce nationalistes ? Sans doute un héritage du Coran lui-même et de Mahomet présenté dans son histoire comme le « Maître de la vengeance » et celui qui anéantit les mécréants… Voir sur ce chapitre les nombreuses sourates invoquant l’anéantissement des juifs, chrétiens et infidèles – tandis que, plus loin, d’autres versets promulguent une « sentence d’amitié » – contradiction ou signe opportuniste de « tolérance » ? Voir en réponse les fatwas de condamnation à mort – dont celles de Salman Rushdie par Khomeiny (avec mise à prix réactivée à la hausse des jours-ci !) et de Taslima Nasreen qui a dû s’exiler de son pays, le Bengladesh. Voir l’assassinat de Théo van Gogh à Amsterdam, poignardé puis achevé de huit balles en pleine rue ; dans un documentaire, il venait de dénoncer le traitement réservé aux femmes dans l’islam. [Le voir ci-dessous.]

Même double langage chez le dieu juif Yahvé pour justifier…l’extermination de certains peuples de Palestine (dont les Cananéens…) Cela en vertu du fait que les juifs sont le “peuple élu par Dieu”, dont le premier commandement est « Tu ne tueras pas » ! Ce fantasme juif alimente en les légitimant le colonialisme et ce qui s’ensuit en Palestine et l’affrontement des théocraties. Affrontement également par affidés interposés et leurs États ou organisations terroristes : Bush contre Al Quaïda, Tsahal contre le Hezbollah, kamikazes contre population civile. Violences innommables, guerres sans fin.

Quant au film « blasphématoire » qui agite de plus belle les fanatiques islamistes, il est curieux que nos médias de masse, radios et télés en chœur, semblent en contester la légitimité du fait qu’il serait bricolé, mal ficelé, pas pro… Comme s’il s’agissait d’une question d’esthétique ! Quoi qu’il soit et quels que soient ses commanditaires, il fait bien apparaître par les répliques qu’il provoque le niveau de fanatisme imprégnant les pays musulmans. Ce qui s’était déjà produit avec les caricatures danoises de Mahomet, dont certains avaient, de même, contesté la qualité artistique ! Et Goya, au fait, lorsqu’il représentait les visages de l’Inquisition, était-ce bien esthétique ?

La question porte nullement sur la nature du « blasphème » mais sur la disproportion de la réplique engendrée, allant jusqu’à mort d’hommes – l’ambassadeur états-unien et de ses collaborateurs en Libye, victimes sacrificielles et à ce titre totalement inscrites dans un processus d’expiation religieuse !

Et plus près de nous, que dire des provocations menées à Paris devant l’ambassade américaine ? Et aussi à La Courneuve, lors de la fête de l’Huma où Caroline Fourest a été chahutée, menacée, insultée et empêchée de débattre – entre autres sur ces questions d’intégrisme qui font les choux gras du Front national !

Comme quoi, pour résumer, une insulte contre la foi – ou ce qui en tient lieu –constitue un crime plus grave que de s’en prendre à un être vivant.

 

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  • Même si on met un peu à part le judaïsme : cette religion du particulier ethnique sans visée planétaire directe retrouve toutefois le christianisme – ne dit-on pas le judéo-christianisme ? – et l’islamisme dans cette même volonté de pénétrer jusque dans les têtes et les ventres de chacun. En ce sens, celles qui se présentent comme les « meilleures » parviennent bien à être les pires dans leurs manoeuvres permanentes d’aliénation. De même que leur « modération » demeure relative à leur stratégie hégémonique.
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Belle lettre aux “Trois imposteurs”.

Bravo.

Cependant tu m’énerves ! Pourquoi n’ai-je donc pas pas cette habileté des mots….

Enfin “chacun son métier” dit-on.

Musicien, je ne suis jamais parvenu à accorder religions et modération…

vincent

Tout bascule dans le fanatisme? Si on fait la somme des manifestants anti-insulte partout dans le monde, on arrive à moins de 100 000 personnes. Sur les 1,3 milliards de musulmans, on bien bien loin du Tout… Par contre, les médias eux, ils basculent pour du vrai, et ils nous font prendre des vessies pour des lanternes. A l’image des 150 imbéciles qui ont manifesté à Paris, qui ne représentent personne, mais qu’on nous met à l’antenne à longueur de journée, qu’on analyse et re-analyse pour que le gogo soit bien terrorisé juqu’au fond de son slip. Probable que ça… Lire la suite

Il faut faire du chiffre?
Désolé de donner raison à la loi de Godwin mais, historiquement, ça démarre souvent avec une poignée d’imbéciles….

vincent

Une autre. Sur la violence soi-disante spécificité des religions. J’aime les chiffres, ils remettent les choses à leur vraie place. Une comparaison donc. Tu parles d’Inquisition catholique. Moi je la compare à la Terreur révolutionnaire. Les deux reposent sur des tribunaux d’exception chargés de réprimer des “pensées déviantes”. Les chiffres (wikipédia): autour de 90 000 victimes en 500 ans pour l’Inquisition et 45 000 en 2 ans pour la Terreur. Les révolutionnaires des Lumières ont donc été environ 125 fois plus meurtriers que les cathos du Moyen-Age(règle de 3. Normal, quand on “chosifie” l’être humain, qu’on le réduit à un… Lire la suite

Il ne m’énerve point d’être en phase, comme souvent… mais pas toujours, avec l’ami Gérard. Non seulement c’est bien écrit, on ne se refait pas à ct’âge, mais comme qui dirait : “Y’a une certaine connaissance de la chose”. Nous sommes (je n’ose écrire tous car je sens que la famille se réduit, même s’il me semble vrai que le nombre des manifestants est “peu nombreux”) un certain nombre à penser comme toi. Les laïcs, tolérants qui plus est. Cet événement invite aussi à se pencher sur la force de manipulation d’Internet (je n’ose commencer à lister toutes les affabulations,… Lire la suite

BION

A quand la sortie de l’ère “Néolithique” ?
Cette assez sale ère, est érigée sur le temps linéaire (en substitution du cyclique, ainsi que sur l’invention des divinités anthropomorphes et leurs récits mythiques constituants ainsi autant de facteurs d’appartenance afin de souder des ”populations” dans leurs efforts vers la puissance … son plus … son trop ?
Mais comment sortir de notre prison culturelle ?
Le poisson pense-t-il à sortir de l’eau …
Notre humanitude envisagerait-elle de changer ses comportements ?

vincent

Une dernière. J’avais d’abord réagi à fleur de peau sur le titre (pas de poussée “fanatique”), puis sur la violence (les religions beaucoup moins violentes que les matérialismes). Ce coup-ci j’ai bien lu ton article dans sa totalité, voire dans son infini. Je ne suis d’accord sur pratiquement rien, sauf qu’il est sincère et bien écrit. Je pourrais argumenter sur tout, mais ça prendrait la vie des rats… Je réagis juste à celle de tes propres “croyances” qui me heurte le plus, celle qui affirme que les fidèles d’une religion sont “abusés” par l’appareil de leur religion. Je suis croyant,… Lire la suite

Dominique Dréan

Puisque Jacques Brel est en vogue ici:
“Avant eux, il n’y avait pas de problème
Quand poussaient les bananes même pendant le carême
Mais ils sont arrivés bardés d’intolérance
Pour chasser en apôtres d’autres intolérances
Car ils ont inventé la chasse aux Albigeois
La chasse aux infidèles et la chasse à ceux-là
La chasse aux singes sages qui n’aiment pas chasser
Et c’est depuis lors qu’ils sont civilisés
Les singes, les singes, les singes de mon quartier.”

Laurence D

Vous y faites allusion mais je voudrais revenir sur la débilité violente et dangereuse opposée à Caroline Fourest lors de la fête de l’Huma. Faut voir la vidéo qui montre la charge des opposants déchaînés, justement à l’image des fanatismes dénoncés de façon si pertinente par Caroline Fourest ! Quand la raison raisonnante se trouve ainsi corsetée par l’insulte et les vociférations, on ne peut que doublement être inquiets. Votre analyse me semble des plus justes, merci!

Christophe

J aime bien ce débat. Il montre bien aussi les difficultés dans ce domaine à charger les mots d une signification non imprégnée des fameuses croyances dont on parle… Au fait, “on” m’a appelé Christ-ophe…

Satan est de sexe féminin : c’est la Putain qui donne toutes les maladies parce l’homme les lui a toutes données ; Satan est la Mère à qui l’on donne une rétribution comme acceptation de ce désir de rentrer en elle, dans son sexe ; Satan, c’est la Femme que l’on désire coïter sans les conséquences de la reproduction ; Satan c’est la Vierge qui vous accueille sans fin comme inconnue et si peu ouverte, car vous l’avez laissée sans la liberté de disposer de son corps selon son esprit ; Satan, c’est le sexe vers lequel toutes vos énergies… Lire la suite

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