Galapagos. « À vendre : Beau terrain, espèces garanties d’origine »

Les îles Galapagos

sont parmi les plus endémiques du monde : elles représentent plus de 80% des oiseaux terrestres et 95% des reptiles et des mammifères terrestres. L’extinction de ces espèces est une préoccupation touchant tout l’archipel. Le moucherolle vermillon de San Cristobal est la première espèce d’oiseau endémique des Galápagos qui a disparu en 1987. L’une des créatures les plus emblématiques des îles,  la tortue géante de San Cristobal, est considérée comme menacée. Tout comme Lonesome George (la dernière Tortue Pinta de l’ île de Santa Cruz qui a perdu la vie en 2012), ces tortues géantes pourraient aussi disparaître.

L’introduction et la propagation des mûres et de la sauge des Antilles (camera Lantana) a modifié une grande partie de la forêt originelle de Miconia à San Cristobal avec des fourrés denses et épineux qui empêchent la nidification du pétrel des Galápagos. Les arbres introduits tels que la goyave et le bétail modifient également l’habitat et contribuent aux populations en déclin de la flore et de la faune indigènes. Sur l’île voisine de Santa Cruz, le pâturage du bétail et l’agriculture ont modifié presque toutes les forêts de Miconia, démontrant la nécessité  de mesures urgentes avant qu’il ne soit trop tard.

Mais la première espèce invasive reste la population humaine qui croît avec l’augmentation continue des offres d’emploi liées au tourisme.

Espèce redoutable, l’homo touristus envahit Terre, Mer, Ciel et même Espace, se préparant à coloniser Mars. Aujourd’hui, le voilà qui fourrage dans les ultimes recoins non encore trop outragés : les îles Galapagos,  un sanctuaire, aurait-on pu espérer ; ce havre pour tortues géantes, fous à pieds bleus, pingouins, iguanes et pinsons ; ce point d’ancrage de Charles Darwin lors de son tour du monde, là où, en 1835, ses observations de naturaliste furent déterminantes pour le développement de sa théorie sur « l’origine des espèces par le moyen de la sélection naturelle ». Or, voilà que la construction projetée d’un hôtel dans une zone particulièrement sensible de l’île de San Cristobal, ajoute encore à la menace portée sur les fragiles équilibres d’un biotope millénaire déjà gravement déréglé par le réchauffement des températures terrestres et océaniques ainsi que par  les perturbations des courants, des vents et des précipitations.

Galapagos-carte

Cliquer pour agrandir. Plus que modeste en taille, l’île Darwin se situe en haut à gauche…

Situées à quelque 1000 km à l’ouest des côtes équatoriennes, les îles Galapagos ont été déclarées patrimoine naturel de l’humanité par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (Unesco) en 1978 et l’Unesco les a ajoutées, en 2007, à sa liste des « patrimoines en danger », en raison notamment de l’impact du tourisme de masse sur l’archipel.

L’océan autour des Galapagos est relativement protégé, mais les terres ne s’en sortent pas si bien. De nombreuses espèces de tortues arrivées sur les îles il y a 3 millions d’années se sont éteintes. Chaque année, de nouvelles espèces sont ajoutées à la liste des espèces menacées.

Lorsqu’une parcelle de terre de 568 hectares a été mise en vente à San Cristobal 1, les défenseurs locaux de l’environnement ont été terrifiés, convaincus qu’elle serait rasée pour la construction d’un hôtel. Mais une poignée d’entre eux ont mis sur pied un contre-plan : acquérir eux-mêmes la parcelle et créer la toute première réserve privée de ces îles, pour assurer une protection permanente. Une opération qui n’est pas sans rappeler celle du Larzac quand des parcelles des causses du plateau furent aussi achetées par les opposants à l’extension du camp militaire.

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Le Tout-Spectacle. (©Joel Sartore/National Geographic/Getty)

Comme probable, le propriétaire vendra au plus offrant. Une course contre la montre est menée afin de collecter plus d’un million  et demi de dollars. Un financement participatif a été lancé, auquel chacun peut contribuer à partir de ce lien.

Le terrain en vente contient une forêt vierge, habitat essentiel pour des oiseaux en danger critique d’extinction que l’on ne trouve nulle part ailleurs. Il y a dix ans, un groupe local s’est rendu compte que l’habitat de ces oiseaux était grignoté par la « civilisation » ; ils ont donc lancé un programme de conservation sur la parcelle aujourd’hui à vendre. Avec d’excellents résultats : le Pétrel des Galapagos et le Pinson pic ont été sauvés ! Jusqu’à quand ?

Sources consultables :

Le fragile écosystème des îles Galápagos entre touristes et espèces vulnérables (France Info)
https://www.francetvinfo.fr/animaux/especes-menacees/le-fragile-ecosysteme-des-iles-galapagos-entre-touristes-et-especes-vulnerables_2602852.html

Changement climatique: la menace de trop pour les Galápagos? (National Geographic)
http://www.nationalgeographic.fr/environnement/changement-climatique-la-menace-de-trop-pour-les-galapagos

Achat de terres d’urgence pour sauver les espèces endémiques menacées des Galapagos (Rainforest Trust, en anglais)
https://www.rainforesttrust.org/project/emergency-land-purchase-save-imperiled-endemics-galapagos/

Notes:

  1. La deuxième île la plus peuplée des Galápagos avec environ 5 400 habitants qui travaillent principalement comme pêcheurs, opérateurs touristiques et employés gouvernementaux. Plus de 200 000 touristes y débarquent chaque année.
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Il n’y a plus qu’à attendre notre extinction pour que la terre recommence…

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