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Gaza. « Une nuit “particulièrement” meurtrière… » Un silence “particulièrement” assourdissant

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Je reçois ça du "Monde" ce matin, par internet… La routine, si ce n'est l'adverbe : "particulièrement". Avant ça, non, de la rigolade. On monte donc d'un cran. Dérisoire. Il est des moments où cette pseudo neutralité journalistique constitue un outrage au devoir d'indignation. Non pas qu'il faille nécessairement prendre parti, tant qu'on se veut média d'information. Mais au moins crier, hurler à la paix ! Interpeller sans relâche les "grands" du Monde, invoquer la Paix, à la Jaurès, se lever sur toutes les tribunes possibles pour faire arrêter le massacre !

Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra
Dans le sud de Gaza, le 1er août. | AP/Khalil Hamra

Voyez cette insoutenable photo ci-dessus. Comment justifier ce qui l'a provoquée ? La hargne de destruction, la… solution finale ? Je sais, Israël est agressé, menacé, nié par une horde de tueurs fanatiques. Oui mais, les autres… Ne cherchons pas ici à remonter aux sources de l'indémêlable conflit entre territoires, entre monothéismes et dominations économiques. Les extrémismes sont indéfendables, mais la Paix, oui !  Et que font, que disent, que protestent, que proposent, que "agissent" nos causeurs sans cause, nos pacifistes sans paix, nos politiciens sans politique ?

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Compter les victimes. Les infographes ont renoncé à l'image des plateaux de la balance…

Tandis qu'ici, contraints au spectacle médiatique, à compter les morts, impuissants ou tout juste autorisés, sauf interdiction, à quelque manif' de rue par un gouvernement foncièrement lâche, sans engagement ni parole – et donc sans avoir à la tenir, allant et venant dans le douillet maquis diplomatique. Hollande, Valls, Fabius, brochette de la honte.

Donc, on célèbre "Quatrorze", la "Grande Guerre". On fait retentir le tocsin, vibrer les clochers et, au fond, glorifier Clémenceau plutôt que Jaurès – la défaite de la Paix sur la "Victoire", quitte à remettre "ça" vingt ans après.

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Venelles, 2/8/14 .Comme en Quatorze. (Ph. gp)

Et ces combattants, cré vingt dieux, ne seraient-ils pas prêts – du moins en gueule – à repartir comme en Quatorze ?

 

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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

5 réflexions sur “Gaza. « Une nuit “particulièrement” meurtrière… » Un silence “particulièrement” assourdissant

  • Agarrat René

    cour­rier de YEHUDA SHAUL ancien offi­cier de l’ar­mé Israeliene parut dans le jour­nal le monde du 22 juillet 2014.

    En novembre 2012, Israël a lan­cé à Gaza une opé­ra­tion bap­ti­sée « Amud Anan », qui peut se tra­duire lit­té­ra­le­ment par « colonne de nuages ». Le nom sous lequel elle a été offi­ciel­le­ment dési­gnée à l’é­tran­ger a pour­tant été « Pilier de défense ». Il y a quelques jours, nous avons déclen­ché une nou­velle opé­ra­tion nom­mée « Puissante falaise », offi­ciel­le­ment connue sous le nom de « Bordure pro­tec­trice ». Les deux déno­mi­na­tions choi­sies sont osten­si­ble­ment défen­sives. Mais quand j’en­tends les noms don­nés aux opé­ra­tions mili­taires à Gaza – notam­ment ceux des­ti­nés à un public inter­na­tio­nal –, cela me rap­pelle mon ser­vice mili­taire dans l’ar­mée israé­lienne, dont le nom com­plet est Forces de défense israé­liennes (FDI).
    Je me sou­viens ces jours-ci du fos­sé que j’a­vais décou­vert à l’é­poque de mon ser­vice mili­taire entre l’é­thique que repré­sente l’ap­pel­la­tion même des FDI et les opé­ra­tions mili­taires concrètes que nous menions en Cisjordanie. La tâche qui nous était assi­gnée était défen­sive. Nous menions des opé­ra­tions « pré­ven­tives » per­met­tant d’empêcher des actes ter­ro­ristes. Mais mes amis et moi avions vite com­pris que l’ad­jec­tif « défen­sif » n’é­tait qu’un terme qui pou­vait dis­si­mu­ler toutes sortes d’ac­tions dont bon nombre étaient sans conteste des opé­ra­tions offensives.

    Moshe Yaalon, le chef d’é­tat-major de l’é­poque deve­nu aujourd’­hui ministre de la défense, nous exhor­tait à « brû­ler la conscience pales­ti­nienne ». Pour répondre à cet appel, on nous envoyait inti­mi­der et punir une com­mu­nau­té tout entière. Ces opé­ra­tions étaient fon­dées sur la convic­tion que ces civils s’abs­tien­draient de se révol­ter si on les bru­ta­li­sait, si on les oppri­mait et effrayait. Autrement dit, une « conscience brû­lée » était une conscience effrayée.

    « NOTRE BUT ÉTAIT D’EFFRAYER ET DE DÉSORIENTER LA POPULATION CIVILE »

    Dans le cadre de cette « pré­ven­tion », mes amis et moi avons appris à consi­dé­rer tout Palestinien comme un enne­mi et, en tant que tel, comme une cible légi­time à atta­quer. Lorsque nous par­tions en opé­ra­tions pour « mon­trer notre pré­sence », notre but était d’ef­frayer et de déso­rien­ter la popu­la­tion civile afin de lui faire com­prendre qu’elle était sous notre contrôle. Nous rem­plis­sions cet objec­tif en patrouillant dans les rues et en péné­trant au hasard dans les mai­sons, à toute heure du jour et de la nuit. Ces opé­ra­tions n’é­taient moti­vées par aucune infor­ma­tion pré­cise des ser­vices de renseignement.

    D’autres fois, nous « pré­ve­nions » le ter­ro­risme en impo­sant une puni­tion col­lec­tive à des Palestiniens inno­cents. C’est une opé­ra­tion de ce genre qui nous fut confiée à la suite du meurtre d’une fillette de la colo­nie Adora par un Palestinien. Quelques heures après cet acte, nous avons bou­clé le vil­lage de Tufach, à proxi­mi­té de la colo­nie d’Adora. Pendant une jour­née entière, nous avons fouillé une par une toutes les mai­sons du vil­lage. Nous arrê­tions les hommes et les envoyions à l’é­cole du vil­lage, trans­for­mée en centre d’in­ter­ro­ga­toire. Nous n’a­vons rien trou­vé, mais en y repen­sant aujourd’­hui, je m’a­per­çois que là n’é­tait pas l’ob­jec­tif. Par ces per­qui­si­tions et ces arres­ta­tions, nous avions semé la peur.

    Les tirs de roquettes depuis Gaza sur les civils israé­liens sont des actes hor­ribles qui n’ont aucune jus­ti­fi­ca­tion. Ils menacent des vies d’hommes, de femmes et d’en­fants dans tout le pays et ont d’ores et déjà bles­sé plu­sieurs per­sonnes et tué un Israélien. Mais ces tirs de roquettes ne font pas de tous les habi­tants de Gaza les cibles légi­times d’une des­truc­tion de masse, tout comme le meurtre d’un enfant n’au­rait pas dû faire des habi­tants de Tufach des cibles légi­times jus­ti­fiant arres­ta­tions aléa­toires et fouilles de loge­ments. Plusieurs cen­taines de Palestiniens, civils pour la plu­part, ont été tués jus­qu’i­ci dans les attaques israéliennes.

    Depuis quelques jours, tou­jours au nom de la notion de défense, nous atta­quons même la popu­la­tion civile qui se trouve sous contrôle israé­lien. En dépit du retrait auquel nous avons pro­cé­dé en 2005, nous exer­çons un contrôle qua­si total sur l’es­pace aérien et les eaux ter­ri­to­riales gazaouis, sur les zones tam­pons à l’in­té­rieur de la bande de Gaza, et sur les entrées et sor­ties – des per­sonnes comme des mar­chan­dises – du ter­ri­toire gazaoui. Les registres d’é­tat civil de la popu­la­tion sont sous contrôle israé­lien et pour qu’un Palestinien puisse obte­nir une carte d’i­den­ti­té lors­qu’il atteint l’âge de 16 ans, les auto­ri­tés israé­liennes doivent don­ner leur accord. Ce contrôle se mani­feste sous la forme de ces opé­ra­tions mili­taires conduites pério­di­que­ment qui causent des dégâts ter­ribles non seule­ment à l’in­fra­struc­ture para­mi­li­taire, mais aus­si par­mi les civils qui vivent à Gaza.

    « IL EST TEMPS QUE CESSE L’OCCUPATION »

    Cette réa­li­té ne nous a pas été impo­sée. Elle résulte des choix opé­rés par nos diri­geants afin de per­pé­tuer notre contrôle sur les ter­ri­toires pales­ti­niens et sur la popu­la­tion qui y vit. Je connais très bien les consé­quences de ce choix, puisque en tant que simple sol­dat, et ensuite comme offi­cier, j’ai par­ti­ci­pé à sa mise en oeuvre. J’ai appris que le main­tien d’un tel contrôle requiert l’emploi per­ma­nent de la force. J’ai appris que du point de vue éthique, il est impos­sible d’im­po­ser par la force, pen­dant des dizaines d’an­nées, l’au­to­ri­té d’un gou­ver­ne­ment étran­ger à une popu­la­tion de plu­sieurs mil­lions d’habitants.

    Baptiser les attaques répé­tées contre Gaza avec des noms défen­sifs ne modi­fie­ra en rien la nature de ces opé­ra­tions. Les chan­ge­ments signi­fi­ca­tifs ne se pro­dui­ront que le jour où l’oc­cu­pa­tion pren­dra fin. En véri­té, il est dif­fi­cile de savoir si les menaces pesant sur les villes et vil­lages du sud d’Israël ces­se­ront avec la fin de l’oc­cu­pa­tion. La seule chose dont nous puis­sions être sûrs, c’est que l’oc­cu­pa­tion n’a pour l’ins­tant pas pris fin et que, si rien ne change, nous serons condam­nés dans un an ou deux à mener une nou­velle opé­ra­tion, aus­si san­glante que celle d’aujourd’hui.

    Toute la séman­tique du monde ne pour­ra chan­ger cette réa­li­té, une réa­li­té dans laquelle Israël ne se contente pas de se défendre, mais attaque – et pas seule­ment en ces jours dif­fi­ciles, mais tous les jours. Au lieu de nous éver­tuer à l’ex­pli­quer et à le jus­ti­fier, nous devons agir pour qu’il en aille autre­ment. Le moment est venu où nous devons dire : il est temps que cesse l’occupation.

    (Traduit de l’an­glais par Gilles Berton)

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  • Tu oublies, cher Ponthieu, le coup de gueule de notre ex beau gosse de 1er ministre, le Dominique de Villepin. Le vla toute cri­nière au vent, seul dans la tour­mente, dénon­çant le mas­sacre. Y en un un donc qui la ramène. Fraîchement nou­veau pote à Sarko, un sans pou­voir à grande gueule. Pendant ce temps, les sanc­tions pleuvent contre les popovs. Des sanc­tions contre Israël, niet, niet. Pas que ça à faire en effet, on fête nos poilus.

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    • Beau témoi­gnage, belle retrans­rip­tion et alors ? Je retiens la der­nière ligne « Le moment est venu où nous devons dire : il est temps que cesse l’occupation ». Que cesse aus­si le mas­sacre des inno­cents. Nos écrans et cla­viers ne suf­fi­ront pas. La guerre du viet­nam a ces­sé quand les résis­tances, toutes les rési­tances, ont eu rai­son des politiques.

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  • La nuit de l’obs­cure pro­fon­deur est tom­bée sur Gaza, et aus­si sur Israël. Que l”  »Etat hébreux » ne se croit pas épar­gné par le déluge, son propre déluge, celui qu’il sème sur le ton de la ven­geance et de l’exa­gé­ra­tion ultra biblique : « pour un oeil toute la gueule » !

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  • Liberté

    Javier Bardem et Pénélope Cruz écrivent une lettre pour mani­fes­ter leur hor­reur devant ce qu’il faut appe­ler un géno­cide, avec mas­sacre d’enfants.
    Des acteurs amé­ri­cains les traitent immé­dia­te­ment d’antisémite !
    Le mot, qui nous vient en tête devant cette réac­tion, c’est le qua­li­fi­ca­tif d”  »imbé­cile » : parce qu’on se révolte devant l’in­hu­ma­ni­té, on se fait trai­ter « d”  »anti­sé­mite »…

    Justement, en ce moment, je suis en train de lire « l’in­ven­tion du mono­théisme » de Jean Soler (qu’on a bien sur trai­té d’an­ti­sé­mite) et un paral­lèle existe bien avec l’an­ti­qui­té ou les judéens tuaient sans pro­blème, hommes, femmes, enfants, vieillards, sans plus de dis­cer­ne­ment qu’au­jourd’­hui… Mais l’é­poque a chan­gé, semble t’il…

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