L’ « Europe ». Que de guillemets !

Document ORTF-Ina

L’Europe, l’Europe, l’Europe ! » ironisait de Gaulle en 1965 en sautant « comme un cabri » Et comment faut-il prendre « les choses » un demi-siècle plus tard ? En tout cas, de mon fenestron, à la veille d’ « élections » dites « européennes », je n’y vois goutte. D’où ces guillemets troublés, sinon révulsés. Que de ces troubles les populistes fassent leurs choux gras ne doit pas empêcher de considérer la réalité desdites « choses ».

Je suis censé aller voter dans trois jours à peine… et quoi ? Voter pour quoi, pour qui ? Rien dans mes boîtes à lettres, ni la vraie ni la virtuelle. On dira que c’est au nom des économies de papier et d’énergie. Bien. Mais est-ce au nom de l’économie démocratique qu’on va justifier un tel trou noir informatif ? On dira aussi que « le citoyen d’aujourd’hui » est assez « moderne et adulte » pour se forger lui-même son opinion en allant s’abreuver aux multiples canaux médiatiques qui vont jusqu’à l’inonder… On dira que la télé et l’internet suffisent désormais à l’exigence démocratique… Et que dira-t-on de ces 50 % et plus d’abstentionnistes annoncés ?

L’Europe, cette abstraction technocratique, sans chair, pondeuse de règlements uniformisateurs et de monnaie unique, calquée sur le modèle états-unien et son idéologie du libre marché au profit de la libre finance, étape supplémentaire vers le grand bazar mondialisé, de la Chine au Brésil, en passant par le pillage intensifié de l’Afrique, par la surexploitation des ressources planétaires, par le creusement accéléré et éhonté du fossé entre toujours plus riches et toujours plus pauvres – de cette richesse ostentatoire, pathologique narguant cette pauvreté des vies résignées, rétrécies, agressives mais pas révoltées : laminées, dépossédées de jugement, ou alors à l’emporte-pièces, à coups de « solutions » simplistes, de rejets haineux.

Cette Europe désincarnée, réduite à l’économie marchande, aux échanges de « biens de consommation », rivée à la croissance comme seul « idéal » – autant de cultes devenus intouchables, régis par des « lois » au pied desquelles se prosternent les « gouvernants » qui ne gouvernent plus rien, pris qu’ils sont par les flux financiers mondialisés, tout occupés qu’ils sont à faire semblant (parfois même en y croyant) d’agiter des leviers de commande…

Cette Europe du cabaret atterrant de l’Eurovision, précisément à son image : lénifiante, insignifiante, et aliénante. Et pour autant mise en scène autour d’une « élection ». Toujours ces fameux guillemets. D’ailleurs, jusqu’à plus ample nouvelle, ne devrait-on pas en entourer l’ « Europe » ? Et bien sûr ces fameuses « élections ».

Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

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