En pro­ve­nance du Japon, la nou­velle n’a pas ému nos médias : la région où se trouve la plus puis­sante cen­trale ato­mique du monde, Kashi­wa­za­ki-Kari­wa (sept réac­teurs), va désor­mais être diri­gée par un gou­ver­neur anti­nu­cléaire. Ce qui rebat les cartes de l’énergie ato­mique – pas seule­ment au Japon.

Ryui­chi Yoneya­ma, 49 ans, a en effet rem­por­té, hier dimanche, les élec­tions dans la pré­fec­ture de Nii­ga­ta (nord-ouest du Japon). L’autorisation du gou­ver­neur étant requise pour la remise en ser­vice des réac­teurs arrê­tés depuis Fuku­shi­ma, cette nou­velle donne consti­tue un coup dur pour Tep­co, l’exploitant qui espé­rait sau­ver ses finances en relan­çant ces sept réac­teurs, les seuls lui res­tant après l’arrêt des deux cen­trales de Fuku­shi­ma, suite à la catas­trophe de mars 2011. Dès ce lun­di, le cours de Tep­co a dévis­sé de 8 % à la bourse de Tokyo (la plus forte chute du Nik­kei : -7,89% à 385 yens).

La cen­trale de Kashi­wa­sa­ki avait été sérieu­se­ment bous­cu­lée par un impor­tant séisme en juillet 2007 qui avait pro­vo­qué un incen­die et des fuites d’eau radio­ac­tive. Depuis, alors que la cen­trale est tou­jours à l’arrêt, huit incen­dies se sont décla­rés dans les dif­fé­rentes uni­tés [Source : The Japan Times, 6/3/2009]. Pour autant, les auto­ri­tés ont don­né le feu vert en février 2009 pour le redé­mar­rage (désor­mais com­pro­mis) de l’unité n°7.

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La cen­trale nucléaire de Kashi­wa­sa­ki a frô­lé le désastre lors du séisme du 16 juillet 2007 qui a pro­vo­qué un incen­die et des fuites d’eau radio­ac­tive pré­fi­gu­rant la catas­trophe de Fuku­shi­ma moins de 4 ans plus tard. [Ph. d.r.]

L’Agence inter­na­tio­nale pour l’énergie ato­mique (AIEA) avait alors dépê­ché une mis­sion diri­gée par le Fran­çais Phi­lippe Jamet, haut diri­geant de l’Auto­ri­té de sûre­té nucléaire fran­çaise (ASN). Le rap­port publié s’était conten­té de quelques recom­man­da­tions ano­dines, assu­rant que les cen­trales japo­naises pou­vaient résis­ter à tout évé­ne­ment sis­mique ou cli­ma­tique. La catas­trophe de Fuku­shi­ma a dra­ma­ti­que­ment rabais­sé le caquet de nos arro­gants experts. 1

Aujourd’hui, trois seule­ment des 54 réac­teurs nucléaires japo­nais sont en ser­vice mais le gou­ver­ne­ment de l’ultranationaliste (et ultra pro­nu­cléaire) Shin­zo Abe use de toutes les pres­sions pour essayer d’obtenir la redé­mar­rage d’autres réac­teurs, mal­gré l’opposition de la population.

Ces réou­ver­tures sont contre­car­rées par des déci­sions de jus­tice ou par le veto de cer­tains gou­ver­neurs régio­naux. Voi­là pour­quoi l’élection de Ryui­chi Yoneya­ma à la tête de la région de Nii­ga­ta est un coup ter­rible por­té aux pro­jets fous des pro­nu­cléaires (et au cours en bourse de Tep­co) : ce cou­ra­geux nou­veau gou­ver­neur va refu­ser la remise en ser­vice des sept réac­teurs de Kashiwasaki.

Sous peu, les trois réac­teurs japo­nais en ser­vice devront s’arrêter pour main­te­nance et, comme ce fut déjà le cas pen­dant près de deux ans en 2014 et 2015, le Japon fonc­tion­ne­ra à nou­veau avec 0% de nucléaire. Si 130 mil­lions de Japo­nais peuvent vivre sans nucléaire, com­ment pré­tendre encore que c’est « impos­sible » pour deux fois moins de Fran­çais ? 2

Notons encore que cette élec­tion et ses consé­quences consti­tuent une mau­vaise nou­velle pour les nucléa­ristes fran­çais – entre autres – et en par­ti­cu­lier pour EDF et Are­va qui misent sur le retour de la droite au pou­voir pour relan­cer leur offen­sive sur le mar­ché mon­dial de l’énergie, y com­pris en France, bien entendu !

C’est vrai­sem­bla­ble­ment pour cette rai­son de pros­pec­tive poli­tique (pour ne pas dire de pro­ba­bi­li­té) qu’EDF s’est enga­gée, dans un contrat fran­co-chi­nois, à livrer à Hink­ley Point, sud de l’Angleterre, d’ici à fin 2025 – sans déra­page du calen­drier et des coûts – deux réac­teurs nucléaires EPR de 1 650 méga­watts cha­cun pour un devis de près de 22 mil­liards d’euros. Cela, alors que les chan­tiers EPR en cours dérapent sur les coûts et les délais, et que les finances de l’entreprise fran­çaise sont au plus bas.

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Notes:

  1. On peut prendre la mesure de cette arro­gance lors d’un débat télé­vi­sé de « C dans l’air » dif­fu­sé sur la Cinq en 2007, peu après le séisme qui avait secoué la cen­trale de Kashi­wa­sa­ki. Débat auquel par­ti­ci­pait Sté­phane Lhomme, de l’Obser­va­toire du Nucléaire, pré­co­ni­sant la fer­me­ture d’urgence d’au moins 20 réac­teurs au Japon si l’on vou­lait évi­ter un nou­veau Tcher­no­byl. Aver­tis­se­ment bien sûr non pris en compte. À peine quatre ans plus tard, c’était Fuku­shi­ma.
  2. Bien sûr, c’est là qu’on res­sort le contre argu­ment de l’effet cli­ma­tique (tant nié par les mêmes avant son évi­dence) pro­vo­qué par les éner­gies fos­siles. Tan­dis que le « tout nucléaire » a frei­né le déve­lop­pe­ment, en France notam­ment, des éner­gies alter­na­tives renou­ve­lables.