Islamisme. Et nous n’aurions rien vu venir ?

Militaire, humaniste, « croisé »…

Le gendarme Arnaud Beltrame se distingue des victimes de l’islamisme en ce sens qu’il a affronté directement le nouvel ennemi – en l’occurrence sur un terrain non militaire. Il a accompli son geste par altruisme autant que par sens du devoir. Ses options chrétienne et franc-maçonne sont relevées et interprêtées de différentes manières,, évidemment. D’aucuns y voient l’engagement humaniste, d’autres celui du « croisé » moderne…

Mon camarade Bernard Langlois note judicieusement sur Facebook : « Beltrame a sans aucun doute eu une conduite héroïque ; mais cessez donc d’en faire un martyr : ce baroudeur courageux ne comptait sûrement pas mourir et prenait le risque maximum en espérant neutraliser le preneur d’otages. Ça n’a pas marché, hélas pour lui… »

[dropcap]Deux[/dropcap] célébrations vont converger aujourd’hui. L’une pour honorer un gendarme héroïque, l’autre une vieille dame, tuée parce que juive 1. Dans les deux cas, des victimes du fascisme islamiste. Deux cas de plus qui, une fois encore, entraînent des cérémonies compassionnelles et incantatoires : discours vibrants ou homélies poignantes, défilés, fleurs et bougies. C’est-à-dire autant d’aveux d’impuissance face à une guerre sans nom, à une peste invisible – car innommée. L’un sort son « fichier S », l’autre son plan « déradicalisation » ; l’un sa « fraternité » (Plantu dans Le Monde…), l’autre sa tolérance et l’amour universel. L’autre encore sa « politique de la ville » et son aménagement « des quartiers ». L’Histoire se répète depuis un demi-siècle.

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Plantu. Peace and love… Joliment nunuche, politiquement nul. (Le Monde)

Pendant ce temps, hier soir… le journal de France 2 montre comment des clubs de sport sont visés comme « espaces de recrutement » par des adeptes du salafisme (un millier de « signalements »). Le même soir, Arte nous montre comment l’Arabie saoudite encourage et finance la progression du même salafisme dans le monde 2. Puis, un peu plus tard, France Culture diffuse Lettres à Nour 3, d’après le roman de Rachid Benzine, Nour, pourquoi n’ai-je rien vu venir ? 4

L’écrivain franco-marocain raconte sous forme de théâtre épistolaire, les échanges entre un père, intellectuel musulman pratiquant – vivant sa religion comme un message de paix et d’amour –, et sa fille partie en Irak rejoindre l’homme qu’elle a épousé en secret et qui est lieutenant de Daech. Nour devient mère d’une petite fille qu’elle va appeler… Djihad… Dans la dernière lettre à son père, Nour raconte l’horreur qui vient de lui faire perdre la foi en Allah : elle a vu sa meilleure amie pendue à un portique, éventrée, l’enfant qu’elle portait balançant au bout du cordon ombilical. Comble de l’horreur : c’est son propre mari qui a commis cet acte innommable ! Sous le choc, elle décide de le quitter avec sa fille ; mais le mari l’en empêche, la bat cruellement et lui impose un terrible chantage : en échange de la vie de leur enfant, Nour devra aller se faire exploser sur un marché. Ce qu’elle fait.

Et le père de se morfondre dans un chagrin sans fin, lui qui n’a donc rien vu venir.

Notes:

  1. Si l’on s’en tient à la thèse du Parquet. C’est celle retenue par le Crif dont le président entend exclure Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon de la “marche blanche” en mémoire de Mireille Knoll.
  2. Et entretient une guerre fratricide au Yémen, pays meurtri de l’« Arabie heureuse » (il y a si longtemps !) Le choléra s’y répand, en même temps que la peste islamiste, en une guerre de religion entre chiites et sunnites. On peut retrouver ici mon reportage au Yémen en 2015.
  3. Lecture réécoutable ici .
  4. Éd. Seuil, 2016. A aussi publié Finalement il y a quoi dans le Coran ?La boîte à Pandore, 2017.
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Gerard Ponthieu

Journaliste, écrivain. Retraité mais pas inactif. Blogueur depuis 2004.

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